IV

Quelques jours avant que prit fin le démêlé avec la Suisse, le 31

octobre au soir, le gouvernement recevait de Strasbourg une dépêche

télégraphique, datée de la veille, et qui portait: «Ce matin, vers six

heures, Louis-Napoléon, fils de la duchesse de Saint-Leu, _qui avait

dans sa confidence_ le colonel d'artillerie Vaudrey, a parcouru les

rues de Strasbourg avec une partie de...» La dépêche s'arrêtait là, et

l'administrateur des télégraphes y avait ajouté cette note: «Les mots

soulignés laissent des doutes. Le brumaire survenu sur la ligne ne

permet ni de recevoir la fin de la dépêche, ni d'éclairer le passage

douteux.» Les ministres se réunirent aussitôt aux Tuileries,

échangeant leurs conjectures, préparant des instructions éventuelles,

se disposant à faire partir le duc d'Orléans. «Nous passâmes là,

auprès du Roi, raconte l'un des membres du cabinet, presque toute la

nuit, attendant des nouvelles qui n'arrivaient pas. La Reine, Madame

Adélaïde, les princes allaient et venaient, demandant si l'on savait

quelque chose de plus. On s'endormait de lassitude; on se réveillait

d'impatience. Je fus frappé de la tristesse du Roi; non qu'il parût

inquiet ou abattu; mais l'incertitude sur la gravité de l'événement le

préoccupait; et ces complots répétés, ces tentatives de guerre civile

républicaines, légitimistes, bonapartistes, cette nécessité

continuelle de lutter, de réprimer, de punir, lui pesaient comme un

odieux fardeau[185].» Ce fut seulement le lendemain matin qu'un aide

de camp du général commandant à Strasbourg apporta le récit détaillé

et enfin complet de l'entreprise du prince et de son prompt échec.

[Note 185: _Mémoires de M. Guizot_, t. IV, p. 199.]

Qu'était-ce donc que l'auteur de cette tentative si inattendue? Le

prince Louis, fils de l'ancien roi de Hollande et d'Hortense de

Beauharnais, né en 1808, devenu, par la mort du duc de Reichstadt, en

1832, l'héritier politique de l'Empereur[186], était personnellement à

peu près inconnu en France: ni la foule, ni le gouvernement,

n'avaient les yeux fixés sur lui[187]. À peine quelques personnes

savaient-elles qu'engagé, avec son frère aîné, dans les conspirations

des _Carbonari_, il avait pris part, en 1831, à l'insurrection de la

Romagne; son frère y succomba; quant à lui, il s'échappa et arriva à

Paris, avec sa mère. En dépit de la loi d'expulsion qui frappait

encore la famille Bonaparte, Louis-Philippe les accueillit avec

bienveillance. Mais, pendant qu'il donnait audience à la reine

Hortense et témoignait de l'intérêt à son fils, ce dernier conspirait

avec les républicains: force fut donc de mettre fin à son séjour en

France[188]. Après un court passage en Angleterre, le prince Louis

revint s'installer auprès de sa mère, dans le riant château

d'Arenenberg, sur les bords du lac de Constance. Adonné aux plaisirs

où il ne s'épargnait pas, et aux exercices du corps où il excellait,

il les entremêlait d'études d'histoire ou de mathématiques et publiait

quelques ouvrages politiques, produit d'un esprit vague, incohérent et

peu mûri[189]. Le canton de Thurgovie lui avait conféré le droit de

bourgeoisie. Par souvenir de l'arme où son oncle avait débuté, il

s'était fait nommer capitaine dans l'artillerie du canton de Berne.

Tenant maison ouverte pour les visiteurs, trop rares à son gré,

qu'attirait la sympathie ou la curiosité, aimable, prompt aux

libéralités, fidèle à ses amis, il savait attirer et fixer les

dévouements.

[Note 186: On sait en effet que l'Empereur avait indiqué comme ses

successeurs, en cas d'extinction de sa descendance directe, les

enfants de son frère Louis, qui n'était cependant, par rang d'âge, que

le troisième de ses frères.]

[Note 187: On se souvient que lors de la mort du duc de Reichstadt, M.

de Metternich avait reproché au gouvernement français de ne pas assez

se préoccuper du personnage qui succédait au fils de Napoléon Ier.

(Voir plus haut, t. II, p. 153.)]

[Note 188: Cet épisode a été vivement raconté par M. le duc d'Aumale,

dans sa fameuse _Lettre sur l'histoire de France_.]

[Note 189: Nous avons déjà eu occasion de parler des _Rêveries

politiques_ et du _Projet de constitution_, publiés en 1832. (Voir t.

I, p. 450.)]

En tous ses actes, dominait une préoccupation exclusive: le

rétablissement de cet Empire, auquel personne autre que lui ne pensait

alors. Dès 1831, quand il s'était jeté dans l'insurrection de la

Romagne, il rêvait de mettre la couronne d'Italie sur la tête de

l'ancien roi de Rome, et de lui fournir ainsi un point d'appui pour

s'emparer de la France. Plus tard, ses écrits n'avaient eu d'autre

objet que de remuer et de flatter, toujours dans le même dessein, les

opinions démocratiques, nationales et césariennes qu'il croyait

dominantes. Comme tous les exilés, il était plein d'illusion sur ses

chances. Les politesses que lui faisaient certains ennemis impatients

ou dépités de la monarchie de Juillet, tels que Carrel, La Fayette,

Chateaubriand, la part de bonapartisme qui se mêlait à l'opposition de

gauche[190], les honneurs tant de fois rendus par le gouvernement à la

mémoire de Napoléon, l'écho que ce nom prestigieux trouvait encore

dans l'imagination populaire, tout cela servait à entretenir et à

exagérer ses illusions. Rêveur taciturne, utopiste et flegmatique,

fataliste en même temps que sceptique, téméraire quoique indolent,

esprit confus et cependant possédé par une idée fixe, «ce doux

entêté», comme l'appelait sa mère, avait dans son étoile, dans la

puissance de son nom, dans la mission de sa race, dans le droit de son

héritage, une foi superstitieuse qu'on eût volontiers qualifiée de

folie, si l'événement n'avait fini par lui donner raison. Tempérament

de joueur s'il en fut, il était résolu, sans se laisser jamais

démonter par aucune perte, à mettre indéfiniment tout son enjeu sur le

même numéro jusqu'à ce qu'il sortît. Du reste, sur les moyens

d'arriver, sur l'emploi de la fourberie ou de la violence, aucun

scrupule. Dès la première heure de sa vie publique, il s'était montré

homme de conspiration et d'aventures; tel il devait rester jusque sur

le trône.

[Note 190: Cf. t. I, p. 444 et suiv.]

À force de vivre sous l'empire de ce rêve ambitieux, il avait fini par

se persuader qu'il lui suffirait de se montrer aux soldats et au

peuple français, pour qu'ils se levassent et marchassent à sa suite,

ainsi qu'ils avaient fait, en 1815, derrière son oncle, débarqué au

golfe Juan avec quelques grenadiers. Ce souvenir lui tournait la tête.

Aidé de quelques amis dévoués corps et âme à sa fortune, entre autres

d'un ancien maréchal des logis, qui avait ajouté à son nom de Fialin

celui de Persigny, et d'une cantatrice de concert, à l'imagination

fort exaltée, madame Gordon, il chercha à se créer quelques affidés

dans l'armée. Ses efforts portèrent principalement sur la garnison de

Strasbourg, à la tête de laquelle il comptait d'abord se placer pour

marcher sur Paris. Il gagna ainsi à sa cause l'un des officiers

supérieurs de cette garnison, le colonel Vaudrey, du 4e régiment

d'artillerie, le commandant Parquin, chef d'escadrons de la garde

municipale, alors en congé, et quelques jeunes officiers auxquels il

promit honneurs et argent. Des tentatives furent faites sans succès

auprès de certains généraux, notamment du général Exelmans. M. Louis

Blanc, bien placé pour connaître les dessous du parti démocratique,

rapporte que des «citoyens aimés du peuple» furent aussi mis dans le

secret. En même temps, des proclamations étaient préparées, où le

futur auteur du Deux-Décembre se portait le champion de la «liberté

trahie» et de la «révolution reniée» par le gouvernement de Juillet.

C'était avec ces seuls moyens qu'un jeune homme de vingt-huit ans,

inconnu, sans passé, se flattait de renverser une monarchie en pleine

sécurité et prospérité, et de s'emparer de la France qui non-seulement

ne l'avait pas appelé, mais ne pensait même pas à lui.

Le 28 octobre au soir, le prince arrive secrètement à Strasbourg. Le

30, à cinq heures du matin, le colonel Vaudrey se rend au quartier

d'Austerlitz, rassemble ses artilleurs, leur distribue de l'argent, et

défend qu'on avertisse les officiers logés en ville. Survient le

prince, revêtu d'un habit d'officier d'artillerie, accompagné du

commandant Parquin, en uniforme de général, et de quelques jeunes

hommes travestis en officiers supérieurs. «Soldats, s'écrie le

colonel, une révolution vient d'éclater en France: Louis-Philippe

n'est plus sur le trône. Napoléon II, empereur des Français, prend les

rênes du gouvernement. Il est devant vous et va se mettre à votre

tête.» Le prince prononce à son tour une courte harangue où il prétend

avoir été «appelé en France par une députation des villes et des

garnisons de l'Est»; suivent des phrases sur «l'aigle d'Austerlitz et

de Wagram», sur «la liberté», des imprécations contre «les traîtres et

les oppresseurs de la patrie». Les soldats, surpris, trompés, habitués

à obéir à leur colonel, répondent en criant: Vive l'Empereur! et se

mettent en marche, derrière le prince, à travers les rues encore

désertes. Des détachements vont arrêter le préfet et le général

commandant le département, se saisissent du télégraphe et des

imprimeries. Le lieutenant Laity enlève le bataillon des pontonniers.

Les habitants, qui commencent à sortir de leurs maisons, attirés par

le bruit, suivent avec étonnement le mouvement des troupes, et

quelques-uns, bien que ne sachant guère ce qui se passe, s'associent

par esprit d'imitation aux acclamations des conjurés. Le prince, ému,

croit toucher au succès. Mais bientôt le vent tourne. Arrivé au

quartier général, il essaye vainement de séduire le général Voirol,

commandant la division, et se voit réduit à le constituer prisonnier

aux mains de quelques soldats. À peine s'est-il éloigné que le général

rappelle énergiquement au devoir les hommes chargés de le garder, et

sort à leur tête pour aller chercher à la citadelle le 16e régiment de

ligne qu'il ramène aux cris de: Vive le Roi! Pendant ce temps, la

partie se décide au quartier Finckmatt. Le prince y est arrivé à la

tête de ses artilleurs, se flattant d'entraîner le 46e de ligne qui y

est caserné. Pendant qu'il harangue les soldats descendus dans la

cour, le lieutenant-colonel Taillandier accourt avec d'autres

officiers, rassemble ses hommes, et, d'une voix brève, énergique, les

avertit qu'on les trompe. Sa parole est écoutée, et les fantassins

répondent par des cris de: Vive le Roi! aux cris de: Vive l'Empereur!

que poussent les artilleurs. Devant un tel accueil, ces derniers se

troublent, hésitent. Le lieutenant-colonel poursuit son avantage et

donne l'ordre à ses soldats d'arrêter le prince et ses complices.

Après un instant de mêlée, l'ordre est exécuté résolûment; le prince,

son uniforme déchiré, est saisi et emmené avec le colonel Vaudrey et

le commandant Parquin. Cela fait, les officiers du 4e régiment

d'artillerie n'ont pas de peine à se faire reconnaître de leurs

hommes; ils se mettent à leur tête et les ramènent en bon ordre dans

leur quartier, criant cette fois: Vive le Roi! Les autres conjurés,

dispersés dans la ville, sont aussitôt abandonnés et pourchassés; les

uns, comme le lieutenant Laity et madame Gordon, sont arrêtés; les

autres parviennent à s'enfuir, tels que M. de Persigny. L'alerte n'a

duré qu'un moment; tout s'est terminé sans effusion de sang, et la

ville reprend bientôt sa physionomie accoutumée.

Le même jour, sur un point pourtant fort éloigné, à Vendôme, on

découvrait dans un régiment de hussards un complot ourdi par un

brigadier nommé Bruyant et quelques soldats. Les conjurés

prétendaient, la nuit suivante, arrêter leurs officiers, se saisir des

autorités de la ville, et proclamer la république. Surpris avec ses

complices, Bruyant tua d'un coup de pistolet le maréchal des logis qui

voulait empêcher sa fuite, et s'échappa. Mais, après avoir erré tout

un jour, il revint lui-même se constituer prisonnier. Bien que

l'étiquette du mouvement fût républicaine, on soupçonna que la

tentative de Vendôme n'était pas sans lien avec celle de Strasbourg.

La France ne connut la téméraire aventure du prince Louis Bonaparte

qu'en apprenant du même coup son avortement misérable. «L'impression

qui domine, écrivait un témoin, à la date du 2 novembre, est celle

d'une profonde surprise. On ne comprend pas qu'il ait pu se rencontrer

dix hommes pour tenter une entreprise aussi désespérée[191].» Chacun

s'accordait à déclarer le nouveau prétendant plus insensé que

menaçant. Il n'entrait pas dans la pensée du gouvernement ou de ses

amis que jamais pût venir de ce côté un danger sérieux; la question ne

se posait même pas[192]. Le personnage ne venait-il pas d'ailleurs de

se rendre ridicule? Et l'on s'imaginait que, dans la démocratie

moderne, le ridicule était aussi mortel qu'aux jours anciens où

l'opinion de la bonne compagnie faisait loi. Personne ne paraît s'être

douté alors que de cette folle échauffourée résultait une sorte de

publicité tapageuse et violente, qui faisait connaître à la foule

l'existence, jusqu'alors ignorée, d'un héritier de Napoléon, et la

résolution où était ce dernier de tout risquer pour s'emparer de la

France.

[Note 191: _Documents inédits._]

[Note 192: Nous lisons dans une dépêche de M. Molé à M. de Barante, en

date du 5 novembre: «Cet acte insensé n'a excité ici d'autre sensation

que celle d'un profond étonnement. On a peine à concevoir les

illusions qui l'ont produit, et chacun se dit que, de tous les partis

opposés au gouvernement du Roi, celui qui vient de signaler son

hostilité est certainement le moins en état de lui susciter des

dangers ou des embarras sérieux.» (_Documents inédits._)--M. de

Sainte-Aulaire constate, dans ses _Mémoires_, une impression analogue:

«Ses prétentions, écrit-il en parlant du prince Louis, étaient un

sujet de risée; je n'ai jamais rencontré personne qui prît la peine de

les discuter.» Il ajoute que le duc d'Orléans, parlant des luttes

qu'il aurait à soutenir, ne supposait jamais que le danger pût venir

des Bonaparte; le prince royal croyait que les républicains eux-mêmes

ne seraient jamais en mesure de disposer des destinées de la France;

c'était ailleurs qu'il voyait le péril. «Je l'ai souvent entendu,

continue M. de Sainte-Aulaire, prévoir, en la déplorant, la nécessité

où il serait un jour de combattre, dans la Vendée, des parents qu'il

aimait et respectait. Les serviteurs les plus dévoués de la maison

d'Orléans ne voyaient de dangers sérieux que de ce côté.» (_Mémoires

inédits du comte de Sainte-Aulaire._)]

Si peu sérieuse qu'eût paru la tentative de Strasbourg, il y avait là

des coupables sur le sort desquels le gouvernement devait statuer. Il

n'eut aucune hésitation. Il estima d'abord que le neveu de Napoléon

Ier ne devait, pas plus que la belle-fille de Charles X, être livré

aux tribunaux: dans un tel procès, tout lui semblait à redouter,

l'humiliation d'un prince comme la mise en scène d'un prétendant, la

rigueur d'une condamnation comme le scandale d'un acquittement. Donc,

pas de poursuite judiciaire. Mais que faire du personnage? Le souvenir

de Blaye était trop présent pour qu'on ne sentît pas quel pouvait être

l'embarras d'une détention arbitraire. En 1832, Louis-Philippe avait

regretté que la volonté contraire de ses ministres et l'excitation de

l'opinion ne lui permissent pas de faire simplement reconduire la

duchesse de Berry à la frontière. En 1836, il était plus libre de

suivre son sentiment. Il fut donc décidé que, sans s'arrêter aux

poursuites déjà commencées par les autorités judiciaires, le prince

Louis serait embarqué sur un vaisseau français et mis en liberté dans

un port des États-Unis. Cette décision, toute clémente, était déjà

arrêtée, quand parvinrent aux Tuileries les supplications de la reine

Hortense, accourue à Paris pour implorer l'indulgence du Roi.

Celui-ci, d'ailleurs, était confirmé dans son sentiment par d'autres

motifs. Craignant, comme beaucoup d'autres alors, que le jeune duc de

Bordeaux ne fût tenté un jour d'imiter sa mère et de risquer une

descente en Vendée, il était bien aise d'établir ce précédent. «J'ai

songé au duc de Bordeaux, en graciant Louis Bonaparte», répéta-t-il

aux ambassadeurs étrangers[193]. Et puis il estimait digne de lui et

de la race des Bourbons d'étonner, par cette clémence, le neveu de

celui qui avait fait fusiller le descendant des Condé dans les fossés

de Vincennes[194]. «Mon coeur, écrivait la Reine, éprouve une douce

jouissance en pensant au parallèle qu'on fera, dans l'histoire, entre

le malheureux événement du duc d'Enghien et celui-ci[195].» Le prince

Louis fut donc extrait, le 10 novembre, de la citadelle de Strasbourg,

traversa Paris, arriva à Lorient dans la nuit du 13 au 14, et fut

embarqué sur la frégate _l'Andromède_, qui devait le déposer à

New-York. Il parut éprouver et manifesta alors pour la générosité du

gouvernement du roi Louis-Philippe des sentiments qu'il eut le tort

d'oublier plus tard[196]. Quand la frégate fut sur le point

d'appareiller, le sous-préfet de Lorient demanda au prince si, en

arrivant aux États-Unis, il y trouverait pour les premiers moments les

ressources dont il pourrait avoir besoin.--«Aucune, répondit-il.--Eh

bien, mon prince, reprit le sous-préfet, le Roi m'a chargé de vous

remettre quinze mille francs qui sont en or dans cette petite

cassette.» Louis Bonaparte prit la cassette, et la frégate mit à la

voile. Restaient les complices du prétendant, et notamment les

officiers qui avaient donné à leurs soldats l'exemple de la trahison.

Il importait à la fidélité de l'armée que de tels faits ne

demeurassent pas sans répression. Si des militaires seuls avaient été

en cause, nulle difficulté: le conseil de guerre eût statué; mais

parmi les conjurés se trouvaient quelques civils; dès lors, il n'y

avait choix qu'entre deux partis: ou considérer le fait comme un

attentat et le déférer à la cour des pairs, ou saisir le jury.

Craignit-on de paraître accorder trop d'importance politique à cette

échauffourée, si l'on en renvoyait les auteurs devant la plus haute

juridiction du royaume? Ou bien, en présence des critiques élevées

contre la libération arbitraire du principal coupable, voulut-on

apaiser les mécontents, en choisissant pour les autres accusés la

juridiction la plus populaire? Toujours est-il que le gouvernement

décida de renvoyer l'affaire devant la cour d'assises du Bas-Rhin. Il

ne devait pas tarder à s'apercevoir que c'était une faute.

[Note 193: Dépêches de Werther, du 18 novembre 1836 et du 16 février

1837. (HILLEBRAND, _Geschichte Frankreichs_, t. I, p. 653.)]

[Note 194: Le Roi raconta alors à M. de Brignoles-Sales, ambassadeur

sarde, que le prince Louis avait été étonné de ne pas subir le sort du

duc d'Enghien. (HILLEBRAND, _Geschichte Frankreichs_, t. I, p. 652.)]

[Note 195: _Mémoires inédits du comte de Sainte-Aulaire._]

[Note 196: Certains partisans du prince ont cherché à nier après coup

l'expression de cette reconnaissance. Ils ont démenti l'authenticité

d'une lettre au Roi qui fut alors publiée. Mais, dans une autre lettre

écrite à son défenseur et terminée à Lorient, le 13 novembre, au

moment de s'embarquer, lettre qui n'a pu être contestée, le prince

parlait du Roi qui, «dans sa clémence, avait ordonné qu'il fût

transporté en Amérique». Tout en regrettant de ne pas «partager le

sort» des amis qu'il avait «entraînés à leur perte», il disait

«apprécier, comme il le devait, la bonté du Roi», et ajoutait:

«J'étais coupable contre le gouvernement: le gouvernement a été

généreux envers moi.» C'est après avoir lu cette lettre devant le jury

de Strasbourg, dans le procès des complices du prince, que Me Parquin,

défenseur du commandant Parquin, s'écria: «Parmi les défauts de

Louis-Napoléon, il ne faut pas du moins compter l'ingratitude.»]

V

Presque au même moment où celui qui devait être Napoléon III faisait

une si étrange entrée sur la scène politique, la mort en faisait

silencieusement sortir celui qui avait été Charles X. Ce prince

s'éteignit à Goritz, le 6 novembre 1836; il venait d'entrer dans sa

quatre-vingtième année; aucun des rois de sa race n'avait atteint un

âge aussi avancé. Depuis 1832, il avait quitté l'Écosse et accepté, à

Prague, l'hospitalité de l'empereur François II. Enfermé, en compagnie

de quelques anciens serviteurs, dans le sombre château du Hradschin,

avec des grenadiers autrichiens montant la garde à la porte de ses

appartements, il semblait plus loin que jamais de la France moderne.

La triste issue de la tentative de la duchesse de Berry l'avait

confirmé dans son parti pris d'inaction. Il tenait rigueur à la

princesse, déchue par son second mariage: ce ne fut qu'à grand'peine,

et sur les instances des royalistes les plus considérables, qu'il

consentit à lui laisser entrevoir ses enfants, le duc de Bordeaux et

sa soeur[197]. Il se méfiait de tous les agités de son parti. Bien

loin de désirer leurs visites, il les redoutait plutôt, et M. de

Metternich était sûr de lui plaire, quand il refusait des passe-ports

à plusieurs de ces importuns. «Charles X, disait le chancelier

d'Autriche à l'ambassadeur de France, ne veut pas être compromis,

obsédé, ruiné par une foule de gens qui, plus ou moins zélés ou

désintéressés, viennent en foule lui offrir leurs services et lui

demander de l'argent[198].»

[Note 197: Abattue et humiliée, la duchesse de Berry finit, après

avoir erré en Italie et en Autriche, par s'installer dans un château

voisin de Prague.]

[Note 198: _Mémoires inédits du comte de Sainte-Aulaire._]

Ce vieux roi immobile n'était pas le chef qu'eussent voulu les

royalistes qui rêvaient d'une revanche en Vendée ou d'un coup de main

en partie liée avec les sociétés secrètes; il ne convenait guère

davantage à ceux qui, dans leurs alliances de tribune, de presse ou

d'élection avec les hommes de gauche, en étaient venus à professer sur

la liberté, sur le droit du Parlement, et même sur la démocratie,

certaines thèses singulièrement différentes des principes qui avaient

eu cours aux Tuileries, sous le ministère du prince de Polignac, ou se

conservaient au Hradschin avec M. de Blacas. Aussi ces royalistes en

voulaient-ils plus que jamais à leur prince, de garder si jalousement,

malgré l'abdication de Rambouillet, ce titre de roi dont il ne faisait

rien, ou du moins dont il ne se servait que pour imposer à tous les

siens sa volonté d'inertie. À leurs yeux, la royauté était passée,

depuis le 2 août 1830, sur la tête de Henri V, et, en attendant sa

majorité, une régence eût dû être constituée: plusieurs soutenaient

même que cette régence appartenait de droit à la duchesse de Berry. De

telles prétentions étaient qualifiées de révolutionnaires dans la

petite cour de Charles X. On y soutenait volontiers que les

abdications étaient nulles, d'abord parce que les conditions n'en

avaient pas été remplies, à commencer par la première qui était la

reconnaissance et la proclamation de Henri V, subsidiairement parce

qu'elles n'avaient pas été libres. Ni Charles X ni le duc d'Angoulême

ne se prononçaient, mais ils laissaient dire. Ces divisions

n'embarrassaient pas peu l'action royaliste. Des conférences eurent

lieu sous la présidence de M. de Pastoret pour y mettre fin: elles

n'aboutirent à aucune décision. On demanda à Charles X de trancher la

question; il ne voulut pas faire plus que d'écrire au marquis de

Latour-Maubourg une lettre où il recommandait de travailler dans

l'intérêt de son petit-fils[199]. Vers 1833, M. de Blacas envoya un

ancien magistrat, M. Billaut, à Paris, pour faire accepter aux

fractions divergentes du parti une sorte de transaction. «Les

abdications, disait le juriste de la cour, au fond, dans la forme, et

par les circonstances qui s'y rattachent, sont un acte sans valeur;

mais le Roi sait très-bien, ainsi que M. le Dauphin, qu'ils ont voulu

transmettre la couronne à M. le duc de Bordeaux: ils persistent dans

cette résolution; seulement elle s'accomplira quand le moment sera

venu. Jusque-là, il faut que la royauté reste comme dans un nuage, _in

nube_. Vous voulez Henri V, vous l'aurez, mais voici de quelle

manière: le Roi sera rétabli sur son trône, parce qu'il faut qu'il y

remonte; après avoir rétabli la monarchie légitime, il la remettra

solennellement, ainsi que M. le Dauphin, à M. le duc de Bordeaux.» Une

conférence eut lieu où l'envoyé exposa son système; mais il fut

combattu par le général de Clermont-Tonnerre et par M. Berryer. M.

Billaut avait insisté sur le caractère vif et emporté du duc de

Bordeaux, qui s'exalterait, disait-il, et deviendrait indomptable,

s'il se croyait véritablement roi. On lui répondit que si tel était le

caractère du jeune prince, il y aurait un danger bien plus grand à le

dépouiller d'une royauté qu'il devait regarder comme acquise. Cette

conférence n'eut donc pas plus de résultat que les précédentes[200].

[Note 199: _Un ministre de la Restauration, le marquis de

Clermont-Tonnerre_, par M. Camille ROUSSET, p. 409 à 411.]

[Note 200: _Ibid._, p. 411 et 412.]

Ces contestations n'étaient pas faites pour apaiser les royalistes,

déjà disposés à blâmer ce qui se faisait et ce qui ne se faisait pas à

la cour de Prague. Leurs critiques devenaient de plus en plus âpres.

Ils déploraient l'influence dominante du duc de Blacas et la direction

donnée par M. de Damas à l'éducation du duc de Bordeaux. Ils

témoignaient la crainte que ce jeune prince ne fût élevé dans des

idées étroites, vieillies, impopulaires, et ne fût ainsi mal préparé à

comprendre la France, comme à s'en faire aimer[201]. L'opposition

éclata surtout avec une vivacité qui était un signe du temps, quand,

en 1833, Charles X appela deux Jésuites, en qualité de précepteurs,

auprès de son petit-fils[202]. La _Gazette de France_ et la

_Quotidienne_ attaquèrent ce choix qui leur paraissait une sorte

d'imprudent défi à l'opinion régnante; la clameur fut telle dans le

camp des royalistes, qu'au bout de cinq mois, Charles X crut devoir

congédier les Jésuites et les remplacer par Mgr Frayssinous.

[Note 201: On trouve dans les _Mémoires d'outre-tombe_, de M. DE

CHATEAUBRIAND, notamment dans le célèbre récit du voyage à Prague, la

trace des sentiments alors régnants dans une partie du monde

royaliste. Seulement, l'illustre écrivain y a ajouté sa note

personnelle d'amertume chagrine et dédaigneuse.]

[Note 202: Le général des Jésuites, qui craignait, lui aussi, que son

Ordre ne fût compromis, notamment en France, par une telle

désignation, n'avait accédé qu'à regret et sur l'ordre formel du Pape

à la demande de Charles X. Le provincial, en résidence à Paris, eut à

cette occasion des conversations avec M. Thiers. Celui-ci le rassura,

déclarant qu'il trouvait la conduite des Jésuites toute naturelle, et

que le gouvernement ne voyait là aucune raison de se départir de sa

tolérance à leur égard. (_Histoire de la Compagnie de Jésus_, par M.

CRÉTINEAU-JOLY, t. VI.)]

Dans cette même année 1833, à l'occasion du quatorzième anniversaire

de la naissance du duc de Bordeaux, les ardents, et parmi eux beaucoup

de combattants de la Vendée, résolurent d'organiser, à grand tapage,

une sorte de pèlerinage à Prague. On voulait faire une manifestation

qui secouât la torpeur de la vieille cour, et célébrer en quelque

sorte l'émancipation du jeune roi: ne parlait-on pas de proclamer ce

dernier majeur, et quelques têtes chaudes ne rêvaient-elles même pas

de s'emparer de sa personne? Charles X, fort effarouché de tout ce

bruit, s'en plaignit à M. de Metternich, qui fit prier le duc de

Broglie de suspendre la délivrance des passe-ports pour la Bohême. Le

ministre français répondit que notre législation ne le lui permettait

pas; réponse dont le chancelier conserva quelque humeur. Ne pouvant

arrêter l'invasion qui le menaçait, le vieux roi prit le parti étrange

de s'évader de Prague, avec son petit-fils. M. de Metternich, causant

alors avec M. de Sainte-Aulaire, s'égayait beaucoup du désappointement

des légitimistes, «quand, en arrivant à Prague, ils n'y trouveraient

plus Henri V, et devraient ainsi jouer la tragédie d'Hamlet sans

Hamlet». Leur mortification fut grande, en effet. Plusieurs pèlerins

parvinrent à rejoindre la petite cour fugitive à Butchirad, où ils

purent présenter à la hâte leurs hommages au jeune roi. Mais à peine

étaient-ils arrivés, que, sans attendre l'anniversaire, occasion de la

manifestation projetée, Charles X emmena de nouveau son petit-fils;

cette fois, il s'enfuit jusqu'à Leoben en Styrie. La police

autrichienne fit bonne garde autour de cette ville et ne laissa

approcher personne[203].

[Note 203: _Mémoires inédits du comte de Sainte-Aulaire._]

Depuis lors, rien ne vint troubler la monotonie triste et la muette

immobilité des dernières années de Charles X. Sans un doute sur la

pérennité imprescriptible de son droit, sans un trouble de conscience

sur l'usage qu'il en avait fait dans le passé, sans un regret des

fautes qu'il ne voyait pas, mais aussi sans espoir humain d'une

revanche, l'honnête et aveugle auteur des ordonnances de Juillet

demeurait aussi obstinément infatué de ses idées propres que

pieusement résigné à son malheur. Doux d'ailleurs envers les hommes et

les événements, ne se laissant ni irriter ni ébranler par aucune

contradiction, aimable et bon avec son entourage, il n'avait rien de

l'amertume ombrageuse, fréquente chez les vaincus de la vie. Il ne

s'inquiétait que de garder la dignité de sa royauté honoraire et

d'assurer le salut de son âme. Une telle attitude facilitait

singulièrement le rôle du gouvernement français. «Je n'avais point,

écrit l'ambassadeur de France près la cour de Vienne, à surveiller ce

qui se passait dans la triste et paisible retraite du Hradschin. Le

duc de Broglie m'avait dit, en m'envoyant à Vienne, que le nom de

Charles X ne se trouverait probablement pas une fois dans ses

dépêches, et, pas plus que moi, il n'eût voulu troubler la solitude et

ajouter à l'infortune du vieux roi[204].»

[Note 204: _Ibid._--Le gouvernement du roi Louis-Philippe devait du

reste persister dans cette conduite, même après la mort de Charles X.

On lit, à la date du 26 décembre 1839, dans le journal de la princesse

de Metternich: «Clément (M. de Metternich) a reçu hier un courrier de

Paris, qui lui annonce que Louis-Philippe est très-irrité contre M. de

la Tour-Maubourg, son ambassadeur à Rome, parce que celui-ci se plaint

de la présence du duc de Bordeaux. Il jouit, dit-il, des priviléges

indiscutables d'un prince français, et M. de la Tour-Maubourg est tenu

de le traiter avec le plus grand respect. Jamais on ne pourra

reprocher à Louis-Philippe de manquer d'esprit.» (_Mémoires de M. de

Metternich_, t. VI, p. 347.)]

En 1836, Charles X se décida à quitter Prague et à chercher un climat

plus doux. Vers la fin d'octobre, après un voyage ralenti par une

grave maladie du duc de Bordeaux, il se trouva avec les siens dans la

petite ville de Goritz, en Illyrie. Le 1er novembre, il fut pris d'un

léger dérangement d'entrailles. Le 4, le mal s'aggrava subitement, et

les médecins constatèrent une violente attaque de choléra: il apparut

aussitôt que la mort était proche. Dans son agonie, le malade n'eut de

paroles et de pensées que pour Dieu. Il expira le 6 novembre, à une

heure et quart du matin. Peu de jours après, en présence d'étrangers

nombreux et de quelques Français, son corps fut inhumé dans le couvent

de Franciscains où, près d'un demi-siècle plus tard, devait être

également portée la dépouille de son petit-fils.

La simplicité douloureuse de cette mort ne fixa pas longtemps

l'attention, aussitôt distraite, du public français. On se découvrit

un instant devant ce cercueil lointain, puis chacun s'en alla à ses

affaires. Le ton de la presse fut du reste généralement convenable, et

le principal organe du gouvernement, le _Journal des Débats_, parla

avec respect de ce «long exil supporté avec résignation et avec une

sorte de grandeur religieuse». À la différence des autres cours

d'Europe, celle de France ne prit pas le deuil. Ainsi statua le

conseil des ministres, après en avoir longuement délibéré. On donna

pour raison que, selon la loi de l'étiquette, le deuil ne se prenait

que sur notification du décès, et que cette notification n'avait pas

été reçue. C'était se décider par un petit motif, dans une affaire qui

eût du être regardée de plus haut. Peut-être les ministres avaient-ils

craint de fournir un nouveau prétexte aux criailleries de ceux qui

leur avaient si violemment reproché de n'être pas des «hommes de

Juillet».

Dans l'intérieur du parti royaliste, la mort de Charles X ne résolvait

pas la question d'abdication. L'héritier le plus proche du défunt

était son fils, le duc d'Angoulême, alors âgé de soixante et un ans.

Le 2 août 1830, en même temps que son père abdiquait, il avait

renoncé à ses droits en faveur de son neveu. Sur la valeur et la

portée de cette renonciation, même incertitude qu'au sujet de

l'abdication de Charles X. Il semblait cependant qu'on n'eût pas à

redouter de l'ancien Dauphin des prétentions excessives. Très-pieux,

brave, instruit, sensé, mais d'une timidité gauche qui allait jusqu'à

la sauvagerie, il paraissait moins fait pour commander que pour obéir,

et était toujours plus prompt à se cacher qu'à se mettre en avant. On

put croire, au premier moment, qu'il allait donner pleine satisfaction

aux partisans de Henri V: «J'ai annoncé à mon neveu, dit-il à M. de

Clermont-Tonnerre, que je ne prenais pas le titre de roi, et que je me

ferais appeler le comte de Marnes.» Mais à peine avait-on eu le temps

de le remercier, qu'il laissait M. de Blacas rétablir autour de lui

l'étiquette royale, et faire décider, dans un conseil intime, que,

devenu Louis XIX, il devait prendre le titre de roi. Toutefois, pour

donner satisfaction aux autres royalistes, il fut convenu que, si le

fils de Charles X succédait provisoirement à son autorité, notamment à

celle que le Roi exilé avait exercée comme chef de famille, ce n'était

que jusqu'à la fin des malheurs de sa maison; le duc de Bordeaux

devait être seul roi, le jour où le titre cesserait d'être honoraire.

Ajoutons que cette royauté ne se manifestait que dans l'intimité de la

petite cour; pour tous les actes extérieurs, l'ancien Dauphin n'était

que le comte de Marnes. D'ailleurs, les cours étrangères, celle de

Vienne en tête, se refusèrent à le traiter en roi; elles ne lui

reconnurent d'autre qualité que celui de chef de sa famille, et

continuèrent à lui donner le titre d'Altesse royale[205]. En somme,

la mort de Charles X ne changea à peu près rien à la direction du

parti royaliste. Cette direction n'en était ni rajeunie, ni plus en

harmonie avec le mouvement de la France nouvelle.

[Note 205: M. de Metternich dit alors à l'ambassadeur de France:

«Charles X était roi, malgré son abdication, la royauté étant

indélébile. Nous l'avons dès lors traité et dû traiter de Majesté. La

maison de France comptait donc deux rois jusqu'à présent. Aujourd'hui,

il n'y en a plus qu'un pour nous. Le duc d'Angoulême est _Altesse

royale_. Personne, parmi nos employés, ne lui reconnaîtra et ne lui

donnera par courtoisie un autre titre. C'est cependant à lui que nous

reconnaîtrons le droit de décider toute question relative au duc de

Bordeaux, mais seulement comme _paterfamilias_.» (Lettre particulière

de M. de Sainte-Aulaire à M. Molé.)--Cf. aussi une dépêche du 1er

décembre 1836, dans laquelle M. de Barante rapporte un langage

analogue de M. de Nesselrode. (_Documents inédits._)]

Histoire de la Monarchie de Juillet (Volume 3 / 7) · 第 26 / 95 题