Les services publics fonctionnent comme en Europe et pour les postes

et les télégraphes, on n'a que l'embarras du choix: poste chinoise,

française, anglaise, allemande, russe, japonaise, etc..., télégraphe

chinois, anglais, danois.

Enfin, actuellement c'est un coin d'Europe, et combien de vieux

résidents s'en plaignent! Ce n'est plus la bonne vie d'autrefois

où le laisser-aller et la négligence de tenue étaient universels;

aujourd'hui, malgré 40 degrés à l'ombre, on ne saurait aller dîner

autrement qu'en habit; il faut être correct et on n'oserait prendre,

vêtu de blanc, son cocktail au club.

IV.--Derrière les constructions européennes, de nombreuses boutiques

chinoises sont venues s'installer, lesquelles sont sous la juridiction

de la concession; c'est une ville chinoise propre qui continue la ville

blanche; puis, après cette ville chinoise européanisée, se trouvent le

champ de courses et la campagne qui l'entoure où beaucoup d'Européens

ont construit leur résidence pour être au calme après le travail et les

affaires.

V.--Pour arriver à Changhai, le voyageur dispose de plusieurs voies:

D'abord la voie de terre par Moscou et le transsibérien jusqu'à

Tien-Tsin, d'où un bateau mène en deux jours à Wou-Song; puis la voie

d'Amérique soit avec le transcontinental des États-Unis par New-York et

San-Francisco, soit avec le transcanadien entre Montréal et Vancouver;

enfin la vieille route de l'Inde par Marseille, le canal de Suez,

Saïgon et Hongkong. Cette dernière est évidemment la plus longue, mais

elle est aussi la moins chère; aussi est-elle assez suivie, bien que,

cependant, à l'heure actuelle, la voie russe soit très fréquentée.

VI.--La population étrangère de Changhai a considérablement augmenté

dans ces dernières années; elle peut être évaluée à environ 8.000

Européens et Américains. Quant à la population chinoise, à qui,

primitivement, il était absolument interdit d'habiter sur les

concessions, elle s'élève bien à 500.000 âmes. Chassée par la révolte

des Taipings à l'abri des établissements européens, la population

des campagnes environnantes y resta et s'y accrut. De plus, les

Européens, propriétaires des terrains, trouvèrent une rémunération

sûre dans le fait de louer aux Chinois terrains et maisons, de sorte

qu'aujourd'hui, en arrière des deux concessions française et anglaise,

existent de véritables villes chinoises. Les rues des concessions

sont toutes reliées entre elles par de nombreux ponts sur les criques

qui forment leurs limites, et de belles routes sont entretenues par

les conseils municipaux; elles permettent de gagner la campagne et

de faire des promenades aux environs de la ville. C'est ainsi que

deux magnifiques routes, dignes des routes de France, conduisent

à Zi-Ka-Wei, chez les Pères Jésuites qui ont là un observatoire

remarquable. Il est en communication avec les différentes stations

météorologiques des mers de Chine et du Japon; par l'annonce qu'il fait

du mauvais temps en mousson du suroit, il évite à bien des navires

d'être perdus dans les typhons. La plus fréquentée des routes qui

conduisent à Zi-Ka-Wei est la route anglaise connue sous le nom de

Bubbling well ou puits qui bout, à cause d'un puits qui se trouve sur

son parcours et où l'eau est constamment en ébullition.

De grosses sommes ont été dépensées pour construire des égouts, et

il n'a pas été facile d'arriver à une solution bonne et rapide en

cette matière, à cause précisément de la nature du terrain sur lequel

la ville est construite, terrain bas et trop peu élevé au-dessus du

niveau de la mer; cependant, le système de drainage actuel des eaux

est parfait, et la propreté des rues est réelle. Au point de vue de

l'alimentation et des bains, Changhai est magnifiquement pourvu; les

deux concessions possèdent chacune leur château d'eau qui fournit à

tous et à des prix modérés, une eau filtrée et saine. Deux compagnies

de pompiers volontaires rendent d'immenses services en cas d'incendie.

[Illustration: _Crique de Soutcheou à Changhai._]

VII.--L'industrie sous sa forme européenne est très prospère à Changhai

et il y a tout lieu de croire que ses progrès ne s'arrêteront pas. Il

existe dans le port quatre docks pour la réparation des navires: l'un,

le dock de Tong-Kadou, a une longueur de 126 mètres sur une profondeur

de 7 mètres; le vieux dock de Hong-Kiou, connu par tout le monde sous

le nom de Old Dock, a environ 135 mètres de long sur 7 mètres de

profondeur. Le nouveau dock de MM. Boyd et Cie à Poutong couvre une

longueur de 150 mètres avec une profondeur de 8 mètres; il est plus

large que les deux autres, et mesure environ 17 mètres de largeur au

fond et 45 mètres à niveau du sol; mais le plus long est encore celui

de la maison Farnham connu sous le nom de Farnham's cosmopolitan dock;

situé également à Poutong, il mesure 187 mètres environ (exactement 560

pieds anglais) de longueur, et 17 mètres de largeur.

Un autre dock a été construit: le dock international, qui est encore

plus considérable que les précédents.

Il n'est pas de port en Extrême-Orient qui possède des quais

comparables à ceux de Changhai; ils s'étendent sur plus d'un kilomètre

dans la concession américaine, à l'entrée du port, et tous les navires

peuvent y accoster à quai.

La concession anglaise n'a pas de quai de marchandises, mais ici les

bords de la rivière sont revêtus d'un vert gazon, et plantés d'arbres

qui forment une fort jolie promenade depuis le pont du Yang-Kin pang

(concession française) jusqu'au pont du canal de Sou-Tcheou où se

trouvent les jardins publics.

Entre autres industries florissantes à Changhai on peut compter les

filatures de coton. Cinq sociétés à capitaux européens se sont formées

à cet effet:

«E wo» dirigée par MM. Jardine Matheson and Cº;

«The international» sous les auspices de The American trading Cº;

«Lao Kung mow» à la tête de laquelle se trouvent MM. Ilbert and Cº;

«Souy chee» dont les directeurs sont MM. Arnhold Karberg and Cº;

«Yah loong» dirigée par MM. Fearon Daniel and Cº.

Ces différentes sociétés possèdent chacune de 40.000 à 50.000 broches;

les résultats cependant n'ont pas toujours donné ce qu'on espérait;

ainsi la filature appartenant à la société Fearon Daniel and Cº a dû

être fermée temporairement en 1901; cependant 1906 fut une bonne année

pour toutes les filatures dirigées par les Européens. En dehors de

ces dernières il existe aussi des filatures indigènes, sur le modèle

d'Europe, mais tout à fait entre les mains des Chinois. Le vice-roi

Li-Hong-chang avait fondé en 1893 puis reconstruit en 1895 la «Shanghai

cotton cloth administration», l'une des plus grandes manufactures de

coton de Changhai. Après le coton, la soie; c'est ainsi que Changhai

possède aujourd'hui 25 filatures de soie; mais cinq d'entre elles

seulement sont dans les mains des Européens, toutes les autres étant

dirigées par des Chinois.

On trouve également comme industrie occidentale à Changhai des

fabriques de papier; des fabriques d'allumettes suédoises; des

meuneries; des ateliers de réparation de navires; des fabriques de

fer-blanc. Le plus considérable des ateliers de réparation et de

construction de navires est le «Shanghai dock and engineering Cº»,

fondé par un Anglais nommé Muirhead vers 1855, repris et augmenté par

M. Farnham et connu jusqu'en 1906 sous le vocable «S. Farnham, Boyd and

Cº».

Tous les navires déchargent à quai, sauf toutefois les grands paquebots

qui sont obligés de rester à l'ancre en dehors de la rivière, en

face de Wou-Song, à cause de la barre élevée par les alluvions à

l'embouchure du Houang-Pou. Les quais de Changhai appartiennent à une

Société qui les loue aux différentes compagnies de navigation.

Il existe aussi une certaine longueur de quais sur la concession

française et plusieurs navires faisant le service du Yangtseu y ont

leurs appontements.

Le gouvernement chinois possède à Changhai un dock et un arsenal ainsi

qu'un dock pour la construction des navires, au lieu appelé Kao tchang

miao, un peu en amont du fleuve, au delà de la ville indigène.

En 1876 une ligne de chemin de fer avait été installée entre les

concessions européennes de Changhai et Wou-Song; mais les autorités

chinoises rachetèrent ligne et matériel dix-huit mois après et firent

tout enlever et vendre à l'encan. Aujourd'hui une ligne nouvelle a été

construite; elle est déjà depuis longtemps en exploitation jusqu'à

Wou-Song, et, depuis 1909 se prolonge jusqu'à Nankin en passant par

Sou-tcheou et Tchen-Kiang.

Le port de Changhai est le centre du commerce européen en Chine et

il absorbe plus de la moitié du commerce total de la Chine avec les

puissances occidentales. L'ouverture des ports du Yangtseu, loin de

lui faire du tort, a, au contraire, augmenté ses transactions; car bon

gré mal gré il faut que tous les produits de l'intérieur passent par

Changhai; seul le thé que les bateaux russes exportent de Hankow sort

directement du Yangtseu.

VIII.--La situation de Changhai a toujours été prospère; mais il

est bien évident qu'il ne s'y élève plus aujourd'hui les fortunes

colossales des premiers temps de l'ouverture de la Chine aux étrangers;

les «Princes merchants» n'ont eu qu'un temps, et à l'heure qu'il est

la concurrence internationale y est aussi âpre qu'en aucun lieu du

monde. Après la guerre russo-japonaise, un arrêt s'est produit dans

les transactions et beaucoup de maisons européennes ont souffert;

actuellement encore le marché se ressent d'un malaise général et les

affaires ne sont pas ce qu'elles devraient être. Et, du reste, en

dehors de toute autre cause de fléchissement dans les affaires, la

concurrence de chaque instant que se font ces différentes maisons

rivales suffirait à expliquer le ralentissement. L'exportation est

toujours plus ou moins au même niveau; mais l'importation a subi et

subit encore des à-coups. Après l'Allemand, qui était venu concurrencer

l'Anglais, un autre, le Japonais, est apparu qui a dépassé encore

l'Allemand pour le bon marché de ses produits.

D'après le résumé décennal récemment publié, les chiffres du commerce

de Changhai pour les dernières années, en taels de douane ou Hai-Kwan

taels, sont les suivants:

Année 1907 = 392.731.600 taels

-- 1908 = 397.106.850 --[9]

[Note 9: J'ai pris comme année type de statistique commerciale

l'année 1908, parce qu'elle était la seule dont j'eusse les documents

_complets_ au moment où j'ai écrit ce livre (à la fin de 1910). Elle

peut, d'ailleurs, servir fort bien de critérium général, car les années

ne diffèrent pas extraordinairement, à moins de les prendre de dix en

dix.]

Ces chiffres sont un peu plus faibles que ceux des trois années

précédentes, lesquelles donnaient, en effet:

Année 1904 = 405.064.260 taels

-- 1905 = 443.954.262 --

-- 1906 = 421.256.496 --

Les principales marchandises importées de l'étranger ont été les pièces

de coton; le fil de coton; l'opium; les métaux; le pétrole; le sucre;

le charbon; tabacs et cigares; teintures et couleurs; lainages; bois de

construction; machinerie; papier; matériel de chemins de fer; herbes

marines; savon; vins, bières et alcools; farines; allumettes; verrerie;

bougies; pêche de mer; matériel pour l'électricité; soude; ciment;

nids d'hirondelle; rubans; parapluies; meubles; lampes; montres et

pendules; perles; nageoires de requins; bois de Santal; huile; poivre;

lait condensé; aiguilles; soieries et rubans de soie; matériel pour le

service télégraphique; cordes et ficelles; et divers autres produits.

Parmi les puissances importatrices la Grande-Bretagne figure au premier

rang; le Japon est le grand importateur d'allumettes et de parapluies,

de bêche de mer et d'herbes marines; les ustensiles en fer blanc,

la verrerie, le savon et les parfums à bon marché sont également

importés par le Japon qui prend tous les ans une part de plus en plus

grande à l'importation en Chine. L'Allemagne et les Indes importent

également: la première des objets fabriqués, des machines; la seconde

de l'opium et du coton brut; cependant, par suite de la détermination

du gouvernement chinois de supprimer la fumerie d'opium, l'Inde en

introduit de moins en moins et cet article finira par disparaître

complètement de la liste des produits importés. En Chine même la

culture du pavot est aujourd'hui interdite, et les champs du Yunnan que

j'avais vus, il y a quelques années, tout fleuris de superbes pavots

multicolores, sont actuellement plantés de fèves et de maïs.

L'exportation fournit: soie; thé; coton; graines; huile; suif végétal;

suif animal; cordes; fourrures; haricots; riz; laines; tabac; peaux;

soies de porcs; médecines; chanvre; jute; ramie; sucre; éventails;

vernis; porcelaines; œufs; poterie; noix de galle; sucre; plumes;

albumine; son; cire; cheveux; graisse; tresses de paille pour chapeaux.

Les soies sont prises principalement par la France, les États-Unis,

l'Italie et la Suisse. La France exporte aussi des peaux, des soies

de porc pour la brosserie, du suif, de la noix de galle; les maisons

françaises à Changhai ne sont pas nombreuses et le nombre de nos

compatriotes ne dépasse pas 700. Elles font surtout de l'exportation

et principalement de l'exportation des soies. Il nous est en effet

difficile de lutter pour l'importation en Chine d'objets fabriqués,

et cela parce que nous avons des concurrents qui vendent moins cher

que nous. Nous ne pouvons guère les distancer que dans un produit:

le ruban, dont les femmes chinoises se servent pour toute espèce

d'ornements, et que Saint-Étienne est arrivé à fabriquer selon le

goût et la mode des clientes. Quant à nos vins, liqueurs, conserves,

beurres, confitures ils sont achetés uniquement par les Européens et

par conséquent l'importation en est insignifiante; ou bien ils sont

concurrencés par d'autres (comme les beurres par le Danemark) qui

vendent bien meilleur marché et nous ferment la place.

Quant aux articles de Paris, l'Allemagne et la Suisse se chargent de

les fournir à très bon compte et le Japon les dépassera bientôt dans ce

genre d'objets. Cela évidemment est inférieur à ce que nos fabricants

pourraient livrer; mais c'est bon marché, et tout est là pour le

Chinois.

IX.--Les importations dans les ports ouverts au commerce européen

sont sujettes, comme dans tous les pays, au payement des droits de

douane. Aux premiers temps des relations commerciales des puissances

européennes avec la Chine, aux temps où les douanes se trouvaient dans

les mains des fonctionnaires chinois, corrompus et corrupteurs, les

négociants étrangers purent, dans tous les ports, faire la contrebande

en soudoyant les agents chinois; cependant quelques négociants

européens, plus scrupuleux que les autres, refusèrent constamment de

se servir de ce moyen facile mais malhonnête; il s'ensuivit pour eux

une infériorité notoire et ils protestèrent. En 1854, les représentants

des puissances résolurent d'aviser et eurent recours à une combinaison

qui permit de sauvegarder le contrôle chinois tout en empêchant

les manœuvres frauduleuses: il fut convenu que la douane indigène,

bien que restant soumise à la direction supérieure des autorités

chinoises, fonctionnerait, dans les ports ouverts aux Européens, sous

la surveillance d'inspecteurs européens choisis par les légations

étrangères et recevant une investiture du gouvernement chinois.

C'est en 1858 que fut consacrée par les traités, l'organisation si

merveilleuse de l'«Imperial maritime Customs», laquelle fournit à la

Chine le plus clair de ses revenus parce que précisément elle est

tout entière dans les mains d'agents européens. Il y a quelque temps

les Chinois émirent la prétention de reprendre la direction de cet

important service; mais comme il constitue précisément la garantie des

emprunts conclus par la Chine, cette prétention fut trouvée exagérée.

D'ailleurs, en l'état actuel d'anarchie où se trouve l'Empire chinois,

le rendement des douanes tomberait rapidement à rien si le service se

trouvait dans les mains des Célestes.

Les importations payent au taux de 5% _ad valorem_ au prix du marché

local. Le gouvernement chinois a demandé aux puissances le relèvement

de ses droits de douanes, mais aucune négociation n'a abouti à ce sujet.

D'après le relevé de 1905, la population étrangère de Changhai se

répartissait ainsi:

Anglais 3.872

Allemands 832

Français 667

Russes 414

Austro-Hongrois 163

Italiens 162

Espagnols 151

Danois 126

Norvégiens 93

Suédois 81

Suisses 92

Hollandais 63

Belges 63

Grecs 39

Turcs 28

Autres européens 31

Japonais 2.230

Hindous 619

Malais 194

Autres asiatiques 47

Bien que Changhai soit toujours et doive rester le port principal

de Chine, cependant le développement de Hankeou et des ports du

nord, qui augmentent tous les ans leurs relations directes avec les

pays étrangers, affecte la situation de Changhai en tant que port

distributeur et centre commercial. En dehors des causes nombreuses qui

ont eu, ces temps derniers, une influence sur le commerce de ce port,

l'amoindrissement de son ancien monopole comme marché central est un

signe des temps, et qu'il ne faut pas perdre de vue pour l'avenir.

Quoi qu'il en soit le développement des concessions étrangères, qui

s'accroissent journellement, montre que Changhai tiendra encore

longtemps, et vraisemblablement toujours, sa suprématie dans le

commerce des ports de la Chine. La constante vitalité de la ville est

mise en lumière par l'installation de 26 milles dans la ville anglaise

et de 15 kilomètres dans la ville française de tramways électriques,

des deux côtés du Yang-King-Pang[10] qui couvrent la ville et la

campagne. Les premières tentatives pour doter Changhai de tramways

remontent au printemps de 1895. Depuis ce temps, l'augmentation

rapide de la population avait rendu nécessaire, indispensable, la

réalisation de l'idée qui avait pris naissance alors. La «_Shanghai

electric Company_» ouvrit ses lignes au trafic le 4 mars et toute

la voie fonctionnait à la fin de mai; de son côté la «_Compagnie

française des Tramways_» ouvrait un service le 4 mai. Cette innovation

fut bien accueillie des indigènes qui, à l'heure actuelle, apprécient

singulièrement ce mode de transport rapide et peu coûteux, d'autant

plus qu'en somme, cela n'a pas affecté sensiblement le service des

djinrikisha. Les deux compagnies ont le même type de voitures, sans

impériale, l'intérieur divisé en deux parties pouvant loger 12

passagers de première classe et 20 de seconde. Chaque extrémité de

la voiture est munie d'un chasse-pierre automatique; les lignes ont

la voie d'un mètre; comme ce sont des entreprises différentes, elles

prennent leur énergie à deux différentes stations électriques. La

compagnie française possède 28 voitures, mais seulement 20 sont en

service permanent, et elles transportent une moyenne de 7.450 voyageurs

par jour, tandis que la compagnie anglaise possède 65 voitures et

transporte par jour 60.000 voyageurs. Il est fort probable, et tout

à fait désirable que les deux compagnies se fondent en une seule, ce

qui semble, d'ailleurs, devoir être très rapproché. L'importance de

Changhai s'est encore accrue par l'ouverture de la ligne de chemin

de fer qui va à l'ancienne capitale des Ming: un arrangement avait

déjà été fait en 1898 en vue de cette entreprise, mais par suite des

difficultés rencontrées un peu partout, il n'avait pas été exécuté,

et ce n'est qu'en 1904 que l'emprunt fut réalisé avec une compagnie

anglo-chinoise par Cheng-Siun-Hoai, directeur des chemins de fer

impériaux. L'arrangement prévoit un emprunt de 3.250.000 livres

sterling, avec comme première garantie la ligne elle-même. Tous les

travaux préliminaires furent terminés en 1904, et le coup de pioche

initial fut donné le 25 avril 1905. La première section du chemin

de fer qui va de Changhai à Nan-Siang fut ouverte le 20 novembre

1905; la section Sou-Tcheou--Wou-Si en juillet 1906; puis la voie fut

terminée jusqu'à Tchang-Tcheou (Chang-Chow) le 15 mai 1907, et jusqu'à

Tchen-Kiang (Ching-Kiang) le 15 octobre 1907. La dernière section

jusqu'à Nankin fut conduite le 28 mars 1908, et ce jour-là le premier

train roula depuis Changhai jusqu'à Nankin, couvrant une distance de

193 milles anglais en 5 heures 35 minutes, y compris les arrêts. Le

travail des ingénieurs dans la construction de la ligne a surtout

consisté en terrassements, construction de ponts, et aqueducs. Les

terrassements, comprenant les digues, les percées, les détournements

de criques ont été de 2.657.761 pieds cubes. Entre Changhai et Nankin

il y a 25 grands ponts et 177 petits ponts, plus 405 aqueducs. Les

stations comprennent 25 gares, et 12 haltes et l'unique tunnel de la

ligne est celui de Tchenkiang, seule partie de la ligne où le terrain

soit accidenté; ce tunnel a 1.320 pieds de long. Ce chemin de fer a

coûté par mille anglais (1 mille = 1.609 mètres), achat du terrain,

construction et établissement des voies, 68.367 taels, soit environ

247.000 francs. Le développement des chemins de fer en Chine est une

question tellement vitale au point de vue du bien-être de la nation

qu'il n'est pas sans intérêt de s'arrêter un peu sur ces questions

techniques. La compagnie a fourni les renseignements suivants au sujet

du trafic des voyageurs: en 1908, 3.240.869 passagers représentant

1.384.127 dollars (1 dollar = 2 fr. 20); en 1907, 1.731.658 passagers

représentant 760.607 dollars; mais, bien entendu, aucune comparaison

n'est à établir entre ces deux chiffres, puisque la ligne a été

totalement achevée en mars 1908. Les marchandises transportées

consistent surtout en cocons et déchets de soie venant de Wou-Si.

Pendant l'année 1908, sont arrivés à Changhai 4.344 piculs de cocons et

1.456 piculs de déchets. Par un arrangement intervenu récemment, les

importations étrangères destinées aux ports de Sou-Tcheou, Tchen-Kiang,

Nankin, pourront être transmises à ces ports par la voie ferrée avec

payement de droits de douane à destination.

[Note 10: Le Yang-King-Pang est la crique qui sépare la concession

française de la concession anglaise.]

Bientôt Changhai sera rattaché avec l'intérieur de la province par la

ligne Changhai--Hang-Tcheou--Ning-Po. Quand cette ligne fut projetée,

elle devait partir de Sou-Tcheou; mais les négociants et la population

aisée firent une telle opposition qu'on fut obligé d'abandonner le

projet jusqu'à l'apaisement des esprits; grâce aux mesures prises par

le Taotai Liang, tout rentra dans l'ordre. Le 6 mars une convention

fut signée à Péking pour la construction de la ligne, et un emprunt

émis de 1.500.000 livres sterling; le 15 avril, le gouvernement central

donnait aux provinces du Kiang-Sou et du Tche-Kiang contrôle absolu

sur cette ligne et toute direction de l'entreprise. Jusqu'à présent

chacune des deux provinces a souscrit la somme de 5.000.000 de taels

pour la construction de sa part respective, et l'emprunt étranger a

été ainsi réparti: 30% à la compagnie des chemins de fer du Kiang-Sou

et 70% à la compagnie des chemins de fer du Tche-Kiang. La ligne

est maintenant divisée en deux sections: Hang-Tcheou--Ning-Po et

Hang-Tcheou--Changhai. La section Hang-Tcheou--Ning-Po a une longueur

de 310 li (1 li = 500 mètres), les plans ont déjà été levés, et on

pense que vers le mois d'avril prochain les travaux seront commencés.

La section Hang-Tcheou-Changhai est dès maintenant ouverte au trafic

sur une assez grande étendue.

Changhai attire de plus en plus les étrangers et les Chinois, grâce

aux embellissements continuels de ses avenues, de ses rues, de ses

alentours, grâce à la construction de maisons importantes et de

bâtiments non moins remarquables, grâce aux jardins verdoyants que les

municipalités installent un peu partout. Changhai prend de plus en plus

grand air et devient une véritable ville. Parmi les industries locales

qui se sont créées, il faut citer trois nouvelles filatures de soie:

Tai-Tchang, Ta-King et Yun-Long.

La grande artère de la Chine: le Yangtseu · 第 4 / 19 段