fourrures, perles, jade, livres, médecines, pilules, vêtements,
souliers, conserves alimentaires, objets manufacturés, sont communément
envoyés par colis postal. A Sou-Tcheou et Hang-Tcheou, la majeure
partie des colis expédiés contenaient des pièces de soie et broderies,
se chiffrant respectivement par 21.800 et 38.000. C'est une chose assez
ordinaire à Sou-Tcheou de livrer 300 colis par jour, et le chemin de
fer a dû faire construire des hangars spéciaux pour arriver à loger la
quantité de colis expédiés journellement. Il est à noter que le deuil
national à l'occasion de la mort de l'Empereur et de l'Impératrice
a, pour un temps, tout à fait arrêté l'expédition des colis postaux.
Tous les colis payent un droit, et à Sou-Tcheou il fut perçu une somme
totale de 45.000 piastres, soit 25 pour 100 du revenu total du port,
et cela sur les colis renfermant de la soie.
A Nankin, la valeur des colis pour l'intérieur est montée de 176.000
à 348.000 piastres. Parmi les colis internationaux reçus à Changhai,
15.500 provenaient des bureaux de poste étrangers.
Les articles recommandés ont passé de 15 à 19 millions.
La poste chinoise possède comme le Japon un service de distribution
rapide moyennant une surtaxe. Actuellement ce service ne peut
fonctionner dans l'intérieur et sept bureaux seulement en font l'essai.
Ce service semble prendre assez bien, puisque de 221.000 lettres
délivrées par lui en 1907, il est passé à une distribution de 317.000
en 1908.
Dans le Yangtseu, Changhai et Hankeou sont les deux villes où ce
service fonctionne.
Les articles d'argent ont continué de progresser, et, en réalité, plus
que ne le désire l'administration impériale des postes qui, avec ses
moyens très restreints, trouve ce service bien compliqué et difficile,
et ne désire nullement prendre la place des banquiers. Ces opérations
sont un sujet d'ennuis constants dus aux risques à courir, en faisant
un transport de fonds dans l'intérieur, et aux difficultés du change
sur les différentes provinces. Malgré toute l'attention et toute la
bonne volonté, toute la vigilance des agents de la poste, il est
très difficile, par exemple, d'arriver à une taxe exacte entre les
différentes provinces. Néanmoins on a expédié 2.578.000 taels au lieu
de 2.221.000 l'année dernière, et la poste a payé 2.570.000 taels au
lieu de 2.204.000 en 1907.
Dans beaucoup de provinces il y a encore du terrain à gagner par
l'administration postale; ainsi les Sin-Kiu possèdent d'excellents
services au Sseu-Tchuen, et le programme à exécuter par la poste
impériale dans cette province est d'accélérer les services sur les
longues distances, d'établir des courriers de jour et de nuit, comme
ceux que l'on va créer entre Wouan-Chien et Tchong-King et Wouan-Chien
et Tcheng-Tou; il est nécessaire d'en établir rapidement sur d'autres
points importants de la province. Dans le district de Wouan-Chien,
une plus grande extension a été donnée aux lignes de courriers vers
Tong-Lieng (500 li), Kouei-Tcheou-Fou (90 li), Miao-You-Tsao (90
li), pays qui jusqu'alors n'avaient pas été desservis par la poste
impériale. Dans le district de Cha-Che (Shasi), trois nouveaux services
ont été inaugurés, le plus important étant King-Meun-Tcheou, dans
le nord, lequel promet d'être très fructueux. Yo-Tcheou a été relié
avec le district de Tchong-King par Sieou-Chou, et avec le district
de Canton par Kou-Yi, à l'aide de nouveaux services au nombre de six,
faits par des courriers qui couvrent une distance de 5.600 li.
Kouei-Yang-Fou, capitale du Kouei-Tcheou, à la tête d'un district vaste
mais fort peu peuplé, a augmenté le service de ses courriers sur 1.400
li. Kieou-Kiang a de même poussé vigoureusement l'amélioration de son
service et y a ajouté treize nouvelles lignes d'une longueur totale de
2.000 li. Wou-Hou a organisé trois nouveaux services; Nankin, deux;
Tchen-Kiang, sept.
Dans le district de Mong-Tseu, les courriers couvrent 9.400 li et se
rejoignent tous en un seul réseau; l'attention de l'administration
impériale a été surtout attirée vers l'amélioration des routes
existantes, les plus importantes étant Yuen-Kiang--Sin-Ching qui
est destinée à abréger la route Yunnan-Fou--Sseu-Mao, et la ligne
de Heou-Yen-Tsing à Yuan-Meou qui évite un détour de 500 li par
Yunnan-Fou, à la correspondance qui provient des puits de sel de
Houei-Li.
De même que les lignes de courriers par terre, le service par eau se
développe également, le total des lignes de navigation intérieure étant
passé de 18.500 à 20.500 li. La flottille de Tchong-King--Wouan-Chien,
composée de sept jonques, marche très bien, malgré les difficultés
et les dangers; l'été dernier l'une d'elles naufragea près de
Tchang-Cheou; toutes les dépêches furent submergées, mais finalement
repêchées. Le temps moyen pour le voyage en remontant le fleuve est de
sept jours; le plus rapide jusqu'à présent a été de cinq jours dix-huit
heures. La communauté de Tchong-King est unanime à rendre hommage
au mérite de ces hommes qui dirigent les jonques postales, humbles
mais loyaux serviteurs qui donnent leur temps, leur force et aussi,
malheureusement, quelquefois leur vie à la tâche difficile de piloter
leurs bateaux dans les gorges dangereuses et rapides du terrible
Yang-Tseu-Kiang. Six d'entre eux furent noyés dans l'été de 1908.
Wouan-Chien, où un inspecteur des postes réside, à moitié chemin entre
Itchang et Tchong-King, est le point où convergent les deux services
de jonques postales de Tchong-King et d'Itchang; de ces deux services,
les sept bateaux allant de Wouan-Chien à Itchang ont fait 160 voyages
en 1908, couvrant 326.400 li; et ceux qui courent entre Wouan-Chien
et Tchong-King ont fait 180 voyages couvrant 316.000 li. Yo-Tcheou a
des jonques postales faisant le service de Tchang-Cha (360 li), de
Tchang-Te-Fou (580 li) et de Tchang-Te à Tchen-Yuan (1.510 li), en tout
2.540 li.
Hankeou a ouvert récemment un service entre Tien-Kia-Tchen et Wou-Siue.
Kieou-Kiang se sert d'une jonque pour faire un service de nuit entre
Yao-Tcheou et Che-Tchen-Kai.
Tchen-Kiang emploie trente-sept jonques qui font en moyenne 10 li par
heure.
Sou-Tcheou possède quarante-deux bateaux sur 837 li et Hang-Tcheou,
quarante-quatre sur 2.000 li.
Les chemins de fer, sur lesquels l'administration des postes compte
tant pour son développement futur, continuent de couvrir peu à peu le
sol chinois, et déjà des lignes d'une certaine étendue relient entre
eux quelques-uns des plus grands centres. La voie ferrée pénètre à
Hankeou, à Nankin, et ces deux villes reçoivent très rapidement les
correspondances d'Europe, grâce à la ligne Hankeou-Pékin. Lorsque
sera achevée celle qui doit courir entre Hankeou et Canton, le bassin
du Yang-Tseu-Kiang sera admirablement desservi par son port central,
Hankeou.
Au Yunnan, la construction du chemin de fer français, terminée
complètement jusqu'à Yunnan-Fou, rend un service inappréciable à
l'administration des postes.
Une notable portion de la correspondance confiée à l'administration
impériale des postes est transportée par des vapeurs entre les ports
et dans les endroits qui leur sont accessibles dans l'intérieur;
aucune opportunité n'est négligée pour se servir autant qu'on le
peut de ce moyen utile et rapide pour accélérer la transmission des
correspondances. Sur le Haut-Yangtseu, entre Itchang et Cha-Che
(Shasi), les services des compagnies chinoise, anglaise et japonaise
sont mis à contribution, et la transmission se fait régulièrement;
de courtes interruptions se sont produites cependant en mars et en
novembre, par suite de la baisse des eaux de la rivière. Pendant le
mois d'août les malles furent confiées à des chaloupes chinoises entre
Itchang et Itou; mais cet essai fut malheureux et on dut y renoncer à
cause du peu de régularité des voyages de ces chaloupes. Des chaloupes
transportent également la correspondance entre Yo-Tcheou et Tchang-Cha.
De Hankeou, une vraie flotte de navires de nationalités variées fait
le service: anglais, allemands, français, japonais et chinois; des
arrangements ont été conclus avec tous pour le transport des malles de
l'administration impériale.
Qu'est donc devenu dans tout ceci le service des entreprises
particulières? Si, comme on l'a déjà vu, les lettres portées par le
service impérial pour le compte de ces agences a dépassé 2.000.000,
la conclusion à en tirer est que ces agences indigènes renoncent à
leurs propres courriers et se servent du service de la poste; elles
limitent leurs opérations à la levée et à la distribution locales.
Chaque lettre paye le tarif; donc il est juste de dire que ces agences
travaillent pour la poste et lui viennent en aide pour la levée et
la distribution de la correspondance. Dans beaucoup de centres, les
populations chinoises sont si nombreuses, qu'il faudra des années
avant de pouvoir installer la poste officielle d'une façon saine et
régulière; les entreprises particulières viennent donc naturellement
suppléer au service de la poste, et cela a été une excellente chose
de les obliger à se faire enregistrer au bureau de poste le plus
proche. Les statistiques prouvent que, en bloc, plus de la moitié des
entreprises privées qui existent actuellement ont été enregistrées; le
reste continue à ses risques et périls et, comme il est difficile de
les rechercher partout et d'avoir recours contre elles à la coercition,
on les laisse faire. Elles mourront toutes seules. Des enquêtes ont été
entreprises sur la condition présente des Sin-Kiu, et elles ont donné
des chiffres intéressants et qui montrent bien la décroissance continue
des entreprises particulières, sauf dans les districts montagneux du
Sseu-Tchuen et du Yunnan, où cependant elles finiront également par
disparaître comme ailleurs.
Les postes étrangères continuent de fonctionner dans les principaux
ports ouverts, et notamment, dans le bassin du Yangtseu, Changhai et
Hankeou possèdent des bureaux anglais, allemands, français, japonais et
russes.
Un bureau de poste français existe aussi à Tchong-King, mais comme
ses transactions se bornaient à fort peu de chose, le gouvernement de
l'Indo-Chine, duquel il relevait, a décidé sa suppression.
V.--Le télégraphe a été installé pour la première fois dans l'Empire
chinois en 1877. Il existait le câble danois à Changhai pour les
relations avec l'Europe et l'Amérique, mais aucune ligne télégraphique
n'avait touché le sol chinois dans l'intérieur. En 1876, lors des
négociations avec la Russie pour l'évacuation de Kouldja, l'Impératrice
douairière fut surprise de voir que les réponses à ses demandes ou
objections arrivaient si rapidement de Saint-Pétersbourg; le ministre
de Russie lui fit comprendre qu'elles venaient par fil jusqu'à la
frontière même de Mandchourie, ce qui simplifiait beaucoup les choses,
et que les négociations seraient encore bien plus rapides si le
télégraphe arrivait jusqu'à Pékin. L'Impératrice se fit expliquer le
fonctionnement du télégraphe et ordonna immédiatement de l'installer
entre Pékin et toutes les capitales de provinces. Aujourd'hui chaque
localité un peu importante possède un bureau télégraphique, et les
lignes chinoises sont reliées par le nord aux lignes russes, par le sud
aux lignes françaises, et par l'ouest aux lignes anglaises.
Un vocabulaire des principaux caractères usuels a été composé,
comprenant environ dix mille signes idéographiques représentés
chacun par un groupe de quatre chiffres arabes, de sorte qu'on peut
télégraphier en chinois comme en n'importe quelle langue du monde.
Ce service étant infiniment plus simple à organiser que le service
postal a fonctionné tout de suite d'une façon normale; toutefois, un
télégramme de l'intérieur peut quelquefois se faire attendre trois ou
quatre jours; car l'employé, qui n'a généralement pas à transmettre
beaucoup de correspondances, n'est pas toujours à son poste et en prend
à son aise.
CHAPITRE XVI
I. Anglais et Français dans le Yang-Tseu-Kiang.--II. Japonais et
Allemands.--III. Ce que les Français pourraient faire, et comment ils
devraient procéder.--IV. Nécessité d'apprendre la langue chinoise.
I.--La Chine traverse actuellement une période de crise politique et
financière. Les esprits, mécontents de la défaite subie dans la guerre
avec le Japon, et surexcités à la suite de la guerre russo-japonaise,
se sont révoltés un peu partout dans l'Empire; quelques Chinois plus
ou moins versés dans les langues et les sciences de l'occident se
sont mis à la tête d'un mouvement de réforme, la vieille Chine en
est ébranlée jusque dans sa base; il est question de parlement et,
pour le moment, déjà les assemblées provinciales se réunissent. La
Chine se réveille d'un long sommeil; elle va se remettre à vivre et
le commerce général ne pourra qu'en bénéficier. Les Anglais, eux, ont
déjà pris position et depuis longtemps; quand les premiers ports furent
ouverts deux puissances étaient plus que toutes les autres en état
d'en profiter: l'Angleterre et la France. Mais seule la première sut,
comme partout ailleurs dans le monde, tirer parti de la situation.
Négociants et capitaux affluèrent sur les rives du Houang-Pou et dans
le Yang-tseu, et bientôt l'on ne vit plus que le pavillon britannique
et l'on n'entendit plus que la langue anglaise sur tout le littoral
chinois. Cependant les Français avaient fait quelques timides essais à
Changhai et à Hankeou. Dans le premier de ces ports ils conservèrent
une situation tout à fait subalterne, dans le second ils disparurent.
Si j'en crois de vieux documents, il y avait à Hankeou, en 1864, cent
Anglais et quinze Français; les cent Anglais sont devenus mille; quant
aux Français, ils s'étaient complètement évanouis jusqu'en 1895 où
reparaissent quelques rares représentants de maisons de Changhai. Il
résulte de cette mainmise britannique sur les ports ouverts et sur le
trafic, de cet afflux de capitaux et de bonne volonté, de l'effort de
travailleurs énergiques et persévérants, que pendant cinquante ans
l'Angleterre seule a compté en Chine et que, même maintenant, malgré
les compétitions, malgré les concurrences, elle est encore au premier
rang; sa langue est devenue la langue officielle sur tous les points du
territoire chinois.
Pourquoi donc n'avons-nous pas conquis notre place sur le marché
chinois, puisque nous en avions toute la latitude? On peut donner
beaucoup de raisons de notre effacement: la vraie est, je crois,
que nous ne sommes pas négociants, nous ne sommes pas commerçants,
nous sommes des terriens et des guerriers, et la preuve en est dans
nos occupations coloniales; nous y restons toujours, comme les
Espagnols, une manière de conquistadores. A cela s'ajoute le manque de
persévérance, de patience, et la peur de risquer. Enfin la plaie de
la France, au point de vue du commerce extérieur et du développement
des affaires avec l'étranger, c'est l'économie avare qui sévit sur
toutes les classes de la population. Cette fureur d'économiser qui nous
rend riches chez nous, brise l'esprit d'entreprise et d'initiative
personnelle. Aussi, tandis que des pays moins riches que le nôtre,
comme l'Allemagne et le Japon, prennent dans les affaires du monde une
place de plus en plus considérable, nous reculons.
Et puis, ceux qui se décident à essayer du commerce avec la Chine
semblent ne pas s'en former la moindre idée. Le nombre de lettres
fantastiques que reçoivent nos consuls est incroyable. Je citerai deux
exemples. Une maison française propose la combinaison suivante: «Le
consul la mettra en rapport avec une maison chinoise, laquelle lui
enverra ses produits: ces marchandises seront vendues en France, mais
au lieu de l'argent réalisé par la vente, le Français, lui, qui est
marchand de conserves, enverra pour une égale somme de marchandises au
Chinois, qui les vendra et se payera ainsi.»
Une autre maison écrit au consul d'endosser les commandes faites à elle
par une maison indigène!
Tout cela est-il raisonnable?
II.--Pourquoi nos maisons n'ont-elles pas, comme les Allemands et les
Japonais notamment, des représentants sur place? Nous avons institué
des écoles de commerce où se forment théoriquement des jeunes gens
qui sortent munis de diplômes, et les plus forts obtiennent des
bourses pour demeurer deux ans dans un pays étranger. Ces jeunes
gens, au lieu d'aller pendant deux ans perdre plus ou moins leur
temps, ne devraient-ils pas être employés par des maisons de commerce
et expédiés, par exemple, en Chine? Là, au centre même du marché à
exploiter, et ayant intérêt à l'exploiter au profit de la maison qui
les paye, ces jeunes gens s'initieraient à leurs métiers, apprendraient
à connaître les articles, ce qu'ils se vendent, ce qu'ils payent de
droits de douanes, le prix du fret, et enfin tout ce qui concerne
les différentes marchandises. Il leur serait facile de se procurer
sur place tous les échantillons désirables et de les envoyer à leurs
maisons qui sauraient ainsi ce qu'il faut expédier et dans quelles
conditions; quant à l'exportation, ils seraient au premier rang pour
se rendre compte par eux-mêmes de ce qui peut, avec utilité et profit,
s'exporter en France.
De cette manière le jeune employé serait mis au courant vite et bien,
et pourrait alors créer et installer dans le pays de sa résidence une
succursale de la maison qui l'emploie et développer ses affaires au fur
et à mesure.
Mais quelle est la maison, même considérable, qui voudrait entretenir,
un ou deux ans, un agent à ses frais sans que cela lui rapporte
immédiatement? En France on ne sait pas risquer[17]. Encore une fois
nos principes d'économie et de prévoyance rapace qui sont notre force
à l'intérieur, sont cause que nous n'osons rien tenter à l'étranger.
Pour faire, en effet, du commerce dans ces pays de Chine, il faut
savoir oser et ne pas craindre d'avoir à perdre une certaine somme
pour un apprentissage qui dans la suite fera rentrer des bénéfices; et
puis, enfin, chacun sait que dans le commerce, comme partout, plus que
partout peut-être, il faut risquer pour récolter. Or le Français n'aime
pas les risques, et je ne suis pas éloigné de croire qu'il voudrait
bien se servir des agents consulaires et des attachés commerciaux comme
d'agents de placement officiels et garantis par le gouvernement.
[Note 17: Il est bon cependant de savoir risquer quelquefois;
en voici un exemple. Quand j'ai organisé la concession française à
Hankeou, j'ai mis nos compatriotes d'Extrême-Orient au courant de ce
qu'ils pourraient tenter, comme affaires, dans ce port qui prenait
un développement de plus en plus considérable. Notamment j'avais
conseillé la construction d'un hôtel, établissement qui n'existait
pas à Hankeou et qui, cependant, était d'une nécessité urgente, étant
donnés les nombreux Européens qui chaque semaine, chaque jour même, y
débarquaient. Un de nos compatriotes établi au Japon accourut et mit le
projet d'hôtel à exécution. Il réussit si bien que, au bout de trois
ans, il revendit son fonds avec terrain et immeuble. De là il alla
reprendre une affaire qui tombait, à Changhai, et la remit en bonne
voie; survint la guerre russo-japonaise et le blocus de Port-Arthur.
Cet homme entreprenant et énergique quitta Changhai et alla s'installer
à Nagasaki pour être au courant des nouvelles; puis, achetant trois
vapeurs, il risqua sa fortune dans le ravitaillement de Port-Arthur; il
réussit et ses bateaux passèrent malgré l'escadre japonaise. Quand la
guerre fut terminée, ce vaillant monta une compagnie de navigation à
vapeur entre Tien-Tsin et les ports du Sud.
Que n'avons-nous seulement cinq hommes aussi énergiques dans chaque
port d'Extrême-Orient!]
III.--Aussi, que les bateaux à vapeur finissent par remonter jusqu'à
Tchong-King, que le chemin de fer du Yunnan aille rejoindre Soui-Fou,
que la Chine soit enfin ouverte totalement au commerce étranger, les
Anglais, les Allemands, les Américains et les Japonais en profiteront,
les Français bien peu, à moins de changer leur manière de procéder. Un
consul résidant à Hankeou en 1865, 66, 67, disait déjà ces choses et
constatait avec peine le peu de succès de ses conseils!
Aujourd'hui, que la Chine est accessible un peu partout, il serait
possible d'établir, d'accord avec des négociants chinois sérieux et
ayant une certaine surface, des comptoirs mixtes sino-français. C'est
ce que conseille en ces termes un de nos agents[18]. «Pour étendre le
rayon d'action des comptoirs mixtes (fondés avec un personnel chinois)
et faciliter l'écoulement de leurs stocks, des établissements de second
ordre, à la tête desquels seraient placés des parents ou des amis des
associés chinois, pourraient être ouverts dans les principales villes
de l'intérieur, et tout d'abord dans celles situées à peu de distance
des ports où seraient installés les comptoirs.»
[Note 18: Rapports commerciaux et consulaires, nº 756.]
En dehors des villes ouvertes, on ne connaît guère en Chine les
expositions périodiques, les offres exceptionnelles, la vente réclame,
l'article réclame. D'un autre côté, si les façades luxueuses ne sont
pas rares dans l'intérieur du pays (la façade a son importance en Chine
comme ailleurs), les étalages y présentent encore moins d'attrait
que sur la côte. Les boutiques y sont mal aménagées, mal tenues,
mal éclairées. Le commerçant français pourrait donc y introduire
par l'intermédiaire de son associé chinois, avec les améliorations
nécessaires, les procédés usités en Europe pour attirer le chaland.
Quels sont les principaux articles qui entreront dans la composition
des magasins franco-chinois?
En outre des vins et des liqueurs, des eaux minérales, des conserves,
des confitures, des beurres, des laits condensés et autres produits
alimentaires consommés surtout par les étrangers, avec quelques vins
spéciaux destinés aux indigènes, on devra y trouver un grand choix de
rubans (l'article de Saint-Étienne dont les femmes chinoises font tant
de cas), de soieries avec dessins chinois, des velours et peluches, des
satins imprimés, des reps, des fils d'or et d'argent, des flanelles
de coton, des couvertures de laine, des tulles pour moustiquaires,
un peu de mercerie et de papeterie, des instruments d'optique,
jumelles marines et de théâtre, petits télescopes, des produits
pharmaceutiques, quinine, vins fortifiants, antiseptiques, savons de
toilette et en barre, parfums, pommades, eaux de toilette, bougie,
bijouterie, horloges et montres, fusils de chasse.
Voici, d'ailleurs, comme indication complémentaire, la traduction
d'une annonce de mise en vente d'articles étrangers que je vois dans
un journal indigène. La maison chinoise qui a fait insérer cette
annonce--il s'agit d'un grand magasin sur un port ouvert--informe le
public qu'elle offre à des prix très raisonnables: des médicaments,
des longues-vues, des lanternes ordinaires, sourdes et de projection,
des lampes-appliques, des suspensions, des pompes à incendie, des
coffres-forts et cassettes métalliques avec serrure de sûreté, des
piles, coupes et sonnettes électriques, des fusils à air, des engins
de pêche, des pièges, des boîtes à musique, des phonographes et des
graphophones, des machines à coudre, des horloges, des pendules
murales, des montres et des porte-montre en ivoire, des diamants de
vitrines, des outils pour menuisiers, serruriers et horlogers, des
bicyclettes, des vélocipèdes pour enfants, des jouets, des lunettes et
conserves avec monture or et simili-or, des vernis de toutes couleurs,
des engrais chimiques.
J'ajouterai qu'à ma connaissance, les boutiquiers de l'intérieur qui
font le commerce d'articles étrangers tiennent principalement: des
serviettes, des couvertures, manteaux et pèlerines en poils, genre
tissu poil de chameau, de petites malles en peau de porc (imitation
surtout), de la porcelaine, des conserves de poisson, des cigarettes,
des allumettes et des parasols fabriqués au Japon, ainsi qu'une grande
variété de drogues de même origine, avec du tabac anglo-américain,
des lampes à pétrole, des lanternes, des miroirs, des savons et
de la quincaillerie européenne et américaine; cuvettes, théières,
bouillottes, bols, tasses et autres récipients en fer émaillé. Comme on
le voit, dans cette partie de l'Empire ce sont les produits japonais
dont les prix défient toute concurrence qui font prime sur les marchés
de l'intérieur; mais il y a place à côté d'eux pour plusieurs articles
dont notre pays a la spécialité; les Chinois voyagent beaucoup et
s'habituent à la longue au confort européen.