Nº LXII.--L'HOMME AU POIS.

II, p. 212.--Nous avons donné le résumé d'un conte indien de

Lucknow. Voici celui d'un autre conte indien analogue, recueilli

dans le Pandjab (Steel et Temple, nº 2):

Un rat a trouvé une racine bien sèche; il l'offre à un homme qui ne

peut réussir à allumer son feu. L'homme, en récompense, lui donne

un morceau de pâte. Le rat fait cadeau de cette pâte à un potier

dont les enfants crient la faim, et il en reçoit un pot. Il donne

ce pot à des pâtres qui n'ont que leurs souliers pour recueillir

le lait, quand ils veulent traire leurs buffles; il leur demande

un buffle en récompense et finit par l'obtenir. Vient à passer une

mariée, que l'on porte en palanquin. Les porteurs se plaignant de

ne pas avoir de viande à manger, il leur donne son buffle; puis

il demande qu'on lui donne la mariée. Les porteurs, craignant une

mauvaise affaire, s'esquivent. Le rat emmène chez lui la mariée et

l'envoie à la ville vendre des prunes sauvages. La princesse (car

c'est une princesse) est reconnue par la reine sa mère, qui la

retient. Le rat étant venu réclamer sa femme, on le fait asseoir

sur une chaise où l'on a mis du fer rouge; il y laisse sa queue et

une partie de sa peau, et il s'enfuit en jurant qu'il ne fera plus

jamais de marché avec personne.

Un conte portugais du Brésil (Roméro, p. 162) présente une forme

écourtée de ce thème.

Enfin, ce même thème nous paraît se retrouver, mais tout à

fait défiguré, dans un conte _nago_, recueilli chez les nègres

de la Côte-des-Esclaves par un missionnaire, M. l'abbé Bouche

(_Mélusine_; II, col. 123): La tortue, ayant demandé une jeune

fille en mariage, se voit éconduite. Elle rencontre, un jour, la

jeune fille qui cherche des anacardes (sorte de fruit) et qui

n'en trouve point. La tortue en cueille et les laisse sur le

chemin. La fille passe par là, voit les anacardes et les ramasse.

La tortue la laisse faire. Mais, lorsque la fille a employé

les fruits, la tortue lui dit: «Rends-moi mes anacardes.--Je

m'en suis servie.--Peu importe: je veux mes anacardes.--Prends

l'esclave.--Non.--Prends l'enfant.--Non.--Prends la brebis.--Je ne

la veux pas.--Prends ce que tu voudras dans la maison.» La tortue

refuse toutes les offres et se met à chanter: «L'esclave!... fi de

l'esclave! je n'en veux pas. L'enfant ... fi de l'enfant! je n'en

veux pas. La brebis!... fi de la brebis! Je veux la fille.» Et on

est obligé de lui donner la fille.

Puisque nous revenons sur les remarques de l'_Homme au pois_,

nous ajouterons encore que l'on a recueilli, chez les Tziganes de

Transylvanie, un conte du même genre que le conte lorrain, mais

écourté (Wlislocki, p. 15): Le héros, un pauvre tzigane, va mendier

chez une veuve qui, impatientée de son importunité, lui jette un

grain de blé. Le grain de blé, confié au propriétaire d'une autre

maison, est mangé par une poule, etc. Finalement le tzigane se

met en possession d'un cheval. Il prête ce cheval au roi, qui

passe par là et dont le cheval est malade. Arrivé dans la ville du

roi, le tzigane trouve son cheval mort, et le roi lui donne, en

dédommagement, beaucoup d'argent.

Contes populaires de Lorraine, comparés avec les contes des autres provinces de France et des pays étrangers, volume 2 (of 2) · 第 250 / 309 题