M. Gabriele d'Annunzio, après avoir écrit directement en français des
mystères et des pièces légendaires tels que le _Martyre de Saint
Sébastien_ et la _Pisanelle_, s'est enhardi jusqu'à écrire dans notre
langue une oeuvre moderne, le _Chèvrefeuille_, que la Porte-Saint-Martin
s'est hâtée de représenter. C'est une tragédie en prose toute chargée de
haute poésie; l'action, âpre et violente, se déroule dans une pénombre
illuminée çà et là de lueurs; l'héroïne est une sorte d'Électre qui se
serait elle-même armée du glaive d'Oreste, ou encore une soeur d'Hamlet.
On a écouté avec une respectueuse attention cette oeuvre française du
grand poète italien; on en a applaudi les beaux passages, et ils sont
nombreux; on a applaudi de même les interprètes, qui ont harmonieusement
adapté leur jeu à la noblesse du texte. Mmes Berthe Bady, Henriette
Roggers, Nelly Cormon, Andrée Pascal, MM. Le Bargy et Renoir.
Un vaudeville qui peut être vu par tout le monde,--ou presque--c'est
_Mon Bébé_, au théâtre des Bouffes-Parisiens, qui a pour auteur une
femme, une Américaine, miss Margaret Mayo, et pour adaptateur en
français M. Maurice Hennequin. Les quiproquos les plus rebondissants,
les situations les plus abracadabrantes s'y succèdent sans interruption
autour de trois bébés de huit jours, lesquels, étant en carton, se
laissent manipuler avec une inépuisable bonne grâce. M. Max Dearly se
dépense à travers ces trois actes avec la plus exhilarante fantaisie.
Mlle Monna-Delza, Mlle Saint-Bonnet et Mme Marcelle Barry, M. Mauloy,
contribuent à la joyeuse tenue de l'ensemble.
L'Oeuvre, toujours à l'affût des tentatives les plus originales, nous a
fait connaître cette semaine une des productions les plus fameuses du
théâtre irlandais, le _Baladin du monde occidental_, de John-Millington
Synge. Cette pièce, qui tient de la comédie et du drame, ne saurait
pourtant être qualifiée de comédie dramatique; c'est plutôt un «drame
comique». L'humour en est plus que britannique; il est vraiment très
irlandais; et il a paru au public parisien un peu fruste et rude. La
présentation en avait été faite cependant avec soin et par d'excellents
artistes.
Le théâtre Déjazet, où se joua plus de mille fois le légendaire
_Tire-au-flanc_ représente depuis quelque temps un vaudeville militaire
auquel on peut prédire sans crainte d'erreur une longue carrière. Les
_Dégourdis de la 11e._ de MM. Mouezy-Eon et Ch. Daveillans (pseudonyme
qui dissimule une personnalité politique de l'Isère) se livrent au cours
de ces trois actes à mille facéties plus réjouissantes les unes que les
autres, interprétées avec le plus vif entrain.
[Illustration: Le nouveau ministre de Chine à Paris, M. Hoo-Wei-Teh, et
les membres de la Légation portant pour la première fois le costume des
diplomates «à l'européenne».--_Phot. Chusseau-Flaviens._]