III

La discussion commença le 7 janvier. À peine un ministériel, M.

Liadières, l'eut-il ouverte par une attaque très-vive contre cette

Adresse «respectueusement violente, académiquement révolutionnaire»,

que M. Guizot parut à la tribune. Il tenait tellement à s'assurer son

tour de parole que, la veille, il s'était présenté, dès cinq heures du

matin, au secrétariat de la Chambre. Avait-il peur que ses nouveaux

alliés, se souvenant de la session précédente, ne doutassent de son

énergie, presque même de son talent, et voulait-il, en se précipitant

à l'avant-garde et en y frappant un grand coup, ne plus laisser place

à de tels doutes? Force lui fut cependant de se mettre d'abord sur la

défensive, de se justifier de l'accusation de «coalition»,

d'«ambition», d'«abandon de ses antécédents et de ses principes». Mais

il avait hâte d'attaquer à son tour. Ce qu'il reprocha au ministère,

ce fut d'avoir arrêté les progrès du gouvernement représentatif. À

l'entendre, ces progrès étaient très-marqués, au moment de la

formation du cabinet: les deux grands partis conservateur et

réformateur se dessinaient et se classaient de plus en plus nettement.

«Eh bien, Messieurs, s'écrie M. Guizot avec une véhémence terrible, au

lieu de nous faire avancer dans cette voie, qu'a fait le cabinet? Il

nous a jetés dans l'incertitude, dans la confusion, dans l'obscurité;

nous avons vu apparaître une politique sans système; point de

principes, point de camp, point de drapeau; une fluctuation

continuelle, cherchant, empruntant de tous côtés des mesures, des

alliances; aujourd'hui d'une façon, demain d'une autre. Rien de fixe,

rien de stable, rien de net, rien de complet. Savez-vous comment cela

s'appelle, Messieurs? Cela s'appelle l'anarchie. (_Murmures au

centre._) On a dit de l'empereur Napoléon qu'il n'avait détrôné que

l'anarchie. Le cabinet actuel ne s'est établi et n'a gouverné que par

l'anarchie (_nouveaux murmures au centre_): anarchie dans les

Chambres, anarchie dans les élections, anarchie dans l'administration.

L'anarchie est entrée avec vous dans cette Chambre, elle n'en sortira

qu'avec vous. (_Bruit._) Vous en souffrez aujourd'hui, vous vous en

plaignez; mais c'est vous qui l'avez faite. Elle a grandi, mais c'est

vous qui l'avez mise au monde...» M. Guizot blâme ensuite le ministère

d'avoir «réveillé ces questions de la réalité du gouvernement

représentatif, dont le pays s'étonne, car il les croyait résolues par

la révolution de Juillet». On sent, chez l'orateur, une résolution

sombre, implacable, de ne plus rien ménager. Le talent est dans toute

sa puissance. Certes, il y avait là de quoi dissiper les doutes et les

méfiances de la gauche et du centre gauche. Cependant, les députés de

ces groupes sont si lents, si rebelles à croire à une telle

transformation; il est si contraire à leurs habitudes d'applaudir

cette parole, qu'ils demeurent froids et silencieux. Sur les bancs du

centre, au contraire, la colère gronde et éclate: l'orateur est

interrompu, presque à chaque mot, par des murmures souvent injurieux.

Pâle, mais le front haut, l'oeil étincelant, la main crispée sur le

marbre de la tribune, il semble s'y cramponner. «Messieurs, dit-il,

d'un ton superbe, à ses interrupteurs, pendant un temps, j'ai été

accusé d'être ennemi de la liberté; aujourd'hui, je suis accusé

d'attaquer le pouvoir. Je suis fort accoutumé à toutes ces

accusations; je voudrais pouvoir vous montrer, je voudrais que vous

pussiez voir, avec quelle sérénité intérieure j'entends bourdonner

autour de moi toutes ces calomnies, je vois passer devant moi toutes

ces colères, réelles ou feintes.» Puis, sans plus s'arrêter à ces

«bourdonnements» d'en bas, il reprend son attaque, et la pousse plus

avant encore. «Pensons aux susceptibilités du pays, dit-il en

terminant. Le pays est susceptible pour la dignité de notre nom au

dehors, de nos institutions au dedans. Ces susceptibilités sont

honorables. Elles ont quelquefois l'air de sommeiller: on croit

qu'elles n'existent plus; mais elles se réveillent, tout à coup,

puissantes, menaçantes, aveugles quelquefois. Ménagez-les, prenez-en

soin; le pouvoir s'en trouvera bien. Tacite, Messieurs, dit des

courtisans qu'ils font toutes choses servilement pour être les

maîtres, _omnia serviliter pro dominatione_. Soyons précisément le

contraire; faisons toutes choses avec indépendance et dignité, pour

que la Couronne soit bien servie.»

M. Guizot est descendu de la tribune, sans presque aucun

applaudissement; c'est M. Molé qui l'y remplace: «Messieurs, dit-il

tout d'abord d'une voix élégamment et froidement incisive, ce n'est

pas des courtisans que Tacite disait ce qui vient d'être cité tout à

l'heure; c'était des ambitieux. On me permettra sans doute de rétablir

la vérité sur ce point.» Ce trait, lancé avec une si rare et si

prompte présence d'esprit, est salué par les bravos du centre[480]. Le

président du conseil, toujours soutenu par les acclamations d'une

moitié de l'assemblée, fait ensuite un retour sur le passé, rappelle

le triste état des choses au 15 avril 1837, puis l'heureuse

transformation opérée par l'amnistie, et ces jours heureux, «les

meilleurs que le pays ait connus depuis huit ans». Le mal présent, il

n'en nie pas l'existence, mais l'impute à la coalition, à cette

Adresse qu'il définit «un effort téméraire pour reconquérir ce que la

Chambre n'a ni perdu, ni été menacée de perdre». Enfin, après avoir

montré le pays «stupéfait, scandalisé, inquiet»: «Messieurs,

s'écrie-t-il, il s'instruit, en ce moment, un procès bien solennel

entre nos adversaires et nous. On a beau affecter de superbes dédains:

eh! n'y a-t-il pas un aveu frappant de notre force, dans la grandeur

des efforts qu'on fait pour nous renverser? Quel cabinet, je vous le

demande, a vu, coalisées contre lui, tant de puissances

parlementaires? Je ne suis pas, je ne me donne pas ici pour l'un des

princes de la parole; je ne dis pas, en parlant de moi: Les capacités,

c'est moi; le ministère parlementaire, c'est moi. Je ne suis,

Messieurs, qu'un vieux serviteur du pays, qui lui ai dévoué, dès mes

plus jeunes ans, mes facultés et ma vie... Savez-vous pourquoi vous

nous avez donné la majorité dans toutes les circonstances importantes?

Ce n'est pas nous qui avons triomphé: c'est notre cause... C'est dans

cette même cause que nous mettons encore toute notre confiance.»

[Note 480: Il paraît que, pour cette riposte, M. Molé a eu des

collaborateurs. Après le discours de M. Guizot, la séance se trouva

suspendue de fait, pendant une quinzaine de minutes; on vit alors M.

Royer-Collard s'approcher vivement du président du conseil: c'était

pour lui signaler la véritable portée du passage de Tacite; il alla

même chercher à la bibliothèque les oeuvres de l'historien romain. On

ajoutait, dans ce temps-là, que l'attention de M. Royer-Collard avait

été tout d'abord attirée sur ce point par M. Saint-Marc Girardin,

partisan très-décidé du ministère.]

Tous les chefs ont hâte, paraît-il, de se jeter, dès le premier jour,

dans la mêlée; M. Thiers vient répondre à M. Molé et exposer à grands

traits ses griefs contre la politique extérieure et intérieure du

cabinet. Mais, comme M. Guizot, il a dû commencer par justifier les

coalisés. «On a prétendu, dit-il, que ces hommes avaient du dépit,

qu'ils étaient des ambitieux déçus. Qu'il me soit permis de répondre

une chose: un gouvernement est bien malhabile de venir, après quelques

années, convertir en ambitieux déçus, en hommes dépités, en mauvais

citoyens, les ministres qui l'ont servi et sur lesquels il s'est

longtemps appuyé.»

Malgré le talent déployé par les deux grands orateurs de la coalition,

l'effet de cette première journée n'était pas favorable aux

adversaires du cabinet. Ceux-ci eux-mêmes le reconnaissaient[481]. Le

mauvais accueil qu'avait reçu M. Guizot contrastait avec l'espèce

d'ovation faite à M. Molé. Aussi, le lendemain matin, le _Journal des

Débats_ s'écriait-il triomphant: «Ces ministres, que, si

orgueilleusement, vous proclamiez incapables, qui vous faisaient

pitié, dont vous vous croyiez sûrs d'avoir bon marché à la tribune,

ils vous ont vaincus... N'avez-vous pas vu toute la Chambre devancer,

en quelque sorte, les paroles de M. Molé et se soulager, par

d'unanimes applaudissements, de la contrainte pénible qu'elle avait

éprouvée pendant le discours de M. Guizot?... C'est vous-même qui avez

préparé à M. Molé cet éclatant succès. Vous lui avez laissé le beau

rôle, et il vous a montré qu'il savait le prendre.»

[Note 481: _Notes inédites de M. Duvergier de Hauranne._]

La discussion générale se continua trois jours encore[482]. Par

moments on la croyait terminée; mais le lendemain, les deux partis se

retrouvaient aux prises, plus acharnés que jamais. Les mêmes idées se

répétaient, parfois les mêmes orateurs remontaient à la tribune. Le

seul changement qu'on pût noter était une violence croissante, à ce

point qu'un jour, M. Molé, blessé au vif par les sarcasmes de M.

Duvergier de Hauranne, et ne se possédant plus, s'écria: «C'est un

mauvais pamphlet», et se fit, à ce propos, réprimander par le

président. L'assemblée ne se montrait pas moins passionnée que les

orateurs. Ce n'étaient qu'interruptions, murmures, cris partant de

tous les bancs, échange d'invectives, de démentis, d'injures. M. O.

Barrot, le seul des chefs de la coalition qui pût s'y sentir à l'aise

et à sa place, trouva, dans ces violences mêmes, l'occasion d'un rôle

inattendu pour lui: il vint, avec une sorte de solennité sereine, se

poser en modérateur, en homme de principe, étranger aux irritations

personnelles, ne discutant que les idées et ménageant les individus;

adversaire sans doute du cabinet, mais affectant de le protéger contre

les coups trop rudes qui lui avaient été portés par des mains

conservatrices; prenant d'ailleurs un plaisir bien naturel à

contempler et à constater, du haut de sa vieille opposition, la

dissolution de l'ancienne majorité, autrefois unie contre lui. Plus

satisfait encore était M. Garnier-Pagès, l'orateur de l'extrême

gauche: «On est heureux, disait-il, de voir des hommes comme M. Thiers

et M. Guizot venir éclairer le pays et lui dire que maintenant l'ordre

n'est plus menacé, qu'il faut voler au secours de la liberté... Vous

dites, dans votre Adresse, ce que nous avons toujours dit

nous-mêmes... J'ai fait des efforts, pour ma part, afin de faire

nommer, comme commissaires de l'Adresse, les chefs des anciens

cabinets. J'ai voulu avoir le plaisir de voir des hommes qui avaient

dirigé la politique que j'avais combattue avec tant d'ardeur, venir la

blâmer eux-mêmes. Je m'en suis réjoui, comme je me réjouis de voir

percer, à travers toutes les phrases des membres du ministère actuel,

cette idée que tous les hommes qui, depuis sept ans, ont servi la

Couronne, ont été des ambitieux. Ce sont des déclarations que j'aime à

voir faire en présence de la France.» M. Guizot, plus atteint encore

par une telle approbation que par les reproches des ministériels,

reparut à la tribune, pour se défendre personnellement d'avoir été

infidèle à ses antécédents, et pour démontrer, phrase à phrase, que le

projet d'Adresse n'avait rien de factieux. Le centre lui était plus

malveillant encore que le premier jour; à peine l'orateur pouvait-il

prononcer une phrase sans être interrompu. Il dominait cette révolte

de l'auditoire, à force d'éloquente énergie. Cette fois, d'ailleurs,

la gauche se décida à le soutenir de ses applaudissements

passionnés[483]. Mais l'illustre doctrinaire ne pouvait pas ne pas

sentir combien ces applaudissements étaient compromettants: aussi

tâchait-il, jusque dans son opposition, et tout en plaisant à ses

nouveaux alliés, de rester lui-même et de se rattacher à son passé.

Effort dramatique et douloureux d'une conscience qui cherchait

vainement à échapper aux nécessités de l'oeuvre mauvaise où elle

s'était laissée entraîner[484].

[Note 482: 8, 9 et 10 janvier.]

[Note 483: Les hommes de la gauche constataient en effet tout ce que

M. Guizot avait fait pour se rapprocher d'eux. M. Léon Faucher, alors

rédacteur du _Courrier français_, écrivait à M. H. Reeve, le 12

janvier 1839: «Entre M. Guizot et M. Barrot, la distance s'efface

chaque jour. D'un autre côté, le parti de la Cour va si loin dans ses

haines pour ceux qui l'ont abandonné, que les députés ministériels

disent quotidiennement à Barrot: «Nous vous aimons mieux pour ministre

que M. Guizot.» (Léon FAUCHER, _Biographie et Correspondance_, t. I,

p. 77.)]

[Note 484: «Nous ne saurions dire, écrivait un rédacteur du _Journal

des Débats_ au sortir de cette séance, combien d'art, d'éloquence M.

Guizot a employés aujourd'hui, pour échapper au sens de l'Adresse et à

l'approbation de la gauche. La protection de M. Barrot pesait durement

sur cette noble et courageuse tête, et la courbait malgré elle. Nous,

cependant, nous éprouvions une sorte de joie mêlée de tristesse, en

reconnaissant du moins, dans cette lutte désespérée, tout l'ancien

talent de M. Guizot, je ne sais quels cris de la conscience révoltée

qui protestaient contre les nécessités d'une position fausse et,

quelquefois encore, le langage du ministre du 11 octobre jusque dans

le langage du coalisé. Nous étions émus au son du cette voix que nous

avions si souvent entendue s'élever pour défendre l'ordre, au

spectacle de ce vieil athlète de la majorité, obligé maintenant de

blesser tous les sentiments de cette majorité et fatigué sous ses cris

et ses murmures.» (10 janvier 1839.)]

Dans l'autre camp, c'était toujours M. Molé qui supportait, sans

faiblir, le poids de la lutte. Un orateur cependant lui vint en aide,

qu'on attendait avec impatience sur les bancs ministériels: ce fut M.

de Lamartine. Se tournant vers les meneurs de la coalition, il

s'écria, aux acclamations du centre: «Nous qui ne fatiguons pas la

tribune, qui ne remplissons pas la scène de nos rôles toujours

nouveaux et toujours brillants, qui ne passons pas notre temps à

exercer le pouvoir ou à le disputer à nos rivaux, nous nous levons

enfin, pour vous dire: Nous ne laisserons pas dilapider le pouvoir,

rabaisser la tribune, dégrader le gouvernement représentatif. Oui,

nous refusons de ratifier votre Adresse, parce qu'elle est votre

Adresse, et non l'Adresse du pays.» Ce n'était pas à dire que M. de

Lamartine prît à son compte tous les actes et toutes les idées du

cabinet. Il aimait à se poser en protecteur magnanime, parfois même un

peu dédaigneux, plutôt qu'en partisan dévoué, et il attaquait la

coalition plus qu'il ne défendait M. Molé.

On se battait depuis quatre jours: tout avait été dit, ressassé même.

L'heure était venue, pour les deux partis, de mesurer leurs forces

dans un premier vote. Celui-ci devait porter sur le début de

l'Adresse. Le projet de la commission paraissait attribuer à la

Chambre seule la prospérité du pays et la paix du monde; un

amendement, présenté par un ami du ministère, proposait d'en féliciter

«le gouvernement du Roi et les pouvoirs de l'État». Des deux côtés,

on attendait, dans une agitation anxieuse, le résultat, impossible à

prévoir, de cette première épreuve. Après un appel nominal fait au

milieu d'un grand tumulte, la Chambre procéda au scrutin; 216 voix se

prononcèrent pour l'amendement, 209 contre, soit une majorité de 7

voix pour le cabinet. Mortification cuisante pour l'orgueil des

coalisés qui s'étaient flattés que leur éloquence aurait facilement

raison de ce débile ministère. Toutefois une victoire tenant à si peu

de voix ne pouvait donner à M. Molé une confiance bien triomphante. Le

_Journal des Débats_ avouait mélancoliquement la faiblesse de la

majorité: il n'osait dire si elle suffirait à maintenir le cabinet:

«il faut, disait-il, voir la suite de la discussion». Seulement il

déclarait que «la minorité était bien plus faible encore, si l'on

comparait ses éléments à ceux de la majorité».

Quant au public, il ne savait trop que penser; il assistait, étonné,

inquiet, à ce drame où il n'était pas acteur, particulièrement frappé

et troublé de l'extrême violence qu'avaient tout de suite atteinte ces

débats. La fièvre qui avait gagné tous les esprits lui semblait

d'autant plus étrange qu'elle ne venait pas du pays lui-même, mais

était le produit propre et spontané de l'effervescence parlementaire.

Chacun déclarait n'avoir jamais vu pareille bataille, même en ces

jours tragiques de 1831 et 1832, où, suivant l'ancien mot de M.

Thiers, on entendait de la tribune le bruit du tambour et les cris de

l'émeute, où l'enjeu de la discussion était l'existence de la

monarchie et la paix du monde. Et surtout, ce qu'on n'avait jamais vu,

c'était, entre les adversaires, tant de haine, de mépris, de volonté

de se faire mutuellement les blessures les plus douloureuses, les plus

mortelles. «Il faut remonter assez loin dans notre histoire

parlementaire, écrivait un témoin, le 10 janvier, pour trouver quelque

chose de comparable à la violence des débats de ces derniers jours. Le

centre de la Chambre surtout est dans un état permanent d'irritation

et de fureur. Le président, jadis si respecté, si obéi, ne peut plus

se faire entendre.» Et il ajoutait, le 13 janvier: «C'est un spectacle

étrange et nouveau que celui qu'offre, depuis huit jours, la Chambre

des députés, cette lutte furieuse entre les partis, ou plutôt cette

lutte des intelligences ambitieuses et irritées contre un ministère

soutenu presque exclusivement par la masse compacte des médiocrités,

qu'unit le double lien d'un amour de l'ordre plus ou moins éclairé et

d'une aversion envieuse contre les talents supérieurs. Ces scènes

tumultueuses qui nous reportent à d'autres temps, mais qui, grâce à

Dieu, ne trouvent _encore_ que bien peu d'échos en dehors, ce

renversement des anciennes positions, cette confusion inextricable des

opinions, tout cela forme un tableau qui a bien sa beauté dramatique,

mais qui afflige profondément l'honnête homme et le bon citoyen[485].»

À la même date, la duchesse de Dino écrivait à M. de Barante: «Je vois

des gens d'affaires proprement dits s'alarmer grandement... Je lis les

journaux, et j'en ai dégoût et effroi. On me raconte quelque peu ce

que les gestes, les accents, le jeu ajoutent de hideux à l'aspect de

la Chambre, et je me demande alors ce qui reste entre nous et la

révolution.--La tranquillité du pays et le besoin de conservation de

bien des choses? Sans doute, c'est un contre-poids considérable, mais

est-il suffisant[486]?»

[Note 485: _Journal inédit de M. le baron de Viel-Castel._]

[Note 486: Lettre du 12 janvier 1839. (_Documents inédits._)]

Histoire de la Monarchie de Juillet (Volume 3 / 7) · 第 53 / 95 题