REMARQUES

Le thème principal de ce conte,--la convention entre le maître et

son valet,--se retrouve sous une forme plus ou moins ressemblante

dans des contes recueillis en Bretagne (F.-M. Luzel, 5e rapport,

p. 29, et _Mélusine_, 1877, col. 465), en Picardie (Carnoy, p.

316), dans le pays basque (Webster, p. 6 et p. 11), en Espagne

(_Biblioteca de las Tradiciones populares españolas_, t. IV, p.

139), en Corse (Ortoli, p. 203), dans diverses parties de l'Italie

(_Jahrbuch für romanische und englische Literatur_, t. VIII, p.

246, et _Propugnatore_, t. IX, 2e partie, 1876, p. 256), dans le

Tyrol allemand (Zingerle, II, p. 223), en Allemagne (Prœhle, II,

nº 16), chez les Lithuaniens (Schleicher, p. 45), chez les Slaves

de Moravie (Wenzig, p. 5), en Valachie (Schott, nº 23, p. 229),

chez les Grecs d'Epire (Hahn, nº 11 et nº 34, p. 222), en Irlande

(Kennedy, II, p. 74; _Royal Hibernian Tales_, p. 51), en Ecosse

(Campbell, nº 45), et, d'après M. R. Kœhler (_Mélusine_, _loc.

cit._, col. 473), en Danemark et en Norwège.

Dans presque tous ces contes, la condition qui doit être observée

par les deux parties, c'est, comme dans notre conte, de ne point se

fâcher;--dans quelques-uns (conte écossais, premier conte basque,

second conte grec), il faut ne pas manifester de regrets au sujet

de l'engagement;--enfin, dans le second conte basque, il est dit

simplement que le valet s'engage à faire tout ce que son maître lui

ordonnera.

Quant à la punition de celui qui aura manqué à la convention,

c'est, dans le plus grand nombre des contes, de se voir enlever

par l'autre une ou plusieurs lanières dans le dos, «un ruban de

peau rouge depuis le sommet de la tête jusqu'aux talons,» dit un

des contes bretons. Dans le premier des deux contes italiens, il

doit être écorché vif; dans le conte de la Moravie, il doit perdre

le nez; dans le conte picard, une oreille; dans les contes corse,

tyrolien et allemand, les deux oreilles.

Ajoutons que, dans plusieurs de ces contes (conte écossais, second

conte breton, contes tyrolien, valaque, second conte grec), le

héros n'a pas, comme le nôtre, de frère qui, avant lui, ait mal

réussi dans l'entreprise.--Dans tous les autres contes européens,

il y a trois frères; nous n'en avons rencontré deux que dans le

premier conte breton.

Parmi les mauvais tours que Jean joue à son maître pour le fâcher,

l'histoire des queues de cochon, fichées dans le marais, figure

dans le second conte breton, le conte picard, le conte corse,

les deux contes basques, le conte allemand de la collection

Prœhle (où ce sont des queues de vache), et, d'après M. Kœhler

(_Jahrb. für rom. und engl. Lit._, VIII, p. 251), dans un conte

norwégien.--Elle se retrouve dans plusieurs contes qui n'ont pas

le cadre du nôtre et qui se composent simplement d'aventures de

voleurs ou d'adroits fripons, par exemple, dans un conte piémontais

(Gubernatis, _Zoological Mythology_, I, p. 234), un conte sicilien

(Gonzenbach, nº 37, p. 254), un conte portugais (Braga, nº 77), un

conte islandais (Arnason, p. 552), un conte allemand (Prœhle, I,

nº 49), et un conte russe (Gubernatis, _loc. cit._). Dans le conte

allemand, c'est une queue de bœuf que le voleur plante dans le

marais; dans le conte russe, une queue de cheval.

Le conte slave de Moravie a, comme le conte lorrain, un épisode où

le valet, voyant ses maîtres déjeuner sans l'appeler, va vendre un

sac de grain qu'il vient de battre et fait un bon déjeuner avec

l'argent.--Dans le conte tyrolien, le maître lui ayant dit d'aller

travailler au lieu de dîner, le valet vend deux vaches et s'en va

dîner à l'auberge.--Dans le conte picard, où le seigneur dit à Jean

le Malin qu'il ne lui fera pas donner à déjeuner, Jean va vendre

tous les bœufs et tous les cochons de son maître, de sorte qu'il a

de quoi faire bonne chère.

* * * * *

L'épisode de l'ogre ne se rencontre que dans cinq des contes

mentionnés ci-dessus, le conte écossais, le premier conte italien,

les deux contes basques et le conte espagnol. (Dans ce dernier,

l'ogre est remplacé par un ours.) En réalité, c'est un thème tout

à fait indépendant du thème principal et qui s'y trouve intercalé.

Nous avons déjà fait connaissance avec ce thème dans le conte nº

25 de notre collection, _le Cordonnier et les Voleurs_. Le moineau

que Jean montre à l'ogre est évidemment un souvenir obscurci

de l'oiseau que le cordonnier lance en l'air comme si c'était

une pierre, pour donner aux voleurs une haute idée de sa force.

D'ailleurs, cet épisode se trouve sous une forme bien plus complète

et bien mieux conservée dans le conte italien, dans le premier

conte basque et dans le conte espagnol: nous y retrouvons à peu

près tous les traits qui figurent dans les contes du type de notre

conte _le Cordonnier et les Voleurs_.--Dans le conte écossais, au

lieu d'être intercalé dans le thème principal, cet épisode lui est

simplement juxtaposé. Après avoir réussi à fâcher son maître et lui

avoir taillé dans le dos une lanière de peau, le héros entre au

service d'un géant, etc.

L'épisode en question présente, dans ce dernier conte, un trait qui

le rapproche tout à fait du conte lorrain: Mac-a-Rusgaich et son

maître le géant se portent réciproquement un défi à qui mangera

le plus. Mac-a-Rusgaich s'attache sur la poitrine un sac de cuir

où il fait entrer la plus grande partie de ce qu'il doit manger,

et enfin il fend ce sac en disant qu'une telle bedaine l'empêche

de se baisser. Le géant veut l'imiter et il meurt.--Dans le conte

espagnol, cet épisode s'enchaîne avec un autre épisode dans lequel

l'ours et Pedro se défient à la course. Pedro, qui a de l'avance

sur l'ours, passe auprès de lavandières; il les prie de lui prêter

un couteau, il fend le sac caché sous sa chemise, et toute la

bouillie se répand; puis il se remet à courir. L'ours étant arrivé

près des lavandières, leur demande si elles ont vu passer un homme.

«Oui, et il s'est ouvert le ventre avec le couteau que nous lui

avons prêté.--Prêtez-le moi aussi,» dit l'ours, «je courrai mieux.»

Et il se tue. (Comparer le conte sicilien nº 83 de la collection

Pitrè.)--Dans le premier des deux contes basques mentionnés

plus haut, le héros, en s'enfuyant de chez le _tartaro_ (ogre),

fait semblant de s'ouvrir le ventre et jette sur la route les

entrailles d'un cochon qu'il tenait cachées, afin de faire croire

au tartaro que c'est là un moyen de devenir plus agile. Il en est

de même dans un conte du Tyrol allemand (Zingerle, II, p. 111) et

dans un conte portugais (Braga, nº 77).

Nous ferons remarquer que ce trait se rencontre encore dans un

autre conte de Montiers, variante de notre nº 1. Dans cette

variante, Jean-sans-Peur, Jean-de-l'Ours et Tord-Chêne arrivent

chez un ogre, pendant l'absence de celui-ci. Quand il rentre, les

trois compagnons, sans se déconcerter, lui disent qu'ils ont faim.

La femme de l'ogre prépare des grimées[25], et l'on se met à table.

Les trois compagnons se sont attaché des poches sur l'estomac, et

ils y introduisent les grimées. L'ogre, croyant qu'ils avalent

tout, ne veut pas avoir le dessous, et il mange tant qu'il en

meurt.--Plusieurs contes du type de notre nº 25, _le Cordonnier et

les Voleurs_, présentent un passage analogue. Ainsi, dans un conte

suédois (Cavallius, p. 7), dans un conte norwégien (Asbjœrnsen, I,

nº 6), c'est absolument le trait de _Jean et Pierre_: trompé par la

même ruse, le géant veut aussi se soulager en s'ouvrant l'estomac,

et il se tue. Comparer un conte suisse (Sutermeister, nº 41), un

conte sicilien (Gonzenbach, nº 41), et aussi un conte gascon de la

collection Cénac-Moncaut (p. 90).

Notons encore un passage d'un livre populaire anglais du siècle

dernier, _Jack le Tueur de géants_, déjà cité dans les remarques

de notre nº 25 (I, p. 261): Jack, déjeunant avec le géant, attache

sous ses vêtements un grand sac de cuir et y jette, sans être

aperçu, tout le pudding qui lui est servi. Ensuite il dit au géant

qu'il va lui faire voir un tour d'adresse. D'un coup de couteau il

fend le sac de cuir, et tout le pudding tombe à terre. Le géant se

croit obligé de faire comme Jack, et il se tue.

* * * * *

Le dernier épisode de notre conte,--celui de la femme tuée,--a subi

une altération. Dans les autres contes où il existe, voici comment

il se présente: L'année du valet doit se terminer au premier chant

du coucou. Pour se débarrasser de lui plus vite, la femme du maître

grimpe sur un arbre et imite le coucou; le valet tire sur le

prétendu oiseau et le tue. Voir, parmi les contes mentionnés plus

haut, le premier conte breton, le conte corse, le conte espagnol,

le conte tyrolien, le conte allemand, le conte slave de Moravie,

le second conte grec, le second conte irlandais, et, d'après M.

Kœhler, le conte danois et le conte norwégien.--Il faut ajouter

enfin un passage d'un conte sicilien d'un autre type, que nous

avons déjà eu occasion de citer à propos de l'épisode des queues de

cochon (Gonzenbach, nº 37, p. 254).

* * * * *

En Orient, nous rencontrons d'abord cet épisode des queues dans

un conte recueilli par M. Radloff (t. IV, p. 282) chez les tribus

tartares de la Sibérie méridionale, riveraines de la Tobol, tribus

chez lesquelles des contes sont venus du sud avec l'islamisme,

ainsi que nous l'avons montré dans les remarques de notre nº 32,

_Chatte blanche_ (II, p. 17): Un fripon propose à un laboureur de

conduire sa charrue. Pendant que le laboureur va lui chercher à

manger, il dételle le bœuf, lui coupe la queue et le fait emmener

par un compère; puis il fiche la queue en terre, et, quand il voit

revenir le laboureur, il la tire de toutes ses forces, si bien

qu'il tombe à la renverse. Le laboureur étant accouru, le fripon

lui dit que le bœuf s'est tout à coup enfoncé dans la terre et

qu'en essayant de le retenir, la queue lui est restée dans la

main[26].

Pour l'ensemble, on peut rapprocher de notre conte et de ses

pendants européens un conte recueilli chez les Afghans du Bannu

(Thorburn, p. 199). Nous en reproduirons l'abrégé tout à fait

écourté qu'en donne l'auteur anglais: Un jeune homme un peu simple

entre au service d'un maître aux conditions suivantes: le maître

doit lui fournir une charrue et une paire de bœufs, et le serviteur

doit tous les jours semer une corbeille de grain et aller chercher

un panier de bois de chauffage et la nourriture de la famille;

celui des deux qui ne tiendra pas son engagement doit perdre le

nez. Dès le premier jour, le serviteur ne peut faire sa besogne,

et le maître lui coupe le nez. Il retourne chez lui et raconte sa

mésaventure à son frère, qui entre au service du même maître aux

mêmes conditions. Ce second serviteur, arrivé aux champs, répand

tout le grain par terre, tue un des bœufs et brise la charrue,

et, rentré à la maison, il dit au maître qu'il a rempli ses

engagements. Il en fait autant le second jour. Le troisième jour,

le maître ne peut lui fournir ni grain, ni charrue, ni bœufs, et

perd son nez.

Autant qu'on en peut juger par cet abrégé, le conte afghan est

extrêmement altéré. On a recueilli, dans l'Asie Centrale, chez les

peuplades _sarikoli_, une forme meilleure de ce thème (_Journal of

the Asiatic Society of Bengal_, t. 45, 1876, p. 182): Un homme,

en mourant, dit à ses trois fils de ne point aller dans certain

moulin: il y a là un vieillard borgne qui mange les gens. Le père

une fois mort, l'aîné s'en va au moulin. Le vieillard lui dit

qu'il le recevra comme son fils. Il le charge de nettoyer l'étable

de son âne. «Mais,» ajoute-t-il, «j'ai une habitude. Si tu te

fâches, je t'arracherai les yeux; si c'est moi qui me fâche, tu

me les arracheras.--Bien,» dit le jeune homme. Au bout de la

journée, il n'a pas encore fini d'enlever le fumier. Impatienté,

il rentre au moulin et jette son outil par terre. «Tu es fâché?»

dit le vieillard.--«Comment ne serais-je pas fâché? Tu m'as tué de

travail.» Le vieillard se lève et lui arrache les yeux.--Quelque

temps après arrive le second fils. Après qu'il a nettoyé l'étable,

le vieillard lui dit d'aller le lendemain chercher du bois à la

forêt, et il dit à son âne: «Quand il te chargera, couche-toi.»

C'est ce que fait l'âne. Le jeune homme, voyant que l'âne ne veut

pas se lever, tire son couteau et lui coupe une oreille. Alors

l'âne se montre docile. Quand le vieillard voit l'oreille coupée,

il demande au jeune homme pourquoi il a agi ainsi. «Oh! père,» dit

le jeune homme, «est-ce que tu es fâché?--Oui,» dit le vieillard.

Le jeune homme se jette sur lui et lui arrache les yeux, et le

vieillard meurt.

Dans l'Inde, nous avons découvert une autre forme, plus complète.

C'est un conte qui, paraît-il, est un des plus populaires parmi

les mahométans du pays. Il a été publié en 1870 dans la _Calcutta

Review_ (t. LI, p. 126). Le voici:

«Il y avait une fois deux frères, Halálzádah et Harámzádah. Dans

le même pays habitait un Qázi (sorte de magistrat, de juge).

Halálzádah alla trouver ce Qázi pour entrer à son service. Le Qázi

lui dit: «Si vous entrez à mon service, ce sera à la condition que,

si vous me quittez, je vous couperai le nez et les oreilles, et, si

je vous renvoie, vous m'en ferez autant. Quant à votre nourriture,

vous en aurez par jour plein une feuille.» Halálzádah accepta

ces conditions. Chaque jour, le Qázy l'envoyait faire paître les

vaches et les chèvres, et il lui donnait de la nourriture plein une

feuille de tamarin. Cela ne faisait guère l'affaire de Halálzádah,

et il dit au Qázi qu'il ne pouvait travailler l'estomac vide. Le

Qázi lui répondit tout simplement que, s'il n'était pas content, il

pouvait s'en aller. A la fin, Halálzádah, ayant dépensé tout son

argent et se voyant au moment de mourir de faim, demanda son congé.

Sur quoi le Qázi lui coupa le nez et les oreilles, et l'autre s'en

alla.

«Son frère, Harámzádah, le voyant dans ce triste état, lui demanda

ce qui lui était arrivé, et, ayant appris la façon d'agir du Qázi,

il demanda à Halálzádah de lui montrer où il demeurait. Il se

rendit chez le Qázi et s'engagea à son service aux mêmes conditions

que son frère. Le Qázi lui donna les vaches et les chèvres à mener

paître. Harámzádah les conduisit aux champs; de retour au logis,

il alla prendre dans le jardin une feuille de bananier, et, la

présentant au Qázi, il lui demanda son dîner. Le Qázi fut bien

obligé de lui remplir sa feuille de bananier. Harámzádah s'en fut

encore avec le troupeau au pâturage; il tua une des chèvres, invita

ses amis et fit avec eux un festin, puis il ramena à la maison le

reste du troupeau.

«Le lendemain matin, Harámzádah mena de nouveau paître le

troupeau; cette fois, il vendit une douzaine de chèvres et quatre

vaches; puis, courant à la maison, il dit au Qázi: «Dieu est

miséricordieux! Il vient de me sauver la vie!--Comment cela?» dit

le Qázi.--«Il est venu des loups qui ont emporté douze chèvres et

quatre vaches, et je n'ai pu leur échapper qu'en grimpant sur un

arbre.» Le Qázi l'accabla d'injures et lui demanda de quel côté

il avait mené paître le troupeau. «Du côté du couchant,» répondit

l'autre. Le Qázi lui ordonna de le conduire désormais du côté du

nord. Harámzádah, en attendant, s'en fut au jardin cueillir une

feuille de bananier, se la fit remplir, et, après avoir mangé

tout son soûl, donna le reste aux mendiants. Puis il conduisit le

troupeau du côté du nord.

«Cette fois, il vendit tout le troupeau et courut trouver son

maître. «Hé! Qázi! hé! Qázi! voilà un bel ordre que vous m'avez

donné de conduire le troupeau du côté du nord!--Qu'est-il arrivé?»

dit le Qázi.--«Une bande de tigres a emporté tout le troupeau,

et je ne me suis sauvé qu'en me cachant dans une caverne de la

montagne.»

«Le jour suivant, le Qázi dit à Harámzádah d'aller promener son

cheval. Harámzádah partit avec le cheval, et, ayant rencontré en

chemin un marchand de chevaux, il lui vendit la bête sous cette

condition qu'il garderait la queue; il coupa donc la queue du

cheval, et, de retour à la maison, il l'enfonça dans un trou de rat

qui se trouvait dans un coin de l'écurie, et battit la terre tout

autour pour qu'elle tint bien. Puis il alla se faire remplir par le

Qázi sa feuille de bananier.

«Le lendemain matin, Harámzádah courut trouver le Qázi en poussant

les hauts cris: «O Qázi! venez dans l'écurie voir le malheur qui

vient d'arriver! les rats sont en train d'emporter le cheval; il

n'y a plus que la moitié de la queue qui soit encore hors de leur

trou. Hâtez-vous, hâtez-vous!» Le Qázi courut à l'écurie et se mit

à tirer, tirer la queue, jusqu'à ce qu'elle sortît du trou, mais

point de cheval avec. Harámzádah dit que les rats devaient avoir

mangé le reste.»

Bref, continue la _Calcutta Review_, le Qázi est complètement

ruiné, et, qui pis est, sa famille est déshonorée par Harámzádah,

qui finalement s'en va avec son congé et aussi avec le nez et les

oreilles de son maître.

Enfin, dans l'île de Ceylan, ce même thème se retrouve, mais sous

une forme altérée (_Orientalist_, juin 1884, p. 131): Un _gamarâla_

(sorte de seigneur de village) a pris tellement en horreur une

certaine exclamation de surprise, très commune dans le pays, que,

toutes les fois qu'il l'entend, il se jette sur le malheureux qui

l'a laissée échapper, et lui coupe le nez. L'aîné de deux frères,

étant entré au service de ce gamarâla, se voit ainsi traité. Revenu

à la maison, il raconte son aventure à son frère, nommé Hokkâ, qui

se promet de le venger. Hokkâ s'engage donc comme serviteur chez le

gamarâla, et lui joue tant de mauvais tours, en interprétant ses

ordres de travers, que le gamarâla, s'apercevant enfin qu'il n'a

pas affaire à un imbécile, mais à un fin matois, laisse échapper

lui-même la fameuse exclamation. Alors le jeune homme saute sur lui

et lui coupe le nez.--Il est inutile d'entrer dans les détails, les

mauvais tours joués par le héros n'ayant aucun rapport avec ceux

des contes que nous avons étudiés.

Contes populaires de Lorraine, comparés avec les contes des autres provinces de France et des pays étrangers, volume 2 (of 2) · 第 33 / 309 题