I, p. 240.--Le conte de l'île de Ceylan, que nous avons rapproché
des contes européens de «l'Homme qui revient du Paradis», se
retrouve presque identiquement dans le sud de l'Inde (Natêsa
Sastrî, nº 12); mais la forme singhalaise est meilleure.
I, pp. 244-245.--Nous avons cité un passage d'un conte du Cambodge.
Il sera intéressant, croyons-nous, de signaler l'existence en
Europe d'un conte qui ressemble beaucoup à un autre passage de ce
même conte oriental.
Dans le récit cambodgien, une femme voudrait se débarrasser de
son mari pour en prendre un autre. Un jour, le mari, occupé à la
récolte des ignames dans la forêt, va se reposer durant la chaleur
dans le temple d'un génie. Précisément pendant ce temps arrive la
femme, apportant des offrandes au génie pour lui demander la mort
de son mari. Celui-ci, ayant entendu sa prière, se cache derrière
l'idole, et, déguisant sa voix, il ordonne à la femme d'acheter une
poule couveuse et ses œufs et de servir ce mets à son mari, qui en
mourra. La femme se retire et va exécuter cet ordre. Le soir, le
mari mange tout ce qui lui est servi et feint de tomber gravement
malade. Alors la femme fait entrer son amant, que le mari trouve
moyen de faire périr.--Dans un conte du Tyrol italien (Schneller,
nº 58), une femme voudrait rendre son mari aveugle pour être plus
libre. Elle lui dit un jour qu'elle va se confesser. Le mari,
qui se méfie d'elle, lui parle d'un certain prêtre, très habile,
dit-il, dans toute sorte de sciences occultes, qui se tient à tel
endroit dans le creux d'un chêne. Elle s'y rend: c'est le mari
lui-même qui s'est mis dans le chêne. Elle demande au prétendu
magicien comment elle pourrait rendre son mari aveugle. Il répond
qu'il faut lui faire cuire chaque jour une poule. De retour au
logis, elle raconte que le prêtre lui a dit qu'elle devait montrer
plus d'égards à son mari, le bien soigner, et chaque jour elle lui
fait manger une poule. L'homme fait semblant de perdre peu à peu
la vue, et, quand elle le croit tout à fait aveugle, elle appelle
son amant, que le mari fait périr. (Comparer Prœhle, I, nº 51, et
Braga, nº 113.)--Le _Pantchatantra_ indien (liv. III, 16e récit)
nous offre à peu près les même traits: Une femme apporte des
offrandes à une déesse et lui demande le moyen de rendre son mari
aveugle; le mari, caché derrière la statue, répond qu'il faut lui
donner tous les jours des gâteaux et des friandises; plus tard il
feint d'être aveugle et finalement bâtonne si bien l'amant de sa
femme que celui-ci en meurt.