1 Papirius Cursor le fils, étant consul, et combattant les
Samnites, dont la résistance opiniâtre rendait la victoire
incertaine, chargea, à l'insu de ses soldats, Spurius Nautius de
conduire sur une colline qui regardait le flanc de la bataille,
quelques cavaliers auxiliaires, et des valets d'armée montés sur
des mulets, puis de les en faire descendre à grand bruit, et en
traînant par terre des branches d'arbres. Aussitôt que ce
détachement fut en vue, Papirius cria à ses troupes que son
collègue arrivait victorieux, et qu'elles devaient, de leur côté,
conquérir la gloire du présent combat. Cet incident ranima
l'ardeur des Romains; et, quand les Samnites aperçurent la
poussière, ils furent saisis d'épouvante, et prirent la fuite.
2 Fabius Rullus Maximus, consul pour la quatrième fois, ayant
tenté par tous les moyens, mais en vain, de rompre la ligne de
bataille des Samnites, prit enfin le parti de retirer des rangs
les hastati, et de les envoyer avec Scipion, son lieutenant,
s'emparer d'une colline d'où ils pouvaient fondre sur les
derrières de l'ennemi. Le succès de cette manoeuvre vint accroître
le courage des Romains, et les Samnites, effrayés et cherchant à
fuir, furent taillés en pièces.
3 Minucius Rufus, serré de près par les Scordisques et les Daces,
qui lui étaient supérieurs en nombre, détacha quelques cavaliers
et des trompettes, sous la conduite de son frère, avec ordre,
aussitôt que le combat serait engagé, de se montrer tout à coup
sur un autre point, et de faire sonner la charge. Au bruit des
trompettes, qui était augmenté par l'écho des montagnes, l'ennemi,
persuadé qu'il arrivait des forces considérables, fut effrayé et
se retira.
4 Le consul Acilius Glabrion, ayant engagé un combat près des
Thermopyles, contre le roi Antiochus, qui se rendait en Achaïe
avec son armée, lutta en vain contre le désavantage des lieux, et
eût été même repoussé avec perte, si Porcius Caton, alors
consulaire, et nommé par le peuple tribun des soldats, n'eût fait
un détour pour aller débusquer les Étoliens des sommets du
Callidrome, où ils avaient pris position, et ne se fût montré tout
à coup sur une colline qui dominait le camp du roi. Les troupes
d'Antiochus en prirent l'épouvante: attaquées des deux côtés à la
fois, elles furent mises en déroute, et leur camp resta au pouvoir
des Romains.
5 Le consul C. Sulpicius Peticus, sur le point d'en venir aux
mains avec les Gaulois, envoya secrètement les valets de l'armée,
avec des mulets, sur des hauteurs voisines, d'où ils devaient, une
fois l'action engagée, se mettre en vue des combattants comme un
corps de cavalerie. Les Gaulois, croyant que des renforts
arrivaient aux Romains, se retirèrent au moment où ils étaient
presque victorieux.
6 Marius, ayant dessein de livrer bataille aux Teutons le jour
suivant, près d'Aquæ Sextiæ[66], envoya, pendant la nuit, Marcellus
prendre position de l'autre côté de l'armée ennemie, avec un petit
détachement de cavaliers et de fantassins, qu'il fit paraître plus
nombreux en y joignant des valets et des vivandiers armés, avec la
plus grande partie des bêtes de somme, équipées de manière qu'on
pût les prendre pour de la cavalerie. Cette troupe, qui avait
l'ordre de descendre dans la plaine derrière l'ennemi, aussitôt
qu'elle verrait commencer le combat, inspira une telle frayeur aux
Teutons par son apparition soudaine, que ces ennemis si
redoutables prirent la fuite.
7 Dans la guerre des fugitifs, Licinius Crassus, au moment de
ranger son armée en bataille, près de Calamarque, contre Castus et
Gannicus, généraux des Gaulois, fit passer de l'autre côté d'une
montagne ses lieutenants C. Pomptinius et Q. Marcius Rufus, avec
douze cohortes. Quand le combat fut engagé, ces troupes
descendirent derrière l'armée ennemie, en poussant de grands cris,
et y jetèrent un tel désordre, qu'elle prit la fuite sur tous les
points, sans pouvoir se reformer.
8 M. Marcellus, craignant que l'on ne jugeât par les cris des
soldats qu'ils étaient en petit nombre, ordonna aux valets de
troupes, aux esclaves, et aux gens de toute espèce qui le
suivaient, de crier en même temps. Cette apparence d'une grande
armée épouvanta l'ennemi.
9 Valerius Lévinus, ayant tué un simple soldat dans un combat
qu'il livrait à Pyrrhus, leva son épée ensanglantée, et fit croire
aux deux armées qu'il avait tué le roi. Aussitôt les ennemis,
persuadés qu'ils avaient perdu leur chef, et consternés par cette
imposture, rentrèrent avec effroi dans leur camp[67].
10 Dans un combat contre C. Marius, en Numidie, Jugurtha, qui
avait appris la langue latine en séjournant dans les camps
romains, courut devant sa première ligne, et cria en latin qu'il
venait de tuer C. Marius, ce qui fit prendre la fuite à un grand
nombre des nôtres.
11 Myronide, général athénien, ayant livré bataille aux Thébains,
et voyant que le succès était douteux, s'élança tout à coup vers
l'aile droite de son armée, et s'écria que l'aile gauche était
déjà victorieuse. Cette nouvelle donna de l'ardeur aux Athéniens,
et épouvanta l'ennemi, qui perdit la victoire.
12 Crésus fit marcher une troupe de chameaux contre la cavalerie
ennemie, qui était plus forte que la sienne; les chevaux, effrayés
de l'aspect et de l'odeur de ces animaux, renversèrent leurs
cavaliers et allèrent se rejeter sur l'infanterie, dont ils
causèrent aussi la défaite.
13 Pyrrhus, roi d'Épire, combattant en faveur des Tarentins,
trouva un semblable avantage dans ses éléphants, pour mettre le
désordre dans l'armée romaine.
14 Les Carthaginois ont souvent fait usage de ce moyen contre les
Romains.
15 Les Volsques étant campés dans un lieu environné de
broussailles et de bois, Camille incendia tout ce qui pouvait
communiquer le feu jusqu'à leurs retranchements, et les obligea
ainsi d'abandonner leur camp.
16 P. Crassus, pendant la guerre Sociale, fut surpris de la même
manière avec toute son armée.
17 Les Espagnols, dans un combat contre Hamilcar, placèrent à leur
front de bataille des chariots attelés de boeufs et chargés de
bois résineux, de suif et de soufre, et y mirent le feu quand on
donna le signal de l'attaque. Les boeufs, dirigés contre l'armée
ennemie, y jetèrent l'épouvante et le désordre.
18 Les Falisques et les Tarquiniens revêtirent d'habits
sacerdotaux un certain nombre des leurs, qui s'avancèrent,
semblables à des furies, agitant des torches et des serpents, et
épouvantèrent l'armée romaine.
19 Les Véiens et les Fidénates eurent le même succès, en s'armant
de torches enflammées.
20 Athéas, roi des Scythes, combattant l'armée des Triballiens,
qui était plus nombreuse que la sienne, ordonna aux femmes, aux
enfants, et à tous ceux qui étaient peu propres au combat,
d'aller, avec des troupeaux d'ânes et de boeufs, derrière l'armée
ennemie, et de se montrer lances dressées; puis il répandit le
bruit que c'étaient des renforts venus des extrémités de la
Scythie. L'ennemi le crut, et prit la fuite.