Et une foule d'autres articles, entre autres du papier et du savon

que les Japonais sont parvenus à produire assez bien et à un bon

marché vraiment extraordinaire. Mais ce qui est le principal article

d'importation japonaise en Chine, c'est le parapluie, manufacturé par

millions à Osaka et qui tend à remplacer en Chine le fameux parapluie

de papier huilé. Le parapluie japonais a détrôné le parapluie français

fabriqué à Lyon et dont nous importions autrefois de grandes quantités.

Évidemment jusqu'à présent la concurrence japonaise ne s'exerce que

sur une échelle encore restreinte, mais il ne faut pas se dissimuler

que, comme le Japonais est adroit et habile, il arrivera à vendre aux

Chinois, à bon prix, les articles que ce dernier avait l'habitude

d'acheter à l'Europe. Aujourd'hui le Japon est relié à la Chine par

de nombreuses lignes de navigation dont l'une dessert précisément les

ports du Yangtseu.

Ainsi, après les Anglais, les Russes, les Allemands et les Français,

sont venus dans le Yangtseu les Japonais, qui y ont pris une place

considérable. Où sont maintenant les prétentions anglaises sur la

vallée du fleuve bleu? Il y a quelques années, en 1898, après la

guerre sino-japonaise, lorsque les puissances européennes parlaient

de s'adjuger des sphères d'influence en Chine, l'Angleterre avait

immédiatement réclamé pour elle la vallée du Yangtseu; un de ses

résidents au Sseu-Tchuen, M. Archibald Little, le même qui tenta de

remonter des rapides en chaloupe à vapeur, fit alors paraître un livre:

_Through the Yangtse gorges_, sur la couverture duquel une Chine en

noir, marquée de deux lignes rouges au nord et au sud du grand fleuve,

montre au lecteur ce que doit être la sphère d'influence anglaise! Les

intérêts multiples qui se sont développés à Hankeou, et la concurrence

qui s'y livre entre les diverses nationalités ont eu bientôt raison des

prétentions britanniques!

VIII.--Au point de vue agricole, la province n'est pas comptée comme

une des riches provinces chinoises. Les principaux produits sont le

riz dont on fait, dans certaines parties du Houpe, deux récoltes

annuelles; le blé et le coton cultivés en petite quantité dans le nord

de la province; le chanvre, la ramie, le sésame, le thé qui est la

principale production de la sous-préfecture de Che-Nan-Fou; l'arbre

à vernis (_rhus vernicifera_) et la rhubarbe qui poussent dans les

régions montagneuses de l'ouest de la province; les haricots, l'indigo,

le tabac.

Le pavot à opium se cultivait autrefois dans tout l'ouest de la

province, vers Itchang et Siang-Yang-Fou, et le Houpe en produisait

environ 10.000 piculs par an; mais, depuis les ordonnances impériales

contre l'opium, la culture du pavot a cessé.

La pomme de terre, autrefois introduite par les missionnaires italiens

franciscains, est cultivée aux environs de Hankeou; mais elle pousse

surtout dans les régions montagneuses de l'ouest de la province, où

elle fait le fond de la nourriture des paysans en même temps que la

patate douce. Le sorgho, le maïs, le millet sont également cultivés.

Le climat du Houpe convient admirablement à la sériciculture, et elle

y existe depuis les temps les plus reculés. La légende rapporte qu'au

temps de la conquête de la province, habitée alors par des aborigènes

ou Miao-Tseu, un Empereur aurait épousé la fille d'un prince de

l'une des tribus et que cette princesse serait précisément celle qui

a découvert l'art de tisser la soie. C'est à Ta-Yang, au nord-est

d'Itchang, que se trouvent les centres d'élevage de vers à soie de la

province.

Il n'y a plus d'arbres au Houpe; comme dans toutes les provinces

que j'ai déjà passées en revue, les forêts ont disparu et c'est du

Hounan et du Kouei-Tcheou que viennent les bois employés à Hankeou et

ailleurs, quand ils n'arrivent pas tout simplement d'Amérique, ce qui

est le cas la plupart du temps.

Les mines du Houpe ont donné des déceptions; il faut faire exception

pour celle du Tié-Chan, où on trouve un excellent minerai de fer.

On y découvre aussi des mines d'antimoine et de zinc, et une maison

française avait essayé de traiter le minerai à Wou-Tchang; elle avait

bien réussi, mais, faute de fonds, elle fut obligée de céder son

affaire à une maison allemande, Carlowitz, qui continue avec succès.

Quant aux mines de charbon, elles n'ont procuré que des déboires; j'en

ai vu ouvrir sept en trois ans, dans diverses parties de la province,

et aucune n'a donné de bonne houille. Le charbon consommé à Hankeou

vient du Hounan et surtout du Kiang-Si.

IX.--En 1892, le commerce de Hankeou ne s'élevait qu'à 48.500.000

taels; il a, depuis, constamment prospéré jusqu'en 1904, où il atteint

le chiffre de 148.000.000 de taels. Il a ensuite fléchi en 1905 à

122.100.000 de taels, et en 1906 à 109.660.000 de taels, mais ce

n'était là qu'un fléchissement passager dû à une crise monétaire, et

depuis les affaires ont repris: le trafic est remonté à 115.071.383 de

taels en 1907, et à 120.038.293 de taels en 1908.

La branche la plus importante du commerce d'importation est celle des

tissus de coton. En 1905, Hankeou a reçu pour 6.000.000 de taels de

filés et 7.220.000 taels de cotonnades; en 1905, l'importation des

filés étrangers a augmenté de 50.000 piculs, représentant environ

une plus-value de 1.320.000 taels; la plus grande partie provient du

Japon, les filés de ce pays ayant repris sur le marché l'avantage

sur les filés indiens, qui eux-mêmes avaient détrôné le coton filé

du Lancashire. L'Angleterre ne fournit plus depuis longtemps que les

numéros élevés.

Quant à l'importation des cotonnades, connues sur le marché sous le

nom marchand anglais de «piece goods», elle a également bénéficié de

l'engorgement des magasins de Changhai après la guerre russo-japonaise.

On a constaté une augmentation de 337.000 pièces sur les cotonnades

écrues et une augmentation de 57.000 pièces sur les étoffes teintes

en noir dites, en langage du commerce, «italians». Cependant, il y a

lieu de noter une baisse de 24.000 pièces pour les cotonnades écrues

américaines et de 17.000 pièces pour les toiles de Perse, connues sous

le nom de «chintzes».

Presque la totalité des tissus importés sur le marché de Hankeou

sortent des entrepôts fictifs de Changhai. L'importation directe de

ces marchandises n'occupe que quelques rares commerçants allemands et

japonais qui travaillent le plus souvent à la commission. Quelques

petites maisons de commerce se contentent de faire de la consignation.

Les achats sur Changhai s'opèrent par l'entremise des courtiers chinois

qui se tiennent journellement en communication avec les marchands

indigènes de l'intérieur. Changhai étant le grand centre d'importation

des tissus étrangers, les effets d'un encombrement ou d'un déficit de

ces marchandises se répercutent naturellement à Hankeou, un de ses

principaux débouchés. Au 31 décembre 1906, il y avait à Changhai,

d'après les rapports de la Chambre de commerce, plus de 11.000.000 de

pièces de cotonnades de toutes sortes. Ainsi, dès le début de 1907,

Hankeou a largement profité de la situation pour s'approvisionner.

Le spéculateur indigène établi à Changhai a été obligé, à l'approche

du nouvel an, de réaliser coûte que coûte la plus grande partie de

son stock et de traiter avec les acheteurs du Yangtseu, d'autant plus

que le marché du nord lui était fermé et était, du reste, tout aussi

encombré que celui de Changhai.

La majeure partie de ces étoffes de coton sont de fabrication anglaise

ou américaine; les fabriques des États-Unis ne l'emportent sur celles

du Lancashire que pour les étoffes lourdes, notamment les coutils.

L'importation américaine a fait, durant ces dernières années,

d'énormes progrès en Chine, mais c'est surtout dans le nord qu'elle a

développé ses débouchés; dans la vallée du Yangtseu, la prépondérance

anglaise se maintient, quoique déjà battue en brèche par le Japon et

l'Inde, et aussi par l'Italie qui a réussi, depuis quelques années, à

écouler en Chine une partie de ses cotonnades, qu'elle fabrique près de

Milan.

En ce qui concerne la France, la vente de cotonnades est nulle. Nous

fabriquons trop bien et trop cher, et pas du tout au goût de la

clientèle chinoise; nous avons des fabriques de spécialités fort belles

et fort élégantes, mais dont les prix sont inaccessibles à la masse de

la clientèle chinoise qui est pauvre.

Les tissus de laines sont peu achetés, et on n'en importe guère que

pour 5 ou 600.000 taels; à peu près tout vient du Japon, et ce sont

surtout les tissus de flanelle que les Chinois emploient.

Si nous prenons les tissus de soie, l'importation en Chine en est

naturellement peu élevée, la Chine étant la productrice de la soie par

excellence, et de la soie sous toutes ses formes. Cependant l'industrie

lyonnaise s'est mise depuis quelque temps à importer des tissus de soie

pure et des tissus mélangés de soie et coton qui trouvent preneurs

au marché de Hankeou, étant donnés leurs prix. Tout est là. Si nous

pouvons arriver à fabriquer à bas prix des mélanges soie et coton

répondant comme dessins et couleurs aux goûts du pays, nous réussirons

à augmenter notre importation qui est actuellement à Hankeou d'environ

200.000 taels. Nos seuls concurrents possibles sont les Japonais et les

Allemands, qui peuvent livrer à des prix de famine, et c'est peut-être

encore eux qui en ce genre d'étoffes nous laisseront loin derrière

eux. Les rubans de Saint-Étienne commencent à être assez connus et se

vendent bien sur le marché chinois. Hankeou en importe pour une valeur

d'environ 50.000 taels. C'est une maison belge qui a eu jusqu'ici le

monopole de l'importation de cette marchandise, et c'est d'ailleurs à

l'intelligence commerciale du chef de cette maison que les fabriques de

Saint-Étienne doivent de faire concurrence au «lan kan» de fabrication

chinoise.

L'importation des métaux est presque nulle à Hankeou, ce qui se

comprend du reste, puisque les usines et fonderies de Hanyang, non

seulement peuvent fournir la place, mais encore toute la région; quant

aux machines, l'importation en augmente de plus en plus; matériel

de chemins de fer, appareils télégraphiques, appareils électriques,

instruments scientifiques, courroies de transmission, machines à

épurer le coton, matériel d'imprimerie, machines à coudre, et une

quantité d'autres machineries en tous genres; on en importe tous les

ans pour une valeur de 2 à 3.000.000 de taels; presque toutes les

machines jetées sur le marché d'Hankeou sont de provenance allemande

ou anglaise, et ce commerce prend tous les jours plus d'importance. Ce

sont l'Angleterre et l'Allemagne, et également un peu les États-Unis

d'Amérique qui sont les principaux fournisseurs de l'industrie

chinoise. Des grandes maisons qui sont établies à Hankeou ont toutes un

bureau technique, dirigé par un ingénieur très compétent, qui s'occupe

de l'installation d'usines et d'ateliers, et se charge de la vente des

machines de toutes sortes, moteurs à pétrole ou à vapeur, dynamos,

pompes, matériel de mines. La Shanghai maritime Cº, sous la direction

de M. Buchleister, et représentant des maisons de Berlin, Magdebourg,

Bonn et Leipsig est l'une de ces maisons allemandes, bien montées et

fortement organisées, qui ont réussi dans le monde entier, et notamment

en Chine, à faire concurrence aux Anglais.

Les charbons importés à Hankeou viennent soit du Japon, soit de

Kai-Ping. La province du Houpe, ainsi que je l'ai dit plus haut,

ne fournit pas de bon charbon; on a commencé à en faire venir du

Sseu-Tchuen, et il semble pouvoir être utilisé dans l'industrie.

Le pétrole est l'un des gros articles du commerce de la place. La

consommation ne cesse d'augmenter à mesure que les prix baissent et que

s'étend le rayon de vente. En 1892, Hankeou ne recevait que 4.737.000

gallons (un gallon égale environ 4 litres), en 1901, l'importation

avait quadruplé; elle a atteint, en 1905, 26.390.000 gallons et a

continué à augmenter tous les ans. Autrefois le pétrole américain

était le maître du marché, mais à dater de 1896, le pétrole russe,

et à partir de 1897, les pétroles de Sumatra et de Bornéo lui ont

fait une grande concurrence. Celui de Birmanie n'est pas encore très

apprécié et on en voit peu. Le pétrole est le plus souvent importé en

bateaux-citernes et déchargé dans les réservoirs des compagnies. La

«Shell transport and trading Cº» possède deux réservoirs, chacun d'une

capacité de 3.500.000 litres. La «Royal Dutch petroleum Cº» a également

deux réservoirs semblables; ils sont situés sur les bords du fleuve,

à quelques kilomètres au-dessous des concessions étrangères. Quant à

la compagnie américaine, Standard oil, elle n'importait que du pétrole

en caisses. Mais elle a construit, elle aussi, un réservoir. Enfin la

«East asiatic petroleum Cº» a établi deux réservoirs sur la ligne du

chemin de fer, l'un à Hou-Yuen, province du Houpe, l'autre à Sin-Yang

(Honan), et elle alimente ces réservoirs au moyen de wagons-citernes.

Les sucres étrangers proviennent surtout de Hong-Kong, et malgré

les essais des Japonais, les Chinois donnent toujours la préférence

au produit anglais. Les aiguilles sont importées par l'Allemagne,

les allumettes par le Japon; quant aux bois, qui viennent en grande

quantité, ils sont originaires soit des États-Unis d'Amérique, soit de

l'Australie.

L'importation des produits alimentaires d'origine étrangère est

forcément très limitée. Les Chinois, pas plus que les Japonais, ne sont

friands de nourriture européenne, ils préfèrent leur menu à toutes les

conserves qu'on peut leur offrir. Ils n'apprécient guère que trois

choses: le champagne, les gâteaux secs, et les fruits en conserves.

Les deux derniers produits leur sont fournis par l'Angleterre, la

Californie et l'Autriche; quant au champagne, seuls les riches peuvent

en acheter d'authentique; la majeure partie de ce qu'on vend sous ce

nom est une affreuse drogue fabriquée en Allemagne et vendue à des prix

ridicules de bon marché. Les Japonais ont également essayé de faire la

concurrence aux Allemands en ce genre de marchandises.

X.--Autrefois, et il n'y a pas bien longtemps encore, le principal

article d'exportation du port de Hankeou était le thé. D'énormes

navires anglais et russes venaient tous les ans, aux mois de mai, juin,

juillet, prendre des chargements directs pour l'Europe, les eaux du

fleuve étant, à cette époque de l'année, toujours assez hautes pour

qu'on puisse faire remonter jusqu'au port de Hankeou des navires calant

jusqu'à 10 mètres. C'était alors le beau temps de Hankeou, une activité

surprenante régnait en ville, malgré la chaleur accablante des mois

d'été. La population européenne, augmentée de tous les marchands de

thé et dégustateurs de thé, venus pour la saison, se trouvait doublée,

et c'était le moment des fêtes et des parties de plaisir après les

affaires, chaque soir.

Aujourd'hui, tout cela est fini. Les Anglais ont abandonné le thé de

Chine et se contentent des thés de l'Inde et de Ceylan, beaucoup moins

bons, mais beaucoup moins chers. Les Russes cependant sont demeurés

fidèles au thé chinois. Les essais qu'ils ont faits de planter du thé

au Caucase et dans le Turkestan russe n'ont pas encore réussi, et non

seulement ils sont restés les clients du marché de Hankeou, mais ils

font tous les ans des achats plus considérables. La guerre avec le

Japon n'a nullement nui au commerce des thés russes, et l'exportation

augmente régulièrement. La plus grande partie de ce thé est dirigée

sur Odessa et Wladiwostok par les bateaux de la flotte volontaire; une

petite quantité va également sur l'Amérique, bien que ce dernier pays,

et surtout les États-Unis, consomment de préférence le thé japonais.

Le fameux thé de la caravane n'existe plus. La route de terre de

Hankeou par Fan Tcheng et la Mongolie russe est totalement abandonnée;

les Chinois disent que nous ne pouvons pas boire de bon thé en Europe

depuis l'abandon de la route par terre; car, prétendent-ils, le thé,

même livré clos en boîtes d'étain, s'abîme à la mer.

Depuis l'ouverture de la ligne Hankeou-Pékin, le sésame est devenu

un article sérieux d'exportation; il vient du Honan, et le port de

Hankeou en a toujours fourni, mais les moyens de communication,

autrefois primitifs, empêchaient le trafic de cette oléagineuse de se

développer normalement. On en exporte entre 2 et 3.000.000 de piculs.

Les acheteurs principaux de sésame sont l'Allemagne, le Japon, la

Belgique et la France. Les haricots et les fèves, dont l'exportation se

chiffre par 8 et 9.000.000 de taels, sont un des principaux articles

du commerce de Hankeou; mais, bien entendu, ces produits sont exportés

sur d'autres ports chinois, non sur les ports étrangers. Arachides,

graines de coton, coton, ramie, jute, soie et soieries, sont expédiés à

Changhai et au Japon, et le commerce en est entièrement aux mains des

indigènes.

Un article donne lieu à un trafic assez considérable entre Hankeou et

l'Europe. Il s'agit des peaux d'animaux: bœufs, buffles et chèvres.

L'Europe continentale et les États-Unis en sont les principaux

acheteurs, et l'exportation s'en est beaucoup développée de 1892 à

1902; en 1892, par exemple, les statistiques n'enregistraient à la

sortie que 50.000 piculs de peaux de vache et de buffle. En 1901,

la quantité exportée passait à plus de 162.000 piculs; en 1892, la

moyenne des prix était de 11 taels par picul pour les peaux de vache,

et de 8 taels pour les peaux de buffle. En 1901, les prix atteignaient

respectivement 20 taels et 12 taels 50, et en 1906 ils ont été de

33 taels pour la vache et de 20 taels pour le buffle. La demande se

trouvant bien supérieure à l'offre, les prix sont toujours allés en

augmentant, bien que l'ouverture de la ligne du chemin de fer ait amené

sur le marché de Hankeou les peaux du Nord (du Honan et du Chen-Si).

Quant aux peaux de chèvre, leur exportation n'a cessé de devenir plus

considérable; elles ont aujourd'hui atteint le chiffre de 4.000.000 de

peaux à l'exportation, et on classe maintenant ces peaux d'après leur

provenance: Houpe, Sseu-Tchuen, Kiang-Si et Honan. En dehors de celles

que je viens de citer, il faut aussi marquer d'autres espèces de peaux

ou fourrures: moutons, agneaux, chiens, chats, chevreaux, renards,

lièvres, belettes, blaireaux, léopards et même tigres. Mais le commerce

des fourrures, qui avait pris un certain développement à Hankeou, ne

peut soutenir la concurrence de Tien-Tsin et des ports du nord. Sous ce

rapport, Hankeou ne sera jamais un grand débouché pour l'exportation,

et son activité se bornera à la manipulation des vaches, buffles et

chèvres.

Parmi les autres produits destinés à l'exportation, le port de Hankeou

travaille les soies de porc, les plumes et duvets, les poils, les

cornes, les os, les œufs, les suifs végétal et animal; le vernis, le

tabac, la noix de galle, dont il se fait un commerce considérable, bien

qu'elle ait beaucoup diminué de valeur depuis qu'elle est concurrencée

par l'aniline et les extraits chimiques.

Hankeou exporte encore l'huile de bois, (en chinois tong yeou),

désignée sur le marché sous le nom anglais _wood oil_ et qui n'est

autre que l'huile d'abrazin. On en exporte pour une valeur de 4.000.000

de taels. L'abrazin ou _elœococca vernicifera_, croît dans l'ouest

du Houpe et au Hounan, mais le pays où il pousse le mieux est le

Kouei-Tcheou. Son fruit donne une huile fluide siccative, vernis

naturel dont les usages sont innombrables. Cette huile sert notamment

à imperméabiliser les étoffes, le papier, à rendre étanches les

paniers, à vernir les boiseries, les jonques. Elle est incomparablement

supérieure à l'huile de lin et peut être substituée quelquefois au

caoutchouc. Les Américains, qui en font un grand usage, l'utilisent

pour la fabrication du linoleum et du lincrusta. Hankeou est le marché

centralisateur de ce produit. Son prix ne cesse d'augmenter; il est

passé de 50 francs à 80 francs les cent kilos, et il est probable qu'il

ira encore en augmentant, car la Chine est le seul pays producteur.

Mais, malheureusement, les intermédiaires chinois, par lesquels passe

l'huile avant d'arriver aux mains des Européens, se sont mis depuis

quelque temps à l'adultérer, en y ajoutant de l'huile de sésame. Aussi,

les Américains ont-ils essayé d'implanter l'elœococca en Floride;

jusqu'à présent ils n'ont pas obtenu de succès, mais il est probable

qu'ils trouveront un terrain favorable à la plante, car l'habitat

chinois où elle croît pour l'instant n'offre pas de conditions

climatériques qu'on ne puisse rencontrer ailleurs.

Les autres produits d'exportation du port de Hankeou sont: huile de

thé, huile de sésame, huile d'arachides, huile de haricots, albumine

et jaune d'œufs, albumine desséchée, albumine liquide, jaune d'œuf,

riz, minerais de fer, fer et fontes, fer en barres, marmites,

antimoine, arsenic, plomb, minerai de zinc, gypse, filés de coton et

shirtings des manufactures de Woutchang, sucre, suif, saindoux, cire,

rhubarbe, médecines, alun, mercure, cinabre, charbon; mais les maisons

européennes établies sur la place n'opèrent en général que sur le thé,

les peaux, le sésame, la ramie, l'huile de bois, les soies de porc,

le musc. Ces maisons, de toutes nationalités, se font une concurrence

acharnée et, les Chinois, en profitant pour maintenir des prix très

élevés, les bénéfices deviennent très minces. Le commerce de Hankeou

n'a cessé de s'accroître, c'est vrai, mais comme les maisons étrangères

se sont multipliées à l'excès, il en résulte un certain malaise. Si

l'on considère qu'en 1891 il y avait une vingtaine de maisons de

commerce européennes, et qu'aujourd'hui, à la fin de 1910, il y en a

plus de 120, on comprendra facilement qu'il faille brasser des millions

et des millions d'affaires pour arriver à vivre.

Malgré les quantités de marchandises exportables que j'ai signalées, le

thé reste encore, après l'abandon des Anglais, l'une des principales.

Hankeou est le centre du commerce russe du thé. Nous nous figurons

volontiers en France que, seuls, les Anglais consomment une grande

quantité de thé: c'est une erreur; les Russes, à ce point de vue, les

surpassent encore, je crois, car ils en boivent _toute la journée_, et

le samovar et la théière restent en permanence sur la table de la salle

à manger. N'ayant pas de colonies où puisse pousser abondamment le

précieux arbuste, les Russes sont obligés de le faire venir de Chine,

et c'est à Hankeou qu'ils ont établi leur marché central.

Le thé, en effet, se trouve dans les provinces du Fo-Kien, du

Tche-Kiang, du Kiang-Si, du Houpe, du Hounan, et on peut dire, un peu

partout en Chine, puisqu'il en existe jusqu'au Yunnan, où le thé du

Pou-Eurl est très estimé. Mais le thé qu'on boit en Europe est celui

qui vient du Kiangsi et des deux provinces du Houpe et du Hounan, et

qui est par suite exporté de Hankeou. Celui du Fo-Kien et du Tche-Kiang

est surtout du thé vert. Le thé porte des feuilles vers le milieu du

printemps; elles sont tendres alors, on les met au bain de vapeur et

on en tire une eau amère, dit un auteur ancien, puis on les fait sécher

et on les réduit en poudre, et on boit le thé ainsi préparé. Mais si

cela se passait ainsi autrefois, il n'en est plus de même aujourd'hui.

On cueille les premières pousses des feuilles au printemps, et elles

forment le meilleur thé, celui dit Pekoe, plus tendre, plus délicat et

infiniment plus estimé que ceux des récoltes qui suivent. La seconde

récolte, et la plus abondante, se fait en mai, alors que les feuilles

sont entièrement épanouies; elle fournit, comme la première récolte, la

plupart des thés destinés à l'exportation. Les autres récoltes ont lieu

au milieu de juillet et à la fin d'août, et c'est avec les feuilles de

ces dernières récoltes que les Russes font les briques de thé qu'ils

exportent en Sibérie, en Mongolie et au Thibet.

La grande artère de la Chine: le Yangtseu · 第 8 / 19 段