CHAPITRE VI

Ce que c’est que la chair de péché dont parle saint Paul.

Toutes ces mauvaises dispositions de la chair l’ont fait appeler par

saint Paul la chair de péché: _Dieu_, dit-il, _a envoyé son Fils dans la

ressemblance de la chair du péché[36]_. Remarquez donc en Jésus-Christ

non pas la ressemblance de la chair absolument, mais la ressemblance de

la chair du péché. En nous se trouve la chair du péché, dans les

impressions du péché que nous portons dans notre chair, et dans la pente

qu’elle nous inspire au péché, par l’attache aux sens: et en

Jésus-Christ seulement _la ressemblance de la chair du péché_, parce que

sa chair virginale est exempte de tout le désordre que le péché a mis

dans la nôtre. Il a donc non la ressemblance de la chair, car sa chair

est très véritable, faite d’une femme, et vraiment sortie du sang

d’Abraham et de David; ce qui emporte non la ressemblance, mais la

véritable nature de la chair. Aussi saint Paul lui attribue-t-il, non

pas la ressemblance de la chair, mais _la ressemblance de la chair du

péché_, à cause que, sans avoir les inclinations perverses, dont les

semences sont en notre chair, il en a pris seulement la passibilité et

la mortalité; c’est-à-dire, la seule peine du péché, sans en avoir ni la

coulpe, ni aucun des mauvais désirs qui nous y portent.

[36] _Rom._, VIII, 3.

Jugeons maintenant avec combien de raison saint Jean nous commande

d’avoir le Monde en horreur, à cause qu’il est tout rempli de la

concupiscence de la chair. Il y a dans notre chair une secrète

disposition à un soulèvement universel contre l’esprit: _La chair

convoite contre l’esprit_, comme dit saint Paul[37]; c’est-à-dire que

c’est là son fond depuis la corruption de notre nature. Tout y nourrit

la concupiscence, tout y porte au péché, comme on a vu. Il la faut donc

autant haïr que le péché même, où elle nous porte.

[37] _Galat._, V, 17.

Traité de la concupiscence · 第 11 / 44 题