7 mars 1865.

[52] M. Beyle, qui a écrit une _Vie de Rossini_ sous le pseudonyme de

Stendahl et les plus irritantes stupidités sur la musique, dont il

croyait avoir le sentiment.

[53] Petite monnaie romaine.

[54] Je fumais alors, je n'avais pas encore découvert que l'excitation

causée par le tabac est une chose pour moi prodigieusement désagréable.

[55] Ceci est un mensonge et résulte de la tendance qu'ont toujours les

artistes à écrire des phrases qu'ils croient à effet. Je n'ai jamais

donné de coups de pied à Crispino; Flacheron est même le seul d'entre

nous qui se soit permis avec lui une telle liberté.

[56] Qui _caractérisait_ alors les Italiens.

[57] J'avais écrit les paroles parlées et chantées de cet ouvrage qui

sert de conclusion à la Symphonie fantastique, en revenant de Nice, et

pendant le trajet que je fis à pied, de Sienne à Montefiascone.

[58] Le vrai nom de l'île est Nisita, mais je l'ignorais alors.

[59] Isidore Flacheron.

[60] Faute de pouvoir prononcer mon nom, les Subiacois me désignaient

toujours de la sorte.

[61] Aujourd'hui madame Flacheron.

[62] Assassiner quelqu'un.

[63] Que Shakespeare appelle Volumnia.

[64] L*** était un grand séducteur de femmes de chambre; et il

prétendait qu'un moyen sûr de se faire aimer d'elles, _c'était d'avoir

toujours l'air un peu triste et un pantalon blanc_.

[65] J'aimerais _mieux_.

[66] Il faut en excepter une partie de celle de Bellini et de ses

imitateurs dont le caractère est au contraire essentiellement désolé et

l'accent gémissant ou hurlant. Ces maîtres ne reviennent au style

absurde que de temps en temps et pour n'en pas laisser perdre

entièrement la tradition. Je n'aurai pas non plus l'injustice de

comprendre dans la catégorie des oeuvres dont l'expression est fausse,

plusieurs parties de la _Lucia di Lammermoor_ de Donizetti. Le grand

morceau d'ensemble du finale du deuxième acte et la scène de la mort

d'Edgard sont d'un pathétique admirable. Je ne connais pas encore les

oeuvres de Verdi.

[67] J'y ai depuis lors adapté des paroles françaises, réservant

l'emploi de la langue inconnue pour le pandoemonium de la damnation de

_Faust_ seulement.

[68] On n'exécutait pas _Lélio_ dramatiquement, ainsi qu'on l'a fait

plus tard en Allemagne, il faut un théâtre pour cela, mais seulement

comme une composition de concerts mêlée de monologues.

[69] C'était un mot que j'avais recueilli de la bouche même de Fétis.

[70] Il est mort depuis dix ou douze ans, mais il vaut mieux ne pas le

nommer.

[71] N'est-il pas étrange qu'à cette époque, pendant que j'écrivais ce

grand ouvrage et étant marié avec miss Smithson, j'aie par deux fois

fait le même rêve? J'étais dans le petit jardin de madame Gautier, à

Meylan, assis au pied d'un charmant acacia-parasol; mais seul,

mademoiselle Estelle n'y était pas; et je me disais: «Où est-elle? où

est-elle?» Qui expliquera cela? Les marins peut-être, et les savants,

qui ont étudié les mouvements de l'aiguille aimantée, et qui savent que

le coeur de certains hommes en a de semblables....

[72] Et pourtant c'était un excellent homme plein de bonnes intentions.

[73] Je l'avais bien dit qu'il _saurait mon nom quelque jour_.

[74] On m'y donne cent francs par feuilleton, à peu près quatorze cents

francs par an.

[75] Je ne pouvais conduire moi-même les répétitions de _Cellini_. En

France dans les théâtres, les auteurs _n'ont pas le droit_ de diriger

leurs propres ouvrages.

[76] Il ne faut pas oublier que ceci fut écrit en 1850. Depuis lors

l'opéra de _Benvenuto Cellini_, un peu modifié dans le poëme, a été mis

en scène avec succès à Weimar, où il est souvent représenté sous la

direction de Liszt. La partition de piano et chant a en outre été

publiée avec texte allemand et français chez Mayer, à Brunswick, en

1858.

Elle a même été publiée à Paris, chez Choudens, en 1865.

[77] Depuis que ceci a été écrit, les quatre premières parties de _Roméo

et Juliette_ ont pourtant été entendues à Londres sous ma direction; et

jamais plus brillant accueil ne leur fait nulle part par le public.

[78] Ce mot, que j'employai sur les affiches pour la première fois à

Paris, est devenu le titre banal des plus grotesques exhibitions: nous

avons maintenant des festivals de danse ou de musique dans les moindres

guinguettes, avec trois violons, une caisse et deux cornets à pistons.

[79] Léon Gatayes.

[80] Habeneck et Girard.

[81] M. A. Morel est un de mes meilleurs amis, et l'un des plus

excellents musiciens que je connaisse. Ses compositions ont un mérite

réel.

[82] Le nom de Strauss est célèbre aujourd'hui dans toute l'Europe

dansante; il est attaché à une foule de valses capricieuses, piquantes,

d'un rhythme neuf, d'une désinvolture gracieusement originale, qui ont

fait le tour du monde. On conçoit donc qu'on tienne beaucoup à ne pas

voir de telles valses contrefaites, un pareil nom contreporté.

Or, voici ce qui arrive. Il y a un Strauss à Paris, ce Strauss a un

frère; il y a un Strauss à Vienne, mais ce Strauss n'a point de frère!

c'est la seule différence qui existe entre les deux Strauss. De là des

quiproquos fort désagréables pour notre Strauss, qui dirige avec une

verve digne de son nom les bals de l'Opéra-Comique et tous les bals

particuliers donnés par l'aristocratie. Dernièrement, à l'ambassade

d'Autriche, un Viennois, quelque faux Viennois à coup sûr, aborde

Strauss et lui dit en langue autrichienne: Eh! bonjour, mon cher

Strauss; que je suis aise de vous voir! Vous ne me reconnaissez

pas!--Non, monsieur.--Oh! je vous reconnais bien, moi, quoique vous ayez

un peu engraissé, il n'y a d'ailleurs que vous pour écrire de pareilles

valses. Vous seul pouvez diriger et composer ainsi un orchestre de

danse, il n'y a qu'un Strauss.--Vous êtes bien bon; mais je vous assure

que le Strauss de Vienne a aussi du talent.--Comment! le Strauss de

Vienne? Mais c'est vous; il n'y en pas d'autre. Je vous connais bien;

vous êtes pâle, il est pâle; vous parlez autrichien; il parle

autrichien; vous faites des airs de danse ravissants.--Oui.--Vous

accentuez toujours le temps faible, dans la mesure à trois temps.--Oh!

le temps faible, c'est mon fort!--Vous avez écrit une valse intitulée

_le Diamant_?--Étincelante!--Vous parlez hébreu?--_Very well._--Et

anglais?--_Not at all._--C'est cela même, vous êtes Strauss; d'ailleurs

votre nom est sur l'affiche?--Monsieur, encore une fois, je ne suis pas

le Strauss de Vienne; il n'est pas le seul qui sache syncoper une valse

et rhythmer une mélodie à contre-mesure. Je suis le Strauss de Paris;

mon frère, qui joue très-bien du violon et que voilà là-bas, est

également Strauss. Le Strauss de Vienne est Strauss. Ce sont trois

Strauss.--Non, il n'y a qu'un Strauss, vous voulez me mystifier.»

Là-dessus le Viennois incrédule, de laisser notre Strauss fort irrité et

très en peine de faire constater son identité; tellement qu'il est venu

me trouver afin que je le débarrasse de cette sosimie. Donc pour cela

faire, j'affirme que le Strauss de Paris, très-pâle, parlant à merveille

l'autrichien et l'hébreu, et assez mal le français et pas du tout

l'anglais, écrivant des valses entraînantes, pleines de délicieuses

coquetteries rhythmiques, instrumentées on ne peut mieux, conduisant

d'un air triste, mais avec un talent incontestable, son joyeux orchestre

de bal; j'affirme, dis-je, que ce Strauss habite Paris depuis fort

longtemps, qu'il a, depuis dix ans, joué de l'alto à tous mes concerts;

qu'il fait partie de l'orchestre du Théâtre-Italien; qu'il va tous les

étés gagner beaucoup d'argent à Aix, à Genève, à Mayence, à Munich,

partout excepté à Vienne, où il s'abstient d'aller par égard pour

l'autre Strauss, qui pourtant, lui, est venu une fois à Paris.

En conséquence, les Viennois n'ont qu'à se le tenir pour dit, garder

leur Strauss et nous laisser le nôtre. Que chacun rende enfin à Strauss

ce qui n'est pas à Strauss, et qu'on n'attribue plus à Strauss ce qui

est à Strauss; autrement on finirait, telle est la force des

préventions, par dire que le strass de Strauss, vaut mieux que le

diamant de Strauss, et que le diamant de Strauss n'est que du strass.

[83] Il n'y avait pas alors la multitude de chemins de fer dont

l'Allemagne est sillonnée aujourd'hui.

[84] Vivier, le spirituel mystificateur; artiste excentrique, mais

artiste d'un mérite réel et doué de qualités musicales fort rares.

[85] Encore un Strauss! mais celui-là ne fait pas de valses.

[86] J'ai pu faire en Allemagne, beaucoup d'observations sur les

diverses résonnances des cloches; et j'ai vu, à n'en pouvoir douter, que

la nature se riait encore, à cet égard, des théories de nos écoles.

Certains professeurs ont soutenu que les cors sonores ne faisaient tous

résonner que la tierce majeure; un mathématicien est venu dans ces

derniers temps, affirmant que les cloches faisaient _toutes_ entendre,

au contraire, la tierce mineure; et il se trouva en réalité qu'elles

donnent harmoniquement toutes sortes d'intervalles. Les unes font

retentir la tierce mineure, les autres la quarte; une des cloches de

Weimar sonne la septième mineure et l'octave successivement (son

fondamental fa, résonnance fa octave, mi bémol septième); d'autres même

produisent la quarte augmentée. Évidemment la résonnance harmonique des

cloches dépend de la forme que le fondeur leur a donnée, des divers

degrés d'épaisseur du métal à certains points de leur courbure, et des

accidents secrets de la fonte et du coulage.

[87] (25 mai 1864.) Je viens de voir dans le volume des lettres de Félix

Mendelssohn, publié récemment par son frère, en quoi consistait son

_amitié romaine_ pour moi. Il dit à sa mère en me désignant clairement:

«*** _est une vraie caricature, sans une étincelle de talent_, etc.

etc..... _j'ai parfois des envies de le dévorer._»--Quand il écrivit

cette lettre, Mendelssohn avait vingt et un ans, ne connaissait _pas

une_ partition de moi; je n'avais encore produit que la première

esquisse de ma _Symphonie fantastique_ qu'il n'avait pas lue, et ce fut

seulement peu de jours avant son départ de Rome que je lui montrai

l'ouverture du _Roi Lear_ que je venais de terminer.

[88] Et voilà peut-être ce qui lui donnait des envies de me dévorer

(1864).

[89] Je ne connaissais pas encore, quand j'écrivis ces lignes, sa

ravissante partition _le Songe d'une nuit d'été_.

[90] Massues de sauvages.

[91] Les femmes.

[92] Les Européens, les blancs.

[93] À la répétition, Schuman, sortant de son mutisme habituel, me dit:

_Cet offertorium surpasse tout_. Mendelssohn, lui, me fit compliment sur

_une entrée de contre-basse_ qui se trouve dans l'accompagnement de ma

romance _l'Absence_, que l'on chantait aussi dans ce concert.

[94] _Cher_ aux malades, mais _illustre_ parmi les savants.

[95] Hier, mademoiselle, en proie à un accès de cette philosophie, je me

trouvais dans une maison où l'on a la manie des autographes. La reine du

salon ne manqua pas de me prier d'écrire quelque chose sur son album.

«Mais je vous en prie, ajouta-t-elle, pas de banalités.» Cette

recommandation m'irrita, et j'écrivis aussitôt:

«_La peine de mort est une très-mauvaise chose, car, si elle n'existait

pas, j'aurais probablement déjà tué beaucoup de gens, et nous n'aurions

pas à l'heure qu'il est tant de ces gredins de crétins, fléaux de l'art

et des artistes._»

On rit beaucoup de mon aphorisme, croyant que je n'en pensais pas un

mot.

[96] Mademoiselle Bertin m'a assuré dernièrement que je la calomniais en

comptant Cimarosa parmi ses compositeurs favoris. Je dois donc

reconnaître mon erreur, en regrettant de l'avoir commise. En tout cas,

ce n'est pas, je le suppose, une calomnie bien grave et l'on peut s'en

consoler.

[97] Non, cela ne sera pas permis. J'ai eu tort d'écrire cela. Gluck

connaissait aussi bien que Meyerbeer l'effet de deux cordes à l'unisson,

et s'il ne l'a pas voulu employer, personne n'a mission de l'introduire

dans son oeuvre. Au reste Meyerbeer a ajouté dans _Armide_ d'autres

effets, tels que celui des trombones du duo: «_Esprits de haine et de

rage!_» qu'on ne peut assez blâmer; ce sont d'incroyables erreurs.

Spontini les citait un jour devant moi et me reprochait de ne les avoir

pas signalées. Et lui aussi pourtant, il a ajouté des instruments à vent

à l'orchestre d'_Iphigénie en Tauride_... Et oubliant qu'il avait eu

cette faiblesse, il s'écriait une autre fois: «C'est affreux! on

m'instrumentera donc aussi moi, quand je serai mort?...»

[98] Aux deux dernières exécutions du _Requiem_ dans l'église de

Saint-Eustache à Paris, ce passage a pourtant enfin été rendu sans

faute.

[99] En italien _coglionorie_.

[100] Spohr était maître de chapelle à Cassel.

[101] Il fut tailleur lui-même, m'a-t-on dit.

[102] Joachim est maintenant le premier violoniste de l'Allemagne,

peut-être de l'Europe, et un artiste complet.

[103] Malheureux Becher! j'apprends qu'il s'est follement jeté dans la

fournaise de la dernière insurrection de Vienne, qu'il a été pris, jugé,

condamné et fusillé!...

[104] Ce bâton est en vermeil; il porte le nom des nombreux

souscripteurs qui me l'offrirent; une branche de laurier l'entoure et

sur ses feuilles sont inscrits les titres de mes partitions. L'Empereur,

après avoir assisté à l'un de mes concerts que je donnais dans la salle

des Redoutes, m'envoya cent ducats (1,100 francs). En revanche, il

chargea quelqu'un de me transmettre ce singulier compliment:

«Dites à Berlioz que je me suis _bien amusé_.»

[105] (6 mars 1861.) Je viens d'envoyer en Hongrie cette partition. Une

société de jeunes Hongrois m'a adressé il y a quelques semaines une

couronne d'argent d'un travail exquis, portant, sur un écusson aux armes

de la ville de Gior (en allemand Raab) ces mots: _À Hector Berlioz la

jeunesse de Gior_. Ce présent était accompagné d'une lettre à laquelle

j'ai répondu:

«Messieurs,

J'ai reçu votre beau présent et la lettre flatteuse qui l'accompagnait.

Ce témoignage de sympathie, venu d'un pays dont j'ai conservé un si cher

souvenir, m'a vivement touché. L'effet de mon ouvrage est dû sans doute

aux sentiments que réveille votre thème national en vous, qu'il doit

conduire _à la vie_ (selon votre poétique expression) en vous de qui

l'on peut dire avec Virgile:

. . . . . . . . . . . . . ._Furor iraque mente

Præcipitant, pulchrumque mori succurrit in armis._

Mais si vous avez trouvé dans ma musique une étincelle seulement de

l'enthousiasme qui brûle les nobles âmes hongroises, je dois m'estimer

trop heureux et considérer ce succès comme l'un des plus rares qu'un

artiste puisse obtenir.

Recevez, messieurs, avec l'expression de ma gratitude, mes cordiales

salutations.

Votre tout dévoué,

HECTOR BERLIOZ.»

Mémoires de Hector Berlioz comprenant ses voyages en Italie, en Allemagne, en Russie et en Angleterre, 1803-1865 · 第 150 / 159 题