11 Sertorius en fit autant en Espagne contre Pompée.

12 Cléandridas, commandant l'armée lacédémonienne contre les

Lucaniens, serra son front de bataille afin que son armée parût

beaucoup moins nombreuse; et quand il vit, à cet égard, la

confiance de l'ennemi, il étendit ses lignes, l'enveloppa et le

mit en déroute.

13 Gastron, général lacédémonien, était venu au secours des

Égyptiens contre les Perses. Sachant que les Grecs étaient

meilleurs soldats, et inspiraient plus de crainte aux Perses que

les Égyptiens, il leur donna les armes de ceux-ci et les plaça aux

premiers rangs; et, comme les Grecs combattaient sans que la

victoire se prononçât, il envoya des Égyptiens pour les appuyer,

Les Perses, après avoir soutenu l'effort de troupes qu'ils

prenaient pour des Égyptiens, lâchèrent pied à la vue d'une armée

qui leur semblait être celle des Grecs, dont ils redoutaient

l'approche.

14 Cn. Pompée, faisant la guerre en Albanie, et voyant que

l'avantage de l'ennemi était dans une cavalerie innombrable,

embusqua son infanterie dans un lieu étroit, près d'une colline,

et voulut qu'elle couvrît ses armes, dont l'éclat pouvait la

trahir. Ensuite il fit avancer sa cavalerie dans la plaine, comme

si elle était suivie du reste de l'armée, avec ordre de faire

retraite dès la première attaque de l'ennemi, et de se ranger aux

deux ailes lorsqu'on arriverait près de l'infanterie mise en

embuscade. Cette manoeuvre exécutée, les cohortes, ayant le

passage libre, sortirent tout à coup de leur retraite, se jetèrent

au milieu des ennemis, qui s'étaient imprudemment avancés, et les

taillèrent en pièces.

15 M. Antoine, ayant affaire aux Parthes, qui accablaient son

armée d'une grêle de flèches, ordonna à ses soldats de s'arrêter

et de former la tortue. Les traits glissèrent par-dessus, et

l'ennemi s'épuisa en vains efforts contre les Romains.

16 Hannibal, ayant à combattre Scipion en Afrique, [63] avec une

armée composée de Carthaginois et d'auxiliaires, parmi lesquels

étaient des soldats de diverses nations, même des Italiens, avait

mis devant son front de bataille quatre-vingts éléphants, pour

jeter le désordre dans l'armée ennemie, et derrière eux les

auxiliaires gaulois, liguriens, baléares et maures. Ces troupes,

qui ne pouvaient prendre la fuite parce que les Carthaginois se

tenaient derrière elles, devaient, sinon faire éprouver des pertes

aux ennemis, du moins les harceler. Les Carthaginois formaient la

seconde ligne, pour tomber, encore frais, sur les Romains déjà

fatigués. En dernier lieu venaient les Italiens, dont Hannibal

suspectait la fidélité et le courage, attendu que la plupart

avaient été amenés malgré eux de leur pays. À cette ordonnance de

bataille, Scipion opposa ses formidables légions, qu'il rangea sur

trois lignes, hastati, principes et triarii; et, au lieu de les

disposer par cohortes entières, il laissa entre les manipules des

intervalles par lesquels les éléphants, poussés par l'ennemi,

devaient franchir les lignes sans rompre les rangs. Afin que

l'armée ne présentât pas de vides, ces intervalles étaient remplis

par des vélites armés à la légère, auxquels on avait ordonné de se

retirer, soit en arrière, soit de côté, à l'approche des

éléphants. Enfin la cavalerie était répartie entre les deux ailes:

à droite celle des Romains, sous les ordres de Lélius; à gauche

celle des Numides, commandée par Masinissa. Ce fut sans doute à

cette sage disposition que, Scipion dut la victoire.

17 Archelaùs, voulant jeter le désordre dans l'armée de L. Sylla,

forma sa première ligne avec des chars armés de faux, la seconde

avec la phalange macédonienne, et mit à la troisième les

auxiliaires, armés à la manière des Romains, et mêlés à des

déserteurs italiens dont la résolution lui inspirait beaucoup de

confiance; enfin les troupes légères furent placées à la réserve.

Sa cavalerie, qui était très nombreuse, se rangea aux deux ailes,

pour envelopper l'ennemi. De son côté, Sylla couvrit ses deux

flancs de larges fossés, aux extrémités desquels il établit des

redoutes, et, par là, réussit à ne pas être cerné par l'ennemi,

qui avait plus d'infanterie, et surtout plus de cavalerie que lui.

Il disposa son infanterie sur trois lignes, entre lesquelles il

ménagea des intervalles pour ses troupes légères et pour sa

cavalerie, qu'il avait placée la dernière, afin de pouvoir la

lancer selon le besoin. Puis il ordonna à ceux de la seconde ligne

de ficher solidement en terre un grand nombre de pieux rapprochés

les uns des autres, en deçà desquels devait rentrer, à l'approche

des chars, la première ligne des combattants. Enfin, toute l'armée

ayant à la fois poussé un grand cri, il commanda aux vélites et

aux troupes légères de lancer leurs flèches. Aussitôt les chars de

l'ennemi, soit parce qu'ils s'embarrassaient dans les pieux, soit

que les chevaux fussent épouvantés par les cris et par les

flèches, retournèrent sur eux-mêmes, et rompirent l'ordre de

bataille des Macédoniens. Sylla, les voyant plier, fondit sur eux;

mais Archelaùs lui opposa sa cavalerie: alors celle des Romains

s'élança, mit l'ennemi en fuite, et acheva la victoire.

18 C. César arrêta de même, à l'aide de pieux, et rendit inutiles

les chars à faux des Gaulois.

19 Alexandre, à la bataille d'Arbelles, craignant le grand nombre

des ennemis, mais se fiant au courage de ses troupes, les rangea

de manière que, faisant front de toutes parts, elles pouvaient

combattre de quelque côté qu'elles fussent attaquées.

20 Paul Émile, livrant bataille à Persée, roi de Macédoine, qui

avait formé son centre d'une double phalange flanquée de troupes

légères, et mis sa cavalerie aux deux ailes, disposa son armée sur

trois lignes, par détachements formant le coin, et laissant des

intervalles d'où il lançait de temps en temps ses vélites. Voyant

que cette ordonnance ne lui donnait aucun avantage, il simula une

retraite pour attirer l'ennemi dans des lieux inégaux, dont il

avait eu soin de s'assurer l'avantage. Mais comme les

Lacédémoniens, se méfiant de cette manoeuvre, le suivaient en bon

ordre, il fit courir à toute bride ses cavaliers de l'aile gauche

le long du front de la phalange, afin que, par leur impétuosité

même, ils pussent, en présentant leurs armes, abattre les lances

des ennemis. Se voyant ainsi désarmés, les Macédoniens quittèrent

leurs rangs et prirent la fuite.

21 Pyrrhus, combattant pour les Tarentins, près d'Asculum, suivit

le précepte d'Homère[64], qui met au centre les plus mauvais

soldats: il plaça à l'aile droite les Samnites et les Épirotes, à

la gauche les Bruttiens, les Lucaniens et les Sallentins, au

centre les Tarentins, et fit de la cavalerie et des éléphants son

corps de réserve. De leur côté, les consuls distribuèrent sagement

leur cavalerie aux deux ailes, et rangèrent les légions au front

de bataille et à la réserve, en y mêlant les auxiliaires. Il y

avait, le fait est constant, quarante mille hommes de part et

d'autre. Pyrrhus eut la moitié de son armée détruite, et du côté

des Romains la perte ne fut que de cinq mille hommes.

22 Cn. Pompée, rangeant son armée en bataille contre C. César, à

Pharsale, la mit sur trois lignes[65], dont chacune avait dix rangs

de profondeur. Il plaça les légions, chacune selon sa valeur, aux

ailes et au centre, et remplit avec les recrues les intervalles

qu'elles présentaient. À droite, six cents cavaliers étaient

postés sur l'Énipée, dans un lieu défendu par le lit et par les

eaux débordées de la rivière; et tout le reste de la cavalerie,

réunie aux troupes auxiliaires, composait l'aile gauche, et devait

envelopper l'ennemi. Contre cette ordonnance, Jules César disposa

également son armée sur trois lignes, les légions au centre; et,

pour n'être point tourné, il appuya son aile gauche contre des

marais. À l'aile droite était la cavalerie, mêlée à une infanterie

fort agile, qu'on avait exercée, pour combattre, aux mêmes

manoeuvres que les cavaliers. Enfin il mit à la réserve six

cohortes pour les cas imprévus, rangées obliquement sur la droite,

par où il attendait la cavalerie de l'ennemi; et c'est ce qui,

dans cette journée, contribua le plus au succès de César. En

effet, la cavalerie de Pompée s'étant élancée de ce côté, ces

mêmes cohortes la chargèrent tout à coup, la mirent en fuite, et

la rejetèrent sur les légions, qui en firent un grand carnage.

23 L'empereur César Auguste Germanicus, ne pouvant mettre fin aux

combats de sa cavalerie avec les Cattes, parce que ceux-ci se

réfugiaient à chaque instant dans leurs forêts, donna l'ordre à

ses soldats, aussitôt qu'ils seraient arrêtés par la difficulté

des lieux, de sauter à bas de cheval, et d'engager des combats

d'infanterie. Cette manoeuvre lui assura une victoire qui fut

partout admirée.

24 C. Duilius, voyant que la flotte légère et exercée des

Carthaginois se jouait de ses pesants navires, et rendait inutile

la valeur de ses soldats, imagina des mains de fer qui

accrochaient les vaisseaux ennemis; alors les Romains, jetant des

ponts, allaient combattre corps à corps, et taillaient en pièces

les Carthaginois sur leurs propres bâtiments.

Les stratagèmes · 第 42 / 113 题