La morale le ramena à la métaphysique; mais comme il tirait peu de

profit de celle d'Aristote, il se mit à lire Platon, sur sa réputation

de prince des philosophes. Il comprit alors pourquoi la métaphysique

du premier ne lui avait servi de rien pour appuyer la morale. «Celle

du second conduit à reconnaître pour principe physique l'idée

éternelle qui tire d'elle-même et crée la matière. Conformément à

cette métaphysique, Platon donne pour base à sa morale l'idéal de la

justice; et c'est de là qu'il part pour fonder sa république, sa

législation idéales. La lecture de Platon éveilla dans l'esprit de

Vico la première conception d'un droit idéal éternel, en vigueur dans

la cité universelle, qui est renfermée dans la pensée de Dieu, et dans

la forme de laquelle sont instituées les cités de tous les temps et de

tous les pays. Voilà la république que Platon devait déduire de sa

métaphysique; mais il ne le pouvait, ignorant la chute du premier

homme.»

Les ouvrages philosophiques de Platon, d'Aristote et de Cicéron, dont

le but est de diriger l'homme social, l'éloignèrent également «et des

épicuriens, toujours renfermés dans la molle oisiveté de leurs

jardins, et des stoïciens qui, tout entiers dans les théories, se

proposent l'impassibilité; ce sont morales de solitaires. Mais il

admira la physique des stoïciens qui composent l'univers de points,

comme les platoniciens le composent de nombres. Il rejeta également

les physiques _mécaniques_ d'Épicure et de Descartes. La physique

expérimentale des Anglais lui parut devoir être utile à la médecine;

mais il se garda bien de s'occuper d'une science qui ne servait de

rien à la philosophie de l'homme, et dont la langue était barbare.»

Comme Aristote et Platon tirent souvent leurs preuves des

mathématiques, il étudia la géométrie pour les mieux entendre; mais il

ne poussa pas loin cette étude, pensant qu'il suffisait de connaître

la méthode des géomètres; «pourquoi mettre dans de pareilles entraves

un esprit habitué à parcourir le champ sans bornes des généralités, et

à chercher d'heureux rapprochemens dans la lecture des orateurs, des

historiens et des poètes?»

De retour à Naples, Vico y trouva cette décadence universelle dont on

a vu le tableau. Combien il se félicita de n'avoir pas eu de maître

dont les paroles fussent pour lui des lois; combien il remercia la

solitude de ses forêts, où il avait pu suivre une carrière toute

indépendante! Voyant qu'on négligeait surtout la langue latine, il se

détermina à en faire un des principaux objets de ses études; pour

mieux s'y livrer, il abandonna le grec, et ne voulut jamais apprendre

le français. Il croyait avoir remarqué que ceux qui savent tant de

langues, n'en possèdent jamais une parfaitement. Il abandonna les

critiques, les commentateurs, et ferma même les dictionnaires. Les

premiers n'arrivent guère à sentir les beautés d'une langue étrangère,

par l'habitude qu'ils ont de chercher toujours les défauts. La

décadence de la langue latine date de l'époque où commencèrent à

paraître les seconds. Il ne conserva d'autre lexique que le

_Nomenclateur_ de Junius pour l'intelligence des termes techniques. Il

lut les auteurs dans des éditions sans notes, en cherchant à pénétrer

dans leur esprit avec une critique philosophique. Aussi ses amis

l'appelaient-ils, comme on nommait autrefois Épicure, [Grec:

autodidaskalos], _le maître de soi-même_.

On commençait dès-lors à connaître son mérite, et les théatins

cherchaient à le faire entrer dans leur ordre; comme il n'était point

gentilhomme, ils offraient de lui obtenir une dispense du pape. Vico

refusa, et se maria, à ce qu'il paraît, peu de temps après. Vers la

même époque, la chaire de rhétorique étant venue à vaquer, il refusait

de concourir, parce qu'il avait échoué peu auparavant dans la demande

d'une autre place; mais ses amis se moquèrent de sa simplicité dans

les choses d'intérêt; il concourut et réussit (1697 ou 98).

Cette place lui donna l'occasion d'exposer partiellement,

dans une suite de discours d'ouverture, les idées qu'il devait réunir

dans son grand ouvrage (1699-1720). Ce sont toujours des sujets

généraux «où la philosophie descend aux applications de la vie civile;

il y traite du but des études et de la méthode qu'on doit y suivre,

des fins de l'homme, du citoyen, du chrétien.»

Ces discours, généralement admirables par la hauteur des vues, ont une

forme paradoxale et quelquefois bizarrement dramatique. L'homme,

dit-il dans celui de 1699, doit embrasser le cercle des sciences; qui

ne le fait pas, ne le veut pas sérieusement. Nous ignorons toute la

puissance de nos facultés. De même que Dieu est l'esprit du monde,

l'esprit humain est un dieu dans l'homme. Ne vous est-il pas arrivé de

faire, dans l'élan d'une volonté forte, des choses que vous admiriez

ensuite, et que vous étiez tentés d'attribuer à un dieu plutôt qu'à

vous-mêmes?--Dans le discours de 1700, Dieu, juge de la grande cité,

prononce cette sentence dans la forme des lois romaines: L'homme

naîtra pour la vérité et pour la vertu, c'est-à-dire pour moi; la

raison commandera, les passions obéiront. Si quelque insensé, par

corruption, par négligence ou par légèreté, enfreint cette loi,

criminel au premier chef, qu'il se fasse à lui-même une guerre

cruelle..... puis vient la description pathétique de cette guerre

intérieure.

1701. Tout artifice, toute intrigue doivent être bannis de la

république des lettres, si l'on veut acquérir de véritables

lumières.--1704. Quiconque veut trouver dans l'étude le profit et

l'honneur, doit travailler pour la gloire, c'est-à-dire pour le bien

général.--1705. Les époques de gloire et de puissance pour les

sociétés, ont été celles où elles ont fleuri par les lettres.--1707.

La connaissance de notre nature déchue doit nous exciter à embrasser

dans nos études l'universalité des arts et des sciences, et nous

indiquer l'ordre naturel dans lequel nous les devons apprendre.--Les

discours de 1699 et de 1700 sont les seuls qu'on ait conservés en

entier; ils se trouvent dans le quatrième volume du recueil des

Opuscules de Vico.

Nous avons parlé déjà de deux discours plus remarquables

encore (_De nostri temporis studiorum ratione_, 1708.--_Omnis divinæ

atque humanæ eruditionis elementa tria_, _nosse_, _velle_, _posse_,

etc. 1719). Le second a été fondu par Vico dans son livre sur l'_Unité

de principe du droit_, qui lui-même a fourni les matériaux de la

_Science nouvelle_.

Le premier ouvrage considérable de Vico, est le traité: _De

antiquissimâ Italorum sapientiâ ex linguæ latinæ originibus eruendâ_,

1710. La lecture du traité plus ingénieux que solide de Bacon, _De

sapientiâ veterum_, lui fit naître l'idée de chercher les principes de

la sagesse antique, non dans les fables des poètes, mais dans les

étymologies de la langue latine, comme Platon les avait cherchés dans

celles de la langue grecque (Voy. _le Cratyle_). Ce travail devait

avoir deux parties, l'une métaphysique, l'autre physique. La première

seule a été imprimée, sous le titre indiqué ci-dessus. Vico paraît

n'avoir pas achevé la seconde; il dit seulement en avoir dédié à

Aulisio un morceau considérable, intitulé: _De æquilibrio corporis

animantis_. Il y traitait de l'ancienne médecine des Égyptiens. Je

n'ai pu me procurer cet opuscule, qui peut-être n'a pas été imprimé.

Dans le peu qu'il en cite, on voit qu'il avait soupçonné l'analogie du

calorique et du magnétisme.

Le livre _De antiquissimâ Italorum sapientiâ_, est de tous les

ouvrages de Vico celui dont il a le moins profité dans la Science

nouvelle. Rien de plus ingénieux que ses réflexions sur la

signification identique des mots _verum_ et _factum_ dans l'ancienne

langue latine, sur le sens d'_intelligere_, _cogitare_, _dividere_,

_minuere_, _genus_ et _forma_, _verum_ et _æquum_, _causa_ et

_negotium_, etc. Nous avons fait connaître dans Vico le fondateur de

la philosophie de l'histoire; peut-être, dans un second volume,

montrerons-nous en lui le métaphysicien subtil et profond,

l'antagoniste du cartésianisme, l'adversaire le plus éclairé et le

plus éloquent de l'esprit du dix-huitième siècle. La traduction de

l'ouvrage dont nous venons de parler entrerait dans cette nouvelle

publication.

* * *

Vico s'occupa bientôt d'un travail tout différent. Le duc de Traetto,

Adrien Caraffe, le pria de se charger d'écrire la vie du maréchal

Antoine Caraffe, son oncle, d'après les Mémoires qu'il avait laissés.

Il y consacra une partie de ses nuits pendant deux ans «et s'efforça

d'y concilier le respect dû aux princes avec celui que réclame la

vérité». L'ouvrage parut en un volume, 1716, et concilia à l'auteur

l'estime et l'amitié de Gravina, avec lequel il entretint dès-lors une

correspondance assidue. Nous n'avons pu trouver ni l'histoire ni les

lettres.

Pour se préparer à écrire cette vie, Vico lut le grand ouvrage de

Grotius. Nous avons vu quelle révolution cette lecture opéra dans ses

idées. On lui avait demandé des notes pour une nouvelle édition du

_Droit de la guerre et de la paix_, et il en avait déjà écrit sur le

premier livre et sur la moitié du second, lorsqu'il s'arrêta,

«réfléchissant qu'il convenait peu à un catholique d'orner de notes

l'ouvrage d'un hérétique.»[8]

[Note 8: On voit pourtant (_Recueil des Opuscules_, t. I, p. 118)

qu'il correspondait avec un Juif, dont il fait l'éloge, et qui,

dit-il, était son ami.]

Lorsque Vico eut fait paraître ses deux ouvrages, _de uno universi

juris principio, et de constantia jurisprudentis_ (1721), l'importance

de ces travaux et son ancienneté dans l'université de Naples,

l'encouragèrent à concourir pour une chaire de droit qui se trouvait

vacante. Plusieurs de ses adversaires comptaient bien qu'il vanterait

longuement ses services envers l'université; plusieurs espéraient

qu'il s'en tiendrait à l'érudition vulgaire des principaux auteurs qui

avaient traité la matière; d'autres, qu'il se jetterait sur ses

principes du droit universel. Il les trompa tous: après une invocation

courte, grave et touchante, il lut le commencement de la loi, et

suivit une méthode familière aux anciens jurisconsultes, mais toute

nouvelle dans les concours. Les applaudissemens unanimes de

l'auditoire lui faisaient croire qu'il avait réussi; il en

fut autrement. «Mais voici ce qui prouve que Vico est né pour la

gloire de Naples et de l'Italie; il venait de perdre tout espoir

d'avancement dans sa patrie; un autre aurait dit adieu aux lettres, se

serait repenti peut-être de les avoir cultivées; pour lui il ne songea

qu'à compléter son système.»

Nous ajouterons peu de choses à ce que nous avons dit sur les

dernières années de Vico, et sur les malheurs qui attristèrent la fin

de sa carrière. Une seule anecdote montrera l'état de gêne où il se

trouvait, et l'indifférence de ses protecteurs. On a trouvé la note

suivante au dos d'une lettre adressée à Vico par le cardinal Laurent

Corsini, son Mécène, depuis pape sous le nom de Clément XII. «Réponse

de Son Éminence le cardinal Corsini qui n'a pas eu le moyen de m'aider

à imprimer mon ouvrage. Ce refus m'a forcé de penser à ma pauvreté. Il

a fallu que j'employasse le prix d'un beau diamant, que je portais au

doigt, à payer l'impression et la reliûre. J'ai dédié l'ouvrage au

seigneur cardinal, parce que je l'avais promis». L'amitié d'un simple

gentilhomme, nommé Pietro Belli, fut plus utile à Vico, qui reconnut

ses bienfaits en mettant une préface à sa traduction de la _Siphilis_

de Frascator.

Dans une situation si pénible, il ne laissait échapper aucune plainte.

Seulement il lui arrivait quelquefois de dire à un ami _que le malheur

le poursuivrait jusqu'au tombeau_. Cette triste prophétie fut

réalisée. À sa mort, les professeurs de l'université s'étaient

rassemblés chez lui, selon l'usage, pour accompagner leur collègue à

sa dernière demeure. La confrérie de Sainte-Sophie, à laquelle tenait

Vico, devait porter le corps. Il était déjà descendu dans la cour et

exposé. Alors commença une vive altercation entre les membres de la

congrégation et les professeurs, qui prétendaient également au droit

de porter les coins du drap mortuaire. Les deux partis s'obstinant, la

congrégation se retira et laissa le cadavre. Les professeurs ne

pouvant l'enterrer seuls, il fallut le remonter dans la maison. Son

malheureux fils, l'âme navrée, s'adressa au chapitre de l'église

métropolitaine, et le fit enterrer enfin dans l'église des pères de

l'Oratoire (_detta de' Gerolamini_), qu'il fréquentait de

son vivant, et qu'il avait choisie lui-même pour le lieu de sa

sépulture.

Les restes de Vico demeurèrent négligés et ignorés jusqu'en 1789.

Alors son fils Gennaro lui fit graver, dans un coin écarté de

l'église, une simple épitaphe. L'Arcadie de Rome, dont Vico était

membre, lui avait érigé un monument. Le possesseur actuel du château

de Cilento, a mis une inscription à sa mémoire dans une bibliothèque

peu considérable du couvent de Sainte-Marie de la Pitié, où il

travaillait ordinairement pendant son séjour à Vatolla.

* * *

Nous avons parlé du peu d'impression que produisit sur le public

l'apparition du système de Vico. Lorsque parurent les livres _De uno

juris principio_ et _De constantiâ jurisprudentis_, l'ouvrage, dit-il

lui-même, n'éprouva qu'une critique, c'est qu'on ne le comprenait pas.

Cependant le fameux Leclerc le comprit, car il écrivit à l'auteur une

lettre flatteuse, et témoigna une haute estime pour l'ouvrage, dans la

Bibliothèque ancienne et moderne, 2e partie du volume XVIII, article

8.

Lorsque les idées de Vico s'étendirent, et qu'il sentit la nécessité

de réunir les deux ouvrages pour les appuyer l'un par l'autre, il

entreprit d'abord d'établir son système en montrant l'invraisemblance

de tout ce qu'on avait dit sur le même sujet; l'ouvrage devait avoir

deux volumes in-4º. Mais il sentit les inconvéniens de cette méthode

négative: d'ailleurs un revers de fortune l'avait mis hors d'état de

faire des frais d'impression si considérables. Il concentra toutes ses

facultés dans la méditation la plus profonde pour donner à son ouvrage

une forme positive, et le réduire à de plus étroites proportions. Le

résultat de ce nouveau travail fut la première édition de la _Science

nouvelle_, qui parut en 1725.

La _Science nouvelle_ fut attaquée par les protestans et par les

catholiques. Tandis qu'un Damiano Romano, accusait le système de Vico

d'être contraire à la religion, le journal de Leipsig insérait

un article envoyé par un autre compatriote de Vico, dans

lequel on lui reprochait d'avoir _approprié son système au goût de

l'église romaine_. Vico accepte ce dernier reproche, mais il ajoute un

mot remarquable: _N'est-ce pas un caractère commun à toute religion

chrétienne, et même à toute religion, d'être fondée sur le dogme de la

Providence_. Recueil des Opuscules, t. 1, p. 141.--L'accusation de

Damiano a été reproduite en 1821, par M. Colangelo.[9]

[Note 9: Damiano Romano. Défense historique des lois grecques

venues à Rome contre l'opinion moderne de M. Vico, 1736,

in-4º.--Quatorze Lettres sur le troisième principe de la science

nouvelle, relatif à l'origine du langage; ouvrage dans lequel on

montre par des preuves tirées tant de la philosophie que de l'histoire

sacrée et profane, que toutes les conséquences de ce principe sont

fausses et erronées, 1749.--Dans la préface de son premier ouvrage, il

reconnaît que Vico a mérité l'immortalité; dans le second, fait après

la mort de Vico, il l'appelle plagiaire, etc.--Il croit prouver

d'abord que le système de Vico n'est pas nouveau, et dans cette

partie, malgré la diffusion et le pédantisme, l'ouvrage est assez

curieux, en ce qu'il rapproche de Vico les auteurs qui ont pu le

mettre sur la voie.--Il soutient ensuite que ce système est erroné, et

particulièrement contraire à la religion chrétienne. Le critique

bienveillant rappelle à cette occasion l'hérésie d'un Alméricus (p.

139), dont on jeta, les cendres au vent.

M. Colangelo. _Essai de quelques considérations sur la Science

nouvelle_, dédié à M. Louis de Médicis, ministre des finances. 1821.

Quelques admirateurs de Vico ont appuyé ces injustes accusations,

qu'ils regardaient comme autant d'éloges. Dans le désir d'ajouter Vico

à la liste des philosophes du 18e siècle, ils ont prétendu qu'il

avait obscurci son livre à dessein, pour le faire passer à la censure.

Cette tradition, dont on rapporte l'origine à Genovesi, a passé de lui

à Galanti son biographe, et ensuite à M. de A. Les personnes qui ont

le plus étudié Vico, MM. de A. et Jannelli n'y ajoutent aucune foi, et

la lecture du livre suffit pour la réfuter.]

On a vu dans le discours, comment Vico abandonna la méthode analytique

qu'il avait suivie d'abord pour donner à son livre une forme

synthétique. Dans la seconde édition (1730), il part souvent des idées

de la première comme de principes établis, et les exprime en formules

qu'il emploie ensuite sans les expliquer.

Dans la dernière édition (1744), l'obscurité et la confusion

augmentent. On ne peut s'en étonner lorsqu'on sait comment elle fut

publiée. L'auteur arrivait au terme de sa vie et de ses malheurs;

depuis plusieurs mois il avait perdu connaissance. Il paraît que son

fils Gennaro Vico rassembla les notes qu'il avait pu dicter depuis

l'édition de 1730, et les intercala à la suite des passages auxquels

elles se rapportaient le mieux, sans entreprendre de les fondre avec

le texte auquel il n'osait toucher.

La plupart des retranchemens que nous nous sommes permis, portent sur

ces additions.

Quoique nous n'ayons point traduit le morceau considérable, intitulé:

_Idée de l'ouvrage_, et que nous ayons abrégé de moitié la _Table

chronologique_, nous n'avons réellement rien retranché du 1er

livre. Tout ce que nous avons passé dans la table, se trouve placé

ailleurs, et plus convenablement. Quant à l'_Idée de l'ouvrage_, Vico

avoue lui-même, en tête de l'édition de 1730, qu'il y avait mis

d'abord une sorte de préface qu'il supprima, et qu'il écrivit cette

explication du frontispice pour remplir exactement le même nombre de

pages. Ce frontispice est une sorte de représentation allégorique de

la _Science nouvelle_. Debout sur le globe terrestre, la Métaphysique

en extase contemple l'oeil divin dans le mystérieux triangle; elle

en reçoit un rayon qui se réfléchit sur la statue d'Homère (des poèmes

duquel l'auteur doit tirer une grande partie de ses preuves). Le globe

pose sur un autel qui porte aussi le feu sacré et le bâton augural, la

torche nuptiale et l'urne funéraire, symboles des premiers principes

de la société. Sur le devant, le tableau de l'alphabet, les faisceaux,

les balances, etc., désignent autant de parties du système.

C'est sur le second livre que portent les principaux retranchemens. Le

plus considérable des morceaux que nous n'avons pas cru devoir

traduire, est une explication historique de la mythologie grecque et

latine. Il comprend, dans le deuxième volume de l'édition de Milan

(1803), les pages 101-107, 120-138, 147-156, 159, 165-171, 179,

182-185, 216-223, 235-238, 239-240, 254-268. Nous en avons rejeté

l'extrait à la fin de la traduction. Pour ne point juger cette

partie du système avec une injuste sévérité, il faut se rappeler qu'au

temps de Vico, la science mythologique était encore frappée de

stérilité par l'opinion ancienne qui ne voyait que des démons dans les

dieux du paganisme, ou renfermée dans le système presque aussi

infécond de l'apothéose. Vico est un des premiers qui aient considéré

ces divinités comme autant de symboles d'idées abstraites.

Les autres retranchemens du livre II, comprennent les pages 7-12,

40-46, 49, 69-71, 90-92, 188-192, 210, et en grande partie 286-288.

Ceux des derniers livres ne portent que sur les pages 78-9, 81-2, 84,

133, 138-140, 143-4.

* * *

Nous avons mentionné, à l'époque de leur publication, tous les

ouvrages importans de Vico. 1708. _De nostri temporis studiorum

ratione._--1710. _De antiquissimâ Italorum sapientiâ ex originibus

linguæ latinæ eruendâ_; trad. en italien, 1816, Milan.--1716. _Vita di

Marcesciallo Antonio Caraffa._--1721. _De uno juris universi

principio._ _De constantiâ jurisprudentis._--Enfin les trois éditions

de la _Scienza nuova_, 1725, 1730, 1744. La première a été réimprimée,

en 1817, à Naples, par les soins de M. Salvatore Galotti. La dernière

l'a été, en 1801, à Milan; à Naples, en 1811 et en 1816, ou 1818?

1821? Elle a été traduite en allemand par M. W. E. Weber, Leipsig,

1822.--Pour compléter cette liste, nous n'aurons qu'à suivre l'éditeur

des Opuscules de Vico. M. Carlantonio de Rosa, marquis de Villa-Rosa,

les a recueillis en quatre volumes in-8º (Naples, 1818). Nous n'avons

trouvé qu'une omission dans ce recueil. C'est celle de quelques notes

faites par Vico sur l'Art poétique d'Horace. Ces notes peu

remarquables ne portent point de date. Elles ont été publiées

récemment.--Les pièces inédites publiées, en 1818, par M. Antonio

Giordano, se trouvent aussi dans le recueil de M. de Rosa.

Le premier volume du recueil des Opuscules contient plusieurs écrits

en prose italienne. Le plus curieux est le mémoire de Vico sur sa

vie. L'estimable éditeur, descendant d'un protecteur de Vico,

y a joint une addition de l'auteur qu'il a retrouvée dans ses papiers,

et a complété la vie de Vico d'après les détails que lui a transmis le

fils même du grand homme. Rien de plus touchant que les pages XV et

158-168 de ce volume. Nous en avons donné un extrait. Les autres

pièces sont moins importantes.--1715. Discours sur les repas somptueux

des Romains, prononcé en présence du duc de Medina-Celi,

vice-roi.--Oraison funèbre d'Anne-Marie d'Aspremont, comtesse

d'Althann, mère du vice-roi. Beaucoup d'originalité. Comparaison

remarquable entre la guerre de la succession d'Espagne et la seconde

guerre punique.--1727. Oraison funèbre d'Angiola Cimini, marquise de

la Petrella. L'argument est très beau: _Elle a enseigné par l'exemple

de sa vie la douceur et l'austérité_ (il soave austero) _de la vertu_.

* * *

Principes de la Philosophie de l'Histoire traduits de la 'Scienza nuova' · 第 3 / 28 段