Un premier opéra.--M. Andrieux.--Une première messe.
M. de Chateaubriand.
Quelques mois après mon admission parmi les élèves particuliers de
Lesueur, (je ne faisais point encore partie de ceux du Conservatoire) je
me mis en tête d'écrire un opéra. Le cours de littérature de M.
Andrieux, que je suivais assidûment, me fit penser à ce spirituel
vieillard, et j'eus la singulière idée de m'adresser à lui pour le
livret. Je ne sais ce que je lui écrivis à ce sujet, mais voici sa
réponse.
«Monsieur,
»Votre lettre m'a vivement intéressé; l'ardeur que vous montrez pour le
bel art que vous cultivez, vous y garantit des succès; je vous les
souhaite de tout mon coeur, et je voudrais pouvoir contribuer à vous les
faire obtenir. Mais l'occupation que vous me proposez n'est plus de mon
âge; mes idées et mes études sont tournées ailleurs; je vous paraîtrais
un barbare, si je vous disais combien il y a d'années que je n'ai mis le
pied ni à l'Opéra, ni à Feydeau. J'ai soixante-quatre ans, il me
conviendrait mal de vouloir faire des vers d'amour, et en fait de
musique, je ne dois plus guère songer qu'à la messe de _Requiem_. Je
regrette que vous ne soyez pas venu trente ou quarante ans plus tôt, ou
moi plus tard. Nous aurions pu travailler ensemble. Agréez mes excuses
qui ne sont que trop bonnes et mes sincères et affectueuses salutations.
»ANDRIEUX.»