1789[48]
[Note 48: _Sic_. Il faut sans doute lire aussi 1791.]
_Troubles provoqués par la voie des spectacles._
L'aristocratie s'était promis d'inoculer l'incivisme par les canaux des
théâtres. Cette maudite pièce de ....[49] fut celle qui fit le plus de
fortune et avec laquelle les bas flatteurs du royalisme insultèrent le
plus lâchement aux patriotes. Impatienté, je dis un jour à bon nombre de
ces derniers: Rendons-nous en force au Panthéon (_sic_), et vous verrez
que nous saurons nous venger de toutes ces bravades trop longtemps
souffertes. Nous partons: _A bas la pièce et les aristocrates!_ nous
écrions-nous dès que la scène s'ouvre. On nous répond: _A bas les
Jacobins!_ Un combat s'engage et plusieurs coups d'épée et de sabre sont
donnés et reçus. Les patriotes, inférieurs en nombre à la faction
royaliste, furent contraints de me laisser presque seul dans le
parterre. J'y fus en butte à toutes les insultes des femmes entretenues
par les chevaliers du poignard, qui en voulaient surtout infiniment à ma
coiffure de jacobin ou de sans-culotte dont on connaît l'élégance et qui
a eu pourtant depuis tant d'imitateurs.
[Note 49: Il s'agit peut-être de la reprise de _La Partie de chasse de
Henri IV_, par Collé, au théâtre de la Nation, le 26 novembre 1791,
(_Moniteur_, X, 468, 484, et non le 5 septembre 1791, comme l'impriment
par erreur Etienne et Martainville, t. II, p. 147: ce jour-là on jouait
_Virginie ou les Décemvirs_, par Doigny). «Ce charmant ouvrage de Collé,
disent Etienne et Martainville, renfermait des allusions que les amis de
Louis XVI saisirent avec transport et que sifflèrent impitoyablement
ceux qui ne voyaient qu'avec indignation l'espèce d'oubli dont
l'Assemblée nationale avait couvert son voyage à Varennes. Cette
différence d'opinion excita dans le parterre des rixes qui seraient
devenues sanglantes, si la force armée n'était pas accourue pour
rétablir la tranquillité.»]
Je montai sur un banc et, là, je bravai toutes ces furies. J'osai seul
leur répondre que la pièce ne serait pas jouée. Alors vinrent se rallier
autour de moi mes bons acolytes qui avaient déjà emporté contre nos
adversaires la première partie du combat. Nous voulûmes gagner victoire
complète. Nous ne désemparâmes pas que nous n'ayons (_sic_) mis tout le
monde dehors, et traîné messieurs les pages dans la boue, ainsi que
leurs belles donzelles, que l'on couvrait de neige et de fumier.