Ce que c’est que la chair de péché dont parle saint Paul.
Toutes ces mauvaises dispositions de la chair l’ont fait appeler par
saint Paul la chair de péché: _Dieu_, dit-il, _a envoyé son Fils dans la
ressemblance de la chair du péché[36]_. Remarquez donc en Jésus-Christ
non pas la ressemblance de la chair absolument, mais la ressemblance de
la chair du péché. En nous se trouve la chair du péché, dans les
impressions du péché que nous portons dans notre chair, et dans la pente
qu’elle nous inspire au péché, par l’attache aux sens: et en
Jésus-Christ seulement _la ressemblance de la chair du péché_, parce que
sa chair virginale est exempte de tout le désordre que le péché a mis
dans la nôtre. Il a donc non la ressemblance de la chair, car sa chair
est très véritable, faite d’une femme, et vraiment sortie du sang
d’Abraham et de David; ce qui emporte non la ressemblance, mais la
véritable nature de la chair. Aussi saint Paul lui attribue-t-il, non
pas la ressemblance de la chair, mais _la ressemblance de la chair du
péché_, à cause que, sans avoir les inclinations perverses, dont les
semences sont en notre chair, il en a pris seulement la passibilité et
la mortalité; c’est-à-dire, la seule peine du péché, sans en avoir ni la
coulpe, ni aucun des mauvais désirs qui nous y portent.
[36] _Rom._, VIII, 3.
Jugeons maintenant avec combien de raison saint Jean nous commande
d’avoir le Monde en horreur, à cause qu’il est tout rempli de la
concupiscence de la chair. Il y a dans notre chair une secrète
disposition à un soulèvement universel contre l’esprit: _La chair
convoite contre l’esprit_, comme dit saint Paul[37]; c’est-à-dire que
c’est là son fond depuis la corruption de notre nature. Tout y nourrit
la concupiscence, tout y porte au péché, comme on a vu. Il la faut donc
autant haïr que le péché même, où elle nous porte.
[37] _Galat._, V, 17.