UN MONUMENT A HENRI HEINE

Un monument vient d'être élevé à Henri Heine dans sa patrie: pour la

première fois, une ville allemande s'est avisée, non sans, paraît-il,

quelque courage, de glorifier la mémoire du poète de _l'Intermezzo_, du

grand satiriste, ami de la France, dont il fut l'hôte si longtemps.

Jamais l'ironie mordante, l'esprit libre et hardi d'Henri Heine ne

furent très goûtés, du moins officiellement, en Allemagne; et l'on s'y

souvient encore du geste retentissant de Guillaume II, qui, il y a

quelques années, exila de sa villa Achilleion, à Corfou, une effigie du

poète, placée là par l'impératrice Elisabeth d'Autriche. Un admirateur

d'Henri Heine acheta, dit-on, pour une somme fort modique, la statue

«indésirable», et après l'avoir offerte, sans succès, à plusieurs

municipalités allemandes, la fit mettre dans son jardin, à Hambourg.

C'est, aujourd'hui, l'ancienne ville indépendante de

Francfort-sur-le-Mein qui a pris l'initiative de rendre publiquement

hommage à l'auteur des _Reisebilder_. Le monument qui lui est consacré

est l'oeuvre du sculpteur Georges Kolbe: il symbolise, d'une manière

assez originale, par deux figures, l'une légère, dressée, semble-t-il,

en équilibre, l'autre douloureuse, meurtrie, la fantaisie et l'amertume

de l'écrivain; un médaillon, où revivent ses traits, est placé sur le

piédestal, au-dessus d'une simple inscription: «Au poète Heine».

[Illustration: Le monument d'Henri Heine à Francfort. _Phot. Hans

Fohr._]

L'Illustration, No. 3695, 20 Décembre 1913 · 第 24 / 28 题