M.D.C.XXXVI.

Pet. in-8º de 13 pages, titre compris.

[Note 222: L'origine de cette locution remonte à une anecdote

racontée par Suétone dans la _Vie de Vespasien_ (cap. 23), et

ainsi mise en françois par Moisant de Brieux: «Le muletier de

Vespasien, sous pretexte que l'une des mules estoit deferrée,

arresta long-temps la litière de l'empereur, et par là fit avoir

audience à celuy auquel il l'avoit promise sous l'asseurance

d'une somme d'argent, mais dont l'odeur vint frapper aussitost le

nez de ce prince, qui l'avoit très fin pour le gain: en sorte,

dit Suétone, qu'il voulut partager avec son muletier le profit

qu'il avoit eu à ferrer la mule.» _Origines de diverses coutumes

et façons de parler_, Caen, 1672, p. 101. Dans la traduction du

Guzman d'Alpharache, par Chapelain, 1re part. liv. II, chap. 4,

on trouve cette phrase: «Un serviteur malin, menteur et

_ferre-mule_.»]

[Note 223: Nous n'avons rien trouvé sur cette locution

proverbiale, ni dans le livre de Moisant de Brieux, ni dans celui

de Fleury de Bellingen, ni dans _les Matinées senonoises_ de

l'abbé Tuet, ni dans les _Dictionnaires des proverbes_ de La

Mésengère et de M. Quitard, pas même dans _la Fleur des

proverbes_ et l'_Encyclopédie des proverbes_ de M. G. Duplessis;

et nous avouons franchement n'avoir pu, avec nos seules lumières,

en découvrir l'origine. La variante qui se trouve ici, et qui

nous prouve qu'au XVIIe siècle on ne disoit pas, comme

aujourd'hui, _faire danser l'anse du panier_, mais bien _la faire

courir, la faire cheminer_, n'étoit pas de nature à nous rendre

cette étymologie plus facile.]

Ce fut le vendredy, premier jour de fevrier, que dame Lubine, la plus

fameuse harangère, et la plus vieille et la plus connue de toutes les

nourrices et servantes de la ville et fauxbourgs de Paris, tint sa

conferance sous les charniers S.-Innocent, estant assistée d'un

millier de servantes, vieilles et jeunes, anciennes et modernes, et de

tout pays, et principalement du pays de Sapience, où les chiens

s'assirent sur leur queue quand on fit vandange, dit Normandie, et les

autres de la garanne des foux, dit Picardie, et d'autres pays. Dame

Lubine commence ce langage: Mes chères consors et bien-aymées, il faut

croire que vous ne serez pas tousjours jeunes et belles. A celle fin

de vous conserver tousjours en habit et en argent, il faut tousjours

croire vostre maistre et le laisser faire, et ne dire jamais un seul

mot, car les femmes sont tousjours jalouses de leur mary, et ne

veulent point qu'on rie à personne; il faut contrefaire quelquefois la

bigotte et la rechignée et la fascheuse. Et davantage, voici le

caresme qui est fort bas, les vivres seront grandement chers; il faut

que ce caresme-ci vous en vaille deux, et bien faire valoir et

cheminer l'ance du panier; il faut que sept semaines vous vaillent une

année et demie.

Sur ce propos finy, une grosse citroüille de servante, qui demeure

chez un marichal: Je ne suis point apprentie de ferrer la mule; il y a

quatre ans et demy que je demeure où je suis; au bout de trois

semaines, j'estois aussi sçavante que ma maistresse, qui est mariée il

y a dix-huict ans, car mon maistre battoit sur mon enclume, et moy je

levois les soufflets, et ay bien gaigné huict cens cinquante livres.

Après, une petite servante de la rue Saint-Honoré: Je suis chez un

notaire; je ne gaigne que treze escus; je vais à la halle, à la

boucherie, et ne rend point compte qu'à mon maistre, qui est assez

jovial[224]; et ma maistresse, qui est toute devote, elle ne bouge de

ces religions; je fais ce que je veux: D'avantage nous avons trois

clercs[225], dont le maistre clerc, qui a sa plume aussi douce et

charmante comme sa voix; je n'ay qu'à me plaindre à luy quand j'ay

affaire de quelque chose, incontinent j'ay tout ce que je veux avoir

de luy, fusse argent ou autre chose.

[Note 224: Les facéties du temps faites à propos des chambrières

reviennent toujours sur ces accointances des maîtres avec leurs

servantes. Lisez, par exemple, le _Banquet des chambrières fait aux

estuves le jeudi gras_:

Un jour Monsieur descendoit à la cave

Avecque moy, qui suis sa chambrière,

Lequel, marchant dessus ma robe brave,

Sur les degrez me fit choir en arrière, etc.]

[Note 225: Tout étoit bon pour les chambrières:

Autant le beau comme le laid,

Et le maistre que le valet,

Étoient reçus de la Doucette.

(_Les Folastries de la bonne chambrière à Janot, Parisien, recitées au

bouc de Estienne Jodelle_.)]

Une autre grosse vesse de la même rue: Vramy, vous nous la baillez

belle! j'ayme bien mieux le charnage[226] que le caresme, car on ne

fait pas un enfant d'un hareng; j'ayme bien mieux voir une bonne

grosse andoüille en ma marmitte avec quatre jambons qu'un meschant

flanchet de morüe.

[Note 226: Temps opposé au carême, où il étoit permis de manger de la

chair.]

Il en vint une autre d'auprès la Croix-du-Tiroir: Je demeure,

dit-elle, chez un drappier. Ils sont fort chiches; mais nos garçons

sont fort bons enfans, car quand tout le monde est retiré, et que je

lave ma vaisselle, ils prennent la peine de me prester leur lavette,

et après je vois à la cave et leur tire du meilleur, et font la

coulation ensemble[227].

[Note 227: Ces pique-niques comptoient parmi les plus chers amusements

des servantes. Voici ce que dit, dans les _Ruses et finesses

decouvertes sur les chambrières de ce temps_, Babeau aux yeux friands:

.......... J'ai du porc frais,

Une andouille et quatre saucisses,

Que malgré nos maistresses chiches

Mangerons. As-tu rien, Perrette?

V. aussi _les Doux entretiens des bonnes compagnies_, 1634, in-12,

chanson 57.]

Il y vint une petite affriolée de la rue Sainct-Denys, assez proche du

Chastelet, qui a les pasles couleurs. Il n'est que demeurer chez les

marchands, dit-elle, car l'argent vient en dormant. Faisant un jour

feinte de nettoyer les souliers de nos garçons, il y en eut un qui me

vint accoster et qui me donna six pièces de trèze sols pour decroter

ses chausses, et il me decrota ma cotte à la mode du pays du Mans.

Une autre de la rue au Fer, qui a les pasles couleurs: Je suis la plus

heureuse, dit-elle, de tout Paris: car j'ay un maistre le plus beau

garçon de tout Paris; mais il est un peu chiche. Mais quand il est en

bonne humeur, il y a moyen que de l'avoir, si ce n'estoit les voisins

qui le gastent; car l'année passée je perdy mon demy-ceing

d'argent[228], et en trois semaines j'en gaignay un autre.

[Note 228: Demi-ceinture ou boucle d'argent, joyau très recherché des

chambrières: leur ambition ne va pas au delà. «Quand nous avions servy

sept ou huict ans, dit l'une d'elles dans _le Caquet de l'Accouchée_,

1622, in-8, p. 9, et que nous avions amassé un demy-ceint d'argent et

cent escus comptant, tant à servir qu'à ferrer la mule, nous trouvions

un bon officier sergent en mariage ou un bon marchand mercier.»

Peut-être ce demy-ceint étoit-il un supplément de gage qu'on donnoit

aux servantes, comme plus tard une aune de toile et en sus le prix du

vin. (_La Maison réglée_, Amsterdam, Marret, 1697, chap. 4,

_Appointements des domestiques_.) Chez les maîtres pris de la _colique

housset_, selon l'expression de Tallemant, c'est-à-dire coureurs de

servantes, elles avoient bien d'autres menus profits.]

Vraiment, se dit une petite blonde de la rüe Sainct-Denys, j'ay eu un

demy-ceing de vingt-deux escus qui ne m'a servy que six mois. Allant

à la foire Sainct-Germain, je vis une lavandière qui avoit gaigné[229]

un bassin de soixante et quatre livres, et moy je n'ay eu qu'un miroir

de sept ou huit sols; mais ce qui me reconforte, c'est que j'ai gaigné

celuy-là en cinq semaines, et j'en gaigneray bien un autre en quinze

jours, car nous avons des garçons de bonne volonté et fort fidèles.

[Note 229: Les servantes étoient les joueuses les plus assidues à la

_blanque_ de la foire St-Germain. On fit sur leurs pertes à cette

loterie, leur adoration de tous les temps, la pièce qui a pour titre:

_Apologie des chambrières qui ont perdu leur mariage à la blanque_.

Voici les plaintes de l'une des perdantes:

..... Je me suis obligée

Pour cinq testons à ma maîtresse,

Qui me cause au cueur grand' detresse,

Pensant gaigner mon mariage

Comme toy; oultre mis en gaige

Ma bonne robbe et mon corset,

Et de chemises encor sept.]

Une rousse d'auprès le _Sepulchre_ respond: Je suis la plus infortunée

du monde: il y a neuf ans que je suis à Paris, et si je ne sçay comme

vous en pouvez tant gaigner en si peu de temps; tant en habit qu'en

argent, je n'ay point vaillant deux cens livres, et si je me suis

donné carrière autant comme fille de ma sorte.

Une servante de la rue des Vieux-Augustins: Je suis la plus

malheureuse qui soit sous la voûte des cieux, car un jour, comme mon

maistre et moy faisions le dia hur haut, ma maistresse survint, et

pour ma recompense j'ay eu du pied au cul et n'ay eu que la moitié de

mes gages.

Une petite sucrée de la rue Sainct-Anthoine: J'ay eu de la peine

autant comme fille de ma sorte, estant toute nouvelle à Paris...

Depuis que je me suis frottée au pillier, je suis la plus heureuse de

toutes les servantes de Paris car mon maistre a loüé une petite

chambrillon[230] qui fait tout mon menage, et moy je ne sers plus

qu'au lict et à la table, pour ce que mon maistre est jeune et ma

maistresse est vieille, et nous passons nostre temps joyeusement

ensemble. Quand je suis plaine, il m'envoye à une maison qui est au

champ, et quand je suis vuide je reviens, et ma maistresse croit que

je viens de voir ma mère à nostre pays.

[Note 230: Petite chambrière. Ce mot se perdit à la fin du XVIIe

siècle, après avoir été fort en usage au commencement.]

Une autre de la halle: Je fus dernierement surprise avec un de nos

garçons. Pour recompence, nous avons eu la porte pour salaire.

Une autre de la place Maubert: J'ay esté bien plus fine quand je me

suis fait amplir par un garçon de chez moy devant un autre plus riche

que luy. Je luy ay permis l'usage, et fûmes pris tous deux sur le

fait. Je le fis mettre à l'officialité[231]. J'ay eu quatre cens

livres, et luy a eu l'enfant.

[Note 231: Justice d'église dont le chef étoit l'official. Il statuoit

sur les actions en promesses ou dissolutions de mariage, et aussi sur

les affaires du genre de celle-ci. Les intérêts à donner aux parties

étoient réglés par le juge royal.--D'après ce qu'on vient de lire, il

étoit donc possible aux chambrières de tirer profit de leur faute! Le

père devenoit responsable en cas de flagrant délit, ou bien seulement

par suite d'un aveu de sa part, quand on l'avoit mené devant

l'official. Il devoit même, comme on le voit, des intérêts à la mère.

Cette jurisprudence procédoit, je crois, d'une ordonnance de Henri II.

Voyant les avortements se multiplier d'une manière effrayante, il

avoit décrété que toute femme cachant sa grossesse seroit punie de

mort. Pour compléter et surtout pour atténuer l'édit, on avoit ensuite

encouragé les femmes à l'aveu, par les dommages et intérêts dont il

est parlé ici. Les chambrières durent être des premières à en prendre

leur part, comme auparavant elles avoient été les premières, sinon les

seules que la terrible ordonnance contre les grossesses clandestines

avoit frappées. «Il me souvient, dit Henri Estienne, _Apologie pour

Hérodote_, d'avoir vu pendre, à Paris, assez souvent des chambrières,

pour ce crime, mais nulle d'autre qualité.»]

Une autre de la rüe Sainct-Denys, qui demeure à present au cimetière

Sainct-Jean: J'ay esté quatre ans chez un vieux fondeur d'habits, le

plus vilain qui fut jamais au monde; mais en recompance, quand il

avoit affaire de moy, je sçavois bien joüer mon personnage. Me sentant

grosse, non pas de luy, mais de son valet, qui joüoit bien mieux de la

flûte que luy, j'ay attrapé de l'argent de tous deux ensemble.

Une autre de sur le pont Nostre-Dame: Je suis bien miserable, car la

première année que je fus à Paris je me laissay abattre par un garçon

de taverne sur belle promesse. Luy ayant receu son congé, je ne l'ay

pas veu depuis; mais j'atrapay finement un des garçons de nos voisins,

qui a eu l'enfant, et moy quarante escus, et depuis j'en ay eu un

autre, que je n'ay pas faict à si bon marché, car, un venerable

savetier me faisant l'amour, il a esté le P A P A; toutefois je suis

assez bien pourveüe. Je prie Dieu, mes soeurs, de vous faire bien

valoir, et de faire vos affaires finement, car voicy le temps qui

calamite, et qui faict bon avoir quelque chose, car les filles ne sont

plus recherchées pour leurs beautez; si elles n'ont des pistolles, il

faut qu'elles soient long-temps à marier[232]. Sur ces antretiens dix

heures sonnèrent. Il fallut que chacune courust vitement à la Halle,

et de là apprester à disner. Dame Lubine, grandement satisfaite d'une

si très auguste compagnie, commence à pleurer de joye d'avoir de si

bonnes apprentisses, et bien dressées à faire dancer l'ance du panier,

car la plus moindre estoit capable de devenir maistresse.

[Note 232: Même plainte, et plus vive encore, dans _le Caquet de

l'accouchée_, à l'endroit cité tout-à-l'heure: «A present, pour nostre

argent, nous ne pouvons avoir qu'un cocher ou un palfrenier, qui nous

fait trois ou quatre enfans d'arrache-pied, puis, ne les pouvant plus

nourrir pour le peu de gain qu'ils font, sommes contraintes de nous en

aller resservir, comme devant, ou de demander l'aumône; on ne voit

autre chose par les ruës.»]

* * * * *

_Le triomphe admirable observé en l'aliance de Betheleem Gabor,

prince de Transilvanie, avec la princesse Catherine de

Brandebourg[233]; ensemble les magnifiques presens envoyez de la

part de l'Empereur, du roy d'Espagne, de l'evesque de Cracovie,

et autres princes d'Allemagne, et celuy du Grand Turc, envoyé par

un Bacha; traduit d'allemand en françois._

_A Paris, chez Jean Martin, ruë de la Vieille-Boucherie, à l'Escu

de Bretagne._

Variétés Historiques et Littéraires (01/10) Recueil de pièces volantes rares et curieuses en prose et en vers · 第 44 / 61 题