1 Lorsque Coriolan se vengeait, les armes à la main, de son
ignominieuse condamnation, il préserva du ravage les propriétés
des patriciens, tandis qu'il brûlait et dévastait celles des
plébéiens, voulant par là rompre l'accord qui régnait entre les
Romains.
2 Hannibal, ayant dessein de faire noter d'infamie Fabius, qui lui
était supérieur en vertu, comme en talents militaires, épargna ses
propriétés tout en ravageant celles des autres Romains. Mais la
grandeur d'âme de Fabius mit sa fidélité à l'abri de tout soupçon:
il vendit ses biens au profit de l'État.
3 Q. Fabius Maximus, étant consul pour la cinquième fois, lorsque
les Gaulois, les Ombriens, les Étrusques et les Samnites réunirent
leurs forces contre le peuple romain, s'avança à leur rencontre au
delà de l'Apennin; et, pendant qu'il fortifiait son camp près de
Sentinum, il écrivit à Fulvius et à Postumius, qui gardaient Rome,
de diriger leurs troupes sur Clusium[40]. Cet ordre exécuté, les
Étrusques et les Ombriens accoururent à la défense de leur
territoire; alors, comme il ne restait plus que les Samnites et
les Gaulois, Fabius et son collègue Decius les attaquèrent et les
défirent.
4 Les Sabins ayant levé une grande armée, et quitté leur
territoire pour se jeter sur celui de Rome, M. Curius envoya, par
des chemins détournés, un détachement qui ravagea leurs terres, et
incendia leurs bourgades dans plusieurs directions. Les Sabins
rentrèrent chez eux pour arrêter cette dévastation; en sorte que
Curius eut le triple avantage de saccager le pays ennemi alors
sans défense, de mettre en fuite une armée sans avoir livré
bataille, et de la tailler en pièces après l'avoir dispersée.
5 T. Didius, ne trouvant pas son armée assez nombreuse, différait
la bataille jusqu'à l'arrivée des légions qu'il attendait,
lorsqu'il apprit que l'ennemi allait marcher à leur rencontre. Il
convoqua l'assemblée, or donna aux soldats de se préparer au
combat, et fil à dessein négliger la garde des prisonniers. Il
s'en échappa quelques-uns, qui annoncèrent aux leurs que les
Romains se disposaient à les attaquer. Alors, dans l'attente du
combat, l'ennemi craignit de diviser ses forces, et renonça à
marcher contre les légions qu'il voulait surprendre. Celles-ci
arrivèrent près de Didius sans avoir été inquiétées.
6 Dans une des guerres Puniques, quelques villes, ayant dessein de
passer du parti des Romains dans celui des Carthaginois, et
désirant, avant de rompre avec les premiers, retirer les otages
qu'elles leur avaient donnés, feignirent d'avoir querelle avec des
peuples voisins, demandèrent, des Romains pour médiateurs, et,
quand ceux-ci furent arrivés, elles les retinrent comme otages
équivalents, et ne les rendirent qu'après avoir reçu les leurs.
7 Les Romains ayant envoyé une ambassade au roi Antiochus, qui,
après la défaite des Carthaginois, avait auprès de lui Hannibal,
dont il mettait les conseils à profit contre Rome; les députés[41]
eurent de fréquents entretiens avec Hannibal, dans le but de le
rendre suspect au roi, à qui sa présence était agréable, et même
utile, à cause de son caractère rusé et de ses talents militaires.
8 Q. Metellus, faisant la guerre contre Jugurtha, gagna les
députés que ce prince lui avait envoyés, et obtint d'eux qu'ils le
lui livreraient. Il arrêta le même projet avec une seconde
ambassade, puis avec une troisième; mais il ne réussit pas à
s'emparer de Jugurtha, parce qu'il voulait qu'on le lui amenât
vivant. Toutefois il résulta de cette machination un grand
avantage: des lettres qu'il écrivait aux confidents du roi furent
interceptées; et celui-ci, ayant immolé à sa colère tous ces
personnages, demeura privé de conseillers, et ne put se faire dans
la suite aucun ami.
9 C. César, informé par un prisonnier qu'Afranius et Petreius
devaient lever le camp la nuit suivante, résolut de les en
empêcher sans fatiguer ses troupes. Il ordonna, quand la nuit fut
venue, que l'on criât de plier bagage, que l'on conduisît à grand
bruit les bêtes de somme le long des retranchements des ennemis,
et que l'on continuât le tumulte, afin que ce départ simulé les
retînt dans leur camp.
10 Scipion l'Africain, voulant surprendre des renforts et des
convois qui allaient rejoindre Hannibal, envoya à leur rencontre
M. Thermus, se disposant lui-même à le suivre pour l'appuyer.
11 Denys, tyran de Syracuse, informé qu'une nombreuse armée de
Carthaginois devait débarquer en Sicile pour l'attaquer, fortifia
plusieurs châteaux, et donna l'ordre aux troupes qu'il y laissa de
les abandonner à l'approche de l'ennemi, et de s'échapper en se
repliant secrètement vers Syracuse. Les Carthaginois, une fois
maîtres de ces forts, se virent dans la nécessité d'y placer des
garnisons; et Denys, ayant réduit, autant qu'il le désirait, les
forces de l'ennemi en les disséminant, tandis qu'en réunissant les
siennes il s'était fait une armée presque aussi nombreuse que la
leur, prit l'offensive et les défit.
12 Agésilas, roi de Lacédémone, allant faire la guerre à
Tissapherne[42], feignit de se diriger sur la Carie, comme devant
combattre avec plus de succès dans ce pays montueux[43], contre un
ennemi qui lui était supérieur en cavalerie. Cette démonstration
ayant fait passer Tissapherne lui-même en Carie, Agésilas fit
irruption en Lydie, où était la capitale du royaume; et, prenant
au dépourvu les habitants, il s'empara des trésors du roi.