1 Pendant la guerre civile, Ategua, ville d'Espagne du parti de
Pompée, étant investie, Munatius, chef temporaire de ce pays, alla
dans le camp de César, où il se fit passer pour le secrétaire d'un
tribun, demanda d'autorité le mot d'ordre à quelques sentinelles,
ce qui lui servit à en tromper d'autres, et, persévérant dans son
artifice, introduisit du renfort dans la place, en passant ainsi
au milieu des troupes de César.
2 Pendant qu'Hannibal tenait Casilinum assiégé, les Romains
emplirent de farine des tonneaux qu'ils abandonnèrent au courant
du Vulturne, pour les faire parvenir aux habitants. Hannibal ayant
arrêté ces tonneaux au moyen d'une chaîne tendue sur le fleuve,
les Romains répandirent des noix que les eaux apportèrent à la
ville, et qui fournirent aux assiégés un soutien contre la famine.
3 Hirtius, sachant que ceux de Mutine, assiégés par Antoine,
étaient dans une extrême disette de sel, en remplit des barils,
qu'il fit entrer dans la ville par le fleuve Scultenna.
4 Le même général confia au courant d'une rivière des troupeaux
que reçurent les assiégés, et qui remédièrent à la disette.
XV. Comment on paraît avoir en abondance les choses dont on
manque.
1 Les Romains, assiégés dans le Capitole par les Gaulois, et déjà
en proie à la famine, jetèrent du pain vers les postes ennemis. En
faisant croire par là qu'ils avaient des vivres en abondance, ils
purent traîner le siège en longueur jusqu'à l'arrivée de Camille.
2 On dit que les Athéniens en firent autant à l'égard des
Lacédémoniens.
3 Ceux qu'Hannibal tenait enfermés à Casilinum, et que l'on
croyait réduits à une extrême disette, voyant que le Carthaginois,
pour leur ôter jusqu'à l'herbe comme aliment, avait fait passer
plusieurs fois la charrue sur le terrain qui séparait son camp de
leurs murailles, jetèrent des semences sur ces terres labourées,
et par là persuadèrent à l'ennemi qu'ils avaient de quoi se
nourrir jusqu'à la récolte.
4 Les troupes qui avaient échappé au désastre de Varus, étant
investies par l'ennemi, qui les croyait dépourvues de blé,
promenèrent pendant toute une nuit dans leurs magasins les
prisonniers qu'ils avaient faits, et les renvoyèrent après leur
avoir coupé les mains[107]. Ceux-ci conseillèrent à leurs compagnons
de ne pas fonder sur la disette l'espoir de se rendre bientôt
maîtres des Romains, attendu qu'ils avaient encore un grand
approvisionnement de vivres.
5 Les Thraces, assiégés sur une montagne fort élevée, et
inaccessible à l'ennemi, recueillirent entre eux, au moyen d'une
contribution par tête, une petite quantité de blé et de laitage,
et en firent manger à des moutons qu'ils chassèrent vers les
postes ennemis. Ces animaux ayant été pris et tués, on remarqua
dans leurs entrailles les vestiges du froment; l'ennemi alors,
persuadé que les Thraces avaient de copieuses provisions de blé,
puisqu'ils en nourrissaient même leur bétail, abandonna le siège.
6 Thrasybule, général des Milésiens, voyant ses troupes fatiguées
du long siège qu'elles soutenaient contre Alyatte, qui espérait
les réduire par famine, ordonna que tout le blé de la ville fût
apporté sur la place publique avant l'arrivée des députés lydiens
qu'il attendait, et fit préparer pour le même temps des festins
chez tous les citoyens. En montrant ainsi la ville en fête, il fit
croire à l'ennemi qu'il lui restait assez de vivres pour soutenir
longtemps encore le siège.