XIV. Faire entrer des renforts et des vivres dans la place.

1 Pendant la guerre civile, Ategua, ville d'Espagne du parti de

Pompée, étant investie, Munatius, chef temporaire de ce pays, alla

dans le camp de César, où il se fit passer pour le secrétaire d'un

tribun, demanda d'autorité le mot d'ordre à quelques sentinelles,

ce qui lui servit à en tromper d'autres, et, persévérant dans son

artifice, introduisit du renfort dans la place, en passant ainsi

au milieu des troupes de César.

2 Pendant qu'Hannibal tenait Casilinum assiégé, les Romains

emplirent de farine des tonneaux qu'ils abandonnèrent au courant

du Vulturne, pour les faire parvenir aux habitants. Hannibal ayant

arrêté ces tonneaux au moyen d'une chaîne tendue sur le fleuve,

les Romains répandirent des noix que les eaux apportèrent à la

ville, et qui fournirent aux assiégés un soutien contre la famine.

3 Hirtius, sachant que ceux de Mutine, assiégés par Antoine,

étaient dans une extrême disette de sel, en remplit des barils,

qu'il fit entrer dans la ville par le fleuve Scultenna.

4 Le même général confia au courant d'une rivière des troupeaux

que reçurent les assiégés, et qui remédièrent à la disette.

XV. Comment on paraît avoir en abondance les choses dont on

manque.

1 Les Romains, assiégés dans le Capitole par les Gaulois, et déjà

en proie à la famine, jetèrent du pain vers les postes ennemis. En

faisant croire par là qu'ils avaient des vivres en abondance, ils

purent traîner le siège en longueur jusqu'à l'arrivée de Camille.

2 On dit que les Athéniens en firent autant à l'égard des

Lacédémoniens.

3 Ceux qu'Hannibal tenait enfermés à Casilinum, et que l'on

croyait réduits à une extrême disette, voyant que le Carthaginois,

pour leur ôter jusqu'à l'herbe comme aliment, avait fait passer

plusieurs fois la charrue sur le terrain qui séparait son camp de

leurs murailles, jetèrent des semences sur ces terres labourées,

et par là persuadèrent à l'ennemi qu'ils avaient de quoi se

nourrir jusqu'à la récolte.

4 Les troupes qui avaient échappé au désastre de Varus, étant

investies par l'ennemi, qui les croyait dépourvues de blé,

promenèrent pendant toute une nuit dans leurs magasins les

prisonniers qu'ils avaient faits, et les renvoyèrent après leur

avoir coupé les mains[107]. Ceux-ci conseillèrent à leurs compagnons

de ne pas fonder sur la disette l'espoir de se rendre bientôt

maîtres des Romains, attendu qu'ils avaient encore un grand

approvisionnement de vivres.

5 Les Thraces, assiégés sur une montagne fort élevée, et

inaccessible à l'ennemi, recueillirent entre eux, au moyen d'une

contribution par tête, une petite quantité de blé et de laitage,

et en firent manger à des moutons qu'ils chassèrent vers les

postes ennemis. Ces animaux ayant été pris et tués, on remarqua

dans leurs entrailles les vestiges du froment; l'ennemi alors,

persuadé que les Thraces avaient de copieuses provisions de blé,

puisqu'ils en nourrissaient même leur bétail, abandonna le siège.

6 Thrasybule, général des Milésiens, voyant ses troupes fatiguées

du long siège qu'elles soutenaient contre Alyatte, qui espérait

les réduire par famine, ordonna que tout le blé de la ville fût

apporté sur la place publique avant l'arrivée des députés lydiens

qu'il attendait, et fit préparer pour le même temps des festins

chez tous les citoyens. En montrant ainsi la ville en fête, il fit

croire à l'ennemi qu'il lui restait assez de vivres pour soutenir

longtemps encore le siège.

Les stratagèmes · 第 88 / 113 题