La cire animale blanche compte pour environ 300.000 taels chaque année.

La cire jaune, les noix de galle figurent à l'exportation avec les

peaux de bœuf, de buffle, de chèvre et d'agneau; le Sseu-Tchuen écoule

par Tchong-King toutes les peaux de la Chine occidentale; on en fait

des envois considérables en Europe et en Amérique; elles proviennent

en partie du Thibet et en partie du Yunnan. Depuis quelques années la

ville de Tchao-Tong, située au nord de cette dernière province, expédie

au Sseu-Tchuen une grande quantité de peaux de bœuf jaunes et de peaux

de chèvre; ces peaux sont en majorité dirigées sur l'Amérique.

Le transport des peaux provenant de Tchao-Tong se fait à dos de mulet

pendant sept étapes, puis à dos d'homme de Lao-Wa-Tan à Soui-Fou, d'où

on les envoie par jonques jusqu'à Tchong-King.

On exporte aussi en Europe des peaux de renard, de daim ou de lapin

blanc, ainsi que la laine des troupeaux du Yunnan qui arrive à Soui-Fou

pour être dirigée sur Tchong-King.

La soie du Sseu-Tchuen n'est pas à beaucoup près aussi estimée que

celle du Kiang-Sou, du Chantong et de Canton; toutefois, dans ces

dernières années, de grands progrès ont été réalisés dans cette

industrie. A Tong-Tchouan, à quatre étapes au nord-est de Tcheng-Tou,

une filature a été ouverte où la soie est dévidée suivant les procédés

modernes. Le dévidage se fait pour les cocons blancs, de cinq par fil;

pour les cocons jaunes, de six. Cette soie est brillante et souple. Une

école indigène a été établie à Tcheng-Tou en 1906; une autre a été tout

récemment créée à Tchong-King.

Le bureau d'agriculture provincial vend aux éleveurs de vers à soie

qui en font la demande des graines importées de Hang-Tcheou et de

Sou-Tcheou et aussi du Japon; des distributions gratuites de ces

graines ont été faites dans toutes les écoles où l'on traite des

questions se rattachant à la sériciculture. Les autorités ont promis

une récompense à ceux qui chaque année produisent une qualité de soie

supérieure.

Le Sseu-Tchuen fournit une autre espèce de soie, la soie sauvage

produite par le bombyx du chêne, qui existe aussi au Japon où il

est connu sous le nom de _Yamamai_. Cette soie a été, paraît-il,

très demandée en Europe et en Amérique; on l'emploie en Amérique

pour en faire une étoffe dénommée _radjah_, et en Europe aussi bien

qu'en Amérique elle entre dans la confection d'un tissu spécial très

résistant utilisé dans l'aérostation.

Le suif végétal provient des graines du _Kiuen-Tseu-Chou_, ou

_Stillingifera sebifera_, de la famille des euphorbiacées.

Les plumes d'aigrette sont un article d'exportation; mais elles se font

rares, tellement on détruit de ces malheureux oiseaux; d'ailleurs, les

plumes dites aigrettes ne se trouvent que sur la tête des mâles qui ont

plus de trois ans; s'il y en a encore quelques troupes, c'est qu'au

Yunnan il existe des localités où les oiseaux sont sacrés et où on

risquerait sa vie si on les tuait.

VIII.--Les produits du Thibet qui sont exportés en Europe par le port

de Tchong-King sont les suivants:

Le musc, 120 à 160.000 francs;

La rhubarbe;

La laine;

Les peaux d'agneau;

Les queues de yack, environ 2.000 par an, chacune coûtant environ 1 fr.

25;

Les poils de yack, lesquels sont utilisés pour le tissage d'une étoffe

imperméable;

Les crins de chevaux;

Les soies de porc;

Les cornes de cerf, qui, réduites en poudre, sont, paraît-il, un

médicament d'une efficacité sans pareille;

Les peaux tannées: peaux de cerf, de musc, de renard, de yack,

panthère, ours, lynx, loup, fouine, zibeline.

Ces marchandises sont apportées par les Thibétains à Ta-Tsien-Lou,

qui est le grand marché du Thibet oriental. Avec l'argent qu'ils en

retirent, ils achètent du thé, des cotonnades, des couleurs d'aniline,

du bois de campêche, des fils de soie. De Ta-Tsien-Lou, les produits

du Thibet sont envoyés par voie de terre à Yo-Tcheou; on compte neuf

étapes entre ces deux villes. Ils sont alors chargés sur des radeaux

qui, par la rivière Yaho, les amènent à Kia-Ting-Fou; de là ils

descendent par le Min et le Yangtseu jusqu'à Tchong-King, d'où ils sont

dirigés sur Changhai.

IX.--En somme, c'est toujours à Changhai qu'il faut en venir, comme au

débouché le plus important pour toute la Chine centrale et occidentale.

Même quand les chemins de fer auront relié Hankeou à Tchong-King et à

Tcheng-Tou, même quand le chemin de fer de Yunnan-Fou ira rejoindre

Tchong-King par Tong-Tchuen et Tchao-Tong, Changhai restera le marché

principal pour tout le bassin du Yang-Tseu-Kiang, parce que la voie

d'eau, n'importe en quel pays, est toujours la moins chère et parce que

jamais, au point de vue du transport des marchandises, le chemin de fer

ne contrebalancera les bateaux à vapeur du fleuve Bleu. Les chemins

de fer pourront développer les échanges, amener plus facilement et

plus rapidement les marchandises aux ports d'embarquement, ou, une

fois débarquées, les distribuer plus facilement aux extrémités des

provinces, mais la navigation gardera toujours la prépondérance, parce

que moins chère et presque aussi rapide. D'ailleurs, même si elle

n'était pas aussi rapide, cela ne gênerait en rien les Chinois pour qui

le temps ne compte pas et qui ont une patience à toute épreuve.

Actuellement, dans le Sseu-Tchuen, les moyens de communication sont

très difficiles, tant dans l'intérieur de la province qu'entre la

province et les provinces voisines; les moyens de transport à dos

d'homme ou de mulet sont fort coûteux; la navigation des fleuves et

rivières, parsemés de rochers et de rapides, est dangereuse toute

l'année et à peu près impossible pendant l'époque des hautes eaux. Les

accidents sur le Yangtseu entre Itchang et Tchong-King sont extrêmement

fréquents; on estime qu'une jonque sur dix, en moyenne, fait naufrage

ou subit de graves avaries. Il est donc bien évident que, dans cette

région, il importe d'avoir au plus tôt des voies ferrées, et la

construction d'un chemin de fer venant de Hankeou pourra seule établir

un transport normal; mais soyons bien persuadés que le négociant

chinois n'abandonnera pas de si tôt le fleuve; il ne renoncera pas

à ses habitudes, surtout parce que ses habitudes le conduisent au

meilleur marché. On le voit bien par l'exemple du chemin de fer de

Changhai à Nankin; les bateaux transportent toujours les marchandises

et le chemin de fer n'arrive pas à les concurrencer.

Quant à songer à lancer une ligne régulière de vapeurs entre Itchang et

Tchong-King, c'est là une pure chimère; si, à certaines époques, des

canonnières _à fond plat_ ont pu remonter le fleuve, il me paraît peu

probable que des navires chargés de marchandises et cubant une certaine

profondeur puissent jamais naviguer sur le Haut Yangtseu en l'état où

il est actuellement.

Il serait cependant à désirer grandement que l'on pût remonter

facilement au Sseu-Tchuen; car c'est incontestablement une des

provinces les plus anciennes et les plus dignes d'être visitées, et les

touristes n'y manqueraient pas.

X.--La capitale, Tcheng-Tou, est située au nord-ouest de Tchong-King,

sur la rivière Min, qui forme, avec la rivière Tcheng, à l'endroit

même où est située la capitale, un enchevêtrement de lacs et de

canaux tel que la ville est entourée d'eau de tous côtés. Le premier

aspect de Tcheng-Tou est celui de toutes les villes chinoises avec

leur cortège de saletés, d'immondices, de guenilles et de mendiants.

Cependant quelques rues, larges, bien pavées, bordées de boutiques

assez propres et jolies à l'œil, contrastent avec ce que l'on est

habitué à voir en Chine. C'est un reste de l'ancienne splendeur de la

ville qui fut capitale de l'Empire il y a quelques siècles, et l'on

peut y voir encore de nombreux palais et monuments. La révolte des

Taiping a épargné cette province, et c'est une des raisons qui font

que les villes du Sseu-Tchuen, et celle de Tcheng-Tou en particulier,

offrent encore au voyageur un spectacle plus agréable et plus varié que

la plupart des villes du Yangtseu, qui ont toutes plus ou moins été

dévastées par les rebelles.

Quoique la province soit très fertile, on y rencontre beaucoup de

pauvres, car la population, qui n'a jamais connu le déchet que causent

les guerres civiles et les révoltes, est extrêmement nombreuse et ne

trouve pas toujours de quoi se nourrir. De Tcheng-Tou partent plusieurs

belles routes qui se dirigent sur Soui-Ting, Pao-Ning, Tong-Tchuen,

Ta-Tsien-Lou, et qui sont bien entretenues, chose rare en Chine; non

pas qu'elles ressemblent encore à nos routes de France, mais elles sont

pavées de belles pierres qui rendent la marche moins pénible que les

fondrières si souvent rencontrées dans les provinces de l'Empire.

Les environs immédiats de Tcheng-Tou produisent une impression de

bien-être; on se trouve dans une autre Chine. Les jardins sont nombreux

et bien cultivés; tout a un air de propreté et de prospérité auquel

on n'est pas habitué ordinairement. Il faut observer d'ailleurs que

la situation de Tcheng-Tou, au milieu de plaines fertiles et bien

arrosées, au pied des derniers contreforts qui descendent du Thibet,

contribue à la beauté de la ville et de ses environs; nulle part en

Chine on ne trouve tant de beautés naturelles alliées à une telle

fertilité. De plus, le réseau de canaux et de rivières qui environne la

ville facilite le commerce par jonques, puisque toujours ces dernières

peuvent remonter jusqu'à Tcheng-Tou; cependant de novembre à mai,

pendant la saison sèche, les petites barques seules peuvent y parvenir.

La muraille qui entoure la ville a été élevée sous la dynastie des Tsin

il y a quelque vingt siècles, mais elle a été agrandie et refaite sous

l'empereur Kang-Hi, de la dynastie actuelle. On trouve dans l'enceinte

trois villes, comme à Pékin et à Nankin; une ville impériale, dont il

ne reste que des ruines, pavillons délabrés, marbres brisés, palais

effondrés; une ville tartare où quelques Mandchoux tiennent garnison,

et enfin la ville chinoise.

Hors de la ville le voyageur peut visiter quelques édifices

intéressants, tels que la pagode de Wou-Keou-Tseu, tombeau d'un

empereur; la pagode de Tsin-Yang-Kong ou des deux brebis, placée sous

l'invocation de Lao-Tseu; c'est peut-être une des plus belles pagodes

qui existent en Chine; tour, piliers, dragons et phénix, immenses

brûle-parfums, enfin les deux brebis en bronze, l'ensemble offre un

caractère de grandeur et d'élégance qu'on n'est pas habitué à voir dans

ce pays. De temps à autre, aux époques où l'on fête les différentes

phases de la vie du philosophe, de véritables foires s'installent

autour du temple, avec des jongleurs, des montreurs de bêtes, etc.

Le monastère de Tsao-Tang mérite également d'être visité.

C'est là que repose un des poètes les plus connus de la Chine, Tou-Fou,

célèbre non seulement par ses œuvres, mais aussi par la capacité de

son gosier: il mourut à la suite d'un excès de vin de Chao-Hing;

c'était, d'ailleurs, comme tous les beaux buveurs, un homme fort gai.

Le monastère où il est enseveli depuis plus de mille ans est, comme

il convient, entouré de cabarets en plein vent et de buvettes où les

fervents admirateurs du poète viennent débiter ses vers en vidant

quelques coupes de vin chaud.

A environ 50 kilomètres de Tcheng-Tou on peut faire l'excursion de

Kouan-Chien, où se voit un pont suspendu fort original jeté sur le Min,

en face des montagnes où la petite ville s'étage en amphithéâtre. Ces

ponts ne sont pas rares dans ces parties montagneuses de la Chine et

le Yunnan en possède plusieurs.

Mais la merveille du Sseu-Tchuen, c'est le monastère d'Omei, la

montagne sainte du Sseu-Tchuen comme le Fuji-Yama est la montagne

sacrée des Japonais. On y rencontre des pèlerins exactement vêtus comme

ceux du Japon: vêtements blancs, sandales de paille, un grand bâton à

la main.

Pour faire le pèlerinage d'Omei, il faut d'abord se rendre à Kia-Ting

qui se trouve à 200 kilomètres au sud de Tcheng-Tou; le plus simple

et en somme le plus rapide moyen pour s'y rendre est la barque. C'est

là que tous les pèlerins se réunissent, et c'est de là qu'ils partent

pour aller s'agenouiller dans les temples de la montagne sacrée, d'où,

suivant la tradition, le bouddhisme s'est propagé en Chine. La nature

ici est sauvage et grandiose: montagnes élevées, précipices, cascades

se précipitant de rocher en rocher, et au milieu de cette nature,

pagodes, temples et monastères. C'est vraiment un spectacle rare et

qu'on ne peut se lasser d'admirer. Au monastère des Dix mille années,

situé à mi-chemin de la cime du mont, les bonzes bouddhistes donnent

une hospitalité aimable, et on y rencontre d'innombrables malades et

estropiés qui, entassés pêle-mêle, prient avec ferveur pour obtenir un

allègement à leurs souffrances.

[Illustration: _Halage à la corde._]

Comme le Fuji-Yama, la montagne d'Omei est souvent couverte de nuages,

et il est rare qu'une fois arrivé sur la cime le pèlerin ait la vue,

qui doit être pourtant merveilleuse, de tout le pays environnant. Le

pèlerin chinois ne s'en soucie pas beaucoup; mais le voyageur européen

qui vraisemblablement ne repassera pas tous les ans au mont Omei,

comme il pourrait le faire au Rigi, est désappointé. Malgré tout on

est payé de ses fatigues par le spectacle de cette nature grandiose,

de ces montagnes derrière lesquelles on devine le Thibet, pays encore

mystérieux et si bien défendu par ses énormes glacis couverts de neiges

éternelles.

CHAPITRE XIII

I. La province du Yunnan; description; Yunnan-Sen, capitale.--II.

Histoire; le Yunnan d'autrefois; ses habitants, leurs mœurs, leurs

costumes, leurs usages.--III. L'Islamisme au Yunnan.--IV. La France

et l'Angleterre au Yunnan; le chemin de fer; Sseu-Mao et Pou-Eurl;

le commerce de ces deux villes.--V. Yunnan-Fou et Mong-Tseu; voie

ferrée de Yunnan-Fou au Sseu-Tchuen, de Tali à Bhamo; commerce de

Mong-Tseu.--VI. La ville de Tali et le plateau de Yunnan-Fou; Tonghai;

beauté mais pauvreté du Yunnan.

I.--La province du Yunnan se trouve au sud-ouest de l'Empire chinois,

entre le 21° et le 27° de latitude septentrionale et le 95° et le 101°

de longitude orientale. Elle est bornée au nord par le Sseu-Tchuen,

à l'est par le Kouei-Tcheou et le Kouang-Si, au sud par l'Indo-Chine

française, et enfin à l'ouest par la Birmanie britannique. Elle est

arrosée, au nord par le Yang-Tseu-Kiang, au sud par le fleuve Rouge

et la rivière Noire; elle fait donc partie du bassin du Yangtseu au

nord, sur la frontière du Sseu-Tchuen. A l'ouest, d'ailleurs, elle

dépend également du bassin du Mékong. Son éloignement du centre

administratif de l'Empire est cause que cette province a toujours été

un des points faibles de la monarchie chinoise, depuis sa conquête,

faite sous la dynastie des Han (202 av. J.-C. à 281 ap. J.-C); et le

caractère sauvage et batailleur des indigènes a, plus d'une fois, sous

la conduite d'un chef habile, tenu en échec l'autorité du fils du

Ciel. Les empereurs, sous la dynastie des Tang (618-907), parvinrent

cependant à en opérer la conquête effective, et Khoubilai-Khan lui-même

fit en 1253 une expédition au Yunnan et installa son fils comme

lieutenant-gouverneur de toutes les provinces du sud-ouest de l'Empire.

Les travaux et les voyages des Anglais Baber, Anderson et Margary

(lequel périt assassiné non loin du Haut-Mékong), et des Français

Mouhot et Francis Garnier ont beaucoup aidé à la connaissance de cette

province.

De l'ouest à l'est le Yangtseu touche au Yunnan, un peu à l'ouest de

Tchao-Tong; on remonte son cours dans la direction du sud jusqu'à

Ta-Chien, où il fait un coude, et en se dirigeant vers le nord on

arrive à l'embouchure du Ya-Long-Kiang: puis, après avoir franchi

Li-Kiang-Fou et Atien-Tseu, le fleuve se retrouve au Sseu-Tchuen,

à Batang. En continuant ainsi, on arriverait à sa source, dans les

contreforts du Thibet.

Du côté du Yunnan, c'est-à-dire sur la rive droite, on ne voit aucun

grand affluent; seuls quelques petits torrents vont se jeter dans le

grand fleuve.

Le Yunnan est un amas de montagnes dont la hauteur varie entre 2.000 et

2.500 mètres pour s'élever jusqu'à 3.000 mètres du côté de Tali-Fou;

quelques plateaux sont seuls fertiles et habités; les vallées, très

étroites, ne peuvent se prêter en aucune façon à l'installation de

l'homme. Une quantité de torrents donnant naissance à de grands

fleuves ou allant s'y jeter s'insinuent à travers ces vallées étroites

et rendent, à l'époque des pluies, la circulation matériellement

impossible. Le climat est bon: par suite de sa situation sous les

tropiques et de son altitude, il n'est jamais trop chaud ni trop froid.

Cependant, dans le nord, à Yunnan-Sen et à Tali-Fou, la neige est

assez persistante en hiver. Je dois également ajouter que sur beaucoup

de plateaux règne la malaria et que presque toutes les vallées sont

fatales à ceux qui y séjournent: le paludisme les atteint sûrement. Les

Européens résistent mieux au climat que les Chinois.

Deux lacs se trouvent à l'est, près de la capitale, Yunnan-Sen: l'un le

Sien-Hai, l'autre le Tien-Hai; ces deux lacs sont assez importants et

peuvent avoir de 100 à 120 kilomètres de long sur 20 et 30 de large.

Mais ils ne sont pas, à beaucoup près, aussi considérables que le

Eurl-Hai ou lac de Tali qui a quelque 200 kilomètres de long et 40 de

large.

Une assez grande quantité d'autres lacs plus ou moins modestes sont

disséminés dans toute la province.

La capitale de la province, Yunnan-Cheng-Tcheng (ville capitale de

la province du Yunnan), plus communément connue des indigènes sous

le nom de Yunnan-Sen, est située au nord du Tien-Hai. C'est la ville

du Yunnan qui a le plus d'importance politique, et c'est aussi le

centre principal du commerce de la province. Elle est bien bâtie et

elle offre encore quelques monuments intéressants, quoiqu'elle ait

été sérieusement éprouvée par un violent tremblement de terre qui

dura, dit-on, trois jours, en 1834, et que l'incendie y ait causé de

grands ravages lors de la répression de la rébellion musulmane par

Ma-Jou-Long.

Tombée entre les mains des Chinois sous les Tang, et entièrement

soumise sous les Mongols, Yunnan-Sen était devenue, à la décadence

de la dynastie Ming (1590-1620), la capitale d'un prince chinois qui

s'était rendu indépendant; mais les conquérants mandchoux ne tardèrent

pas à reprendre possession de la province qui, depuis lors, est restée

partie intégrante de l'Empire.

On y parle le chinois de Pékin et du Sseu-Tchuen, car les soldats

mandchoux s'y étaient installés en grand nombre après la conquête,

et actuellement les habitants du Sseu-Tchuen viennent y fonder

des colonies. On dit que la province est riche en mines; charbon,

étain, cuivre, marbre, argent, l'or même, y seraient en abondance.

Quelques ingénieurs français envoyés par l'Indo-Chine y ont fait des

prospections; mais il semble qu'aucun n'ait donné de renseignements

très sûrs et définitifs. Toutefois un syndicat anglo-français s'est

fondé, qui a envoyé des ingénieurs américains à Yunnan-Sen; les

résultats ont été tenus secrets; mais j'ai entendu dire que les

ingénieurs n'avaient pas été satisfaits; peut-être le chemin de fer

aidera-t-il au développement minier; car il ne suffit pas de trouver

des mines, il faut pouvoir les exploiter. Le jésuite du Halde a laissé

de Yunnan-Sen une peinture qu'on peut encore citer: «Après tout, la

ville d'Yunnan, dans l'état où elle est, a encore plus de réputation

que d'abondance; les boutiques sont assez mal garnies, les marchands

peu riches, les bâtiments médiocres; le concours du monde n'y est même

pas fort grand, si on le compare à celui qu'on voit dans les autres

capitales de la province.»

II.--La ville a aujourd'hui environ 80.000 habitants. La province

du Yunnan touchant sur toute sa frontière méridionale à l'Indo-Chine

française, et nous intéressant par suite d'une façon particulière, je

m'étendrai assez longuement sur sa situation, ses ressources et son

histoire.

L'histoire du Yunnan est, en effet, tout autre que l'histoire de la

Chine, et il n'y a pas bien longtemps que cette province vit de la

vie générale de l'Empire. Aussi, comme nos compatriotes du Tonkin

sont de plus en plus appelés, surtout depuis que le chemin de fer du

Yunnan a fait son entrée à la capitale, à être en relations d'affaires

avec les indigènes de cette partie du Céleste Empire, je ne craindrai

pas d'entrer dans quelques détails. L'histoire et l'ethnographie du

Yunnan sont, au reste, bien loin d'être ennuyeuses, et on y trouve, au

contraire, une saveur et un intérêt particuliers.

Le Yunnan autrefois n'était pas peuplé par les Chinois; bien qu'il

appartienne à l'Empire chinois et qu'il en fasse partie au même titre

que les autres provinces, il diffère de celles-ci cependant, en ce

sens qu'il n'est pas encore complètement assimilé à la Chine, et qu'il

constitue, en quelque sorte, une colonie chinoise. C'est que le Yunnan

est peut-être, de toutes les provinces de Chine, la moins chinoise

comme population. D'autres, comme le Kouei-Tcheou ou le Hou-Kouang,

conservent encore, au milieu de la masse chinoise qui les compose,

des groupes ethniques non fondus, mais qui demeurent insignifiants.

Au Yunnan, à part les villes qui sont à peu près toutes chinoises,

la campagne est restée peuplée par les indigènes de race thai, et

l'impression, pour quiconque a habité la Chine, lorsqu'il pénètre

au Yunnan, c'est qu'il n'est plus en Chine. Et je fus moi-même tout

surpris, dès mon entrée au Yunnan, à Man-Hao, et, en le traversant,

soit à Yuen-Kiang et à Ta-Lang, soit à Sseu-Mao, d'entendre les gens

de la campagne parler la même langue que j'avais, dans ma jeunesse, au

début de ma carrière, entendu parler au Siam.

C'est que la race thai, en effet, occupait toutes les régions qui

forment le Yunnan actuel, et, bien que nous n'ayons aucune chronique

thai pour nous donner des renseignements précis sur les peuples de

cette race qui habitaient le pays, nous savons par les historiens

chinois que, depuis 629, sous la dynastie chinoise des Tang, il

existait un ou des royaumes thai connus sous le nom de Nan-Tchao

(princes ou principautés du Sud); tchao est la traduction chinoise du

terme thai _Kiao_, signifiant prince, terme encore employé aujourd'hui

au Siam et au Laos, et dans les différentes tribus thai réparties entre

la Birmanie, le Tonkin et le Yunnan.

Bien que les chroniques chinoises ne nous signalent ces princes du

Nan-Tchao que depuis 629, il est évident que, bien avant, les Thai

occupaient ces régions, puisque nous savons qu'en 566 l'autorité

chinoise était si loin d'être établie que l'empereur Wou-Ti, de la

dynastie des Tchao du Nord, était obligé de protéger le passage du

Yang-Tseu-Kiang contre leurs incursions. Et ces Thai, bien loin de

former un état compact et une nation unie, étaient, fort probablement,

une agglomération de différentes tribus luttant et combattant pour

la suprématie. Ce qui tendrait à le prouver, c'est le terme _Ko shan

pyi_ (les neufs pays Shan), sous lequel les désignaient leurs voisins

les Birmans. Ces derniers d'ailleurs ne possèdent non plus aucune

chronique, aucun document sur ces tribus thai, et nous sommes obligés

de nous livrer à des suppositions en ce qui concerne les Thai du Yunnan

jusqu'en 629, époque où les chroniques commencent le récit du Nan-Tchao

pour le conduire jusqu'en 1252, date où Khoubilai-Khan conquit

définitivement le Yunnan.

Khoubilai-Khan conféra au dernier Tchao le titre de maharadjah et en

fit un sujet de l'Empire. Cependant, vu l'éloignement de la province

et le peu de surveillance dont les princes thai étaient l'objet, ces

derniers continuèrent à gouverner librement leurs états; ce n'est

qu'en 1382 que les derniers princes thai cessèrent de régner; ils

furent pris et amenés à Nankin où l'empereur Hong-Wou des Ming les fit

décapiter. Ce fut là la fin de la puissance thai au Yunnan. Le général

Wou-San-Kouei essaya bien de reconstituer, trois cents ans plus tard,

vers 1673, un royaume indépendant, mais il fut pris et tué par les

Mandchoux de la dynastie actuelle des Tsing, en 1681.

La grande artère de la Chine: le Yangtseu · 第 12 / 19 段