1 Le consul A. Manlius, ayant appris que les soldats avaient
conspiré dans leurs quartiers d'hiver, en Campanie, pour égorger
leurs hôtes et s'emparer de leurs richesses, répandit le bruit
qu'ils auraient encore les mêmes quartiers l'hiver suivant. Il
sauva la Campanie en déjouant ainsi le complot, et saisit toutes
les occasions de sévir contre ceux qui l'avaient tramé.
2 Une sédition dangereuse s'étant élevée parmi des légions
romaines, la prudence de Sylla sut en calmer la fureur. Annonçant
tout à coup l'approche de l'ennemi, il fit crier aux armes, et
donner le signal. Marcher contre l'ennemi fut la pensée de tous
les soldats, et l'émeute fut apaisée.
3 Le sénat de Milan ayant été massacré par des soldats, Cn.
Pompée, qui craignait de donner lieu à une rébellion en n'appelant
que les coupables, les fît venir indistinctement avec ceux qui
n'avaient pris aucune part à cette action[44]. N'étant point
séparés des autres, par conséquent ne se croyant pas appelés à
cause de leur crime, les coupables comparurent avec moins de
méfiance; et ceux qui n'avaient rien à se reprocher, veillèrent à
la garde des coupables, de peur d'être taxés de complicité s'ils
les laissaient fuir.
4 Des légions de l'armée de C. César s'étant révoltées, au point
de manifester l'intention d'attenter à la vie de leur chef, il
dissimula sa crainte, s'avança vers les soldats, et, comme ils
demandaient leur congé, il le leur donna sur-le-champ, d'un air
menaçant. À peine l'eurent-ils obtenu, que le repentir les força
de faire leur soumission à leur général, auquel ils furent dès
lors plus dévoués qu'auparavant.
X. Comment on refuse le combat aux soldats, quand ils le demandent
intempestivement.
1 Q. Sertorius, sachant par expérience qu'il ne pouvait résister
aux forces réunies des Romains, et voulant le prouver aux barbares
ses alliés, qui demandaient témérairement le combat, fit amener en
leur présence deux chevaux, l'un plein de vigueur, l'autre
extrêmement faible, auprès desquels il plaça deux jeunes gens qui
offraient le même contraste, l'un robuste, l'autre chétif; et il
ordonna au premier d'arracher d'un seul coup la queue entière du
cheval faible, au second de tirer un à un les crins du cheval
vigoureux. Le jeune homme chétif s'étant acquitté de sa tâche,
tandis que l'autre s'épuisait à force de tirer la queue du cheval
faible: «Soldats, s'écrie Sertorius, je vous ai montré par cet
exemple ce que sont les légions romaines; invincibles quand on les
prend en masse, elles seront bientôt affaiblies et taillées en
pièces, si elles sont attaquées séparément.»
2 Ce même chef, à qui les soldats demandaient inconsidérément le
combat, craignant qu'ils n'enfreignissent ses ordres, s'il
refusait plus longtemps, permit, à un détachement de cavalerie
d'aller attaquer l'ennemi; et, quand il vit cette troupe plier, il
en envoya successivement d'autres pour la soutenir, puis il les
fit rentrer toutes dans le camp. Alors il montra à l'armée
entière, sans avoir essuyé de perte, quel pouvait être le résultat
de la bataille qu'elle avait demandée. Elle eut désormais pour lui
la plus grande soumission.
3 Agésilas, roi de Lacédémone, dont le camp était placé sur le
bord d'une rivière, en face de celui des Thébains, s'étant aperçu
que l'armée ennemie était beaucoup plus nombreuse que la sienne,
et voulant ôter à ses soldats le désir de livrer bataille, leur
annonça que les réponses des dieux lui ordonnaient de combattre
sur les hauteurs. Alors il laissa une faible troupe vers le
fleuve, et gagna la colline. Les Thébains, prenant cette manoeuvre
pour un effet de la crainte, traversent la rivière, mettent
facilement en fuite ceux qui en défendaient le passage; mais,
s'étant élancés avec trop d'ardeur vers le reste de l'armée, ils
ont le désavantage du terrain, et sont défaits par des troupes
inférieures en nombre.
4 Scorylon, général des Daces, sachant bien qu'une guerre civile
divisait les Romains, mais ne jugeant pas à propos de les
attaquer, parce qu'une guerre étrangère pouvait rétablir la
concorde entre les citoyens, mit aux prises deux chiens en
présence de ses compatriotes; et, tandis que ces animaux se
battaient avec le plus d'acharnement, il leur montra un loup, sur
lequel ils se jetèrent aussitôt, déposant leur animosité
réciproque. Par cet apologue, il dissuada les barbares d'opérer
une attaque qui aurait tourné au profit des Romains.