de marbre, restes de l'ancien palais, dans la ville mandchoue,
consistent en une allée de statues gigantesques en granit, hors des
murs. Ces statues forment une avenue qui mène au tombeau du fondateur
de la dynastie des Ming, l'empereur Hong-Wou. Il fut enterré là en
1398. Ces statues représentent des guerriers, des éléphants, des
chameaux; de loin en loin, entre les différents animaux, s'élèvent des
tablettes de pierres, supportées sur le dos d'une tortue, et couvertes
d'inscriptions. Tout cela n'est plus que ruines, et quand j'ai visité
le tombeau en 1895, plusieurs des statues gisaient à terre. Mais le
vrai, l'unique monument de Nankin était la fameuse Tour de porcelaine,
connue dans le monde entier. Cette tour, appelée, Pao-Ngan-Ta, avait
été élevée par l'empereur Yong-Lo, à la mémoire de l'impératrice, et
sa construction avait duré dix-neuf ans, de 1411 à 1430. Les matériaux
les plus délicats avaient été employés; elle était d'une élégance et
d'un fini qu'on rencontre rarement dans l'architecture chinoise; enfin,
chose encore plus rare en Chine, le gouvernement l'entretenait et la
réparait. En 1801, le tonnerre ayant détruit les étages supérieurs,
ils furent immédiatement reconstruits. En 1850 les Taiping firent
sauter la Tour; les débris encore aujourd'hui jonchent le sol, et c'est
à peine si l'on peut trouver intacte une des tuiles jaunes et vertes
qui recouvraient ses toitures.
Elle était de forme octogonale, divisée en neuf étages; chaque étage,
en partant du pied de la Tour, diminuait de circonférence. Sa base
reposait sur une fondation en briques, et un large escalier conduisait
à l'entrée de la Tour, au pavillon du rez-de-chaussée. Là se trouvait
un escalier en spirale qui menait le visiteur jusqu'au sommet. La
carcasse du monument était tout entière en briques soutenues par
une forte charpente de poutres énormes. Quant à l'extérieur, les
huit faces étaient revêtues de tuiles vernies de couleurs vertes,
jaunes, blanches, rouges, mélangées avec grâce. Chaque étage avait un
toit avancé, comme on peut le voir dans tous les dessins de pagodes
chinoises, et ces toits étaient recouverts de tuiles jaunes et vertes.
A chaque coin des toits pendaient des cloches: il y en avait, dit-on,
cent cinquante.
Le voyageur qui visite aujourd'hui Nankin ne voit que des ruines,
et jusqu'à ces dernières années, les Européens passaient à côté de
cette antique capitale sans même s'y arrêter. La ville, déclarée port
ouvert par le traité franco-chinois de 1858, aucune nation, pas même
les Anglais, n'avait profité de cette stipulation pour s'y installer.
Seuls quelques missionnaires catholiques et protestants y avaient une
résidence permanente.
VII.--Nankin ou Kiang-Ning-Fou a été ouvert au commerce étranger par le
traité français de 1858, mais aucune puissance européenne n'attacha, à
cette époque, d'importance à cette ville déchue, et ce n'est qu'en mai
1899 qu'elle attira l'attention. Dès 1900, l'Angleterre, l'Allemagne
et l'Amérique y installèrent des consulats, et la France y possède
actuellement un vice-consulat. Bien qu'elle se soit un peu relevée
du coup que lui ont porté les rebelles Taiping, cependant, jusqu'à
présent, Nankin n'a reconquis aucune importance commerciale. On croit
généralement néanmoins que les communications par voie ferrée ouvertes
dans la province donneront à la ville et au port un regain d'activité.
Le chemin de fer pourrait en effet y amener les richesses minérales
et autres des provinces du Ngan-Hoei, du Honan et du Chan-Si, et leur
exportation serait facilitée par ce fait que le port de Nankin est
accessible aux grands bateaux toute l'année. C'est pourquoi il existe
un projet de chemin de fer qui aurait sa tête de ligne aux mines du
Chan-Si pour aboutir au village de Pou-Keou en face de Nankin; une
autre ligne partirait des mines de Sin-Yang, au Honan, et viendrait,
en passant par la province du Ngan-Hoei, aboutir également à Pou-Keou.
Mais on se demande si toutes ces espérances seraient effectivement
réalisées; car la ligne actuelle qui fonctionne régulièrement tous
les jours entre Changhai et Nankin n'a pas beaucoup changé l'activité
commerciale de la place.
VIII.--Nankin possède une école navale, un arsenal et une poudrerie;
l'Église épiscopale méthodiste d'Amérique y a fondé ce qu'elle appelle
une Université.
Les satins de Nankin, qu'on nomme en chinois Touan tse, soit unis, soit
semés de fleurs, sont les meilleurs et les plus estimés; on y fait
aussi des feutres très renommés. Les transactions commerciales se sont
élevées pour 1908 à environ 10.000.000 de taels (exactement 9.855.892
taels). Les importations consistent en opium, coton, fils de coton,
flanelle de coton; lainages, draps, cuivre, fer, plomb, étain; bêche de
mer (holothurie comestible), cigares et cigarettes, charbons, couleurs
et teintures, aniline, machines, allumettes japonaises, aiguilles,
pétroles, savons, parapluies, conserves alimentaires. Quant aux
exportations, elles comportent haricots, pois, coton brut, éventails,
papier, fleurs artificielles, chanvre, peaux de bœufs et de buffles,
cuir, médecine, riz, sésame, soie écrue, soie blanche, soie jaune,
cocons, déchets de cocons, rubans brodés de fils d'or et d'argent,
fourrures de chèvres, d'agneaux et de brebis.
IX.--C'est à Nankin qu'a eu lieu, en 1910, la première manifestation
de la «Nouvelle Chine», de la Chine qui se transforme, qui
s'occidentalise, et cela avec une telle rapidité que la poste ou le
télégraphe nous apporte constamment l'écho de quelque changement. La
vieille capitale des Ming, pour laquelle le vrai Chinois a toujours
tant d'amour et dont il évoque, non sans amertume, la splendeur passée,
devait voir dans ses murs le premier signe de la métamorphose chinoise.
L'exposition de Nankin me paraît avoir été lancée sous l'influence
japonaise, et l'on retrouve, dans ses règlements, son organisation,
dans le vocabulaire technique des documents chinois qui traitent de
la question, la mentalité et l'inspiration directrice des Japonais.
Il est d'ailleurs hors de doute que le voisin de l'est est partout en
Chine, à l'heure actuelle; c'est lui qui pousse le colosse chinois
toujours en avant, avec l'idée bien arrêtée de le guider où il
voudra et de profiter de lui, à l'exclusion de tous les étrangers
qui voudraient cependant dire leur mot en l'occurrence. La presse
chinoise, qui a éclos subitement et qui a couvert les provinces de
journaux quotidiens de toutes sortes, alors qu'il n'y avait autrefois
que quelques feuilles, soit officielles, soit dirigées par des
missionnaires protestants ou catholiques, est en majeure partie dans
les mains d'agents japonais. Toutes les questions sont traitées dans
ces feuilles: agriculture, commerce, instruction publique, défense
nationale, etc... On y discute les projets d'augmentation de l'armée
navale et de construction de navires de guerre; la création d'une
école supérieure des chemins de fer, l'installation du télégraphe
sans fil entre le Sseu-Tchuen et le Thibet; la plantation de l'indigo
et l'élevage des vers à soie, et une quantité d'autres choses. Les
conseils ne sont pas ménagés au gouvernement et aux différentes
administrations.
L'ensemble de cette littérature est japonais, et, d'ailleurs, toutes
les provinces de Chine, même les plus reculées, sont inondées de
brochures rédigées en chinois, imprimées au Japon, et traitant de
toutes les questions sociales: politique, administration, finances,
droits de l'homme, etc... Et cela date de loin: je me rappelle que,
me trouvant au Kouang-Si, sur la rivière de l'ouest, dans une petite
sous-préfecture nommée Kouei-Chien, le sous-préfet, homme tout à fait
modernisé, me fit voir sa bibliothèque (dont il était très fier),
et je pus constater que tous les livres qui la composaient étaient
rédigés et imprimés au Japon, à l'usage des Chinois. Il se trouvait
même, parmi ces ouvrages, la traduction de l'_Esprit des lois_ de
Montesquieu, du _Contrat social_ de Jean-Jacques Rousseau, des œuvres
socialistes de Karl Marx--et beaucoup d'autres. Il est bien évident que
ces traductions ne pouvaient avoir été faites que par des Japonais déjà
fort instruits dans les lettres et sciences d'Europe.
Il est tellement clair et visible, d'ailleurs, que le Japon mène la
Chine! Dans le livre que j'ai publié sur le Japon[12], je disais que
j'avais rencontré des Japonais dans toute la Chine; voici un fait
qui montrera jusqu'à quel point ils savent s'infiltrer chez leurs
voisins, et cela sans être reconnus pour des étrangers; on comprendra
alors comment et pourquoi le Japon est forcément le grand éducateur du
Céleste qui, cependant, n'éprouve en rien pour lui les sentiments d'un
frère.
[Note 12: _L'Empire japonais et sa vie économique._ (Librairie
Orientale et Américaine, E. Guilmoto, éditeur.)]
Il y a de cela déjà une douzaine d'années, dans un port du Yangtseu
où je résidais, un navire de guerre japonais vint jeter l'ancre. Le
commandant, homme fort aimable, me fit une visite et voulut bien me
recevoir à sa table à déjeuner. Lorsque j'arrivai, au jour dit, je
vis, dans l'entrepont du navire, une longue table servie et comprenant
une trentaine de couverts. Un nombre à peu près égal de convives
attendaient, parmi lesquels je remarquai une vingtaine de jeunes
Chinois; au premier abord, je n'y prêtai pas grande attention, mais
je vis, quelque temps après, que ces Chinois n'étaient autres que des
Japonais déguisés. Ils venaient de différentes parties des provinces
du Houpe et du Hounan où ils s'instruisaient sur les choses chinoises,
et ils étaient là, à bord de ce bâtiment de guerre, pour faire leur
rapport au commandant. Nul doute que chaque province du vaste empire
chinois ne renfermât ainsi plusieurs «explorateurs»; et, à l'heure
qu'il est, j'en suis convaincu, les Japonais connaissent la Chine mieux
que les Chinois eux-mêmes. C'est pour ce motif que je crois la Chine
actuellement menée par le Japon, et toute poussée d'occidentalisme a
une origine et une direction nippones.
La grande manifestation connue sous le nom d'Exposition de Nankin est
donc, certainement, d'inspiration japonaise. On n'en a pas beaucoup
parlé en Europe, et, à vrai dire, elle a été plutôt un bazar local
où étaient réunis les produits des provinces avoisinant Nankin et de
la vallée du Yangtseu en général. Elle comprenait quatre sections:
produits du sol, industrie, beaux-arts, instruction publique. Sous la
dénomination de produits du sol, figuraient: l'agriculture divisée en
sept sous-sections: céréales, horticulture, arboriculture, machines
aratoires, engrais, arrosage, animaux utiles et nuisibles; la
sériciculture: cocons, soies, mûriers, ponte, machines, installations;
les pêcheries: poissons et crustacés maritimes et fluviaux; la
pharmacie: remèdes végétaux, animaux, minéraux; la minéralogie: métaux,
houille, pierres, sable, chaux, les différents minerais et produits du
sous-sol; la chasse: peaux d'animaux, dents, cornes, plumes.
L'industrie était divisée en onze sous-sections: teinturerie,
vêtements, porcelaine, cheveux et poils, verre, matières d'or et
d'argent, travaux en bambou, ivoires, chaussures et cuirs, éventails de
tous genres.
Les beaux-arts comprenaient les peintures de toutes sortes, les
broderies, les porcelaines fines, les œuvres d'or et d'argent ciselé.
L'instruction publique exposait tout ce qui est nécessaire aux écoles:
papiers, pinceaux, encre de Chine, livres scientifiques modernes de
chimie, physique, électricité, mécanique, etc... Tout ce qui concerne
ce département de l'instruction publique a été fait, sans aucun doute,
et préparé par des maîtres japonais--à part les papiers, les pinceaux
et l'encre de Chine. Parmi les bâtons de cette encre, indispensable
pour écrire avec des pinceaux, quelques-uns sont de vraies merveilles.
Le grand centre de la bonne et élégante fabrication est Ngan-King, dans
la province de Ngan-Hoei. On recueille, pour fabriquer ces bâtons, la
fumée d'une huile spéciale qu'on fait brûler dans de petites lampes,
et on mélange cette fumée avec une sorte de colle où l'on ajoute du
musc, puis on met cette mixture dans des moules. Nous avons tous vu, en
Europe, des échantillons de ces bâtons de noir de fumée; mais je crois
qu'il faut aller en Chine et surtout à Ngan-King, pour trouver les
meilleurs spécimens du genre.
L'Exposition était répartie entre douze constructions de forme
européenne, mais d'élégance douteuse, semées au milieu de jardins et de
parterres égayés de nombreuses pièces d'eaux. A l'entrée principale,
on rencontrait les deux pavillons de l'agriculture (à droite) et de
l'industrie (à gauche); c'étaient les deux plus considérables; puis,
au fur et à mesure qu'on avançait sur la grande route centrale,
on apercevait, dispersés au milieu de la verdure: le pavillon des
machines, le pavillon de l'hygiène publique, celui de la préparation
militaire; puis les pêcheries, les beaux-arts, etc...
Presque tous les exposants étaient chinois, sauf quelques maisons
européennes de Changhai et de deux ou trois autres ports qui avaient
exposé des machines et des produits d'Europe. Ne figuraient sur cette
liste que des maisons anglaises, allemandes ou américaines.
Changhai et la province du Kiang-Sou, puis Nankin et les villes du bas
Yangtseu avaient exposé des objets manufacturés fort beaux et riches,
surtout comme soieries et broderies; et les coiffures féminines en
plumes d'oiseaux (spécialité de Nankin) étaient, pour la plupart,
vraiment remarquables.
L'Exposition, ouverte en grande pompe au cinquième mois de la seconde
année de Siuen-Tong (mai 1910), ferma ses portes le neuvième mois de
la même année, c'est-à-dire en octobre 1910. Pendant son existence
éphémère, cette première exhibition nationale n'a pas fait grand
bruit à l'étranger. Les quelques Européens qui l'ont visitée n'ont
pas été particulièrement surpris et n'ont trouvé là qu'un médiocre
intérêt. Dans cette partie nord de la ville de Nankin où avait été
tracé l'emplacement des divers pavillons, le style bizarrement
européo-chinois de ces derniers laissait une fâcheuse impression et
n'était nullement en harmonie avec l'architecture et le paysage chinois
qui les entouraient.
Mais le triomphe de l'étrange fut la cérémonie de l'inauguration; on
eut la surprise d'y voir, au milieu des vieux mandarins en habits
soyeux aux couleurs vives et aux dessins chatoyants, de jeunes
fonctionnaires vêtus à l'européenne, en frac ou en redingote. L'effet
était désastreux. L'uniforme européen, pour l'armée, était jusqu'ici
le seul admis dans le Céleste Empire, et c'était évidemment, dans ce
cas, une nécessité, mais on n'avait jamais vu, dans une cérémonie
officielle, des habits noirs figurer à côté de l'antique robe
mandchoue. Comme son voisin le Japon, et sous son égide, la Chine
marche, et elle finira, comme lui, par imiter l'Europe en tout, y
compris l'habit, qui fait bien un peu le moine, malgré le proverbe.
En somme, l'Exposition de Nankin a été assez ignorée du dehors; mais
elle a été pour les Chinois une date. La réunion, dans l'ancienne
capitale des Ming, des produits des différentes provinces, la présence
des exposants venus de tous les points du territoire est, en son genre,
une des nombreuses affirmations du patriotisme chinois qui se dégage et
s'affirme de plus en plus.
CHAPITRE VII
I. Wou-Hou (Wuhu); ouverture au commerce étranger; situation
sur le Yang-Tseu-Kiang; les canaux; activité commerciale et
industrielle.--II. Les maisons européennes établies à Wou-Hou.--III.
Exportation et importation.--IV. Kieou-Kiang (Kiu-Kiang); description
de la ville et sa situation; les montagnes du Louchan.--V. La province
du Kiang-Si; la ville de Kin-Te-Tcheng et la porcelaine.--VI. Avenir
de Kieou-Kiang.
I.--Wou-Hou, petit port situé dans un pays de marécages et de grandes
herbes, n'a été ouvert au commerce étranger que le 1er avril 1877
par la convention de Tche-Fou. Il est situé sur le Yangtseu, dans la
province du Ngan-Hoei et il se trouve à peu près à moitié chemin entre
Tchen-Kiang et Kieou-Kiang. Sa situation sur le fleuve et sur un grand
canal qui le relie à la ville de Ning-Kouo-Fou en fait un port de
commerce fort actif. Le canal qui relie Wou-Hou à Ning-Kouo-Fou est
toujours navigable, même en été; c'est ce qui contribue à l'importance
du port, par lequel il se fait une grande exportation de riz vers les
autres provinces; de plus, un autre canal relie Wou-Hou à un district
de thé très renommé, Tai-Ping-Chien, situé à environ 20 kilomètres.
Toutefois ce dernier canal n'est navigable qu'aux grandes eaux, en
été, ce qui diminue considérablement sa valeur.
Enfin deux autres canaux relient la ville de Wou-Hou à Sou-Ngan et
Tong-Po, et les districts qui produisent la soie ne se trouvent guère
qu'à 100 kilomètres du port. C'est ce qui explique le trafic assez
considérable de ce petit endroit qu'on aperçoit à peine en passant
et qui a l'air d'une misérable ville chinoise de dernier ordre. Il
est fort possible que, dans l'avenir, ce trafic prenne encore plus de
développement; car Wou-Hou est situé dans une province essentiellement
riche. D'ailleurs, les chiffres que nous fournit la douane impériale
chinoise montrent bien que les affaires y sont fréquentes et nombreuses
et l'activité incessante. Le relevé de 1908 donne en effet la somme de
27.429.894 taels. La province de Ngan-Hoei est riche en charbonnages,
et plusieurs sociétés, soit étrangères, soit indigènes, se sont déjà
constituées pour l'exploitation de ces mines. La «China Merchant Steam
Navigation Cº», c'est-à-dire la compagnie chinoise de navigation à
vapeur, possède à elle seule plusieurs districts miniers; il est vrai
que jusqu'ici l'exploitation n'a pas donné tous les résultats que l'on
pouvait espérer, mais il est hors de doute qu'avec l'introduction de la
machinerie européenne et une administration intègre et soigneuse, on
devrait avoir un rendement profitable. Une autre compagnie, dénommée
Tchen-Kang, a obtenu également du gouvernement impérial l'autorisation
de faire des prospections minières et d'installer des exploitations
de différents minerais: mais cette dernière société n'a encore rien
établi de définitif. Plusieurs Européens ont essayé aussi de former des
sociétés pour l'extraction du minerai dans le Ngan-Hoei, et parmi ces
dernières, le Yang-Tse-Land and Investment Cº, et le charbonnage I Li
sont les plus considérables. Elles n'ont toutefois encore rien fait,
et la situation actuelle de la Chine semble trop propre à refroidir
le zèle de ceux qui comptent installer quelque exploitation dans
l'intérieur du pays.
Le port de Wou-Hou, en dehors de la soie et du thé, fait un commerce
assez considérable de bois en grume. Ce commerce est entièrement dans
les mains des Chinois, comme, du reste, tout le trafic du port. Aucun
Européen ne réside à Wou-Hou, sauf ceux qui font partie du personnel
de la douane, ainsi que les agents des compagnies de navigation et
quelques missionnaires protestants et catholiques. La ville est assez
élégamment bâtie pour une ville chinoise; les rues sont plus larges et
mieux pavées qu'ailleurs; autrefois il n'y avait pas de quai le long du
fleuve, mais le terrain cédé à cet endroit à la compagnie des chemins
de fer du Ngan-Hoei a été, ainsi que les emplacements appartenant
aux diverses compagnies de navigation, transformé complètement
depuis quelques années, et aujourd'hui un quai de 1.500 mètres est
en construction; plus de la moitié est déjà terminée; un emplacement
spécial, sorte de petite ville européenne, a été réservé pour les
quelques étrangers qui résident à Wou-Hou, et le port prend peu à peu
l'air élégant et confortable des autres ports du Yangtseu.
II.--Comme maisons européennes établies dans cette partie du fleuve,
nous trouvons:
La compagnie des chemins de fer du Ngan-Hoei;
La compagnie asiatique des pétroles (Asiatic petroleum Cº);
La Standard oil Cº de New-York;
Une compagnie d'électricité y est également représentée et, à l'heure
qu'il est, Wou-Hou renonce peu à peu au pétrole pour s'éclairer à
la lumière électrique. Mais, ainsi que je le disais au début, le
principal article de commerce du port de Wou-Hou, c'est le riz, et on a
généralement remarqué que les importations y étaient en quelque sorte
en fonction de l'exportation du riz; c'est que la partie de la province
du Ngan-Hoei où est situé Wou-Hou est essentiellement productrice de
cette céréale, laquelle est pour le Chinois de première nécessité,
exactement comme est pour nous le blé. Autrefois le Ngan-Hoei faisait
partie de la grande province du Kiang-Nan (Ngan-Hoei et Kiang-Sou) qui
était considérée comme la plus riche de la Chine. Les villes sont très
peuplées et sont les plus célèbres de l'Empire pour le commerce; le
pays est rempli de bois, de rivières, de canaux ou naturels ou creusés
de main d'homme qui communiquent avec le Yangtseu. Dans ces conditions
la culture du riz, qui demande beaucoup d'eau, y est intensive.
Il faut ajouter que la capitale de l'Empire, Nankin, se trouvant
précisément située dans la province du Kiang-Nan, contribuait
nécessairement à la richesse de cette même province et en même temps
à sa culture intellectuelle; car les habitants en étaient et en sont
encore civils et polis, et recherchés dans leurs manières.
III.--Les principaux articles d'exportation du port de Wou-Hou sont
donc: le riz, le thé, un peu de soie, des plumes de canard et de
poulet, du chanvre, et aussi une assez grande quantité de haricots.
On trouve à l'importation: opium, cotonnades et coton de toutes
sortes; fer et métaux divers, allumettes, pétrole, bêche de mer;
verrerie, savon, sucre et parapluies. Dans cette énumération, nous
ne voyons guère que des articles anglais, allemands, japonais et
américains. Les Français n'y figurent pas, sauf peut-être comme
importation de rubans de soie brodée de Saint-Étienne. Bien que n'étant
pas un port ouvert au commerce étranger, il n'est pas sans intérêt de
mentionner ici la ville de Ngan-King, située sur le Yangtseu, en face
de la province du Kiang-Si. Cette ville est très considérable par ses
richesses et son commerce; tout le pays à l'entour est très découvert,
très agréable et très fertile. C'est à Ngan-King que se fabrique
l'encre de Chine la plus renommée.