1 Cn. Scipion, prêt à en venir aux mains avec Hannon, devant
Intibili, en Espagne, s'aperçut que l'armée carthaginoise était
rangée de manière que l'aile droite se composait d'Espagnols,
soldats vigoureux, mais étrangers à la cause qu'ils défendaient,
tandis qu'à la gauche étaient les Africains, hommes moins
robustes, mais d'un courage plus ferme. Il ramena en arrière son
aile gauche; puis avec la droite, où se trouvaient ses meilleures
troupes, il attaqua obliquement[62] l'ennemi, et quand il eut
défait et mis en fuite les Africains, il obligea facilement les
Espagnols, qui s'étaient tenus en arrière comme spectateurs, à
capituler.
2 Philippe, roi de Macédoine, faisant la guerre aux Illyriens, et
s'étant aperçu qu'ils avaient réuni leurs meilleurs soldats au
centre de leur armée, et que les ailes étaient plus faibles, plaça
à sa droite l'élite de ses troupes, fondit sur l'aile gauche des
ennemis, jeta le désordre dans toute leur armée, et remporta la
victoire.
3 Pamménès, de Thèbes, ayant observé l'armée des Perses, dont
l'aile droite était composée de leurs troupes les plus
vigoureuses, rangea la sienne de la même manière, en mettant à
droite toute sa cavalerie avec l'élite de l'infanterie, et en
opposant aux meilleurs soldats de l'ennemi les plus faibles des
siens, auxquels il donna l'ordre de lâcher pied dès la première
attaque, et de se retirer dans des lieux couverts de bois et peu
accessibles. Ayant ainsi rendu inutiles les principales forces des
Perses, lui-même, avec ses meilleures troupes placées à l'aile
droite, enveloppa leur armée et la mit en déroute.
4 P. Cornélius Scipion, qui depuis fut surnommé l'Africain,
soutenant la guerre en Espagne contre Hasdrubal, général des
Carthaginois, sortit du camp plusieurs jours de suite, avec son
armée rangée de manière que l'élite en occupait le centre. Mais,
comme l'ennemi se présentait aussi constamment dans ce même ordre
de bataille, Scipion, le jour où il avait résolu d'en venir aux
mains, changea cette disposition en plaçant aux ailes ses plus
vaillants soldats, c'est-à-dire les légionnaires, et au centre ses
troupes légères, qu'il retint en arrière des autres. Ainsi
disposées en forme de croissant, les ailes, où étaient ses
principales forces, attaquèrent l'armée ennemie par les parties
les plus faibles, et la mirent facilement en déroute.
5 Metellus, lors de la bataille qu'il gagna en Espagne sur
Hirtuleius, ayant appris que celui-ci avait mis au centre ses
cohortes les plus vigoureuses, ramena en arrière le milieu de son
armée, afin qu'il n'y eût aucun engagement sur ce point, avant que
les ailes de l'ennemi fussent défaites, et le centre enveloppé de
toutes parts.
6 Artaxerxés, opposant aux Grecs, qui étaient entrés dans la
Perse, une armée plus nombreuse que la leur, la rangea de manière
à les déborder, mettant sur son front de bataille la cavalerie,
aux ailes les troupes légères; et, retardant à dessein la marche
du centre, il enveloppa les ennemis et les tailla en pièces.
7 Hannibal, au contraire, à la bataille de Cannes, ayant d'abord
ramené les ailes en arrière, et fait avancer le centre, repoussa
notre armée dès le premier choc; et, quand la mêlée fut engagée,
tandis que ses ailes, selon l'ordre qu'elles avaient reçu,
s'avançaient en se rapprochant l'une de l'autre, il recevait sur
le centre la téméraire impétuosité des Romains, qui furent
investis et taillés en pièces, résultat dû à la valeur éprouvée
des vieux soldats d'Hannibal: car cette ordonnance n'est guère
praticable qu'avec des troupes que l'expérience a formées à tous
les incidents des combats.
8 Pendant la seconde guerre Punique, Livius Salinator et Claudius
Néron, voyant qu'Hasdrubal, pour échapper à la nécessité de
combattre, avait posté son armée derrière des vignes, sur une
colline de difficile accès, dirigèrent leurs forces vers les deux
ailes, laissant le milieu dégarni, enveloppèrent l'ennemi en
l'attaquant des deux côtés, et le défirent.
9 Hannibal, à qui Claudius Marcellus faisait essuyer de fréquentes
défaites, avait pris le parti, dans les derniers temps, de camper
soit sur les montagnes, soit près des marais, soit dans d'autres
lieux favorables, où son armée occupait de si bonnes positions
pour combattre, qu'elle pouvait, si les Romains avaient le dessus,
rentrer au camp presque sans perte, et, s'ils lâchaient pied, se
mettre selon son gré à leur poursuite.
10 Le Lacédémonien Xanthippe, livrant bataille à M. Attilius
Regulus, en Afrique, plaça à la première ligne ses troupes
légères, et au corps de réserve l'élite de son armée; puis il
donna l'ordre aux auxiliaires de se retirer aussitôt qu'ils
auraient lancé le javelot, et, une fois rentrés dans l'intérieur
des lignes, de courir promptement aux deux ailes, et d'en sortir
pour envelopper eux-mêmes les Romains, qui alors seraient aux
prises avec ses troupes les plus fortes.