VII

Un premier opéra.--M. Andrieux.--Une première messe.

M. de Chateaubriand.

Quelques mois après mon admission parmi les élèves particuliers de

Lesueur, (je ne faisais point encore partie de ceux du Conservatoire) je

me mis en tête d'écrire un opéra. Le cours de littérature de M.

Andrieux, que je suivais assidûment, me fit penser à ce spirituel

vieillard, et j'eus la singulière idée de m'adresser à lui pour le

livret. Je ne sais ce que je lui écrivis à ce sujet, mais voici sa

réponse.

«Monsieur,

»Votre lettre m'a vivement intéressé; l'ardeur que vous montrez pour le

bel art que vous cultivez, vous y garantit des succès; je vous les

souhaite de tout mon coeur, et je voudrais pouvoir contribuer à vous les

faire obtenir. Mais l'occupation que vous me proposez n'est plus de mon

âge; mes idées et mes études sont tournées ailleurs; je vous paraîtrais

un barbare, si je vous disais combien il y a d'années que je n'ai mis le

pied ni à l'Opéra, ni à Feydeau. J'ai soixante-quatre ans, il me

conviendrait mal de vouloir faire des vers d'amour, et en fait de

musique, je ne dois plus guère songer qu'à la messe de _Requiem_. Je

regrette que vous ne soyez pas venu trente ou quarante ans plus tôt, ou

moi plus tard. Nous aurions pu travailler ensemble. Agréez mes excuses

qui ne sont que trop bonnes et mes sincères et affectueuses salutations.

»ANDRIEUX.»

Mémoires de Hector Berlioz comprenant ses voyages en Italie, en Allemagne, en Russie et en Angleterre, 1803-1865 · 第 23 / 159 题