faible étendue, où il forme une partie de sa limite septentrionale;
mais elle est arrosée par quatre rivières qui se jettent dans le
lac Tong-Ting, lequel communique avec le grand fleuve au port de
Yo-Tcheou. Cette province a une superficie égale à celle de la France,
et la rivière qui l'arrose à l'est, le Siang, est le plus long des
cours d'eau qui alimentent le lac. Le Siang prend sa source sur les
frontières du Kwang-Tong et du Kiang-Si et passe à Heng-Tcheou et
Tchang-Cha avant de se jeter dans le lac; près de sa source il possède
de nombreux affluents navigables qui offrent de grandes facilités au
commerce local des trois provinces du Kiang-Si, Kwang-Tong et du
Kwang-Si. Au centre se trouve le fleuve Sou qui est navigable seulement
pour les petites jonques, lesquelles doivent d'ailleurs être tirées
presque continuellement à la cordelle à cause des nombreux rapides:
le bassin du Sou est très fertile, mais aucun grand centre n'existe
dans ses limites, et les produits de son sol sont exportés soit vers
Tchang-Cha, soit vers Tchang-Te. A l'ouest du Sou, coule la rivière
Yuen, d'une longueur égale à la rivière Siang, mais beaucoup moins
navigable, par suite des nombreux rapides échelonnés le long de son
cours. La quatrième rivière est le Li-Chouei, qui se déverse aussi dans
le lac Tong-Ting; mais son cours inférieur seul est navigable et elle
n'offre guère de commodités au point de vue commercial.
Située entre le 30e et le 26e degrés de latitude nord, cette province
est très montagneuse au sud, où la chaîne des monts Nan-Ling la sépare
du Kwang-Tong, ainsi qu'à l'ouest, où elle est voisine du Kwei-Tcheou.
Dans sa région moyenne, c'est un pays ouvert, largement ondulé, tandis
que, dans sa partie septentrionale, c'est un pays plat occupé en grande
partie par le lac Tong-Ting qu'environnent des plaines alluvionnaires
à l'embouchure des quatre rivières situées plus haut, interceptées
de canaux. Le lac Tong-Ting apparaît en hiver comme un vaste marais,
entouré de bancs de sable et de boue où grouillent les canards, les
oies et les cygnes sauvages, et à travers lequel les eaux des rivières
tracent leurs cours sinueux; mais aux hautes eaux, c'est-à-dire pendant
la période qui s'étend de mai à octobre, il monte de 10 à 15 mètres et
couvre une superficie de plus de 10.000 kilomètres carrés.
II.--La population du Hounan a toujours passé pour être violente et
rude, et c'est au Hounan que se recrutaient les meilleurs soldats,
disait-on. Longtemps la province a été le foyer de la propagande
anti-étrangère et les atrocités commises en 1891, 1895 et 1900 sont
encore présentes à la mémoire. Aujourd'hui, cependant, cet esprit
semble se modifier et le peuple du Hounan a l'air de vouloir marcher
dans la voie du progrès. Cette province passe à tort ou à raison pour
une de celles où il y a le plus de lettrés et le plus de gens aisés.
Il est évident qu'au point de vue agricole, le Hounan est l'une des
provinces les mieux partagées de la Chine, et c'est là peut-être une
des raisons de sa supériorité sur les provinces avoisinantes. Elle
pourrait se suffire à elle-même, car elle produit tout ce qui lui est
nécessaire, et en assez grande quantité pour en exporter le surplus.
Seul le sel lui manque et doit lui venir des provinces voisines.
III.--Son sol est extrêmement fertile. En tête de ses principaux
produits agricoles est le riz, dont on fait, dit-on, trois récoltes
par an, grâce à des conditions climatériques spécialement favorables.
Un proverbe chinois dit qu'une belle récolte au Hounan fournit de
quoi manger à toute la Chine; (cependant les habitants prétendent au
contraire que le sol de leur province est composé de trois parties de
montagnes, six parties d'eau et une seulement de sol cultivable). Le
riz est cultivé surtout dans les plaines qui entourent le lac Tong-Ting
et dans la vallée de la rivière Siang. L'ingénieux système d'irrigation
des Chinois leur a permis de soumettre également à cette culture les
flancs des collines et des montagnes.
Le coton est cultivé dans tout le nord, notamment dans les préfectures
de Li-Tcheou et de Tchang-Te-Fou; le tabac, de qualité supérieure,
mais très chargé de nicotine, se rencontre principalement dans le
district de Tcheng-Tcheou; la région produit encore l'indigo, le thé,
qui est très estimé. C'est surtout le Hounan qui approvisionne de thé
le marché de Hankeou, et l'exportation annuelle du thé noir du Hounan
se chiffre par une somme de 20 à 25.000.000 de francs; il fournit aussi
du thé vert, et celui qui provient de la petite île de Tcheou-Tchou,
près du port de Yo-Tcheou, est, avec celui de Pou-eurl, réservé à la
consommation du palais impérial.
Le Hounan produit aussi de la soie, mais très peu: la récolte était
estimée il y a trente ans à 30.000 kilogs; et la culture des vers à
soie était complètement abandonnée; on a essayé de la faire revivre
tout dernièrement, et quelques riches Chinois de Tchang-Cha ont fait de
nouvelles plantations de mûriers, mais on ne sait encore comment cette
entreprise tournera et si elle finira par réussir.
Je puis encore citer la ramie, le gingembre, l'arbre à vernis, le suif
végétal.
IV.--Mais ce qui constitue pour le Hounan une source de richesse, ce
sont les bois. Alors en effet que les _Chinois ont tout déboisé dans
l'Empire_, le Hounan est peut-être, avec le Yunnan, la seule province
où il existe encore des forêts exploitables. Ces forêts sont situées
dans le sud et le sud-ouest en des régions encore habitées par les
aborigènes Yao. L'abatage des arbres, leur transport et leur vente
est le monopole d'une sorte de trust formé par trois corporations
de marchands de différentes provinces. Les arbres sont coupés en
automne et en hiver, ébranchés, puis jetés dans les rivières qui
les entraînent jusqu'à un point où, les eaux étant assez hautes, on
fabrique avec les différents bois des radeaux qui descendent jusqu'aux
environs du lac Tong-Ting. Là on réunit plusieurs de ces radeaux
pour en former de plus grands qui puissent se hasarder sur le lac et
sur le Yangtseu dont les tempêtes et les coups de vent sont parfois
terribles. L'exportation annuelle des bois de la province est estimée
à une cinquantaine de millions de francs. La principale essence est le
pin; on exporte aussi du chêne, du cèdre, du camphrier et une espèce
du cyprès. Ces arbres atteignent quelquefois des proportions énormes;
et ce qui maintient la forêt, ce qui l'empêche de s'épuiser, c'est que
les Yao aborigènes replantent au fur et à mesure; cette prévoyance
des naturels est à remarquer quand on voit l'incurie du Chinois pour
les forêts et l'insouciance avec laquelle il laisse dévaster les plus
belles plantations.
Les bambous sont également exploités; les plantations en sont
nombreuses au sud du lac Tong-Ting, dans le district de Tchang-Cha-Fou;
on les exporte de même dans les autres provinces et on en fait des
radeaux pour faciliter le transport.
Les rivières du Hounan sont très poissonneuses ainsi que du reste les
eaux du lac Tong-Ting où elles se déversent. De nombreuses pêcheries
existent sur le lac et alimentent un commerce important.
V.--De même qu'il est riche par la fertilité de ses terres, le
Hounan l'est aussi par les produits de son sous-sol. Les habitants,
d'ailleurs, exploitent depuis longtemps différentes mines. Des
gisements considérables de charbon existent dans toute la province,
et ils avaient été signalés par Richtofen, mais ce savant allemand
et ceux qui avaient suivi ses traces, n'avaient pas été autorisés à
voir les houillères de près. Par contre, un ingénieur américain, M.
Parson, le même qui a fait l'étude préliminaire du tracé de la ligne de
Hankeou à Canton, a réussi à se rendre compte de la valeur du bassin
houiller. D'après lui, dans le sud de la province, sur les bords du
Siang, ce bassin a une longueur de 320 kilomètres sur une largeur
de 95 et contient plusieurs couches de diverses sortes de charbons
gras et d'anthracites. D'autre part il assure que de ces charbons
gras, les uns seraient excellents pour la métallurgie, les autres
pour la marine à vapeur et que, de ces anthracites, les uns seraient
propres aux usages domestiques, ayant assez de matières volatiles pour
s'enflammer aisément, et les autres bons pour les hauts-fourneaux et
la fabrication de la fonte Bessemer. Ces riches gisements de charbons,
situés dans un pays où abondent également le fer et d'autres métaux,
assurant au Hounan un avenir des plus brillants au point de vue
métallurgique. Actuellement aucune mine n'est exploitée à l'européenne,
et c'est, d'ailleurs, l'anthracite seul que les Chinois retirent du
sol. Ils n'entament que la surface des gisements proches des rivières
navigables. Quelques houillères sont si près des cours d'eau que les
jonques les accostent; l'équipage n'a qu'à mettre pied à terre, à
manier pelles et pics et à charger; les mines de charbon en effet ne
sont pas concédées et le charbon est à celui qui veut le prendre;
le gouvernement chinois n'intervient pas dans cette exploitation,
contrairement à ce qui se passe pour d'autres mines; le Hounan exporte
déjà une grande quantité d'anthracite, mais il faut dire que jusqu'ici
on n'a trouvé que de l'anthracite sulfureux, brûlant mal et laissant
des résidus gros et durs comme des cailloux. Peut-être l'exploitation
est-elle trop superficielle? Toujours est-il que jusqu'à présent on n'a
découvert qu'une bonne mine de charbon sur la frontière sud du Hounan,
et cette mine est celle de Ping-Siang au Kiang-Si; c'est elle qui avec
la mine de Kai-Ping (près de Pékin) fournit le charbon nécessaire aux
usines de Hanyang. Cette mine de Ping-Siang est, du reste, exploitée
à l'européenne par des Allemands au service du directeur général des
chemins de fer chinois, Cheng-Suien-Hoai.
Le fer existe dans toute la préfecture de Pao-King; le minerai est
d'excellente qualité et l'acier du Hounan est réputé en Chine;
malheureusement les produits vendus comme fer et acier de cette
province sont souvent frelatés par les marchands.
L'antimoine est fort commun; on le trouve dans les districts
d'An-Houa, Ki-Yang, Sin-Hou et Chai-Yang, et aussi dans le district de
Tcheu-Tcheou; une partie du minerai est traitée à Hankeou; le reste
est travaillé dans la province même à Tchang-Cha par deux fonderies
appartenant à des maisons de commerce chinoises et qui débarrassent le
minerai de sa gangue.
Le plomb existe dans tout le sud et il est exploité à Tchang-Ing et
Ki-Yang; le minerai, expédié à Hankeou, est traité par l'usine de
concentration de Wou-Tchang, puis exporté à l'étranger.
L'argent est extrait soit à l'état de minerai propre d'argent, soit à
l'état de galène ou encore mêlé à l'antimoine et au cuivre; c'est dans
la préfecture de Tchang-Cha que se trouvent les principales mines, mais
l'exploitation en est actuellement prohibée.
Parmi les mines d'or connues, l'une est située à Ping-Kiang
(Yo-Tcheou-Fou) et l'autre sur la rivière Yuen entre Tcheu-Tcheou
et Tao-Yuen; on a tenté, mais sans succès, d'exploiter la première
suivant une méthode scientifique. D'autre part, les sables de plusieurs
rivières sont aurifères.
Enfin on rencontre aussi dans la province le cuivre, l'étain, le zinc,
le soufre, le borax, la potasse, l'alun, le salpêtre.
VI.--La principale industrie est celle du coton, à Tchang-Te-Fou, où
elle est encore très florissante, alors que, dans la partie orientale
de la province, elle est au contraire en décadence par suite de la
concurrence des tissus étrangers. On tisse également la ramie; on
fabrique aussi du papier, des baguettes d'encens, des pétards, de la
porcelaine et de la poterie communes, des cordages de bambous, des
marmites, des pots d'étain, de l'eau-de-vie, des articles en laque
commune. Toutes ces entreprises, bien entendu, sont du type familial,
et la seule industrie européenne est celle où on fond le minerai
d'antimoine; il a été question de créer à Tchang-Cha une rizerie à
vapeur. Mais ce n'est qu'un projet.
[Illustration: _A la voile dans les gorges (Haut Yangtseu)._]
VII.--Les trois rivières Siang, Sou et Yuen sont, avec le lac Tong-Ting
et le Yangtseu, les principales voies suivies par le commerce. Nous
retrouvons, dans cette province, la grande route de Pékin à Canton qui
passe déjà au Houpe pour ensuite se diriger vers le Hounan. Fluviale
ici, sur la plus grande partie de son parcours, elle suit le Siang par
Tchang-Cha, Siang-Tan, Heng-Tcheou, puis son affluent le Li-Chouei
jusqu'à Tcheu-Tcheou-Chien, terminus de la navigation. Elle franchit
ensuite les monts Nan-Ling par la passe de Che-Ling et pénètre au
Kouang-Tong pour gagner la capitale de cette province par la rivière du
nord (Pékiang). Cette route avait une importance commerciale de premier
ordre et était suivie par une quantité considérable de marchandises
avant l'ouverture des ports du Yangtseu aux Européens et l'introduction
de la marine à vapeur; elle est aujourd'hui beaucoup moins fréquentée,
le gros du trafic ayant été détourné sur la voie maritime.
Une autre route très importante est celle de Tchang-Te-Fou au
Kouei-Tcheou; elle suit la rivière Yuan et atteint Tchang-Yuen; un
embranchement passe par Ma-Yang et paraît être encore plus fréquenté.
Ma-Yang est un des plus gros marchés de l'ouest du Hounan.
La rivière Siang est navigable jusqu'à Tchang-Cha pour les vapeurs dont
le tirant d'eau est de 1 m. 25 à 2 mètres pendant environ huit mois de
l'année; ces mêmes vapeurs peuvent souvent atteindre Siang-Tan, dont
l'accès est un peu plus difficile. Au-dessus de cette ville, la rivière
n'est navigable que pour les jonques, puis pour les sampans seulement.
Près de sa source un canal la relie au Fou-Ho, affluent du Si-Kiang
dans le Kouang-Si.
La rivière Tse, ainsi que je l'ai déjà dit, n'est qu'une suite de
rapides et ne peut être considérée comme pouvant être ni devenir
une voie commerciale; quant à la Yuen elle serait navigable pour
des vapeurs de faible tonnage jusqu'à Tchang-Te-Fou. La Compagnie
Butterfield and Swire avait tenté d'y envoyer un bateau, mais
l'embouchure de la rivière dans le lac Tong-Ting est obstruée par des
roseaux et des bancs de boue. Pour pénétrer dans cette rivière, les
jonques elles-mêmes font un détour et passent par des canaux qui,
au sud du lac, la relient à la Tse. Au-dessous de Tchang-Te-Fou,
les jonques ne doivent pas caler plus de deux pieds et, à partir de
Hong-Kiang, la rivière n'est accessible qu'aux sampans.
VIII.--Les deux villes ouvertes au commerce étranger dans la province
du Hounan sont: d'abord le port de Yo-Tcheou (Yochow) qui a une
population d'environ 20.000 habitants et se trouve précisément à
l'embouchure du lac Tong-Ting dans le Yangtseu. Le commerce du Hounan
passe à peu près en entier par cette voie, mais n'ajoute rien à la
prospérité de la ville qui est la porte principale de la province et
rien d'autre. En 1906, les Japonais avaient essayé de faire ouvrir
au commerce la ville de Tchang-Te-Fou qu'ils considèrent comme le
centre commercial de la province, mais les choses en sont restées
là. L'ouverture de Tchang-Cha-Fou a, du reste, contribué beaucoup à
l'effacement de Yo-Tcheou qui ne sera jamais un marché important. Les
transactions commerciales, presque toutes chinoises, figurent au relevé
des douanes pour la somme de 1.500.000 à 2.000.000 de taels; quant
aux importations européennes directes, elles ne sont que de 350.000 à
400.000 taels environ.
IX.--Tchang-Cha (la longue plaine de sables), ville capitale de la
province du Hounan, est située sur la rivière Siang à 120 milles de
Yo-Tcheou; elle devint ville ouverte en 1903. La douane chinoise y
fut installée en 1904, le 1er juillet. La contrée, aux environs, est
montagneuse, sauf du côté nord où s'étend une longue plaine d'où la
ville tire sans doute son nom. La rivière sur laquelle se trouve la
ville ne peut être remontée en vapeur que l'été; car l'hiver les eaux
sont trop basses pour aller jusqu'à Tchang-Cha. La ville elle-même
contient plusieurs édifices remarquables et les rues sont pavées
suivant le goût chinois; elles offrent cependant plus de confort et de
propreté qu'ailleurs.
L'ouverture de la ville de Tchang-Cha n'a pas donné ce qu'on
espérait; les Chinois du Hounan font tout leur possible pour écarter
les étrangers, et s'ils sont avides de nouveautés et de sciences
occidentales, c'est à condition de les acquérir par eux-mêmes. L'esprit
hostile du Hounanais est toujours en éveil et par toutes sortes de
tracasseries le port est en quelque sorte un port fermé et non un
port ouvert. L'importation directe et aussi l'exportation directe par
les étrangers est insignifiante, mais le commerce purement chinois
donne de 8 à 9.000.000 de taels de transactions. Pour l'année 1908,
les relevés des douanes indiquent le chiffre de 9.240.292 taels.
Le consul d'Angleterre disait, au reste, dans un de ses derniers
rapports, que l'état d'esprit des habitants, très exclusif, rendait
fort difficile aux étrangers l'ouverture de maisons de commerce dans
la ville; une société très riche et hautaine, ennemie de l'étranger,
s'arrange toujours, chaque fois qu'un de ces derniers veut s'installer
et acquérir un terrain, pour acheter elle-même le terrain désigné et
empêcher ainsi l'Européen de prendre pied à Tchong-Cha. Comme les gens
riches ou aisés sont nombreux, ils arrivent toujours à leurs fins.
Cependant, en dehors de la ville murée, dans le port ouvert, on a
commencé à élever différentes constructions; la douane impériale et
la compagnie de navigation de MM. Butterfield and Swire ont construit
des bâtiments, et un quai déjà suffisamment long a été également
édifié: il a 10 mètres de haut et mesure 200 mètres, mais il sera plus
considérable, et déjà le gouvernement chinois a donné l'autorisation au
service des douanes pour continuer le quai et en faire un de plusieurs
kilomètres.
Comme résidents à Tchang-Cha, en dehors des Européens attachés au
service des douanes chinoises, il y a quelques Japonais, et une seule
maison européenne, la British American tobacco Cº. Deux maisons
japonaises sont également établies, la Mitsui Bussan Kwaisha et la
Nisshin Kisen Kwaisha.
X.--C'est à Tchang-Cha-Fou que jadis, prit naissance la fête du Dragon.
Un mandarin, qui administrait la ville, et dont le peuple estimait
la probité et la vertu, s'étant noyé dans la rivière, on institua en
son honneur une fête qu'on célébrait par des jeux, par des festins
et par des combats sur l'eau. Cette fête, qui pendant longtemps fut
particulière au Hounan, a lieu aujourd'hui dans tout l'Empire sous le
nom de fête du Dragon, parce qu'on lance sur le fleuve, le soir du
premier jour du cinquième mois, de petites barques longues et étroites,
toutes dorées, qui portent à l'une de leurs extrémités la figure d'un
dragon; c'est pourquoi on les appelle long tchouan (bateaux-dragons).
XI.--Les monts Nan-Ling, dont j'ai déjà parlé et qui se trouvent
situés dans le sud de la province, vers la frontière du Kouang-Si et
du Kouang-Tong sont habités, en outre des Yao, par des Miao-Tseu,
que les Chinois appellent Cheng miao tseu ou Sauvages et qui vivent
complètement indépendants. Il n'y a pas longtemps encore qu'ils
créaient des ennuis aux autorités chinoises, mais ces dernières ayant
pris le bon parti de les laisser tranquilles et de ne plus s'occuper
d'eux, ces indigènes restent chez eux sans frayer avec leurs puissants
voisins. Ils seront étudiés plus longuement dans le chapitre suivant.
CHAPITRE XI
I. La province du Kouei-Tcheou (Kwei chow); ses ressources; sa
capitale.--II. Les aborigènes Miao-Tseu.
I.--La province du Kouei-Tcheou est l'une des plus petites provinces de
la Chine; elle n'est pas arrosée directement par le Yang-Tseu-Kiang,
mais un des grands affluents de ce fleuve, la rivière Ou, la traverse
en partie, ainsi qu'un autre petit affluent, le Tche. Elle est donc,
sinon baignée par le Yangtseu, du moins comprise dans le bassin du
Yangtseu.
Elle est couverte de montagnes, dont quelques-unes très élevées; aussi
est-ce dans cette province que l'on rencontre encore le plus de ces
peuples indépendants et vivant en dehors des lois de l'Empire, que l'on
nomme Miao-Tseu; il y a dans ces montagnes des mines d'or, d'argent et
de cuivre, et c'est en partie de cette province qu'on tire le cuivre
dont on fabrique la sapèque. La culture n'y est pas très rémunératrice
et les habitants sont très pauvres; on n'y fabrique aucune étoffe de
soie, mais on y cultive beaucoup la ramie, cette espèce d'ortie de
Chine qui sert à tisser d'excellents vêtements d'été. Le Kouei-Tcheou
fait un élevage assez considérable de chevaux et de bœufs.
Kouei-Yang-Fou, la capitale, est, comme d'ailleurs toutes les autres
villes de la province, une forteresse; quantité de forts et de places
de guerre avaient en effet été élevés par les Empereurs pour tenir
en respect les tribus indépendantes; la capitale est très petite,
construite mi-terre, mi-brique; elle mesure à peine 6 ou 7 kilomètres
de tour.
La rivière sur laquelle elle est située n'est point navigable, et il
s'y fait fort peu de commerce.
Cette province n'est pas ouverte au commerce étranger; elle serait
d'ailleurs, en l'absence de toutes routes ou voies ferrées, d'un accès
difficile, et les échanges qu'on pourrait y faire seraient de peu
d'importance, étant donnée la pauvreté des habitants.
II.--Les Miao-Tseu, qui vivent dans le centre et au midi de la province
du Kouei-Tcheou, sont de deux sortes: les uns obéissent aux magistrats
chinois et font partie du peuple chinois dont ils ne se distinguent que
par leur coiffure; les autres ont leurs mandarins héréditaires qui sont
originairement de petits officiers, lesquels servaient dans l'armée
chinoise de l'empereur Hong-Wou, et qui, comme récompense, reçurent des
titres et furent établis gouverneurs d'un certain nombre de villages.
Ces gouverneurs indigènes furent appuyés par des garnisons chinoises
placées en différents endroits fortifiés. Les Miao-Tseu s'accoutumèrent
peu à peu à ce genre d'administration, et ils considèrent aujourd'hui
leurs mandarins comme s'ils étaient de leur nation. Ces derniers, du
reste, ont pris toutes les manières des villages miao-tseu qu'ils
étaient chargés de gouverner. Cependant ils n'ont pas oublié de quelle
province et de quelle ville ils sont; il y en a parmi eux qui comptent
aujourd'hui vingt générations dans la province du Kouei-Tcheou. Quoique
leur juridiction ne soit pas très étendue, ils ne laissent pas d'être
à leur aise; leurs maisons sont larges, commodes et bien entretenues;
ils jugent en première instance les procès qui leur sont soumis, et ils
ont le droit de châtier leurs sujets, mais non de les condamner à mort.
De leurs tribunaux, on appelle immédiatement au tribunal du tche fou ou
préfet chinois.
Les indigènes s'enveloppent la tête d'un morceau de toile et ne portent
qu'une veste bleue en cotonnade et des pantalons de même étoffe; mais
les chefs sont vêtus comme des Chinois, surtout quand ils vont à la
ville saluer le tche fou ou quelque autre autorité chinoise.
Les Miao-Tseu, encore indépendants, nommés par les Chinois
_Cheng-Miao-Tseu_ ou Miao-Tseu _crus_, c'est-à-dire non civilisés,
ont des maisons à peu près comme celles des Laotiens et des Siamois,
élevées sur pilotis. Dans le bas, au-dessous de la demeure familiale on
met le bétail: bœufs, vaches, moutons, cochons; car ce sont les animaux
que l'on voit le plus chez eux, sauf quelques chevaux; les maisons
sont sales et sentent mauvais, toute l'odeur du bétail montant dans
les chambres. Ces Miao-Tseu sont divisés en villages et vivent dans
une grande union, quoiqu'ils ne soient gouvernés que par les anciens
de chaque village. Ils cultivent la terre, ils font de la toile et des
espèces de tapis qui leur servent de couvertures pendant la nuit. Cette
toile n'est pas très solide, mais les tapis sont habilement tissés.
Les uns sont de soie unie, de différentes couleurs, surtout rouges,
jaunes et verts; les autres de fils écrus, d'une espèce de chanvre
qu'ils savent fort bien tisser et qu'ils teignent également; ils n'ont
pour vêtement qu'un pantalon et une veste comme leurs congénères
chinoisés.
Par l'entremise de ces derniers, les Chinois arrivent à faire un
certain commerce avec les Miao-Tseu indépendants, notamment le commerce
des bois. Les indigènes les coupent et les font flotter jusqu'au bas
des montagnes où les Chinois les reçoivent et en construisent de grands
radeaux.