UN TRAIN ACTIONNÉ PAR DES ACCUMULATEURS.

On vient de mettre à l'essai aux États-Unis le premier train de chemin

de fer actionné par des batteries d'accumulateurs. Ce train, qui se

compose de trois voitures portant chacune quatre moteurs et une batterie

d'accumulateurs, est destiné au réseau des chemins de fer de Cuba. Il a

circulé entre New-York et Long-Beach, soit sur une distance de 40

kilomètres; le trajet a été accompli en 57 minutes à l'aller et en 53

minutes au retour.

On a consommé environ 2,5 kilowatts par kilomètre. En supposant que le

courant revienne à 5 centimes le kilowatt, le transport de 150 voyageurs

sur un parcours (aller et retour) de 80 kilomètres revient à une dizaine

de francs.

LE POIDS DU CERVEAU, LA TAILLE

ET L'INTELLIGENCE

_Dans sa nouvelle pièce_, les Éclaireuses, qui obtient le plus éclatant

succès au Théâtre Marigny, M. Maurice Donnay effleure avec son esprit

coutumier une question de haute biologie. La scène finale du premier

acte rende tout entière sur la valeur respective du cerveau dans les

deux sexes. Le mari, très averti, oppose à sa femme l'opinion du docteur

Dubois, savant hollandais surtout connu pour avoir découvert le_

Pithecanthropus._

_M. Dagnan-Bouveret, fils du grand peintre, nous adresse sur cette

question une note amusante, en dépit de sa précision technique.--note

particulièrement agréable à lire pour le beau sexe qui ne pourra,

désormais, s'offusquer de se voir, comme il arrive parfois, attribuer

«une cervelle d'oiseau»:_

Bien souvent la fantaisie des poètes s'est plu à faire abstraction des

cadres rigides qu'imposent à la réalité l'espace et le temps. Nul

peut-être plus que Swift, dans ses voyages de Gulliver, n'a tiré un

heureux parti de ces fictions qui ne changent les dimensions des êtres

et des choses que pour peindre avec plus d'ironie les moeurs et les

ridicules des hommes. Parfois la nature même semble justifier ces

fantaisies en nous présentant des géants si grands et surtout des nains

si petits qu'il semble, que l'imagination ne soit guère allée au delà du

réel et n'ait pas dépassé les limites du possible. Mais la biologie nous

a montré que l'évolution des espèces est limitée dans le sens de la

grandeur aussi bien que, dans celui de la petitesse do la taille.

L'accroissement de la taille a une limite relativement simple et

d'ordre; purement mécanique. Tandis que le poids s'accroît comme le cube

de la taille, la force des muscles s'accroît comme leur section

transversale, ce qui correspond au carré de la taille.

Beaucoup plus complexe est la limite de la diminution de la taille.

Cuvier avait admis la proportionnalité pure et simple entre le poids du

corps et celui du cerveau. Il estimait que _le poids relatif_ de ce

dernier correspond au degré d'intelligence. Cette loi se vérifie quand

on compare entre elles de larges divisions du règne animal, telles que

les classes des vertébrés; le poids du cerveau représente pour l'homme

1/45 de celui du corps; 1/98 pour le, chevreuil; 1/392 pour le cygne;

1/4300 pour le requin, etc. Mais on aboutit aux résultats les plus

paradoxaux si on compare les animaux d'une même classe ou d'une même

espèce. Ainsi, la souris a une proportion d'encéphale égale, à celle de

l'homme; le ouistiti a une proportion beaucoup plus élevée (1/25),

dépassée encore par certains petits oiseaux tels que la mésange et le

roitelet (1/20).

En présence de ces faits, la loi de Cuvier a dû être abandonnée et on a

cherché une autre relation entre le poids du corps, le poids de

l'encéphale et la mesure de l'intelligence. Les travaux de Brandt et de

Sneil avaient établi que l'activité générale de l'organisme, mesurée par

les combustions vitales, est proportionnelle à la surface et non au

poids du corps. Dubois, le savant hollandais qui découvrit à Java le

_Pithecanthropus_, s'est alors demandé si l'on n'obtiendrait pas une

formule satisfaisante en comparant le poids de l'encéphale non pas à la

masse du corps, mais à sa surface. Or, la surface du corps d'un animal

est proportionnelle au carré (ou puissance 2) de sa longueur, et son

poids au cube de cette longueur; par conséquent, la surface est

proportionnelle à la puissance 2/3 ou 0,66 du poids et la longueur à la

puissance 1/3 de ce poids.

Partant de cette hypothèse, et considérant des espèces appartenant à une

même; famille (mais appartenant toutes à la classe des mammifères),

Dubois s'est efforcé de la vérifier empiriquement. Pour des familles

très différentes, il a obtenu des valeurs très voisines, dont la

moyenne, _l'exposant_ de relation est 0,56, c'est-à-dire un peu plus

faible que celle donnée par la théorie (0,66). Dès lors, on peut dire

que le poids de l'encéphale est, chez les mammifères, égal au poids

multiplié par 0,56 et par une constante, variable suivant les familles

considérées, que Dubois appelle le coefficient de céphalisation.

L'influence de la taille de l'animal sur le poids de son encéphale se

trouve ainsi éliminée, et le coefficient de céphalisation représente

bien, comme l'a exprimé M. Lapicque, «la valeur cherchée, laquelle doit

diminuer ou grandir avec la complexité de la vie de relation, la

souplesse surtout de cette vie de relation, et la possibilité de son

ajustement à des conditions de plus en plus délicates; c'est-à-dire avec

l'intelligence des animaux appréciée objectivement.»

Avec ce coefficient de céphalisation, on obtient un classement

satisfaisant. L'homme vient nettement en tête avec un coefficient égal à

2,8, d'après Dubois; 2,73 pour l'homme et 2,72 pour la femme, d'après

les calculs de M. Lapicque. Bien au-dessous viennent les singes

supérieurs, les anthropoïdes, orangs ou gibbons, 0,76 à 0,70; puis les

singes inférieurs, tels que les ouistitis, 0,48; enfin, les autres

mammifères, 0,45 à 0,30.

Toujours, fait capital, les grandes et les petites espèces d'une même

famille, quelle que soit la différence de leur poids, sont rapprochées

par leur coefficient de céphalisation.

Il résulte de cette loi qu'entre des espèces animales qui diffèrent

seulement par la taille, le poids de l'encéphale varie beaucoup moins

vite que le poids du corps. Si, par exemple, dans une même famille, nous

considérons deux représentants d'espèces de taille différente, l'un

ayant un poids triple de celui de l'autre, le poids de l'encéphale du

plus gros sera non pas triple, mais double; de celui du poids du plus

petit. Par conséquent, les petits animaux ont une bien plus forte

proportion d'encéphale que les grands.

Cette proportion à laquelle nous avons vu qu'on ne pouvait attacher la

signification que lui attribuait Cuvier paraît avoir un sens très net:

elle marquerait une limite à l'évolution des espèces dans le sens de la

diminution de la taille. La tête, en effet, ne saurait être démesurément

lourde par rapport au corps: il semble qu'elle ne puisse dépasser un

dixième ou un huitième du poids total du corps. Or, la tête comprend non

seulement l'encéphale, mais encore la boîte crânienne, le massif facial,

les mâchoires, les appareils des sens. Un oiseau peut donc se permettre

au maximum un quinzième de son poids total comme encéphale; un mammifère

au maximum un vingt-cinquième.

En ce qui concerne l'espèce humaine, M. Lapicque a calculé que, la plus

petite race possible «ayant un cerveau fonctionnellement égal au nôtre,

aurait un pouls d'environ 15 kilogrammes». Nous voilà bien loin encore

des Lilliputiens de Swift qui, avec leur taille de 6 pouces pèseraient

moins de 100 grammes!

[Illustration: Une belle oeuvre architecturale du XVIIe siècle entourée

de bâtiments de ferme: le portail d'honneur du château de Brécy, dans le

Calvados.--_Phot. Ch. Foulard._]

L'Illustration, No. 3651, 15 Février 1913 · 第 36 / 43 题