1 Cl. Marcellus fut informé que Bantius, de Nole, s'efforçait
d'amener ses concitoyens à une défection au profit d'Hannibal,
parce que celui-ci, l'ayant trouvé parmi les blessés après la
bataille de Cannes, lui avait fait donner des soins, et l'avait
renvoyé dans sa patrie. N'osant pas le mettre à mort, de peur que
son supplice n'irritât les habitants de Nole, il le fit venir près
de lui, et lui dit qu'il était un soldat excellent; que
jusqu'alors il ne l'avait pas connu; et, après l'avoir engagé à
rester dans son armée, il lui fit présent d'un cheval. Ce bienfait
lui assura la fidélité non seulement de Bantius, mais encore de
tous ceux de la ville sur lesquels celui-ci avait de l'influence.
2 Hamilcar, général des Carthaginois, voyant les nombreuses
désertions de ses auxiliaires gaulois, qui passaient du côté des
Romains, où, à cause de la fréquence même du fait, ils étaient
reçus comme des alliés, engagea ceux qui lui étaient le plus
fidèles à simuler une désertion. Ils le firent, et taillèrent en
pièces les Romains qui s'étaient avancés pour les recevoir. Cet
artifice, outre le succès qu'il valut alors aux Carthaginois, fut
cause que, dans la suite, les véritables transfuges furent
suspects aux Romains.
3 Hannon, commandant en Sicile l'armée carthaginoise, apprit que
des Gaulois mercenaires, au nombre de quatre mille environ,
s'étaient entendus pour passer du côté des Romains, parce qu'ils
n'avaient pas reçu leur solde de quelques mois. N'osant sévir
contre eux, dans la crainte d'une révolte, il promit de les
indemniser généreusement du retard dont ils souffraient. Les
Gaulois le remercièrent de cette assurance; et pendant le délai
qu'il avait fixé pour l'exécution de ses promesses, il envoya dans
le camp du consul Otacilius son trésorier, homme d'une fidélité
éprouvée, qui, feignant d'avoir déserté pour quelque désordre dans
ses comptes, annonça que quatre mille Gaulois devaient être
envoyés au fourrage la nuit suivante, et qu'il serait facile de
les surprendre. Otacilius, qui ne voulait ni se fier tout d'abord
à un transfuge, ni laisser échapper une pareille occasion, mit en
embuscade des troupes d'élite. Les Gaulois tombèrent dans le
piège, et remplirent doublement le but d'Hannon: ils tuèrent des
Romains, et furent eux-mêmes exterminés jusqu'au dernier.
4 Hannibal imagina une semblable vengeance à l'égard de ses
transfuges. Informé que plusieurs soldats avaient déserté la nuit
précédente, et sachant aussi qu'il y avait des espions de l'ennemi
dans son camp, il dit ouvertement qu'il ne fallait pas donner le
nom de transfuges à des hommes adroits qu'il avait envoyés pour
pénétrer les desseins de l'ennemi. Ces mots, une fois connus des
espions, furent transmis aux Romains, qui saisirent les déserteurs
d'Hannibal, leur coupèrent les mains, et les renvoyèrent.
5 Diodore, étant à la tête des troupes qui défendaient Amphipolis,
et parmi lesquelles se trouvaient deux mille Thraces qu'il
soupçonnait de vouloir piller la ville, annonça faussement que des
vaisseaux ennemis, en petit nombre, étaient abordés à la côte
voisine, et qu'on pouvait aisément les piller. Excités par
l'espoir du butin, les Thraces partirent, et Diodore, ayant fermé
les portes, les empêcha de rentrer dans la place.