[Note 107: Je livre le fait à la publicité sans l'autorisation du

Professeur Owen, autorisation que, bien entendu, il n'aurait pu

décemment m'accorder si je la lui avais demandée, mais je considère

comme si important que le public soit instruit de cette affaire que je

fais ce qui me semble mon devoir, quoique ce soit mal élevé. (Note de

l'auteur.)]

[Note 108: Cf. Time and Tide by Weare and Tyne, Lettre 4.]

[Note 109: Ceci était le vrai but de votre «libre échange»: «tous

les échanges pour moi». Vous trouvez maintenant que grâce à la

concurrence les autres peuples peuvent tenir le marché aussi bien que

vous et maintenant vous demandez de nouveau la protection. Pauvres

petits! (Note de l'auteur.)]

[Note 110: Allusion aux aventures de Nigel: «Quand il était ainsi

occupé il abandonnait le poste extérieur de son établissement

commercial à deux robustes apprentis à voix de stentor qui ne

cessaient de crier: De quoi avez-vous besoin? De quoi avez-vous besoin?

sans manquer de joindre à ces paroles un pompeux éloge des objets

qu'ils avaient à vendre. Cet usage de s'adresser aux passants pour les

inviter à acheter ne subsiste plus aujourd'hui, à ce que nous croyons,

que dans Monmouthstreet, etc. (Aventures de Nigel, chapitre Ier, p. 40,

de la traduction française, édition Gosselin.) (Note du traducteur.)]

[Note 111: Comparez: «Les plus grands trésors d'art que l'Europe

possède actuellement sont des morceaux de vieux plâtres sur des murs

en ruines où les lézards se cachent et se chauffent et dont peu

d'autres créatures vivantes approchent jamais; et les restes

déchirés de toiles ternies dans les coins perdus des églises, etc. Un

grand nombre de fresques et de plafonds de Véronèse et de Tintoret au

Palais ducal ont été réduits, par la négligence des hommes, à cette

condition. Malheureusement comme aucun d'eux n'est sans réputation, ils

ont attiré l'attention des autorités vénitiennes et des

académiciens. Il est de règle que les corps publics qui ne veulent pas

payer cinq livres pour protéger un tableau en paient cinquante pour le

repeindre. Et quand je fus à Venise, en 1846, il y avait deux

opérations réparatrices qui se poursuivaient simultanément dans les

deux édifices qui renferment les plus merveilleux tableaux de la

ville... Des seaux étaient placés par terre dans la Scuola San Rocco

à chaque averse pour recevoir la pluie qui traversait les plafonds de

Tintoret, pendant qu'au Palais ducal les Véronèse étaient par terre

pour être repeints; et je vis moi-même repeindre le ventre d'un cheval

blanc de Véronèse à l'aide d'une brosse placée à l'extrémité d'un

bâton de cinq mètres de long et trempé dans un pot à peinture de

bâtiments, etc.» (Stones of Venice, II, VIII, 138 et 139.) (Note du

traducteur.)]

[Note 112: Comparez: «Et moi qui vous parle de l'utilité de la guerre,

je devrais véritablement être le dernier à vous parler de cette

façon si je me fiais à ma seule expérience. Voici pourquoi: j'ai

consacré une grande partie de ma vie à des recherches sur la peinture

vénitienne et ces études ont eu pour résultat de me faire adopter

l'un de ses représentants comme le plus grand de tous les peintres. Je

me suis fait cette conviction sous un plafond couvert de ses peintures;

et parmi ces peintures trois des plus belles n'offraient plus que des

morceaux déchiquetés, mêlés aux lattes du plafond crevé par trois

obus autrichiens. Or, sans doute tous les conférenciers ne pourraient

pas vous dire qu'ils ont vu trois de leurs tableaux préférés mis en

lambeaux par des obus. Et devant un pareil spectacle quel est le

conférencier qui vous dirait comme moi que cependant la guerre est le

fondement de tout grand art?» (La Couronne d'Olivier Sauvage, IIIe

conférence: la guerre). Mais la référence exacte paraît être Stones

of Venice, II, VII, 123. (Note du traducteur.)]

[Note 113: Les quatre premières éditions portaient: «Tous les

Titiens»; à partir de 1871 ces mots sont remplacés par «toutes les

plus belles peintures». La «Library Edition», qui signale cette

variante, en conclut avec finesse et un peu spécieusement que

l'admiration de Ruskin pour le Titien avait quelque peu diminué. Nous

avons, à vrai dire, des témoignages plus précis que celui que donne

la «Library Edition» de la révolution qui eut lieu dans le goût de

Ruskin et qui renversa la hiérarchie de ses admirations. Nous n'avons

pas la place malheureusement de donner ici aucune indication sur cette

crise esthétique qui dénoua chez Ruskin la crise religieuse et calma

ses plus grands doutes en lui montrant que les peintres croyants comme

Giotto étaient supérieurs aux peintres incroyants comme Titien. (Note

du traducteur.)]

[Note 114: Je voulais dire que les plus beaux lieux du monde, la Suisse,

l'Italie, l'Allemagne du Sud, etc., sont assurément les cathédrales

véritables, les lieux ou révérer et ou prier, et que nous nous

soucions seulement de les traverser à toute vitesse et de manger à

leurs endroits les plus sacrés. (Note de l'auteur.)]

[Note 115: Cf. Præterita: «Depuis que j'ai composé et médité là

pour la dernière fois, que «d'embellissements» sont survenus...

Ensuite chaque jour d'exposition vint un flot de gens qui prenaient le

sentier et qui le salissaient avec des cendres de cigare pour le reste

de la semaine. Puis ce furent les chemins de fer, les voyous amenés par

les trains de plaisir qui renversaient les palissades, faisaient peur

aux vaches et cassaient autant de branches fleuries qu'ils pouvaient en

attraper... etc., etc. Enfin, cette année une palissade de six pieds de

haut a été placée de l'autre côté et les promeneurs marchent l'un

derrière l'autre, s'offrent telle notion de l'air, de la campagne et du

paysage qu'ils peuvent, entre ce mur et la palissade, chacun avec un

mauvais cigare devant lui, un second derrière et un troisième dans la

bouche.» (Note du traducteur.)]

[Note 116: «Oui, Chamonix est une demeure désolée pour moi. Je n'y

retournerai plus, je crois. Je pourrais éviter la foule en hiver, mais

que les glaciers m'aient trahi... c'en est trop! Faites, s'il vous

plaît, mes amitiés à la grosse pierre qui est sous Breven à un quart

de mille au-dessus du village, à moins qu'ils ne l'aient détruite pour

leurs hôtels.» (Lettre citée par M. de la Sizeranne.) Comparez aussi

avec The Queen of Air (Préface): «Ce 1er jour de mai 1869 je me

retrouve écrivant là où mon œuvre fut commencée, il y a 35 ans, en

vue des neiges des Alpes supérieures. Depuis ce temps, d'étranges

calamités ont fondu sur les spectacles que j'ai le plus aimés et

tâché de faire aimer aux autres. La lumière... l'air... l'eau sont

souillés. Ce matin, sur le lac de Genève à un demi-mille, je pouvais

à peine voir le plat de ma rame à 2 mètres de profondeur. À la place

d'un petit rocher de marbre, dernier pied du Jura descendant dans l'eau

bleue, toujours couvert de fleurs roses de saponaires, on a construit

une rocaille artificielle avec cette inscription sur ses pierres

rapportées:

«Aux botanistes

Le club jurassique.»

«Ah! maîtres de la science moderne, rendez-moi mon Athénée,

faites-la sortir de vos fioles, et enfermez-y sous scellés, s'il se

peut une fois encore, Asmodée! Enseignez-nous seulement--ceci qui est

tout ce que l'homme a besoin de savoir--que l'air lui a été donné

pour sa vie, et la pluie pour sa soif et pour son baptême, et le feu

pour sa chaleur et le soleil pour sa vue, et la terre pour sa

nourriture,--et pour son Repos.» J'ai résumé ce dernier passage

d'après M. de la Sizeranne. M. de la Sizeranne écrit ici «repos»

avec un petit r. Je préfère rétablir la majuscule qui est dans

Ruskin. Ainsi à la majesté soudaine, on comprend de quel repos il

s'agit. Peut-être pourtant pourrait-on soutenir qu'il ne s'agit pas ici

du repos de la tombe. On pourrait s'appuyer pour cela sur la Préface de

«The crown of wild olive». «L'herbe cependant fut-elle créée verte

pour vous servir seulement de linceul et non pour vous servir de lit? et

n'y aura-t-il jamais de repos pour vous au-dessus d'elle, mais seulement

au-dessous?» Malgré ce doute qui me vient et que j'avoue, je crois

qu'il s'agit ici, surtout à cause de la majuscule et de l'importance

donnée au mot final de la préface, du repos de la tombe. (Note du

traducteur.)]

[Note 117: Ruskin fait ici allusion à ce passage de S. Mathieu (XXI, 3

et suivants, ou à Isaïe, V, 2, le passage est identique): «Il y avait

un homme, maître de maison, qui planta une vigne. Il l'entoura d'une

haie, y creusa un pressoir et bâtit une tour» pour qu'on pût de là

surveiller la vigne. Ruskin a fait allusion à ces versets dans

«Lectures of Architecture and Painting», § 19, quand, énumérant

tous les passages de la Bible où nous sont montrées des tours, il nous

dit: «Vous vous rappelez ce propriétaire qui construisit une tour dans

son vignoble.» Dans le passage de «Lectures of Architecture and

Painting» Ruskin veut montrer (à propos de la valeur religieuse de

l'architecture gothique) que, dans la Bible, les tours n'ont jamais un

caractère religieux et sont seulement construites par orgueil, plaisir,

ou dans un but de défense. (Note du traducteur.)]

[Note 118: Cf. Time and Tide, § 46.]

[Note 119: Voir plus loin «des sentiments de joie purs» et surtout

comparez avec Arrows of the Chace (passage cité par M. Bardoux):

«Buvons et mangeons, car nous mourrons demain», disait le fermier

latin et il nous a laissé d'éternels monuments de sagesse humaine et

de chant joyeux. «Travaillons et soyons justes, car demain nous

mourrons et après la mort viendra le jugement», disaient Holbein et

Durer, et ils nous ont laissé d'éternels souvenirs du travail humain

et de la crainte attristée de la divinité. «Réjouissons-nous et

soyons heureux, car demain nous mourrons et nous serons avec Dieu»,

disaient Fra Anglico et Giotto; et ils nous ont laissé d'éternels

monuments de la royauté des cieux, divinement lambrissée. «Fumons des

pipes, gagnons de l'argent, lisons de mauvais romans, marchons dans

l'air empesté, disons avec sentiment que nous sommes bien las, car

demain nous mourrons et nous serons changés en pipes», voilà ce que

disent les hommes d'aujourd'hui.»--On sait que «buvons et mangeons car

nous mourrons demain» est une citation d'Isaïe, XXII, 13. Quant au

passage tout entier, tant d'idées essentielles à Ruskin s'y laissent

deviner, quand elles ne s'y montrent pas, que pour ne pas accumuler les

abstractions, je renonce à les isoler. Je me contente de renvoyer le

lecteur à la note de la page 211 «oui, mais quel roi» et la longue

note des pages 212 et 213. (Note du traducteur.)]

[Note 120: L'entrefilet entier est en effet imprimé en rouge dans le

texte anglais. Nous aurions voulu pouvoir faire de même ici, afin de

conserver l'aspect singulier que ces pages ont dans l'original. Mais des

difficultés matérielles d'exécution nous en ont empêché. (Note du

traducteur.)]

[Note 121: Cf. Stones of Venice «un message qui fut un jour écrit dans

le sang et un son qui remplira un jour les voûtes du ciel» (Stones of

Venice, I, IV, LXXI), et The crown of wild olive, ch. II, § 59,

«lorsque le monde entier se tatoue de rouge avec son propre sang au

lieu de vermillon». (Note du traducteur.)]

[Note 122: «Une des choses que nous devons nous acharner à obtenir

pour le bien de toutes les classes dans nos programmes futurs, c'est que

dans aucune, on ne porte d'habillement remis à neuf. Voir la

préface.» (Note de l'auteur.)]

[Note 123: Cette expression abrégée de la pénalité encourus par le

travail infructueux coïncide d'une manière curieuse dans la forme avec

certain passage que quelques-uns d'entre nous se rappellent peut-être

(_a_). Il sera peut-être bon de produire à côté de ce récit un

autre article que j'ai gardé dans mes tiroirs, découpé dans un

Morning Post qui date à peu près du même moment, mars 1865 (_b_):

«Les salons de Mme C..., qui faisait les honneurs avec une grâce et

une élégance parfaitement imitées, étaient encombrés de princes, de

ducs, de marquis et de comtes, en fait du même public masculin que

celui qu'on rencontre aux réunions de la princesse Metternich et de Mme

Drouyn de Lhuys. Il y avait quelques pairs d'Angleterre et quelques

membres du parlement et ils paraissaient jouir de ce spectacle joyeux et

indécent. Au second étage, les tables du souper étaient chargées de

tous les mets délicats de la saison. Afin que nos lecteurs puissent se

faire une idée de la chère exquise du demi-monde parisien, je copie le

menu du souper qui fut servi à tous les convives (environ 200) assis,

à 4 heures: Yquem supérieur, Johannisberg, Lafitte, Tokai, Champagne,

des crûs les plus nobles, furent servis avec abondance le matin. Après

le souper, la danse fut reprise avec un surcroît d'entrain et le bal se

termina par une _chaîne diabolique_ et un _cancan d'enfer_ à 7 heures

du matin (service du matin): «Avant que les frais gazons n'apparaissent

aux paupières entr'ouvertes du matin» (_c_). «Voici le menu:

Consommé de volaille à la Bagration; 16 hors-d'œuvres variés;

Bouchées à la Talleyran, Saumons froids sauce Ravigote, Filets de

bœuf en Bellevue, Timbale milanaise. Chaud froid de gibier. Dindes

truffées. Patés de foie gras. Buisson d'écrevisses. Gelées blanches

aux fruits. Gateaux Mancini, parisiens et parisiennes. Fromages glacés.

Ananas. Dessert. (Note de l'auteur.)

(_a_) Ruskin veut parler ici des versets de S. Luc, XI, 11 et S.

Mathieu, VII, 9: «Quel est le père d'entre vous qui donne à son fils

une pierre quand il lui demande du pain?» Comparez avec cette autre

belle interprétation des mêmes versets dans la Couronne d'Olivier

Sauvage, I, le Travail: «Il est manifeste que Dieu entend que toute

parole bonne et tout travail utile soient faits pour rien. Baruch,

l'écrivain public, ne gagna pas, je gage, un sou la ligne à copier

pour Jérémie son second rouleau, et saint Étienne n'eut pas les

émoluments d'un évêque pour son long sermon aux Pharisiens: il n'eut

que des pierres. Car c'est là le payement naturel du père terrestre.

Qu'un enfant de ce monde travaille pour le bien du monde, honnêtement,

de toute sa tête et de tout son cœur et vienne à lui, disant:

«Donne-moi un peu de pain, juste ce qu'il faut pour vivre», le père

terrestre lui répondra: «Non, mon enfant, pas de pain, une pierre, si

tu veux ou autant que tu en voudras, pour te faire taire.» Mais les

travailleurs manuels ne sont pas aussi malheureux que tout ceci le

laisserait entendre. Le plus qui puisse vous arriver à vous, c'est de

cesser des cailloux, non d'être lapidés, etc. (Note du traducteur.)

(_b_) Dans _la Couronne d'Olive Sauvage_ Ruskin a rapproché de même

deux entrefilets presque pareils à ceux-ci et d'où se dégage le même

enseignement:

«Je vais d'abord pour commencer vous l'exposer lumineusement en vous

lisant tout bonnement deux entrefilets que j'ai découpés en

déjeunant, dans deux journaux placés sur ma table le même jour, 25

novembre 1864. Le passage concernant le Russe opulent à Paris est assez

banal at, qui plus est, stupide (car ce n'est rien pour un riche de

payer 15 francs pour une couple de pêches en dehors de l'époque

ordinaire de ces fruits). Cependant, les deux faits-divers parus le

même jour valent d'être placés côte à côte.

«Un de ces hommes est actuellement dans nos murs. C'est un Russe, et,

avec votre permission, nous l'appellerons comte Teufelskine. Dans sa

façon de s'habiller, il est sublime; l'art joue son rôle dans cette

mise où l'harmonie des couleurs est respectée, et où, dans d'heureux

contrastes, sa révèle le _chiar'-oscuro_. Ses manières sont

empreintes de dignité--peut-être même apathiques; rien ne trouble la

calme sérénité de cet extérieur placide. Notre ami, un jour,

déjeunait chez Bignon. Quand arriva l'addition, il y lut: «Deux

pêches, 15 francs.» Il paya. «Les pêches sont rares, je présume?»

se borna-t-il à remarquer. «Non, Monsieur, répliqua le garçon, mais

les Teufelskines le sont.» (_Telegraph_, 25 novembre 1864.)

«Hier matin, à huit heures, une femme, passant près d'un tas de

fumier, dans la cour pavée qui longe l'hospice récemment construit

dans Shadwell Gap High-Street, Shadwell, fit remarquer à un constable

du quartier un homme accroupi sur le tas de fumier, lui disant qu'elle

craignait qu'il ne fût mort. Ses craintes se trouvèrent justifiées.

La mort du malheureux paraissait remonter à plusieurs heures. Il était

mort de froid et d'humidité, et la pluie avait fouetté le cadavre

toute la nuit. Le défunt était chiffonnier. Il était tombé dans la

plus effroyable pauvreté, misérablement vêtu, la ventre vide. La

police l'avait à plusieurs reprises chassé de cette cour depuis le

lever jusqu'au coucher du soleil, lui disant de rentrer chez lui. Il

avait choisi l'endroit la plus désert afin d'y mourir misérablement.

On trouva dans ses poches un sou et quelques os. Il pouvait avoir entre

cinquante et soixante uns. L'inspecteur Roberts, de la division K, a

ordonné de faire une enquête chez les logeurs afin de s'assurer, si

possible de l'identité du malheureux.» (_Morning Post_, 25 novembre

1864.) (La Couronne d'Olivier Sauvage, I, le Travail.) (Note du

traducteur.)

(_c_) Citation de Lycidas de Milton. (Note de l'auteur.)]

[Note 124: Je vous prie de noter ce fait, d'y réfléchir, et de

considérer comment il se fait qu'une pauvre vieille aura honte de

prendre au pays un shilling par semaine, tandis que personne n'a honte

de prendre une rente de mille livres par an. (Note de l'auteur.)]

[Note 125: Je me réjouis sincèrement de voir fonder un journal comme

le Pall Mall Gazette, car le pouvoir de la presse dans les mains

d'hommes d'une haute culture, d'une situation indépendante, et bien

intentionnés, peut en effet mériter tous les éloges qu'on lui a tant

décernés jusqu'ici. Son directeur me pardonnera donc, je n'en doute

pas, si, à raison même de mon respect pour le journal, je ne laisse

pas passer sans observation un article paru dans son troisième numéro,

page 5, dont chaque mot était erroné, de cette erreur profonde où

peut seul atteindre un honnête homme qui dès le début a pris un

mauvais tournant de pensée et le suit, indifférent aux conséquences.

Il contenait à la fin ce passage à noter:

«Le pain de l'affliction et l'eau de l'affliction (_a_), oui et la

couchette et les couvertures de l'affliction, sont l'extrême maximum de

ce que la loi devrait donner aux _indigents simplement comme

indigents._» Je ne fais que mettre à côté de ces lignes

représentatives de l'esprit conservateur anglais en 1865, une partie du

message qui ordonna à Isaïe d'élever sa voix comme une trompette

(_b_) et de déclarer aux conservateurs de son temps (_c_): «Vous

jeûnez pour faire des procès et des querelles et pour frapper du poing

avec méchanceté. Est-ce le jeûne que j'ai choisi, qui est de partager

ton pain avec celui qui a faim et de faire venir dans ta maison las

affligés qui sont errants.» (_d_) L'erreur mentale que l'auteur avait

prise pour point de départ, ainsi qu'il l'a constaté un peu en avant,

était ceci: «Confondre l'office des fonctionnaires chargés des

distributions de secours aux pauvres, avec celui des personnes chargées

de ces distributions dans une institution charitable est une grande et

dangereuse erreur.»

Cette phrase est si exactement et si extraordinairement fausse qu'il

nous faut en renverser le sens dans nos esprits avant de songer à nous

occuper d'aucun problème actuel de misère sociale. «Comprendre que

les fonctionnaires chargés des secours aux pauvres sont les aumôniers

de la Nation et devraient en distribuer les offrandes avec une grâce et

une libéralité plus grandes et plus généreuses que celles permises

à la charité individuelle, autant que la sagesse et le pouvoir

collectif d'une Nation peuvent être supposés plus grands que ceux

d'une seule personne,--ceci est la base de toute loi sur le

paupérisme.»--Depuis que ceci a été écrit, le Pall Mall Gazette est

devenu--comme les autres--un simple journal de parti, mais il est bien

écrit et, somme toute, fait plus de bien que de mal (_e_).

(_a_) Allusion, Rois, XXII, 27, bien que l'expression pain de

l'affliction rappelle plutôt les Psaumes (127, 2.)

(_b_) «Crie à plein gosier, ne te retiens pas, élève ta voix comme

une trompette et annonce à mon peuple, etc. (Isaïe, 58, 1.)

(_c_) Phrase essentiellement ruskinienne. Pour s'en rendre compte: 1°

en ce qui concerne les premiers mots: «Je ne fais que mettre à côté

de ces lignes du Pall Mall Gazette le message d'Isaïe», comparer avec

la _Bible d'Amiens_, III, 48, note: «en regard de ce morceau éditorial

de la presse théologique moderne en Angleterre, je placerai simplement

les 4e, 6e et 13e versets de l'épître de S. Paul aux Romains, etc.--;

avec Unto This Last (Préface) 5, note: «À ces paroles diaboliques

(d'Adam Smith dans la «Richesse des Nations») j'opposerai seulement

les plus belles paroles des Vénitiens découvertes par moi dans leur

plus belle église («Autour de ce temple, etc.»)». Cette référence

à l'autorité de la Bible pour trancher un problème d'économie

politique est, comme je l'ai montré ailleurs, le témoignage d'une des

plus originales dispositions d'esprit de Ruskin qui est d'attribuer à

la littérature et à l'art (la Bible étant ici qu'un beau livre) une

sorte de valeur scientifique et inversement de traiter la science comme

un art, ce qui fait que pour Ruskin il n'y a pas, quand il s'agit de

science, supériorité des temps modernes, sur l'antiquité, pas plus

qu'il ne doit en effet y en avoir quand il s'agit d'art. Il y a là

aussi, à notre avis, un peu d'idolâtrie et l'amusement d'un érudit

qui s'amusa à chercher des recettes de cuisine dans Homère et des

renseignements d'ornithologie dans Carparccio. Notons encore que, dans

le chapitre «Interprétations» de la _Bible d'Amiens_, par exemple,

cette confrontation du présent au passé est invertie (Confrontation du

passé au présent) se relevant plus du premier procédé que sa saveur

d'anachronisme: Dans les bas-reliefs d'Amiens la Grossièreté comparée

à une femme dansant le cancan, la Rébellion aux voyous qui claquent

des doigts devant un prêtre; à propos du Désespoir: «le suicide

n'est pas considéré comme héroïque ni sentimental au XIIIe siècle

et il n'y a pas de morgue gothique au bord de la Somme,» etc. Ce qui

nous amène 2° à comparer les derniers mots de la phrase («message

d'Isaïe aux _conservateurs de son temps_») à tous ces anachronismes,

mais plus particulièrement à la _Bible d'Amiens_, II, 41 («un des

soldats francs de Clovis discuta sa prétention avec une telle confiance

d'être soutenu _par l'opinion publique du Ve siècle_» et à Unto This

Last, III, 42, «un marchand Juif (le roi Salomon) qui avait fait une

des fortunes les plus considérables de son temps.» (Note du

traducteur.)

(_d_) Isaïe, LVIII, 4 et 7. (Note du traducteur.)

(_e_) Et maintenant il a cessé d'exister sous ce nom. Il est devenu le

Westminster Gazette. (Note du traducteur.)]

[Note 126: Opéra de Balfe, compositeur de musique irlandais, né en

1808, mort en 1870. Balfe a composé de nombreuses partitions: Le Siège

de la Rochelle 1835, Manon Lescaut 1836, Jane Grey 1837, Falstaff 1838,

le Puits d'amour 1843, la Gipsy 1844, les 4 fils Aymon 1844, etc., etc.

Satanella est de 1859. (Note du traducteur.)]

[Note 127: Cf. plus haut § 16, l'adjectif anglais placé d'une façon

analogue en symétrie avec l'adjectif «latin». (Note du traducteur.)]

[Note 128: S. Luc, XVI, 20. «Il y avait aussi un pauvre nommé Lazare,

qui était couché à la porte de ce riche et était couvert

d'ulcères.» Comparez, sur Lazare et les pauvres d'aujourd'hui, la

Couronne d'Olivier sauvage, I, § 30. (Note du traducteur.)]

[Note 129: «Vous avez toujours les braves et bons dans la vie. Ceux-là

ont aussi besoin d'être aidés, quoique vous paraissiez croire qu'ils

n'ont qu'à aider les autres. Ceux-là aussi réclament qu'on pense à

eux et qu'on se souvienne d'eux.» (_Lectures on Art_, II, 58.) (Note du

traducteur.)]

Sésame et les lys: des trésors des rois, des jardins des reines · 第 11 / 16 段