verra par quelles phases il a passé avant d'arriver à son état actuel.
Bien qu'un système à peu près normal fonctionne aujourd'hui dans les
principaux centres, cependant le vieux système chinois n'a pas dit
son dernier mot; car aujourd'hui la poste impériale coûte au Trésor
et ne lui rapporte rien. Seuls quelques districts où le commerce
est prospère commencent à couvrir leurs frais et à équilibrer leurs
dépenses et leurs recettes; mais il est loin d'en être ainsi partout.
Il faut, naturellement, de nouveaux crédits tous les ans pour améliorer
et étendre le service dans un pays immense où les communications ne
sont pas toujours faciles. Le système postal chinois, pris dans son
ensemble, ne ressemble donc pas encore à un service européen, régulier
et donnant des bénéfices; c'est un service à côté de la douane, et les
commissaires de douanes sont les directeurs principaux des districts
postaux établis dans les ports ouverts et les villes principales des
provinces limitrophes; dans l'intérieur, ce sont des Chinois.
Autrefois, dans la Chine tout entière, et aujourd'hui encore dans les
provinces et dans les centres éloignés, la poste se faisait par des
entreprises particulières chinoises, soit correspondant entre elles,
soit se faisant concurrence, concurrence d'ailleurs limitée, grâce à
l'existence et au pouvoir des chambres syndicales désignées sous le nom
de «guilde».
Ces entreprises, désignées sous le nom de Tchang-Houa-Sin-Kiu, ou
simplement Sin-Kiu, existaient dans toutes les villes et endroits
importants de l'intérieur; elles transmettaient leurs dépêches par
tous les moyens possibles, soit par terre, soit par eau; elles se
servaient notamment, sur les canaux, de petites embarcations, longues
et étroites, très légères, peintes en rouge, avec un toit en nattes;
l'équipage se composait de deux hommes qui faisaient la relève à tour
de rôle; appuyé à l'arrière, l'homme avait une petite godille sous le
bras gauche, dont il tenait le corps de la main gauche et la tête de la
main droite qui servait surtout de gouvernail; plus en avant, à droite,
il avait un petit aviron qu'il faisait mouvoir avec le pied; la barque
possédait également un petit mât et une petite voile qui pouvait servir
quand le vent était favorable.
Suivant les provinces et l'importance des localités, ces services
variaient de journaliers à mensuels. Il fallait payer chaque entreprise
par laquelle la correspondance passait. Il n'y avait naturellement
pas de timbres-poste, mais chaque entreprise avait un cachet en bois
qu'elle appliquait sur les correspondances, ainsi qu'un autre cachet
indiquant la destination. Il existait même une sorte de recommandation
qu'on pouvait obtenir moyennant un payement spécial.
Afin d'assurer l'arrivée à destination, l'expéditeur avait soin
d'écrire sur l'enveloppe: «pourboire à remettre au porteur», tout
suivant l'importance de la missive.
Les lettres dont le port était payé étaient marquées d'un cachet
spécial, «payé d'avance»; les autres portaient l'inscription: «à payer
la somme habituelle» (cette somme variait de 5 à 20 cents suivant
l'importance du courrier).
On pouvait aussi, par l'intermédiaire de ces entreprises, envoyer de
l'argent et des petits colis en les assurant, le bureau expéditeur se
rendant responsable de toute perte causée par sa faute ou celle de
ses employés; mais si la perte était causée par une attaque à main
armée, ou autres actes de violence, on pouvait s'adresser aux autorités
locales qui généralement faisaient rembourser par leur trésor 50 ou 60
pour 100 de la valeur perdue.
Pour donner une idée de la somme à payer pour une lettre, une lettre
expédiée de Changhai pour Hankeou, par exemple, coûtait 50 sapèques
(environ 25 centimes) si elle passait par une seule entreprise.
Bien entendu toutes ces entreprises postales ne servaient qu'aux
particuliers; le service officiel se faisait par courriers spéciaux qui
transmettaient les dépêches des autorités provinciales à Pékin et les
décrets impériaux de Pékin aux gouverneurs et vice-rois. Ces courriers
nommés Yi tchang étaient supposés exister dans toutes les capitales de
provinces et dans les autres villes importantes, et elles devaient
avoir toujours un certain nombre de chevaux prêts à partir. Comme les
autres services chinois du temps présent, cette organisation existait
plutôt sur le papier qu'en réalité.
Le service postal se faisait donc très régulièrement, sinon rapidement,
et les missionnaires de l'intérieur m'ont déclaré que jamais leurs
lettres ou paquets ne leur manquaient, à moins qu'il n'y ait eu cas de
force majeure, telle que les inondations ou le pillage du courrier.
Cependant, vers 1866, le service des douanes impériales organisa une
sorte de poste particulière pour transmettre les correspondances de
l'Inspectorat général aux divers ports ouverts et vice versa. Cette
poste avait même fini par admettre (en franchise naturellement,
puisqu'il n'y avait pas de timbres-poste) les correspondances du public
aux agents des douanes et réciproquement; elle se chargeait encore
d'expédier en Europe la correspondance privée de tous les agents des
douanes. Mais le besoin d'un service postal plus régulier se faisait
sentir, et, en 1876, avec l'approbation de Li-Hong-Tchang, alors
vice-roi du Tche-Li, ce service fut installé d'abord dans le nord, avec
des timbres de 1, 3 et 5 candarines (1, 3 et 5 cents). Peu à peu il
gagna les autres ports, et en 1890, il fonctionnait officiellement dans
tous les ports ouverts, mais seulement dans ces ports et nullement dans
l'intérieur du pays.
C'est alors qu'en 1893, Li-Hong-Tchang, vice-roi du Tche-Li, et
Lieou-Kouen-Yi, vice-roi de Nankin, appelèrent l'attention du
gouvernement impérial sur le développement des bureaux de poste
anglais, français, américains et allemands, qui tous s'étaient
depuis longtemps installés à Changhai et faisaient le service de
courrier avec l'Europe et le monde entier, en collaboration avec
les paquebots-poste de ces différentes nationalités; ils attirèrent
également l'esprit du gouvernement sur la poste locale de Changhai,
instituée par les municipalités étrangères, et qui faisait un
service postal entre les ports ouverts et aussi dans les limites des
concessions étrangères de Changhai. Il s'agissait de faire échec
à toutes ces postes exotiques, d'autant plus que, suivant en cela
l'exemple de Changhai, toutes les municipalités des ports ouverts
avaient créé un service postal local avec des timbres à cet effet.
Ce fut la belle époque des finances municipales; car la quantité de
timbres vendus dans le monde entier fut énorme.
II.--Malgré les avis de Li-Hong-Tchang, le gouvernement impérial refusa
l'invitation du gouvernement austro-hongrois de se faire représenter
au Congrès de l'Union postale universelle. Toutefois l'administration
des douanes chinoises fit émettre en automne 1894 une série de timbres
de 1, 2, 3, 4, 5, 6, 9, 12, 24 cents pour célébrer le soixantième
anniversaire de l'Impératrice douairière. En même temps la municipalité
de Changhai émettait un timbre spécial pour fêter le cinquantenaire de
la colonie.
Ce n'est qu'après la guerre sino-japonaise que le gouvernement chinois,
pour se procurer les revenus dont il avait un besoin inéluctable,
consentit à mettre à l'étude la question de la Poste. Après bien des
pourparlers et des discussions, un projet de l'Inspecteur général des
douanes fut adopté en 1896; la direction générale des Postes était
rattachée à l'administration des douanes; on devait faire une demande
immédiate de participation à l'Union postale et on avait exigé la
fermeture des bureaux de poste en Chine.
Le nouveau système devait être primitivement essayé dans tous les ports
ouverts et leur voisinage immédiat; on n'interviendrait pas dans les
affaires des entreprises particulières desservant l'intérieur, dont
les ramifications devaient être employées plus tard pour l'extension
du service postal. Il y avait donc à distinguer les bureaux de l'Union
établis dans les ports ouverts au fur et à mesure, et le service de
l'intérieur du pays.
Le service fonctionna normalement, mais les bureaux de poste étrangers
continuèrent de fonctionner comme auparavant; seuls les bureaux locaux
ou ports ouverts furent supprimés. Des timbres de toute valeur furent
émis par le nouveau service, et la taxe d'une lettre pour l'étranger
fut fixée à 10 cents (0,25 cent.). Pendant un certain temps, et afin
d'attirer la clientèle, des bureaux postaux chinois se chargèrent de
transporter toutes les correspondances européennes munies de timbres
des puissances faisant partie de l'Union.
Ce service fut notifié par une circulaire du Tsong-Li-Ya-Menn, le 14
juin 1896, aux ministres accrédités à Pékin; cette circulaire leur
annonçait l'établissement de Postes impériales chinoises, ainsi que la
demande faite par le gouvernement chinois à Berne pour son admission
dans l'Union postale universelle, et les invitait ainsi que leurs
subordonnés et sujets à ne plus se servir que des services postaux
chinois.
Il est inutile de dire que les étrangers continuèrent à se servir de
leurs bureaux nationaux, et que les Russes et les Japonais, qui n'en
avaient pas encore, se hâtèrent d'en établir.
L'ouverture du nouveau service postal était fixée au 1er juillet 1896.
Mais elle a été reculée jusqu'au 1er juillet 1897 et n'a commencé à
fonctionner qu'à cette époque.
Dans cette organisation, les entreprises particulières chinoises
n'étaient pas oubliées; elles avaient conservé le droit de fixer leur
propre tarif, mais elles devaient en faire la déclaration au bureau
de l'Union le plus proche afin que celui-ci pût le publier. En même
temps elles étaient invitées à se faire enregistrer officiellement au
bureau de l'Union si elles voulaient être reconnues et subsister, ou à
fermer tout simplement. Beaucoup d'entre elles essayèrent de résister,
notamment celles de Changhai, Tchen-Kiang, Wou-Hou et Canton, mais
elles furent contraintes de céder, et finirent par accepter toutes
l'enregistrement. Elles n'étaient évidemment pas de force à lutter et
auraient été impitoyablement brisées.
Il n'en était pas de même des bureaux de poste étrangers, et malgré
toutes les amendes annoncées et les foudres lancées, la Poste chinoise
n'a aucune action sur eux; elle ne peut même rien sur les postes
locales des concessions, tant qu'elles opèrent dans la limite de ces
concessions, et tant que leurs sacs se trouvent à bord de navires
étrangers. Elle ne peut donc en rien toucher aux bureaux de poste des
différentes puissances qui sont établis dans tous les ports de Chine.
La seule chose qu'elle puisse faire, c'est d'empêcher les vapeurs de la
compagnie chinoise (China merchants) de transporter d'autres sacs de
dépêches que ceux que leur remettent les postes impériales chinoises;
quant à refuser l'expédition de navires étrangers portant des sacs de
dépêches, c'est une plaisanterie à laquelle on ne s'est pas risqué, et
pour cause.
III.--Aujourd'hui donc, le service chinois fonctionne de pair avec
les services européens en tout ce qui concerne l'étranger, et il
fonctionne en participation avec les entreprises particulières pour
tout ce qui regarde l'intérieur de l'Empire. Les Postes impériales, il
faut bien le dire, gagnent en importance d'année en année; elles sont
maintenant admises partout régulièrement comme le service naturel et
nécessaire pour la transmission de la correspondance; les mandarins
n'emploient plus que ce canal pour toutes leurs commandes. Les agences
indigènes, elles-mêmes, s'en vont peu à peu et cèdent la place au
service impérial; il est bien évident d'ailleurs que les Sin-Kiu ne
continueront à prospérer que dans les endroits très éloignés où il n'a
pas encore été possible à la Poste impériale de pénétrer; et elles
continueront seulement dans les autres à se charger du transport des
sapèques et des taels d'argent, marchandises dont la Poste ne tient
pas à se charger. Toutes ces entreprises particulières reconnaissent
franchement le nouvel ordre de choses, et demandent même l'appui et
l'aide de la Poste impériale pour la transmission de leurs paquets.
Le trait prédominant de l'année sus-indiquée a été un accroissement
considérable dans toutes les branches de l'administration postale. Le
nombre total des bureaux a été élevé de 2.803 à 3.493; les articles
divers: lettres, cartes postales, journaux, livres et échantillons
qui, en 1907, s'élevaient à un total de 168.000.000, ont atteint le
chiffre de 252.000.000, augmentation frappante et qui fait présager un
avenir plus florissant. Les colis ont passé de 1.920.000 à 2.455.000,
le poids en kilogrammes étant de 7.155.000 contre 5.509.000 l'année
précédente, avec, naturellement, une augmentation correspondante de
valeur; cette progression est à remarquer, surtout étant donné qu'on
exige l'assurance de tout colis ayant une valeur de 30 piastres et
plus. Les lettres chinoises des entreprises privées se sont élevées
de 6 à 8.000.000, avec un poids de 83.000 kilog., contre 74.000 l'an
passé, ce qui montre non pas que les entreprises privées deviennent
de plus en plus prospères, au détriment de la Poste impériale, mais
qu'elles se servent de plus en plus des facilités qui leur sont
accordées par cette Poste. Les mandats d'argent ont également augmenté;
ils représentent, tant en émission qu'en paiements de mandats, un
mouvement de fonds de 5.000.000 de taels, soit un demi-million de plus
que l'année dernière.
Le revenu postal a beaucoup augmenté, et dans de meilleures
proportions, étant donné que, d'année en année, le développement
du service exige de nouvelles dépenses par suite d'améliorations
introduites dans l'organisation générale, et aussi vu l'augmentation du
traitement du personnel.
En général, les opérations postales ont été faites partout avec
régularité, quoique certaines difficultés aient été éprouvées sur
quelques points.
Des arrêts se sont produits sur la ligne Pékin-Hankeou, occasionnés
par l'enlèvement des rails, à la suite de grandes inondations. Des
inondations ont eu lieu également dans le district de Wou-Hou et
ont amené des retards au service des courriers et des chaloupes de
transport.
Cha-Che (Shasi) n'a pas donné comme d'habitude, par suite d'un
ralentissement dans le commerce et de la rareté de l'argent. Au Yunnan
la brusque suppression de la culture du pavot tend à diminuer. Quant
à présent, avec l'esprit d'entreprise, on espère que, grâce à la
plantation du maïs, le Yunnan va retrouver une ère de prospérité dont
profitera naturellement la Poste, mais il faudra, comme on l'a fait
l'année dernière en Mandchourie, qu'on relâche un peu les restrictions
qui pèsent sur l'exportation des céréales aux frontières du Tonkin.
Comme on le remarquera plus loin, le progrès a été général, les
lignes de courriers ont été étendues, la transmission accélérée; les
communications par chemin de fer se sont développées dans plusieurs
directions, et dans tous les districts de nouveaux bureaux postaux ont
été ouverts, plus particulièrement dans la vallée du Yangtseu.
IV.--On pourra mieux se rendre compte de l'œuvre poursuivie en se
référant aux renseignements ci-dessous qui montrent l'œuvre accomplie
par la Poste depuis plusieurs années.
Le Haut et le Bas-Yangtseu possédaient en 1909 (janvier), 969 bureaux
ou agences, et avaient expédié ou reçu 123.000.000 d'articles divers de
correspondance et 1.017.000 colis postaux.
Le groupe de la Chine centrale comprend le Sseu-Tchuen, le
Kouei-Tcheou, le Houpe, le Hounan et le Kiang-Si, et dans cette vaste
étendue de territoire le progrès postal a été constant, l'augmentation
se chiffrant par 86 nouveaux bureaux, 8.000.000 de dépêches, 28.000
colis.
[Illustration: _Sur le Haut Yangtseu._]
Au Sseu-Tchuen, la direction principale du district a été transportée
de Tchong-King à Tcheng-Tou et placée sous la haute main d'un
directeur provincial. Cette transformation a été bien accueillie par
tous les fonctionnaires de la province, et il est à croire que le
service va se développer normalement. Quelques pas en avant ont été
déjà faits: les bureaux ont passé de 151 à 178. Le sous-district de
Wouan-Chien, bien que se trouvant dans la province du Sseu-Tchuen,
relève encore du directeur des postes d'Itchang. L'extension du service
a été poursuivie systématiquement dans les districts au nord et au
sud du fleuve, et les bureaux ont passé de 15 à 34, les dépêches de
320.000 à 404.000. Dans la province de Kouei-Tcheou, où un seul employé
européen, résidant à Kouei-Yang, surveille les opérations, les dépêches
ont augmenté de 167.000 à 408.000, et l'extension a été activement
poursuivie, surtout dans la section nord.
Le Houpe, avec ses trois centres de Itchang, Cha-Che et Hankeou,
montre également une avance continue, mais cependant pas en proportion
des résultats obtenus dans les provinces du nord. Hankeou, avec les
deux villes très peuplées de Hanyang et Wou-Tchang tout à côté, est
considérée comme destinée à un grand avenir; cependant les entreprises
particulières ou Sin-Kiu y tiennent bon; le progrès est continu, mais
lent. La correspondance figure au tableau pour 16.000.000; les colis
pour 113.000; 38 bureaux auxiliaires ont été ouverts dans tout le
district, qui sous peu seront convertis en bureaux.
Dans la province du Hounan, à l'entour des deux centres de Yo-Tcheou et
Tchang-Cha, le service postal a donné de bons résultats: à Tchang-Cha,
1.000.000 de correspondances; les colis par contre ont diminué
sensiblement. Ceci est dû probablement à ce qu'on expédie maintenant
par le Tonkin les colis destinés au Kouei-Tcheou et au Yunnan.
Du Kiang-Si dont la direction principale est à Kieou-Kiang, on a eu
également des résultats appréciables: les bureaux ont augmenté de 61 à
84, et le total des recettes fait supposer que d'ici peu ce district
couvrira tous les frais.
Le Bas-Yangtseu.--Cette division, comprenant les provinces du
Ngan-Houei, du Kiang-Sou et du Tche-Kiang, donne une augmentation de 42
bureaux, 34 millions d'articles de correspondance et 83.000 colis. Dans
le Ngan-Hoei, les districts de Ta-Tong et Wou-Hou font plus que couvrir
leurs dépenses et vont sans cesse en augmentant.
Le Kiang-Sou, avec ses quatre centres importants: Nankin, Tchen-Kiang,
Changhai et Sou-Tcheou, continue à faire des progrès énormes. En les
passant en revue, on trouve que Nankin est en voie de devenir un
des bureaux les plus productifs et que, en dépit de la pauvreté si
discutée de sa région, l'avenir postal semble devoir être brillant:
les opérations en une année se sont élevées de 4.000.000 à 7.000.000.
Tchen-Kiang également a été de l'avant, les opérations ayant augmenté
de près de 3.000.000 et les recettes balançant presque les dépenses.
L'ouverture du chemin de fer de Changhai viâ Sou-Tcheou et Tchen-Kiang
à Nankin a bien accéléré les opérations, et il faut rendre ce qui leur
revient aux autorités du chemin de fer, qui ont bien voulu donner
toutes les facilités pour rendre plus rapide et plus efficace le
service postal. Le district de Tchen-Kiang a pris de telles proportions
actuellement, qu'un sous-directeur y a été nommé, qui viendra en aide
au directeur principal (le commissaire de la douane) trop chargé de
travail.
Le principal marché de la Chine, Changhai, continue à prendre un
développement postal énorme, ce qui est tout naturel puisqu'il est,
grâce aux nouvelles lignes de chemin de fer, de plus en plus en
communication avec les autres provinces. Aussi les matières expédiées,
correspondances et autres, donnent-elles un chiffre de 51.000.000.
Si rapide est l'accroissement dans chaque branche du service postal
(lettres, journaux et colis), qu'on croit que le nouvel hôtel
des postes, construit cependant tout récemment, sera tout à fait
insuffisant pour les besoins du service. Le système des boîtes de
ville a donné de bons résultats. Les journaux ont fourni beaucoup: 108
journaux sont édités aujourd'hui à Changhai, contre 80 en 1907.
A Sou-Tcheou les articles postaux sont passés de 3 à 5.000.000, et les
colis de 27.000 à 30.000. Cette direction a acquis de l'importance
parce qu'elle est devenue le bureau d'échange des courriers venant
de Hang-Tcheou, de, et pour Changhai et les ports de la rivière. Les
recettes sont très élevées. Les transactions postales de la province
du Tche-Kiang sont à la charge des bureaux de Hang-Tcheou, Ning-Po
et Wouen-Tcheou (Wenchow). Dans ces trois localités, des progrès
satisfaisants ont été notés, et le premier de ces bureaux, celui de
Hang-Tcheou (Hangchow), depuis déjà quelques années, couvre ses frais
et améliore constamment ses revenus.
La province du Yunnan a aussi donné d'assez bons résultats, malgré
les circonstances désastreuses qu'elle a traversées, telles que les
révoltes du Tonkin, l'occupation de Ho-Keou (Hokow) par les soi-disant
réformistes et la crue anormale de la rivière Rouge en novembre, qui
a dévasté Man-Hao et Ho-Keou et causé la destruction du chemin de fer
à Yen-Bay et Laokay. Dans le district de Mong-Tseu le chiffre de la
correspondance a passé de 855.000 à 1.242.000, et les colis de 9.000 à
25.000. Les dépêches lourdes ont toutes pris le chemin de Haiphong au
lieu d'être expédiées sur Yo-Tcheou comme autrefois. Quant à Sseu-Mao
et Teng-Yueh, ils ont réalisé tout ce qu'on peut attendre de districts
aussi éloignés et aussi inaccessibles.
En 1908, 2.455.000 colis sont passés par les mains de la poste, ce
qui représente une augmentation de 535.000 par rapport à l'année
précédente. Cette augmentation est surtout remarquable dans les
localités suivantes:
Hankeou 85.000 113.000
Tchen-Kiang 87.000 122.000
Changhai 302.000 317.000
Mong-Tseu 9.000 25.000
L'administration estime qu'il y avait 2.229.000 colis ordinaires
représentant une valeur de 22.000.000 de piastres, et 216.000 colis
assurés pour 14.435.000 piastres et 10.000 autres colis commerciaux
d'une valeur de 109.000 piastres. La valeur totale des colis assurés
s'est élevée de 3.000.000 de piastres à plus de 14.000.000 de
piastres, ce qui est dû à l'obligation d'assurer les colis d'une
valeur de 30 piastres et plus. Le commerce par colis des soies de
Sou-Tcheou, Nankin, dans toutes les provinces de Chine, continue à
être florissant, mais c'est surtout pour la transmission d'objets de
nécessité journalière entre les ports et la côte, que le colis postal
est employé. Il faut observer une fois de plus que, considérant les
conditions de transport par courriers, sur des routes difficiles,
pour ne pas dire inexistantes, le prix des colis pour l'intérieur
et principalement pour les provinces éloignées du Sseu-Tchuen, du
Yunnan et du Kouei-Tcheou, n'est pas en rapport avec les dépenses
occasionnées. En général, le service des colis postaux est fait par des
chars, des animaux de bât loués dans l'intérieur des districts; mais
sur les routes souvent impraticables et toujours pénibles du Yunnan et
du Kouei-Tcheou ou du Sseu-Tchuen, les conditions sont telles qu'on ne
peut employer que des hommes. Dans beaucoup d'endroits on court des
risques par suite du brigandage, bien qu'en général les pillards ne
s'attaquent pas aux sacs de dépêches, lesquels sont presque toujours
retrouvés.