Chacun sait par expérience que rien n’est plus occupé ni souvent plus
fatigant qu’une journée de repos!... et que l’on se donne plus de mal
pour son plaisir que pour son profit.
Conformément à cette règle générale nous avons décidé de nous adonner en
ce jour au noble plaisir de la chasse.
Dès six heures du matin, nous partons donc, M. Dessenlis, Bernis et moi
pour chasser en forêt.
Aussitôt placés la battue commence.
Elle rabat peu de gibier: un gros singe, deux coqs et une civette que M.
Dessenlis s’adjuge d’un coup de fusil magistral.
A force de marcher, nous arrivons jusqu’à un étang d’où s’envolent à
notre approche des cormorans serpentins et des canards. Faute de mieux,
nous en tirons quelques-uns et nous rentrons déjeuner, non sans avoir
donné un coup d’œil à la voiture qui reste le principal objet de nos
préoccupations.
Elle nous paraît se porter à merveille. Guérin l’a soignée de main de
maître. Il a changé contre une neuve la barre de connexion tordue. Le
carter sera arrangé et remonté demain. Les pneus sont bons, bien qu’usés
jusqu’à la corde sur les côtés extérieurs.
Toutes les munitions, l’essence, l’huile, le carbure, ainsi que les
grosses pièces de rechange sont prêtes à être chargées dans les
charrettes. A quatre heures, rassurés par cette inspection, nous
retournons tous à cet étang qui nous a paru mériter une seconde visite,
mais cette fois-ci, nous prenons une barque et nous nous glissons à
travers les roseaux d’où notre invasion fait sortir des poules sultanes,
des poules d’eau, des hérons, des canards, des cormorans, toute une
volière.
Nous nous livrons à un massacre ornithologique et les victimes pleuvent
autour de nous. Tous les chasseurs comprendront cette joie... elle est
si vive que la nuit nous surprend et qu’il nous faut rentrer
précipitamment à la Résidence, où nous arrivons tout juste pour le
dîner.
Ce soir, Brin-d’Amour fait les frais de la conversation.
M. Beaudoin s’amuse de l’ignorance encyclopédique étalée en toute
occasion par notre interprète-gâte-sauces, mais à entendre le récit des
méfaits accomplis par ce personnage encombrant et désastreux, l’aimable
Résident finit par nous prendre en pitié et nous propose, avec sa bonne
grâce ordinaire, d’emmener un de ses boys chinois dont il nous vante
l’intelligence et qui parle, en plus de sa langue, l’annamite, le
cambodgien, et même le français!
Un si précieux cadeau nous semble inestimable et nous sommes ravis à
l’idée de ne plus voir la figure chagrine et renfrognée du vilain petit
babouin qui fut jusqu’ici le mauvais génie de l’expédition.
Les charrettes sont parties tantôt pour Baraï, village situé à près de
100 kilomètres. Elles doivent nous y attendre le samedi 28 au soir.
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