Ce que c’est que la Concupiscence de la chair: et combien le corps pèse
à l’âme.
La concupiscence de la chair est ici d’abord l’amour des plaisirs des
sens: car ces plaisirs nous attachent à ce corps mortel, dont saint Paul
disait: _Malheureux homme que je suis, qui me délivrera du corps de
cette mort[12]?_ et nous en rendent l’esclave. Ce qui fait dire au même
saint Paul: _Qui me délivrera?_ qui m’affranchira de sa tyrannie? qui en
brisera les liens? qui m’ôtera un joug si pesant?
[12] _Rom._, VII, 24.
_Les pensées des mortels sont timides_, et pleines de faiblesses, _et
nos prévoyances incertaines; parce que le corps qui se corrompt
appesantit l’âme, et que notre demeure terrestre opprime l’esprit, qui
est fait pour beaucoup penser: et la connaissance même des choses qui
sont sur la terre nous est difficile. Nous ne pénétrons qu’à peine et
avec travail les choses qui sont devant nos yeux: mais pour celles qui
sont dans le ciel, qui de nous les pénétrera[13]?_ Le corps rabat la
sublimité de nos pensées, et nous attache à la terre, nous qui ne
devrions respirer que le ciel. Ce poids nous accable; _et c’est là cet
empêchement qui a été créé pour tous les hommes[14], et le joug pesant
qui a été mis sur tous les enfants d’Adam, depuis le jour qu’ils sont
sortis du sein de leur mère, jusqu’à celui où ils rentrent, par la
sépulture, à la mère commune, qui est la terre[15]_. Ainsi l’amour des
plaisirs des sens, qui nous attache au corps, qui par sa mortalité est
devenu le joug le plus accablant que l’âme puisse porter, est la cause
la plus manifeste de sa servitude et de ses faiblesses.
[13] _Sapient._, IX, 14-16.
[14] DÉFORIS: _pour tous les hommes_ après le péché.
[15] _Eccl._, XI, 1.