Nº XXIII.--LE POIRIER D'OR.

Pour l'arbre qui pousse à l'endroit où l'on a mis les os du mouton,

comparer le conte de la région de l'Abyssinie, cité dans le

supplément aux remarques de notre nº 21, _la Biche blanche_.

Nous avons fait remarquer que le thème de _Cendrillon_ se combine

souvent avec le thème propre du _Poirier d'or_, et nous avons cité,

à ce propos (I, pp. 253-254), un conte indien, dont malheureusement

nous ne possédons qu'une analyse incomplète. Il a été publié tout

récemment un conte annamite (A. Landes, nº 22), qui présente la

même combinaison.

L'introduction de ce conte annamite est altérée, mais nous y

retrouvons l'animal mystérieux qui, même après avoir été tué,

vient au secours de l'héroïne: Un mari et sa femme ont chacun une

fille; celle du mari s'appelle Cam; celle de la femme, Tam. Comme

elles sont de même taille et qu'on ne sait laquelle est l'aînée,

leurs parents les envoient à la pêche: celle qui prendra le plus de

poissons sera l'aînée. C'est Cam, la fille du mari, qui en prend le

plus, mais l'autre lui dérobe sa pêche. Un génie, voyant la jeune

fille pleurer, lui demande s'il ne lui reste plus rien. Elle répond

qu'elle n'a plus qu'un seul poisson. Alors le génie lui dit de le

mettre dans un puits et de le nourrir. Mais, un jour, la fille de

la marâtre appelle le poisson, le prend et le fait cuire.

A son retour, Cam, ne trouvant plus son poisson, se met à pleurer.

Le coq lui dit: «O! o! o! donne-moi trois grains de riz, je te

montrerai ses arêtes.» Cam ramasse les arêtes. Le génie lui dit de

les mettre dans quatre petits pots, aux quatre coins de son lit: au

bout de trois mois et dix jours, elle y trouvera tout ce qu'elle

désirera[139]. Elle y trouve des habits et une paire de souliers.

Ici nous entrons tout à fait dans le thème de _Cendrillon_: Cam

s'en va s'habiller dans les champs; mais ses souliers viennent à

être mouillés, et elle les fait sécher. Un corbeau enlève un de

ces souliers et va le porter dans le palais du prince héritier.

Celui-ci fait proclamer qu'il prendra pour femme celle qui pourra

chausser le soulier[140]. La marâtre ne permet pas à Cam de se

rendre au palais; mais elle y conduit sa fille à elle, sans succès.

Cam se plaint et demande à tenter l'aventure. Alors la marâtre mêle

des haricots et du sésame, et lui dit que, lorsqu'elle les aura

triés, elle pourra y aller. Le génie envoie une bande de pigeons

pour l'aider[141]. Enfin Cam va au palais, elle essaie le soulier,

et le prince l'épouse.

Vient ensuite, après que Cam a été tuée par la malice de sa

belle-sœur, une série de transformations dont nous avons parlé dans

le second Appendice à notre introduction (I, pp. LXII-LXIII) et un

dénouement dont nous avons dit un mot dans cette introduction même

(I, p. XXXIX), mais que, vu son intérêt, nous donnerons ici _in

extenso_: «Lorsque Tam vit revenir sa sœur, elle feignit une grande

joie: «Où avez vous été si longtemps? Comment faites-vous pour être

si jolie? Dites-le moi, que je fasse comme vous.--Si vous voulez

être aussi jolie que moi, faites bouillir de l'eau et jetez-vous

dedans.» Tam la crut; elle se jeta dans de l'eau bouillante et

mourut. Cam fit saler sa chair et l'envoya à la marâtre. Celle-ci

crut que c'était du porc et se mit à manger. Un corbeau perché sur

un arbre cria: «Le corbeau vorace mange la chair de son enfant et

fait craquer ses os.» La mère de Tam, entendant ce corbeau, se mit

en colère et lui dit: «C'est ma fille qui m'a envoyé de la viande;

pourquoi dis-tu que je mange la chair de ma fille?» Mais, quand

elle eut fini la provision, elle trouva la tête de Tam, et sut

ainsi qu'elle était morte.»

Dans un conte sicilien (Gonzenbach, nº 48), une marâtre a fait

disparaître sa belle-fille, mariée à un roi, et lui a substitué sa

fille à elle. La tromperie étant découverte, le roi fait hacher

en mille morceaux la fille de la marâtre et la fait saler dans

un baril, en ayant soin de faire mettre la tête au fond. Puis il

envoie le baril à la marâtre en lui faisant dire que c'est du thon

que lui envoie sa fille. La marâtre ouvre le baril et commence à

manger. Le chat lui dit: «Donne-moi quelque chose, et je t'aiderai

à pleurer.» Mais elle le chasse. Quand elle arrive au fond du baril

et qu'elle voit la tête de sa fille, de désespoir elle se casse

la tête contre un mur. Et le chat se met à chanter: «Tu n'as rien

voulu me donner; je ne t'aiderai pas à pleurer.»

Ce même passage se retrouve, plus ou moins bien conservé, dans

d'autres contes siciliens (Gonzenbach, nºˢ 33, 34, 49; Pitrè, nº

59) et dans un conte islandais (Arnason, p. 243)[142].

Dans une légende historique, rattachée au nom d'une reine

Marguerite de Danemark (Müllenhoff, p. 18), le fils de cette reine,

envoyé à Oldenbourg pour encaisser de l'argent, est saisi par les

cordonniers du pays, qui le hachent menu, le salent et le renvoient

ainsi à sa mère.

Un conte kabyle (Rivière, p. 55), qui se rattache au même thème que

le conte sicilien cité tout à l'heure, se termine de la même façon:

Après que la fille de la marâtre a été tuée, on la fait cuire et on

l'envoie à sa mère et à sa sœur. Le chat intervient dans le conte

kabyle comme dans le conte sicilien. «Si tu me donnes ce morceau,»

dit-il, «je pleurerai d'un œil.»

Enfin, dans un conte indien (miss Stokes, nº 2), une reine qui a

maltraité et tué les enfants de son mari est brûlée vive, et ses os

sont envoyés à sa mère.

Contes populaires de Lorraine, comparés avec les contes des autres provinces de France et des pays étrangers, volume 2 (of 2) · 第 243 / 309 题