VI

Avant d'aller plus loin, nous sentons le besoin de déclarer que ceci

n'est qu'une froide et grave étude de l'histoire. Celui qui écrit ces

lignes comprend les haines de peuple à peuple, les antipathies de

races, les aveuglements des nationalités, il les excuse, mais il ne

les partage pas. Rien, dans ce qu'on vient de lire, rien, dans ce

qu'on va lire encore, ne contient une réprobation qui puisse retomber

sur les peuples mêmes dont l'auteur parle. L'auteur blâme quelquefois

les gouvernements, jamais les nations. En général, les nations sont ce

qu'elles doivent être; la racine du bien est en elles, Dieu la

développe et lui fait porter fruit. Les quatre peuples mêmes dont on

trace ici la peinture rendront à la civilisation de notables services

le jour où ils accepteront comme leur but spécial le but commun de

l'humanité. L'Espagne est illustre, l'Angleterre est grande; la Russie

et la Turquie elle-même renferment plusieurs des meilleurs germes de

l'avenir.

Nous croyons encore devoir le déclarer dans la profonde indépendance

de notre esprit, nous n'étendons pas jusqu'aux princes ce que nous

disons des gouvernements. Rien n'est plus facile aujourd'hui que

d'insulter les rois. L'insulte aux rois est une flatterie adressée

ailleurs. Or, flatter qui que ce soit de cette façon, en haut ou en

bas, c'est une idée que celui qui parle ici n'a pas besoin d'éloigner

de lui; il se sent libre, et il est libre, parce qu'il se reconnaît la

force de louer dans l'occasion quiconque lui semble louable, fût-ce un

roi. Il le dit donc hautement et en pleine conviction, jamais, et ceci

prouve l'excellence de notre siècle, jamais, en aucun temps, quelle

que soit l'époque de l'histoire qu'on veuille confronter avec la

nôtre, les princes et les peuples n'ont valu ce qu'ils valent

maintenant.

Qu'on ne cherche donc dans l'examen historique auquel il se livre ici

aucune application blessante ni pour l'honneur des royautés ni pour la

dignité des nations; il n'y en a pas. C'est avant tout un travail

philosophique et spéculatif. Ce sont des faits généraux, rien de plus;

ce sont des idées générales, rien de plus. L'auteur n'a aucun fiel

dans l'âme. Il attend candidement l'avenir serein de l'humanité. Il a

espoir dans les princes; il a foi dans les peuples.

Le Rhin, Tome IV · 第 33 / 53 题