dans ce qu'il écrit ou dans ce qu'il peint, révèle infailliblement
ses faiblesses, ses affectations, ses défauts (et en effet l'œuvre
d'art n'est-elle pas pour le rythme caché--d'autant plus vital que nous
ne le percevons pas nous-mêmes--de notre âme, semblable à ces tracés
sphygmographiques où s'inscrivent automatiquement les pulsations de
notre sang?) Ruskin aurait dû voir que si l'écrivain obéit dans le
choix de ses mots à un souci d'érudition (qui fera bientôt place à
une ostentation d'érudition vulgaire et à l'affectation la plus banale
et la plus insupportable, comme il arrive chez nos plus médiocres
chroniqueurs qui, dans le moindre conte, croient devoir montrer qu'ils
savent qu'au XVIIe siècle le mot étonné avait une grande force et
qu'ému veut dire remué), ce sera ce souci d'érudition--si
intéressant qu'il puisse être, mais d'ailleurs jamais plus
qu'intéressant--qui sera reflété, qui s'inscrira dans son livre. Un
écrivain curieux cesse par cela même d'être un grand écrivain. Chez
un Sainte-Beuve le perpétuel déraillement de l'expression, qui sort à
tout moment de la voie directe et de l'acception courante, est charmant,
mais donne tout de suite la mesure--si étendue d'ailleurs qu'elle
soit--d'un talent malgré tout de second ordre. Mais que dire du simple
rajeunissement du mot, en le ramenant à sa signification ancienne. Il
s'apprend si facilement qu'il devient vite un procédé mécanique
et le régal de tous ceux qui ne savent pas écrire. Certaines
«distinctions» de ce genre sont aussi ridicules, étant aussi peu
personnelles, que certaines vulgarités. Employer tel mot dans son sens
ancien devient, dans le genre sérieux, la marque d'un esprit sans
invention et sans goût aussi bien que dans le genre plaisant faire
suivre une locution d'argot des mots: «comme parle Mgr d'Hulst.» Tout
cela est du mécanisme, c'est-à-dire le contraire de l'art. Un
écrivain d'un grand talent se plaît en ce moment à employer
constamment «par quoi» au lieu de par lesquelles, et cela est juste,
mais ce qui ne l'est pas, c'est de croire qu'il y a du mérite et du
charme à cela. Et cette croyance, naïvement étalée dans la
complaisance avec quoi il en use, risque de faire bientôt dater
impitoyablement ses livres du millésime où l'on s'est avisé de cette
rénovation grammaticale et de les démoder assez vite. Cela n'empêche
pas naturellement qu'un grand écrivain, et ici Ruskin a bien raison,
doit savoir à fond son dictionnaire, et pouvoir suivre un mot à
travers les âges chez tous les grands écrivains qui l'ont employé. Un
jour qu'à l'Académie Cousin lisait un essai envoyé pour le concours
d'éloquence, il se rebiffa devant un mot: « Qu'est-ce que ce
néologisme? La voilà bien l'affreuse langue de notre époque. Voilà
un mot que jamais un écrivain du XVIIe siècle n'eût employé.» Tout
le monde se taisait quand Victor Hugo, se retournant avec calme vers
l'appariteur: «Mon ami, veuillez aller chercher dans la bibliothèque
le Voyage en Laponie de Regnard, tome III de ses œuvres complètes.»
Et Victor Hugo, l'ouvrant tout droit à une certaine page, y montre
l'expression contestée. (Je lis cette anecdote dans le Victor Hugo à
Guernesey de M. Stapfer, _Revue de Paris_, du 15 septembre 1904). Ce qui
montre qu'un homme de génie peut être érudit (et ce qui vient du
reste, d'un tout autre côté, rejoindre l'idée si intéressante de
Fernand Gregh dans son beau livre sur Victor Hugo, que le génie de
Victor Hugo n'était que le grandissement de son talent par le travail).
D'ailleurs la simple lecture de l'œuvre de Victor Hugo donne bien cette
impression d'un écrivain connaissant admirablement sa langue. À tout
moment les termes techniques de chaque art sont pris dans leur sens
exact. Dans la seule pièce: _à l'Arc de Triomphe_, je me rappelle:
«Sur les monuments qu'on révère
Le temps jette un charme sévère
De leur façade à leur _chevet_...
C'est le temps qui creuse une ride
Dans un _claveau_ trop indigent...
Quand ma pensée ainsi vieillissant ton _attique_
... Se refuse enfin lasse à porter l'_archivolte_.»
Quant aux expressions employées dans toute leur force antique,
entourées de toute leur gloire latine, le vers qui termine une des plus
belles pièces des _Contemplations_: «Ni l'importunité des sinistres
oiseaux» peut s'enorgueillir de l'ancêtre glorieux dont il descend en
droite ligne («importunique volucres»). Si je me suis attardé à cet
exemple d'Hugo c'est pour montrer qu'en effet un grand écrivain sait
son dictionnaire et ses grands écrivains avant d'écrire. Mais en
écrivant il ne pense plus à eux, mais à ce qu'il veut exprimer et
choisit les mots qui l'expriment le mieux, avec le plus de force, de
couleur et d'harmonie. Il les choisit dans un vocabulaire excellent,
parce que c'est celui qui, dans sa mémoire, est à sa disposition, ses
études ayant solidement établi la propriété de chaque terme. Mais il
n'y pense pas quand il écrit. Son érudition se subordonne à son
génie. Il ne s'arrête pas avec complaisance à:
«C'est le temps qui creuse une ride
Dans un claveau trop indigent.»
Car déjà il s'élance vers une pensée plus belle:
«Qui sur l'angle d'un marbre aride
Passe son pouce intelligent.»
et l'on sait qu'emporté toujours vers des beautés plus hautes il
arrivera bientôt à:
«Rêve à l'artiste grec qui versa de sa main
Quelque chose de beau comme un sourire humain
Sur le profil des propylées.»
Sa langue, si savante et si riche qu'elle soit, n'est que le clavier sur
lequel il improvise. Et comme il ne pense pas à la rareté du terme
pendant qu'il écrit, son œuvre ne porte pas la trace, la tare, d'une
affectation.--Quant aux manières de dire qui ne nous appartiennent pas
en propre, elles ne sont encore une fois, chez les disciples mêmes de
l'écrivain qui les mit à la mode, que la preuve de l'absence
d'originalité. Et au bout de quelques années, aucun littérateur même
médiocre n'en voulant plus, elles rebondissent de chronique en
chronique jusqu'à ne plus servir qu'à donner un «vernis littéraire»
à des couplets de revues ou à des réclames de fabricants. Ainsi des
«si j'ose dire» de M. Jules Lemaître, des «oh combien!» de M. Paul
Bourget qui purent avoir et peuvent garder dans leurs œuvres
personnelles et comme prises à la source, leur saveur et leur vertu
passagère, mais qui suffisent à rendre écœurant chez tout autre
même un article de politique, et si retardataires que soient
généralement les directeurs de journaux en fait de modes littéraires,
à le faire refuser. (Note du traducteur.)]
[Note 57: Cf. la _Bible d'Amiens_: « Sans but, dirons-nous aussi,
lecteurs vieux et jeunes, de passage ou domiciliés.» (I, 5.) (Note du
traducteur.)]
[Note 58: S. Mathieu, XVI, 19. (Note du traducteur.)]
[Note 59: Cf. la _Bible d'Amiens_, IV, 3: «Pour lui le texte tout
simplement et franchement cru: «Là où deux ou trois sont assemblés
en mon nom», et III, 50: «Les Ier, VIIIe, VIIe, XVe» psaumes «bien
appris et crus,» etc., et aussi, II, 28: «Leur franchise, si vous
lisez le mot comme un savant et un chrétien, etc.» (Note du
traducteur.)]
[Note 60: Cf.: «Vous êtes surpris d'entendre parler d'Horace comme
d'une personne pieuse. Il nous semble toujours quand il emploie le mot
Jupiter que c'est qu'il lui manquait un dactyle.» (Val d'Arno, IX, 218,
etc.). «Vous croyez que tous les vers ont été écrits comme exercice
et que Minerve n'est qu'un mot commode pour mettre comme avant-dernier
dans un hexamètre et Jupiter comme dernier. (The Queen of the air, I,
47, 48.) (Note du traducteur.)]
[Note 61: I S. Pierre, V, 3, «Paissez le troupeau de Dieu qui vous est
commis, veillant sur lui, non pour un gain déshonnête, mais par
affection, non comme ayant la domination sur les héritages du Seigneur,
mais en vous rendant les modèles du troupeau.» Les évêques dont
parle Ruskin renversant donc exactement le modèle proposé par S.
Pierre. (Note du traducteur.)]
[Note 62: Quand deux triangles ont un angle égal compris entre deux
côtes égaux, les deux autres angles et le troisième côté
coïncident aussi. De même quand on a pu faire coïncider certains
points générateurs de deux esprits, d'autres coïncidences en
découleront: on pourra ne les observer qu'ensuite, mais elles étaient
enfermées dans la vérité première. Quand après cela nous faisons le
tour des deux esprits nous les apercevons qui nous ont devancés et sont
allées se ranger d'elles-mêmes à la place que nous leur avions
assignée. (C'est ainsi qu'un astronome voit pour la première fois,
quand il a un télescope assez puissant, une étoile dont il avait
préalablement démontré l'existence et la place par le simple calcul).
Plus modestement (!), j'avais, dans la Préface de la _Bible d'Amiens_,
comparé à Ruskin un moderne idolâtre dont je prise infiniment le
talent et l'esprit, et j'avais relevé entre eux quelques points de
coïncidence, d'ailleurs bien faciles à apercevoir. Voici que Ruskin
m'en offre de nouveaux, qui vérifient mon dire, et en me montrant
qu'ils passent par les mêmes points, confirme qu'ils suivent (un peu,
et pas longtemps, les esprits ne sont pas si géométriques) la même
ligne. Oui «un Évêque signifie une personne qui voit», voilà une
phrase que tous ceux de mes amis qui connaissent le poète et
l'essayiste idolâtre dont je veux parler, diront presque
involontairement de la voix forte, avec l'accent qui souligne et qui
martèle, qui chez lui sont si originaux: «Un évêque est une personne
qui _voit_». On l'entend dire cela, car, comme Ruskin (trahit sua
quemque voluptas) il s'enivre de trouver au fond de chaque mot son sens
caché, antique et savoureux. Un mot est pour lui la gourde pleine de
souvenirs dont parle Baudelaire. En dehors même de la beauté de la
phrase où il est placé (et c'est là que pourrait commencer le
danger), il le vénère. Et si on méconnaît ce qu'il contient (en
l'employant à faux) il crie au sacrilège (et en cela il a raison). Il
s'étonne de la vertu secrète qu'il y a dans un mot, il s'en
émerveille; en prononçant ce mot dans la conversation la plus
familière, il le remarque, le fait remarquer, le répète, se récrie.
Par là il donne aux choses les plus simples une dignité, une grâce,
un intérêt, une vie, qui font que ceux qui l'ont approché préfèrent
à presque toutes les autres sa conversation. Mais au point de vue de
l'art on voit que serait le danger pour un écrivain moins doué que
lui; les mots sont en effet beaux en eux-mêmes, mais nous ne sommes
pour rien dans leur beauté. Il n'y a pas plus de mérite pour un
musicien à employer un mi qu'un sol; or, quand nous écrivons nous
devons considérer les mots à la fois comme des œuvres d'art, dont il
faut que nous comprenions la signification profonde et respections le
passé glorieux, et comme de simples notes qui ne prendront de valeur.
(par rapport à nous) que par la place que nous leur donnerons et par
les rapports de raison ou de sentiment que nous mettrons entre elles.
(Note du traducteur.)]
[Note 63: Cf. _Bible d'Amiens_, IV, 26: «Telles qu'elles sont ces six
lignes latines expriment au mieux l'entier devoir d'un évêque en
commençant par son office pastoral: _nourrir_ mon troupeau, qui _pavit_
populum. (Note du traducteur.)]
[Note 64: Comparez avec la 13e lettre de Temps et Marées. (Note de
l'auteur.)]
[Note 65: «Prenez donc garde à vous-mêmes et à tout le troupeau sur
lequel le Saint-Esprit vous a établis évêques pour paître l'Église
de Dieu qu'il a acquise par son propre sang, car je sais qu'il entrera
parmi vous des loups ravissants, etc.» (Actes, XX, 28 et 29.) (Note du
traducteur.)]
[Note 66: St Jean, III, 8.]
[Note 67: St Jean, III, 8 et 9. Je trouve des allusions à ce passage de
St Jean dans On the old Road, III, § 274, dans On the old Road, II, §
34: «Alors je ne peux pas ne pas me demander dans quelle mesure il y a
connexité entre «pneuma», la vapeur, et d'autres forces pneumatiques
dont il est question dans cette vieille littérature religieuse...
quelle connexité, dis-je, entre ce moderne «spiritus» avec son
inspiration réglée par des soupapes, et ce spiritus plus ancien au
souffle chaud duquel les hommes avaient coutume de penser qu'ils
pouvaient «_être nés_».--Et dans The Queen of the air, III, § 55:
«Quel sens précis nous devons attacher à ces quatre vents de l'esprit
dont le souffle pouvait donner la vie aux ossements desséchés, ou
pourquoi la présence du pouvoir vital dépendrait de l'action chimique
de l'air... nous n'avons pas besoin de le savoir... Ce que nous savons
d'une façon certaine, c'est que les états de la vie et les états de
la mort sont différents et les premiers plus désirables que les
seconds et attingibles par l'effort, si nous comprenons que «_né de
l'esprit_» signifie avoir le souffle du ciel dans notre chair et son
pouvoir dans nos cœurs.»--À un autre point de vue Ruskin ici, comme
tout à l'heure dans Sésame, comme plus tard,--et très souvent--dans
la _Bible d'Amiens_, nous interdit avec un «cela ne vous regarde pas»
transcendantal, les questions d'origine et d'essence, et nous invite au
contraire à nous occuper des questions de fait, du fait moral et
spirituel.--Et voici que la médecine contemporaine semble sur le point
de nous dire elle aussi (elle, partie pourtant d'un point si différent,
si éloigne, si opposé), que nous sommes «_nés de l'esprit_» et
qu'il continue à régler notre respiration (voir les travaux de
Brugelmann sur l'asthme), notre digestion (voir Dubois, de Berne, les
Psychonévroses et ses autres ouvrages) la coordination de nos
mouvements (voir Isolement et Psychothérapie par les Drs Camus et
Pagniez, préface du professeur Déjerine). «Quand vous m'aurez en
disséquant un mort montré l'âme, j'y croirai», disaient volontiers
les médecins il y a vingt ans. Maintenant, non pas dans les cadavres
(qui dans la sage théorie d'Ezéchiel ne sont justement des cadavres
que parce qu'ils n'ont plus d'âme (Ezéchiel, XXXVII, 1-12), mais dans
le corps vivant, c'est à chaque pas, c'est dans chaque trouble
fonctionnel, qu'ils sentent la présence, l'action de l'âme, et pour
guérir le corps, c'est à l'âme qu'ils s'adressent. Les médecins
disaient il n'y a pas longtemps (et les littérateurs attardés le
répètent encore) qu'un pessimiste c'est un homme qui a un mauvais
estomac. Aujourd'hui le Dr Dubois imprime en toutes lettres qu'un homme
qui a un mauvais estomac c'est un pessimiste. Et ce n'est plus son
estomac qu'il faut guérir si l'on veut changer sa philosophie, c'est sa
philosophie qu'il faut changer si l'on veut guérir son estomac. Il est
entendu que nous laissons ici de côté les questions métaphysiques
d'origine et d'essence. Le matérialisme absolu et le pur idéalisme
sont également obligés de distinguer l'âme du corps. Pour
l'idéalisme le corps est un moindre esprit, de l'esprit encore, mais
obscurci. Pour le matérialisme l'âme est encore de la matière, mais
plus compliquée, plus subtile. La distinction subsiste en tous cas pour
la commodité du langage, même si l'une et l'autre philosophie sont
obligées, pour expliquer l'action réciproque de l'âme et du corps,
d'identifier leur nature. (Note du traducteur.)]
[Note 68: Allusion à I Corinthiens, VIII, 1 «La connaissance bouffit,
la charité édifie.» Cf. ce verset cité dans Stones of Venice. II, 2,
XXX. (Note du traducteur.)]
[Note 69: Cf. Præterita «un protestant qui ne se fie qu'à soi pour
interpréter tous les sentiments possibles des hommes et des anges», et
cet autre, à Turin, «qui prêchait à quinze vieilles femmes qu'elles
étaient, à Turin, les seuls enfants de Dieu». (Note du traducteur.)]
[Note 70: Mais les actes cependant ne suffisent pas: «Avec sa main
droite le Christ nous bénit, mais nous bénit sous condition: Fais ceci
et tu vivras, ou plutôt dans un sens plus strict: «_Sois ceci et tu
vivras._» Montrer de la pitié n'est rien, _être pur en action n'est
rien_, tu dois être pur aussi dans ton cœur». (_Bible d'Amiens_, IV,
54). Le texte de Sésame et celui de la _Bible d'Amiens_ ne me
paraissent pas d'ailleurs inconciliables. Ce qui doit être bon, c'est
l'être même. Or un désir de bonté, suivi d'un acte mauvais, ne peut
pas suffire à constituer la bonté de l'être, car l'acte mauvais est
alors causé par quelque chose de mauvais qui est en nous. Voilà pour
Sésame. Et pour la _Bible d'Amiens_: Mais l'acte bon ne doit pas être
différent de notre moi profond, il ne doit pas être bon d'une manière
purement formelle. Il doit exprimer la bonté de l'être. (Note du
traducteur.)]
[Note 71: Cf. _Bible d'Amiens_, IV, 56, 59. «Je ne sais ni ne tiens à
savoir à quelle époque la théorie de la justification par la Foi se
trouve fixée, etc.; elle reste aujourd'hui le plus méprisable des
emplâtres populaires mis sur chaque déchirure de la conscience, etc...
Si vous devez croire que quoi que vous commettiez d'insensé ou
d'indigne, cela pourra, grâce à vos doctrines, être raccommodé et
pardonné, moins vous croirez en un monde spirituel et surtout moins
vous en parlerez, mieux cela sera.» (Note du traducteur.)]
[Note 72: Cf. la _Bible d'Amiens_, III, § 41. (Note du traducteur.)]
[Note 73: Allusion probable à S. Jude, XII. «Ceux-là sont des nuées
sans eau.» Cf. On the old Road, et Unto this last: «Les nuages sont le
réservoir de la pluie et s'ils ne donnent pas de pluie, etc.», § 74.
(Note du traducteur.)]
[Note 74: S. Luc, II, 52: «Malheur à vous, Docteurs de la Loi! parce
que vous avez pris la clef de la science; vous n'êtes pas entrés
vous-mêmes et vous avez empêché d'entrer ceux qui le voulaient.» Ce
verset de S. Luc est ainsi expliqué par Renan: «Les pharisiens
excluent les hommes du royaume de Dieu par leur casuistique méticuleuse
qui en rend l'entrée trop difficile, et décourage les simples.» (Vie
de Jésus, page 350 des premières éditions, note 3.) (Note du
traducteur.)]
[Note 75: «Tel qui donne libéralement devient plus riche,
Et tel qui épargne à l'excès ne fait que s'appauvrir.
L'âme bienfaisante sera rassasiée
Et celui qui arrose sera lui-même arrosé.»
(Proverbe, XI, 24, 25). (Note du traducteur.)]
[Note 76: Allusion aux versets de saint Mathieu qui resteront à tout
jamais le plus amusant portrait du maître de maison exagérément
formaliste, de celui dont les invités disent avec raison: Il est
terrible. Voici ce passage: «Le Roi entrant pour voir ceux qui étaient
à table, il aperçut un homme qui n'avait pas revêtu d'habit de noce.
Il lui dit: «Mon ami, comment es-tu entré ici sans avoir un habit de
noce?» Cet homme garda le silence, alors le Roi dit aux serviteurs:
«Liez-lui les pieds et les mains et jetez-le dans les ténèbres du
dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents. Car il y a
beaucoup d'appelés et peu d'élus». (S. Mathieu XXII, 12, 13, 14.)
(Note du traducteur.)]
[Note 77: L'Éducation moderne consiste la plupart du temps à rendre
chacun capable de penser de travers sur tous les sujets imaginables qui
ont de l'importance pour lui. (Note de l'auteur.)]
[Note 78: De tels passages paraissent aux petits esprits l'œuvre d'un
petit esprit; les grands esprits au contraire reconnaîtront que c'est,
en morale, la conclusion à laquelle aboutissent tous les grands
esprits. Seulement ils pourront regretter (pour les autres) que Ruskin
s'explique aussi peu et donne cette forme un peu bourgeoise et un peu
courte à des vérités qui pourraient être présentées moins
prosaïquement. Cf. (pour cette manière d'exposer une vérité en la
rapetissant volontairement, en lui donnant une apparence offensive de
lieu commun démodé) _Bible d'Amiens_, IV, 59: «Toutes les créatures
humaines qui ont des affections ardentes, le sens commun et l'empire sur
soi-même, ont été et sont naturellement morales... un homme bon et
sage diffère d'un homme méchant et idiot, comme un bon chien d'un
chien hargneux.» Ruskin, quand il écrit, ne tient jamais compte de Mme
Bovary, qui peut le lire. Ou plutôt il aime à la choquer et à lui
paraître médiocre. (Note du traducteur.)]
[Note 79: Le «Library Edition» indique comme référence: Emerson:
«To Rhea».]
[Note 80: Dans Henry VIII.]
[Note 81: Caïphe, éternellement étendu en croix en travers du chemin,
pour avoir conseillé aux Juifs la crucifixion de Jésus. Selon Dante
son beau-père Ananias et tous ceux qui assistaient au conseil où fut
résolu le supplice de Jésus subissent la même peine. (Note du
traducteur.)]
[Note 82: Nicolas III (Jean-Gaetan Orsini), que Dante aperçoit les
pieds flambants hors d'un trou au fond duquel il est plongé, la tête
en bas. Nicolas III entendant la voix de Dante croit d'abord que c'est
Boniface VIII. Mais Virgile ordonne à Dante de le détromper, Nicolas
III avoue alors à Dante qu'il fut simoniaque et Dante lui répond: «Or
ça, dis-moi quel trésor Notre Seigneur voulut-il de S. Pierre, avant
de mettre les clefs en son pouvoir? Il ne lui demande rien, sinon:
Suis-moi.
Ni Pierre, ni les autres n'enlevèrent à Matthias son or et son
argent....
Reste donc là, car tu es justement puni, et garde bien ta richesse
mal acquise...
Et n'était que me retient encore le respect des clefs souveraines que
tu tins dans la douce vie,
J'userais de paroles encore plus sévères...
Il vous a vus, pasteurs, l'Évangéliste, lorsqu'il aperçut celle qui est
assise sur les eaux se prostituant aux rois.
Ah! Constantin, de quels maux fut la source, non ta conversion,
mais la dot que reçut de toi le premier pape opulent.
Ces paroles (que je cite d'après la traduction de la Divine Comédie
par Brizeux) plurent à Virgile. Il ne semble pas qu'elles produisirent
le même effet à Nicolas III, car «tandis que je lui chantais ces
notes, dit Dante, soit colère ou conscience qui le mordit, il secouait
fortement les pieds.» (Note du traducteur.)]
[Note 83: Jérémie, IV, 3. (Note du traducteur.)]
[Note 84: Comparez § 13, Ci-dessus. (Note de l'auteur.)]
[Note 85: Voir plus bas la note dans la 2e partie de Sésame (Des
jardins des Reines), page 212.]
[Note 86: Et c'est encor Seigneur le meilleur témoignage
Que nous puissions donner de notre dignité
Que cet ardent sanglot qui roule d'âge en âge, etc.
(Baudelaire, _les Phares._)
(Note du traducteur.)]
[Note 87: Cf. dans l'admirable _Livre de mon ami_ d'Anatole France: «À
la bonne heure, m'écriais-je, voilà l'éclat des passions. Les
passions il n'en faut pas médire. Tout ce qui se fait de grand en ce
monde se fait par elles. Ma fille... ayez des passions fortes,
laissez-les grandir et croissez avec elles. Et si plus tard vous devenez
leur maîtresse inflexible, leur force sera votre force et leur grandeur
votre beauté. Les passions, c'est toute la richesse morale de
l'homme.» (Note du traducteur.)]
[Note 88: Cf. _Bible d'Amiens_: «Un monastère sans art, sans lettres
et sans pitié.» (Note du traducteur.)]
[Note 89: I S. Pierre, 12. (Note du traducteur.)]
[Note 90: Allusion à l'anéantissement de la Pologne (1864.) (Note du
traducteur.)]
[Note 91: La «Library Edition» nous apprend qu'il y a ici une allusion
à l'intérêt (dont font foi les Journaux d'octobre et novembre 64)
soulevé cette année même (1864) dans le public par l'assassinat de M.
Briggs sur la ligne du North London. Matthew Arnold plaisante sur la
démoralisation de notre classe causée par la tragédie de Bow (dans sa
préface de 1865 à l'Essai sur la critique). (Note du traducteur.)]
[Note 92: Allusion, dit la «Library Edition», à la guerre de
Sécession et à l'interruption du trafic du coton causée par le blocus
des ports du Sud. (Note du traducteur.)]
[Note 93: Allusion, selon la même édition, aux guerres de 1840 et 1856
causées par l'opposition de la Chine au trafic de l'opium.]
[Note 94: Voir la note à la fin de la conférence. Je l'ai fait
imprimer en gros caractères parce que, depuis qu'elle a été écrite,
le cours des événements l'a peut-être rendue plus digne d'attention.
(Note de l'auteur.)]
[Note 95: Malheureusement la «Library Edition» ne nous indique pas à
quel fait contemporain ceci est une allusion.(Note du traducteur.)]
[Note 96: Le nouvel ambassadeur que l'Angleterre venait d'envoyer en
Russie, l'année même des massacres de Pologne, qui est aussi l'année
où a été prononcée cette conférence, La «Library Edition» nous
donne le nom de cet ambassadeur: Sir Andrew Buchanam. (Note du
traducteur.)]
[Note 97: Allusion à Timothée, VI, 10, passage auquel Ruskin fait
souvent allusion. Notamment dans On the old Road, III, 152; dans Stones
of Venice, I, V, 90: «_L'amour de l'argent_, le péché de Judas et
d'Ananias, est assurément la racine de tout mal parce qu'il endurcit le
cœur, mais la convoitise «qui est idolâtrie» (allusion à
Colossiens, III, 5), le péché d'Achab.. qui cause bien plus de maux,
mais est moins incompatible avec le christianisme.» Dans _Unto This
Last_ l'allusion est faite presque de la même manière que dans notre
texte de Sésame: «Les écrits que (en paroles) nous déclarons divins,
non seulement dénoncent _l'amour de l'argent comme la source de tout
mal_, etc., etc., et nous ne nous en mettons pas moins à étudier la
science de devenir riche comme le chemin le plus court pour arriver au
bonheur de la nation.» Sur le péché d'Ananias, voir notamment
Sésame, III, The mystery of Life, § 135, et On the old Road, II, § 72
(The Cestas of Aglaia.) (Note du traducteur.)]
[Note 98: Cf. S. Luc, X, 30 et suivants.]
[Note 99: Allusion probable mais vague à Rois, XII, 14, discours que
tient Roboam, contrairement aux conseils des vieillards, mais conforme
au conseil des jeunes gens qui lui avaient dit: «Dis-leur: mon père
vous a châtiés avec des fouets, mais moi je vous châtierai avec des
fouets garnis de pointes.» (Note du traducteur.)]
[Note 100: Cf. Munera Pulveris, 65. (Note de l'auteur.)]
[Note 101: «Nous connaîtrions plus de nous-mêmes et du Christianisme
si nous étions plus souvent soumis à cette épreuve.» (_Bible
d'Amiens_, III). (Note du traducteur.)]
[Note 102: Allusion à la multiplication des pains grâce à laquelle
Jésus rassasia cinq mille hommes avec cinq pains. St Jean, VI. (Note du
traducteur.)]
[Note 103: «Le pain que je vous propose
Sert aux anges d'aliment
Dieu lui-même le compose
De la fleur de son froment.
C'est ce pain si délectable
Que ne mange pas à sa table
Le monde que vous suivez.
Je l'offre à qui veut me suivre.
Approchez. Voulez-vous vivre?
Prenez, mangez, et vivez!»
(Racine, cantique IV)
(Note du traducteur.)]
[Note 104: Depuis que ceci a été écrit, la réponse a été faite,
topique: Non. Nous avons abandonné le champ des découvertes Arctiques
aux nations continentales comme étant nous-mêmes trop pauvres pour
payer des vaisseaux. (Note de l'auteur.)]
[Note 105: Peut-être allusion à S. Luc, IX, 58; voir plus bas la note
de la page 224 et particulièrement la citation de la Couronne d'Olivier
Sauvage: «Ces chasses gardées qui réalisent à la lettre ou plutôt
en fait dans la personne de ses pauvres ce que leur maître répondit à
ses disciples: que les renards avaient des abris, mais que lui n'en
avait point.»--L'expression elle-même est des Psaumes (LXIII, 11):
«Ils seront détruits par l'épée; ils seront la proie des renards.»
(Note du traducteur.)]
[Note 106: La «Library Edition» nous apprend que ce fossile était
l'archæoptéryx. (Note du traducteur.)]