dû être autrefois; on y entre par des faubourgs désolés et infects;
tout ici est démoli et en ruines. Les remparts sont écroulés en partie,
et personne ne songe à les relever; les temples s'effondrent et dans
la ville même on ne circule, dans certains quartiers, qu'à travers des
décombres. On croirait être au lendemain de cette guerre «inexpiable»
qui dura de 1855 à 1875, et pendant laquelle les musulmans du Yunnan et
les troupes impériales se livrèrent des combats sans merci. La ville
a aujourd'hui une population que l'on évalue généralement à 80.000
habitants, mais elle devait en avoir au moins le double, peut-être
davantage autrefois. Quelques monuments pourtant, quelque arc de
triomphe, quelque portail de temple sont encore à voir.
Comme construction européenne, il y existe un arsenal, et c'est même
une sensation bizarre que l'on éprouve, quand, se promenant dans la
vaste plaine nue et jonchée de tombeaux qui s'étale autour de la ville,
on entend le sifflet appelant les ouvriers à l'usine.
Le plateau où se trouve situé Yunnan-Sen est merveilleux; très fertile,
bien arrosé, entouré de lacs qui rendent l'irrigation facile, il forme
avec les plateaux de Mong-Tseu et de Lin-Ngan, auxquels il se rattache,
la partie la plus florissante et la plus peuplée de la province, et
la mieux cultivée. Ici, hors de la ville dont on n'aperçoit plus les
murs écroulés et les palais délabrés, maintenant que la campagne seule
s'offre à la vue, on sent un pays aisé, riche même relativement, en
comparaison de toutes les contrées désolées qu'on vient de quitter.
A deux étapes de Yunnan-Sen se trouve Tong-Hai, point de concentration
de toutes les caravanes. Situé entre l'eau et les montagnes, au bord du
grand lac, Tong-Hai offre vraiment l'aspect d'une ville florissante,
chose rare dans ce pays. Tous les produits de la Chine s'y trouvent
réunis et partent de là pour se répandre dans le nord et l'ouest de la
province.
De Yunnan-Sen, par Tong-Hai, vers les extrémités frontières, les routes
sont:
Vers le sud, la route de Mong-Tseu, aujourd'hui peu fréquentée,
puisque le chemin de fer existe jusqu'à la capitale; vers le
sud-ouest, la route de Yuen-Kiang, Pou-Eurl, Sseu-Mao; vers l'ouest,
la route, Tchou-Chiong, Tali-Fou, Teng-Yueh; vers le nord, la route
de Tong-Tchuan, Tchao-Tong; une autre route, partant de Yunnan-Fou à
l'est, va rejoindre Kouei-Yang-Fou, capitale du Kouei-Tcheou.
Ainsi que je l'ai constaté au début de cette étude du Yunnan, on
peut voir que, bien que faisant partie du bassin du Yang-Tseu-Kiang
du côté du nord (Yunnan-Fou n'est, par Wou-Ting, qu'à deux ou trois
étapes du fleuve), cependant, c'est vers le nord-ouest et le sud que
son commerce est le plus actif. D'un côté, en effet, vers Li-Kiang et
Atien-Tseu, les vallées sont plus étroites, les rivières plus maigres,
les populations plus éparses et moins nombreuses; donc, dans cette
contrée désolée, peu de trafic; de l'autre côté, au nord-est, par
Tong-Tchuen et Tchao-Tong, la route est très dure si les populations
sont plus denses; et les productions sont trop peu variées pour être
exportées au Sseu-Tchuen, province riche; on n'y envoie donc de cette
partie du Yunnan que des peaux de buffles ou de bœufs, de chèvres et de
moutons. Quant aux productions du Sseu-Tchuen, il en descend très peu
vers cette région du Yunnan, juste assez pour les colons qui, partis du
Sseu-Tchuen, viennent coloniser les hauts plateaux yunnanais.
VI.--En tant que pays intéressant, quoique très pénible à parcourir,
le Yunnan est certainement l'un des plus curieux que j'aie visités en
Chine; mais au point de vue fertilité, donc au point de vue commerce,
c'est tout autre chose. Que de fois, dans un village misérable, perché
sur quelque crête, n'ai-je même pu me procurer une poignée de mauvais
riz rouge! Que de fois ai-je fait 40 et 50 kilomètres sans rencontrer
un homme, une hutte! Quelle différence avec le Sseu-Tchuen ou le Houpe,
si actifs, si peuplés!
CHAPITRE XIV
I. Le tarif douanier chinois.--II. Octrois, accises ou likin.--III.
Situation du commerce général dans les provinces du bassin du Yangtseu
pendant l'année 1908.
I.--Actuellement un nouveau tarif douanier est à l'étude, et déjà un
commissaire britannique, envoyé spécialement à l'effet de traiter
des nouvelles conditions douanières, est arrivé à une entente avec
les commissaires chinois. Mais les négociations ne sont pas encore
terminées avec les autres puissances; et l'ancien tarif, imposé par
le traité de 1858, est toujours en vigueur, c'est à savoir 5 pour 100
_ad valorem_ sur les marchandises importées. Pour les marchandises
exportées, il existe un autre tarif qui taxe d'un droit de sortie
certains produits exportés de Chine. Il est inutile d'en donner la
liste ici, sauf peut-être pour la soie qui nous intéresse spécialement:
la soie brute paye 10 taels par picul; la soie jaune du Sseu-Tchuen, 7
taels; la soie sauvage, 2 taels 50; les déchets, 1 tael; les cocons, 3
taels; la soie floche de Canton, 4 taels 30; la soie floche des autres
provinces, 10 taels; rubans de soie, fils de soie, pièces de soie,
pongés, châles, écharpes, crêpes, satins, gazes, velours et broderies,
10 et 12 taels; soie unie du Sseu-Tchuen et du Chan-Tong, 4 taels 50;
torsades, 10 taels; mélange de soie et coton, 5 taels.
II.--En dehors des droits de douane, il existe en Chine des droits
d'accise ou d'octroi nommés _likin_. Le payement de ces taxes avait,
en principe, été décidé pour faire face aux dépenses causées par la
révolte des Taiping et devait donc être temporaire; mais les impôts
temporaires, en Chine comme partout, sont ceux qui résistent le plus.
Et aujourd'hui non seulement la taxe du likin (tant pour mille sur les
marchandises en transit) n'est pas supprimée, mais ses bureaux et ses
bannières sont installés dans tout l'Empire; il étend les mailles de
son filet sur les fleuves et les rivières, aux portes des villes, aux
limites des provinces, aux limites de chaque ville et bourg. Chaque
province a ses likin spéciaux; chaque mandarin, pour ainsi dire, est
maître de ses tarifs, et les petits officiers chargés de percevoir le
likin ne se font pas faute d'augmenter le taux pour leur compte; c'est
la plaie du commerce intérieur. Les Européens n'y sont pas soumis et
ils peuvent faire venir en transit des marchandises de l'intérieur
jusqu'à un port ouvert en se faisant délivrer par l'intermédiaire
de leur Consul des «passes de transit» qui les exemptent des tracas
du likin; mais les marchandises européennes, une fois aux mains du
négociant chinois qui en a pris livraison dans un port ouvert, sont
soumises à tous les likin qu'elles rencontreront sur leur route jusqu'à
leur destination. On peut donc s'imaginer à quel prix revient une
marchandise qui, prise à Hankeou, par exemple, doit remonter la Han
jusqu'au Chen-Si!
A plusieurs reprises quelques hauts fonctionnaires, voyant les
entraves considérables mises au trafic par ces taxes, ont demandé leur
abolissement; mais alors, quel trou dans les trésors provinciaux! c'est
ce qui fait que le likin subsiste et subsistera vraisemblablement
longtemps encore.
III.--D'après les statistiques de la douane maritime chinoise, la
situation commerciale générale dans les provinces du Yangtseu en 1908
se présentait ainsi[16]:
[Note 16: J'ai indiqué plus haut (p. 68) pour quelles raisons je
citais les chiffres de 1908.]
L'espoir de voir une recrudescence dans les transactions qui semblait
justifiée aux débuts de 1908, ne s'est pas réalisé. La dépression
commerciale s'est fait sentir du commencement à la fin de l'année. La
baisse continuelle de la valeur de l'argent a découragé l'importation
en général et, vu l'état déjà morbide du marché, a joué un grand rôle
dans l'histoire de cette année malheureuse.
Mais le commerce étranger a toujours eu à compter avec l'incertitude
du change, qui lorsqu'il est défavorable à une branche du commerce
est favorable à l'autre, comme il est prouvé, d'ailleurs, par les
statistiques de 1908; et on doit chercher d'autres causes pour
expliquer l'absence de demande de marchandise étrangère par rapport à
un commerce d'exportation normal, puisque cette absence de demande à
l'importation ne peut pas être due au développement d'industries dans
le pays même. Parmi ces causes il faut d'abord voir la cherté du riz
dont le prix a continué à rester élevé en dépit des bonnes récoltes de
l'année précédente et des incessantes importations de l'Indo-Chine.
Cependant le marché s'est amélioré vers le milieu de l'année. Le prix
de détail du meilleur riz du Kiang-Sou à Changhai, qui était en août
de 5 piastres 80 cents le picul, est tombé à 4 piastres à la fin de
décembre, et même à 3 piastres 40 cents; et il est clair que la baisse
a affecté tous les districts accessibles aux transports par eau. A
Yo-Tcheou, en septembre, le prix par picul était de 2 piastres 20
cents, et à Tchong-King, le même mois, de 2 piastres 50 cents. Un autre
obstacle, et plus grand encore, aux échanges a été la dépréciation
des sapèques de cuivre due, en certains districts, à la rareté de
l'argent, mais en général causée par la frappe excessive des monnaies
provinciales. La valeur de ces sapèques baissa continuellement et, à
la fin de l'année, une piastre se changeait pour 135 cents de cuivre
dans le Yangtseu (Hankeou), pour 126 sur le Bas-Yangtseu; ceci, qui
touche à la poche de la grande masse du peuple, est l'un des plus
graves problèmes, celui qui réclame une prompte solution. Mais, tout
en tenant compte de cette raison et d'autres encore pour expliquer le
ralentissement du commerce, il n'est que juste de reconnaître dans la
moins-value des imports sur les exports, un effort pour balancer le
taux des recettes et des dépenses.
En 1905, les contributions de guerre, estimées à 150.000.000 de taels,
ont donné au commerce d'importation une impulsion qui a continué à
se faire sentir après la disparition des conditions spéciales qui
l'avaient créée, il en est résulté que les importations se sont
trouvées très en excès sur les demandes du marché et ont dû être
liquidées difficilement et avec pertes. La situation excellente du
commerce d'exportation et les progrès réalisés dans l'établissement
d'industries manufacturières sont d'un bon augure pour l'avenir.
Changhai a distribué aux autres ports, en 1908, 350.000 piculs de filés
de coton de manufactures locales, estimés à 8.772.000 taels, soit 88
pour 100 de plus qu'en 1907; et 753.000 piculs de farine provenant des
moulins locaux, estimés à 2.717.000 taels, soit 38 pour 100 de plus
qu'en 1907. Hankeou montre une grande activité, spécialement en ce
qui concerne la production du fer et de l'acier par les arsenaux de
Hanyang avec le fer de Taye et le charbon de Ping-Siang. Il n'y a pas
de doute que d'ici peu d'années la Chine ne devienne une grande nation
industrielle; elle y est destinée non seulement par ses ressources
naturelles, mais aussi par le caractère de ses habitants, et, du reste,
c'est dans ce sens que son éducation devra être dirigée. Il lui faudra,
nécessairement, modifier un peu sa mentalité, et soigner un peu plus
ses produits, changer ses méthodes, notamment pour la soie et le thé
qui sont concurrencés par l'étranger en quantité formidable, surtout ce
dernier produit.
Les autorités continuent à pourchasser l'opium en défendant strictement
la culture du pavot, et de ce côté le commerce des Indes anglaises
sera certainement atteint. Que les effets de cette prohibition soient
excellents à la longue, c'est indéniable; mais, même sans tenir compte
de l'opium des Indes, si on ne regarde que l'opium chinois, il est
évident que la défense strictement immédiate de consommer l'opium aura
une répercussion fâcheuse sur les provinces qui l'exportent et qui s'en
font un revenu de 100.000.000 et même 150.000.000 de taels. Cependant,
malgré cela la réforme est populaire, et le délai de dix ans accordé
pour la suppression totale de l'opium a été trouvé trop long par
beaucoup de vice-rois. Aussi, dans treize provinces la culture du
pavot a été interdite immédiatement, avec promesse qu'il n'y en aurait
plus en 1909; et dans les autres cinq provinces, il ne doit plus y en
avoir dans deux ans. La population est complètement d'accord avec le
gouvernement en ce sens, et même en admettant que le délai soit un peu
bref, il est hors de doute que, d'ici peu, l'opium à fumer aura disparu
de la Chine.
La question des chemins de fer est une des grandes questions
chinoises; mais les progrès faits jusqu'à présent en ce sens n'ont
pas été très sensibles. Il est toutefois tellement bien reconnu par
tout le monde que le développement ultérieur de la nation est lié
à l'établissement des voies ferrées que le désir d'en posséder est
unanime. Malheureusement, ce sont les ressources qui font défaut, et
comme les Chinois sont devenus extrêmement méfiants, il est difficile
aux capitaux étrangers de compter pour le moment sur un appel; mais il
n'en est pas moins certain que la Chine se rendra compte qu'elle ne
peut rien en ce sens sans l'argent étranger, et qu'elle lui demandera
son aide en lui donnant de sérieuses garanties. Le chemin de fer a été
ouvert entre Tchen-Kiang et Nankin, et on peut maintenant, de Changhai,
venir à Nankin en 5 h. 35 minutes. A Nankin même, une petite ligne a
été installée qui relie la ville à la rivière, et l'on parle d'étendre
cette ligne jusqu'à Wou-Hou. Une partie du chemin de fer du Kiang-Sou,
environ trente kilomètres, de Changhai à Song-Kiang a été ouverte au
trafic en avril 1908, et le reste, jusqu'à Feung-King (55 kilomètres)
va être terminé. Le chemin de fer du Tche-Kiang qui doit rejoindre
celui du Kiang-Sou à Feung-King est terminé de Hang-Tcheou à Ka-Ching,
et les deux lignes viennent d'être rejointes en 1910. La ligne qui,
de Canton, doit rejoindre Hankeou, a été ouverte sur 60 kilomètres, à
partir de Canton, et on procède actuellement à de nouveaux levés dans
le Hounan.
La ligne de Wou-Hou à Kouang-Te-Tcheou n'a pas fait de progrès sérieux.
La ligne qui doit partir de Hankeou pour aller rejoindre Tcheng-Tou est
toujours en espérance, et les affaires n'ont guère avancé de ce côté.
Quant au chemin de fer que les Français ont construit de Hanoi à
Yunnan-Sen, il est aujourd'hui en pleine exploitation, et les douanes
de Mong-Tseu enregistrent pour le dernier trimestre 1907 de leur
statistique, l'arrivée des trains en gare de Mong-Tseu.
Nombre d'autres lignes sont en projet, dont voici les principales:
Du Yunnan au Sseu-Tchuen, c'est-à-dire de Yunnan-Sen à Soui-Fou,
continuation de la ligne actuelle;
Du Yunnan au Hounan par le Kouei-Tcheou;
Du Yunnan en Birmanie, c'est-à-dire de Yunnan-Sen par Tali-Fou et
Teng-Yueh.
Toutes ces lignes sont situées dans la vallée du Yang-Tseu-Kiang,
et c'est pourquoi je les cite; mais le chemin de fer est à l'ordre
du jour dans toutes les provinces chinoises. Seulement les Chinois
ne trouveront jamais l'argent pour les construire eux-mêmes, les
capitalistes chinois n'ayant aucune confiance dans la gestion de leurs
mandarins.
Les récoltes du Sseu-Tchuen ont été très abondantes, et les
denrées nécessaires à la nourriture ont été, par suite, bon marché.
Politiquement, la province a été tranquille. Au Houpe, au contraire,
la récolte de coton et la récolte de riz ont été très médiocres et
bien au-dessous de la moyenne; le thé, au contraire, a bien donné.
Au Hounan, mauvaise récolte de coton, mais belle moisson de riz. A
Wou-Hou, le prix de détail du riz, à la fin de l'année, a été de 2
piastres 60 à 3 piastres 20 le picul, et les expéditions vers les
autres ports ont monté à 5.000.000 de piculs, plus du double des
expéditions de l'année précédente.
Au Kiang-Sou, la moisson a été ordinaire, les rizières du sud du fleuve
ayant fourni plus que celles du nord.
Le commerce des ports ouverts du Yang-Tseu-Kiang, depuis Tchong-King
jusqu'à Tchen-Kiang, a marqué une moins forte demande d'importations
étrangères, mais un plus grand mouvement dans les échanges indigènes,
ainsi qu'il ressort du tableau suivant:
1906 1907 1908
Importations étrangères: 96.714.791 110.239.450 104.644.857.
(en taels)
Importations indigènes: 23.256.838 28.065.027 33.154.129.
Exportations: 108.668.735 115.476.892 134.680.625.
A Changhai, le total du commerce était à peu près le même qu'en 1907,
mais il y avait une différence marquée dans la proportion étrangère et
indigène qui composent ce total.
Les importations étrangères ont donné 11.000.000 de taels de moins en
1908.
Dans le Yunnan, Mong-Tseu a fait 1.000.000 de taels de moins aux
importations étrangères, mais gagné 1.500.000 taels à l'exportation.
Teng-Yueh et Sseu-Mao restent toujours au même point.
En somme, dans l'année 1908, tous les ports (et les ports du nord et
du sud, comme les ports du Yangtseu) ont montré une moins-value aux
importations étrangères. Les ports du Yangtseu donnent une moins-value
de 5 pour 100 en général, mais par exemple, le port de Hankeou, qui
est le distributeur des produits étrangers pour toutes les provinces
environnantes, présente, à lui seul, une moins-value de 8 pour 100, et
Tchen-Kiang, qui fournit le Kiang-Sou, le Chan-Tong et le Honan, une de
11 pour 100. A Changhai, le déclin des marchandises importées peut être
évalué à 24 pour 100, et au Yunnan à 14 pour 100. On voit donc bien que
la faible demande de marchandises étrangères a été la même dans tout
l'Empire. Les districts qui ont le plus été touchés sont ceux desservis
immédiatement par Changhai.
Le commerce direct, pendant toute l'année, donne 671.165.881 taels
contre 680.782.066 taels en 1907, décomposés ainsi qu'il suit:
1907 1908
Imports: 416.401.369 394.505.478.
Exports: 264.380.697 276.660.403.
La moins-value des importations s'élève à peu près à 22.000.000 de
taels, mais, vu une grosse augmentation de la valeur de l'argent
résultant du bas taux de l'échange, la moins-value réelle des
importations est, en réalité, plus grande que la différence des
chiffres ne l'indique.
L'opium étranger a diminué beaucoup, et l'on constate une consommation
bien inférieure dans presque tous les ports; ainsi Changhai a pris
2.000 piculs en moins; les ports du Yangtseu, 2.000 piculs; le
Tche-Kiang, 600 piculs, et les autres ports en proportion. Toutefois,
si l'importation de l'opium étranger diminue, il n'en est pas de même
pour l'opium indigène, et la quantité d'opium du Sseu-Tchuen et du
Yunnan qui est passée par Itchang est sensiblement la même que les
années précédentes.
Les cotonnades donnent une diminution de 8.000.000 de taels, et cette
diminution se fait surtout sentir sur les filés de coton, et les
pièces diverses, teintes, italiennes, turques. Les shirtings importés
représentent 4.887.000 pièces, soit une augmentation de 1.400.000
pièces sur 1907; la moyenne ici a donc été sensiblement la même; mais
les cotons américains ont toujours souffert de leur chute de 1907,
quoique en 1908 ils aient donné un chiffre de 1.586.000 pièces. En
1906, ces cotons américains avaient été importés par 8.500.000 pièces,
et en 1905 par 12.500.000 pièces, et on ne sait vraiment pourquoi ils
ont subi un tel déclin; peut-être y en avait-il trop en stocks non
écoulés? En tout cas, il n'y a pas de raison pour qu'ils ne revoient
pas des temps meilleurs.
TABLEAU COMPARATIF DES IMPORTATIONS DES PIÈCES DE COTON
1905 1906 1907 1908
Anglaises 13.548.015 10.785.227 8.224.951 8.993.534
Américaines 12.566.093 8.544.165 578.647 1.586.989
Japonaises 780.580 733.436 840.401 986.982
Indiennes 650.636 85.003 67.905 141.312
Les filés de coton sont tombés de 450.686 piculs et se trouvent depuis
dix ans en fléchissement continu. Cela tient aux manufactures locales
qui sont actuellement capables de fournir d'aussi bons filés que ceux
de l'étranger.
Les importations de mélanges laine et coton ont diminué de moitié; les
laines pures aussi.
Les métaux ont donné une somme de 22.000.000 de taels à l'importation,
contre 20.000.000 en 1907.
Les lingots et saumons de cuivre ont augmenté dans la proportion de
66.000 piculs et ont été distribués surtout aux différentes monnaies
provinciales.
Presque toutes les marchandises diverses ont subi une diminution, sauf
le pétrole qui a fourni 186.000.000 de gallons (1 gallon = 4 litres),
soit 15.000.000 de plus que l'année précédente. L'importation d'huile
américaine a augmenté de 26.000.000 de gallons, l'huile russe de
plus de 2.000.000, l'huile de Sumatra de plus de 4.500.000 gallons.
La farine, le riz, ont également diminué. Le sucre, l'horlogerie et
les bibelots ont donné une grosse diminution à l'importation, ce qui
indique évidemment une restriction dans les dépenses de luxe due, ainsi
que je l'ai dit plus haut, à la crise monétaire.
Toutes les puissances ont souffert de cette diminution dans les
importations, sauf les États-Unis et la Russie.
Les États-Unis, en effet, ont été peut-être un peu éprouvés dans leur
importation de cotonnades, mais par contre leur pétrole a largement
compensé les déficits constatés dans les farines, les bois et les
autres articles. La Russie a aussi augmenté son chiffre d'importation,
mais par le nord.
Les importations directes ne passant pas par Changhai comme port
distributeur deviennent tous les ans plus considérables, et Hankeou est
l'un des ports qui en profite le plus. Cependant il y aura forcément
un arrêt dans cette façon d'opérer; car ce sont les bateaux japonais
seuls qui font du Japon l'importation directe à Hankeou; ce sont
des bateaux de petit tonnage, qui n'ont pas à effectuer une longue
traversée maritime; mais les grands paquebots européens ou américains
ne pourraient pas venir directement à Hankeou, sauf pendant deux ou
trois mois d'été, aux hautes eaux.
Aux exportations, le thé a donné beaucoup: les États-Unis et la Russie
ont absorbé la totalité ou à peu près; car la quantité exportée en
Angleterre diminue tous les ans, et les autres pays d'Europe n'ont
pris que 119.600 piculs tous ensemble. La Grande-Bretagne tire plus de
2.000.000 de piculs de l'Inde, de Ceylan et d'Assam, et 66.000 piculs
seulement de Chine.
Il est probable, d'ailleurs, que rien n'enrayera le mouvement qui amène
peu à peu l'Angleterre à renoncer au thé de Chine. Les planteurs de
l'Inde et de Ceylan font tous leurs efforts pour garder leur position
acquise et la fortifier encore, et il est probable qu'ils y arriveront;
car les Anglais aujourd'hui préfèrent de beaucoup ce thé «national» au
thé de Chine. Toutefois le thé de Chine peut encore voir de beaux jours
si les Chinois se décident à le traiter convenablement et conformément
aux procédés modernes; car en dehors de la Russie, qui est toujours son
gros débouché, le thé de Chine peut se vendre dans tous les autres pays
où il est de plus en plus à la mode, et où la consommation augmente.
Dans le premier trimestre, le prix des soies a considérablement
baissé, mais les prix se sont relevés vers la fin de l'année, et les
stocks se sont bien vendus.
Les haricots et les gâteaux de haricots, qui jusqu'à présent étaient
une spécialité des ports de Mandchourie, commencent à s'exporter de
Hankeou; l'Angleterre en a pris pour 500.000 piculs, destinés à faire
de l'huile.
Le sésame donne une augmentation sérieuse à l'exportation: 1.792.432
piculs valant 9.138.129 taels contre 734.712 piculs valant 3.670.810
taels en 1907. L'immense saut fait par cet article, dont la vente est
concentrée à Hankeou, est attribué au chemin de fer de Hankeou à Pékin
qui draine les districts producteurs de sésame au Honan.
Quant à l'étain du Yunnan, il passe toujours par Mong-Tseu et le
Tonkin, pour se diriger sur Hong-Kong. En 1908 Mong-Tseu en a exporté
18.335 piculs de plus qu'en 1907.
La seule remarque à faire au point de vue de la navigation est
l'augmentation, réalisée par le pavillon français, de 360.000 tonnes,
principalement dans les ports du Yangtseu.
CHAPITRE XV
I. Le service de la poste en Chine. Les entreprises particulières
ou Sin-Kiu.--II. La poste faite par les douanes maritimes.--III. Le
service postal actuel.--IV. Fonctionnement du service actuel dans le
Haut et le Bas-Yangtseu.--V. Le télégraphe.