1 Scipion, assiégeant Carthagène, profita du moment où la marée
baissait, pour s'approcher des murailles; et, se disant guidé par
Neptune, il traversa un étang dont les eaux avaient suivi le
reflux de la mer, et livra l'attaque du côté où il n'était point
attendu.
2 Fabius Maximus, fils de Fabius Cunctator, arrivé devant Arpi, où
Hannibal avait mis garnison, reconnut la position de la ville, et
envoya, par une nuit obscure, six cents soldats chargés de
franchir, à l'aide d'échelles, la partie des remparts qui était la
plus forte, par conséquent la plus mal gardée, et de briser la
porte. Ceux-ci, favorisés par une pluie violente, dont le bruit
empêchait d'entendre celui qu'ils faisaient, exécutèrent l'ordre
qu'ils avaient reçu. Alors Fabius, au signal donné, attaqua par ce
même côté, et prit la ville.
3 Dans la guerre contre Jugurtha, pendant que C. Marius
assiégeait, près du fleuve Mulucha, un château construit sur un
rocher accessible seulement par un étroit sentier, et taillé à pic
de tout autre côté comme à dessein, un Ligurien auxiliaire, simple
soldat, qui s'était avancé par hasard pour chercher de l'eau, et
avait, en recueillant des limaçons, gagné le sommet du rocher,
vint lui annoncer que l'on pouvait gravir jusqu'au château. Marius
y envoya quelques centurions avec les soldats les plus agiles et
les meilleurs trompettes, ayant tous la tête découverte pour mieux
voir, les pieds nus pour grimper plus aisément sur les rochers, et
leurs boucliers, ainsi que leurs épées, attachés à leur dos.
Guidés par le Ligurien, ils s'aident, pour monter, de courroies et
de clous, parviennent au château du côté opposé à l'attaque, où
pour cela même ils ne trouvent pas de résistance, et se mettent à
sonner de la trompette et à faire un grand bruit, selon l'ordre
qu'ils ont reçu. À ce signal Marius encourage ses troupes et
presse plus vivement les assiégés. Ceux-ci étant rappelés de
l'autre côté de la place par une multitude intimidée qui la croit
déjà prise par derrière[102], les Romains s'élancent à leur
poursuite, et s'emparent du château.
4 Le consul L. Cornélius se rendit maître de plusieurs villes de
Sardaigne, en débarquant pendant la nuit ses meilleures troupes,
auxquelles il ordonnait de se cacher, et d'épier le moment où il
reviendrait avec ses vaisseaux; puis, lorsqu'il était descendu à
terre lui-même, et voyait les ennemis s'avancer à sa rencontre, il
simulait une retraite, et les attirait au loin à sa poursuite,
afin que les places, alors dégarnies, fussent livrées à l'attaque
de ses troupes embusquées.
5 Périclès, général athénien, assiégeant une ville qu'une défense
bien concertée mettait à l'abri de ses efforts, fit pendant la
nuit sonner la charge et pousser de grands cris vers la partie des
remparts qui touchait à la mer. Les ennemis, persuadés que l'on
entrait de ce côté, abandonnèrent les portes; et Périclès, les
trouvant sans défense, fit par là irruption dans la ville.
6 Alcibiade, général athénien, voulant prendre la ville de
Cyzique, s'en approcha pendant la nuit à l'improviste, et fit
sonner la charge du côté opposé à celui qu'il allait attaquer. Les
assiégés pouvaient suffire à la défense de leurs remparts; mais,
comme tous se portèrent vers le lieu où ils croyaient qu'on
donnait l'assaut, Alcibiade franchit les murailles sur un point
qui ne lui offrait pas de résistance.
7 Pour s'emparer du port de Sicyone, Thrasybule de Milet fit
plusieurs fausses attaques par terre; et, quand il vit que les
ennemis avaient dirigé leurs forces vers le lieu où il les
harcelait, il entra dans le port avec sa flotte, sans qu'on s'y
attendît.
8 Philippe, assiégeant une ville maritime, fît joindre ensemble
deux vaisseaux que l'on couvrit de madriers, et sur lesquels on
construisit des tours hors de la vue des assiégés; puis il livra
par terre une attaque avec d'autres tours. Pendant, qu'il tenait
l'ennemi en échec de ce côté des remparts, de l'autre approchaient
les deux vaisseaux, et par là, ne trouvant pas de résistance, il
pénétra dans la ville.
9 Périclès voulant prendre, dans le Péloponnèse, un château où
l'on ne pouvait arriver que par deux chemins, coupa l'un par un
fossé, et se mit à fortifier l'autre. Les assiégés, en pleine
sécurité quant au premier chemin, surveillèrent seulement celui
qu'ils voyaient fortifier. Alors Périclès, ayant préparé des
ponts, les jeta sur le fossé, et entra dans la place du côté où
l'on ne craignait pas son approche.
10 Antiochus, faisant le siège d'Éphèse, ordonna aux Rhodiens, ses
auxiliaires, d'attaquer le port pendant la nuit, en poussant de
grands cris. Les assiégés y accoururent en foule et en désordre,
laissant le reste des fortifications sans défenseurs; et
Antiochus, donnant l'assaut d'un autre côté, s'empara de la ville.