PIS est l'opposé de _mieux_, et se dit pour _plus mal_. Il ne se joint

pas à des substantifs masculins ou féminins, mais seulement à des noms,

où à des pronoms indéterminés, comme dans cette phrase, _rien n'est_ PIS

_qu'une mauvaise langue_.

_Pis_ est quelquefois substantif: _le_ PIS _de l'affaire est que_...

_Pis_ est aussi adverbe comparatif: DE PIS _en_ PIS,--_de mal en_

PIS,--_tant_ PIS.

Le peuple dit abusivement _de_ PIRE _en_ PIRE,--_de mal en_

PIRE,--_tant_ PIRE.

PLAINDRE. _Se plaindre de ce que_, suppose un sujet de plainte: _il se

plaint_ DE CE QUE _vous l'avez trompé_.

_Se plaindre que_ ne suppose pas lieu à la plainte: _il a tort de se

plaindre_ QUE _vous l'ayez trompé_.

Le participe passé de _se plaindre_ s'accorde toujours avec le second

pronom: _ils se sont_ PLAINTS _de vous_:--_elle s'est plainte de votre

conduite_: excepté lorsque _se plaindre_ signifie _se refuser_, cas dans

lequel le second pronom cesse d'être régime direct, _elle s'est_ PLAINT

_le boire et le manger_.

PLAIRE. Ce _qui plait_ est ce qui est agréable: ce _qu'il plait_ est ce

que l'on veut: _les incensés sacrifient leurs intérêts à ce_ QUI _leur_

PLAIT:--_les gens d'un caractère opiniâtre ne veulent faire que ce_

QU'IL _leur_ PLAIT.

On doit répondre à quelqu'un qui offre quelque chose, _ce_ QU'IL _vous

plaîra_, et non pas, _ce_ QUI _vous plaîra_.

Le participe passé de _plaire_ est toujours invariable:--_ils nous ont_

PLU:--_ils se sont_ PLU _réciproquement_:--_ils se sont_ PLU _à me

contrarier_:--_elles se sont_ PLU _à la campagne_.

PLAISIR (il y a). Cette locution prend _à_ devant une consonne, et _de_

devant une voyelle. _Il y a plaisir_ À _l'entendre chanter_:--_il y a

plaisir_ D'_avoir affaire à un homme si loyal_.

PLÉONASME. Le pléonasme est autorisé lorsqu'il ajoute à la phrase plus

d'énergie et de grâce; mais souvent il est un vice à éviter. Voici

quelques phrases dans lesquelles le pléonasme est vicieux.

_S'entr'égorger les uns les autres_: les mots _les uns les autres_ sont

superflus:--_plaintes réciproques de part et d'autre_: _de part et

d'autre_ sont redondans: _discours rempli de beaucoup de citations_:

_beaucoup_ est inutile.--_À Mons. N, Prêtre, Curé de N_;--_À Mons. N,

Prêtre, Vicaire de N_:--_Je_, _soussigné, Prêtre, Curé de N_. Le mot

_prêtre_ dans ces phrases est superflu:--_une heure de temps_:

retranchez _de temps_:--_ainsi donc vous avez tort_; l'un des deux

termes _ainsi_ et _donc_ est redondant:--_les ennemis reculent en

arrière_: on ne recule pas en avant; _en arrière_ est donc superflu; _un

brillant éclat_: _brillant_ est superflu, car tout éclat est

_brillant_:--_un cadavre inanimé_; certes il n'y a pas de cadavre

_animé_:--_il fut forcé malgré lui d'y consentir_; supprimez _malgré

lui_:--_il faut s'entr'aider mutuellement_; le dernier mot de cette

phrase n'ajoute rien au sens:--_un petit peu_; retranchez

_petit_:--_dépêchez-vous vite_; _vite_ est superflu:--_tempête

orageuse_; retranchez _orageuse_:--_voyons voir_; répétition

barbare:--_je vais aller le chercher_, dites _je vais le

chercher_:--_pour faire fuir les ennemis on n'aurait seulement qu'à se

montrer_; _seulement_ est superflu:--_je vais dîner, et puis ensuite je

me rendrai chez vous_; _puis_ signifie _ensuite_, il faut donc

retrancher l'un ou l'autre:--_réellement vrai_; langage ridicule:--_au

jour d'aujourd'hui_; _jour_ est de trop:--_hémorragie de sang_:

retranchez _de sang_, puisque le mot _hémorragie_ signifie par lui-même

_perte de sang_:--_il est impossible qu'on puisse réussir_; dites, _il

est impossible de réussir_:--_il est impossible de pouvoir_; otez _de

pouvoir_:--_je suis bien parfaitement_, ou _très-parfaitement votre

humble serviteur_; les mots _bien_ et _très_, joints à _parfaitement_,

sont redondans, parce qu'on ne peut rien ajouter à ce qui est

parfait:--_un des modèles les plus parfaits_ est une faute, retranchez

_les plus_. Quelques grammairiens souffrent dans la conversation

familière ces expressions, _montez en haut_;--_descendez en bas_;--_je

veux unir ces deux prairies ensemble_.

PLIER, c'est mettre en plusieurs doubles: _plier du linge_;--_plier une

lettre_.

PLOYER. _Je ploie, tu ploies, il ploie, nous ployons, vous ployez, ils

ploient, je ployais, nous ployions, vous ployiez, ils ployaient, je

ployai, je ploierai, je ploierais, ploie, ployons, ployez, que je ploie,

que nous ployions, qu'ils ploient, que je ployasse, ployant, ployé,

ployée._

_Ployer_, c'est courber, faire fléchir: _ployer une branche d'arbre_.

PLUPART. Le substantif _plupart_ étant un collectif partitif, veut que

le verbe et les autres correspondans, comme adjectifs, participes et

pronoms s'accordent avec le substantif exprimé, ou sous-entendu après

_la plupart_: _la plupart du monde_ PENSE,--_la plupart des sénateurs_

ÉTAIENT MÉCONTENS _et_ FATIGUÉS _de la guerre_;--_la plupart_ ÉTAIENT

_d'avis que_...

Dans le premier exemple l'accord a lieu avec _monde_, dans le second

avec _sénateurs_, et dans le troisième avec le mot _sénateurs_

sous-entendu; c'est comme s'il y avait, _la plupart des sénateurs

étaient d'avis que_...

PLUS. Le superlatif _le plus_, _la plus_, _les plus_, veut après lui le

subjonctif: _les mouvemens des planètes sont les plus réguliers que

nous_ CONNAISSIONS.

Avant les adverbes _plus_, _mieux_, _moins_, on emploie _le_, _la_,

_les_, pour exprimer une comparaison: _cette dame ne pleurait pas,

quoiqu'elle fût_ LA PLUS _affligée_, c.-à-d., la dame plus affligée que

les autres.

Au contraire on emploie simplement _le_ pour marquer une qualité portée

au plus haut degré, sans aucune idée de comparaison avec d'autres

objets: _cette dame ne pleure pas alors même qu'elle est_ LE PLUS

_affligée_:--_il s'est baigné dans l'endroit où les eaux sont_ LE MOINS

_rapides_.

Dira-t-on, _les opinions_ LES PLUS ou LE PLUS _généralement suivies_?

La réponse dépend de l'intention de celui qui parle.

S'il s'agit d'opinions considérées en elles-mêmes, et sans comparaison,

on dira LE PLUS _généralement suivies_.

Si au contraire, vous avez en vue d'autres opinions moins suivies, et

que vous vouliez indiquer une comparaison, vous direz LES PLUS

_généralement suivies_.

Lorsque le terme de comparaison placé après _plus_ exprime une idée de

mesure, de quantité, cet adverbe doit être suivi de la préposition _de_,

et non de _que_: _il est plus_ D'_à demi mort_:--_mon argent est plus_

D'_à moitié dépensé_.

PLUS TÔT, PLUTÔT. Il ne faut confondre ces deux mots. _Plus tôt_,

locution adverbiale, est l'opposé de _plus tard_: _plutôt_, adverbe,

marque une préférence. _Plutôt mourir que de trahir ma foi._

POINT. Pas énonce simplement la négation: _point_ l'exprime avec

beaucoup plus de force: _il n'a_ PAS _d'esprit ce qu'il faut pour cette

place_:--_c'est un homme qui n'a_ POINT _d'esprit_.

Il n'en est pas de même quand on interroge: si ma question est

accompagnée de doute, je dirai; _n'avez-vous point été là?_ mais si je

suis persuadé, je dirai par manière de reproche: _n'avez-vous pas été

là?_

PORTE. Les mots composés qui suivent ne prennent point d'_s_ au pluriel:

_porte-éguille_, _porte-baguette_, _porte-balle_, _porte-chape_,

_porte-collet_, _porte-crayon_, _porte-croix_, _porte-crosse_,

_porte-dieu_, _porte-drapeau_, _porte-enseigne_, _porte-étendard_,

_porte-lanterne_, _porte-malheur_, _porte-manteau_, _porte-mousqueton_,

_porte-respect_, _porte-verge_, etc. V. SUBSTANTIFS COMPOSÉS.

POUPÉE, jouet d'enfant. On substitue souvent à ce mot celui de _catin_.

Le mot _catin_, quoique désigné par quelques auteurs comme synonyme de

_poupée_, sonne mal aux oreilles délicates, au point qu'il n'est plus

prononcé en ce sens dans la bonne société, et que le Dict. de

l'Académie, Édit. de 1834, ne lui donne d'autre signification que celle

de _femme de mauvaises moeurs_.

POURVOIR. Passé défini, _je pourvus_: futur, _je pourvoirai_;

conditionel, _je pourvoirais_: imparfait du subj. _que je pourvusse_. Le

reste sur _voir_.

POUVOIR. _Je puis_ est plus usité que _je peux_. On ne dit pas

_peux-je_? mais _puis-je_? Avec _pouvoir_ on peut supprimer _pas_ et

_point_; _je ne puis_:--_il ne peut sortir_:--il en est de même des

verbes _cesser_, _oser_, et _savoir_.

PRENDRE GARDE QUE veut _ne_ devant le verbe suivant: _prenez garde

qu'on_ NE _vous trompe_: excepté quand il est employé interrogativement,

ou avec une négation.

PRÉPOSITIONS. Les prépositions _à_, _de_, _en_, se répètent toujours

avant chaque régime: _il dut la vie_ À _la clémence_, _et_ À _la

magnanimité du vainqueur_:--_il est doux_ DE _servir_, _et_ DE

_contribuer à sa gloire_.

Les autres prépositions, surtout celles qui n'ont qu'une syllabe, se

répètent quand les régimes n'offrent aucune ressemblance de

signification. DANS _la paix et_ DANS _la guerre_:--PAR _la force et_

PAR _l'adresse_.

Au contraire elles ne se répètent pas quand les régimes sont des

expressions synonymes: DANS _la mollesse et l'oisiveté_:--PAR _la force

et la violence_:--À TRAVERS _les dangers et les obstacles_.

PRÈS, veut après lui la proposition _de_: _près_ DES

_montagnes_;--_près_ DU _château_, excepté dans le style familier;

_près le marché_.

_Près de_ indique aussi le temps et le nombre: _il est_ PRÈS DE _deux

heures_;--_il y a_ PRÈS DE _vingt ans_. Ne dites pas: _il est_ PROCHE

_de deux heures_:--_il y a_ PROCHE _de vingt ans_.

PRESQUE. L'_e_ final de _presque_ s'élide seulement dans _presqu'île_;

ainsi écrivez sans élision, _ouvrage_ PRESQUE _achevé_:--_habit_ PRESQUE

_usé_.

PRÊT À adjectif, signifie disposé à: _prêt_ À _partir_:--_ils sont

prêts_ À _commencer_. _Près de_ préposition, signifie sur le point de:

_le soleil est près_ DE _se coucher_.

PRÉVALOIR se conjugue sur _valoir_, excepté au présent du subjonctif, où

il fait, _que je prévale_, _que tu prévales_, _qu'il prévale_, _que nous

prévalions_, _que vous prévaliez_, _qu'ils prévalent_.

PRIER. Imparf. de l'ind. _nous priions_, _vous priiez_, _ils priaient_:

présent du subjonctif, _que nous priions_, _que vous priiez_.

_Prier_ DE _dîner_ se dit d'une invitation accidentelle: _Prier_ À

_dîner_ d'une invitation préméditée.

PRONOMS RELATIFS. Les pronoms relatifs _qui_, _que_, _lequel_,

_laquelle_, _dont_, _où_, veulent le subjonctif après eux, quand ils ont

pour antécédent un nom employé dans une phrase qui marque le doute, le

désir, l'interrogation ou le commandement; et l'indicatif, lorsque la

phrase exprime quelque chose de positif.

_Pronoms relatifs

avec l'indicatif._

Je connais quelqu'un qui POURRA vous rendre ce service:--voilà un livre

que vous POURREZ consulter au besoin:--prêtez-moi ce livre dont vous

n'AVEZ pas besoin:--ne quittez pas une place où vous ÊTES commodément,

et d'où vous ENTENDEZ bien.

_Les mêmes pronoms

avec le subjonctif._

Connaissez-vous quelqu'un qui PUISSE me rendre ce service?--donnez-moi

un livre que je PUISSE consulter au besoin;--prêtez-moi un livre dont

vous n'AYEZ pas besoin:--choisissez une place où vous SOYEZ commodément,

et d'où vous ENTENDIEZ bien.

_Auquel_, _à laquelle_, sont d'un usage très-ordinaire, et presque

toujours indispensable quand il est question de _choses_: _le jardin_

AUQUEL _je donne mes soins_:--_les sciences_ AUXQUELLES _je m'applique_.

Mais si l'on parle de _personnes_, on est libre d'employer _à qui_, ou

_auquel_, _à laquelle_: _Dieu_ À QUI, ou AUQUEL _nous devons rapporter

toutes nos actions_.

Quand ce sont des prépositions autres que _de_ et _à_, qui régissent le

pronom relatif, l'on peut employer indifféremment _qui_ ou _lequel_, si

l'on parle de _personnes_, et dire; _cherchons à fléchir le Juge_ DEVANT

QUI, OU DEVANT LEQUEL _nous devons paraître un jour_:--_on s'ennuie

toujours avec ceux_ AVEC QUI, ou AVEC LESQUELS _il n'est pas permis de

s'ennuyer_.

Mais si l'on parle de _choses_, l'on doit se servir de _lequel_,

_laquelle_: _l'opinion_ CONTRE LAQUELLE _je me déclare_.

_Qui_ s'emploierait cependant dans les cas où les choses seraient

_personnifiées_: _rochers_ À QUI _je me plains_:--_la gloire_ À QUI _je

me suis dévoué_.

PRONONCIATION. La prononciation de la conversation diffère de celle de

la déclamation, et de la lecture, en ce qu'elle souffre une infinité

d'hiatus, pourvu qu'ils ne soient pas trop rudes. L'usage est tellement

prononcé à cet égard, qu'il serait d'un pédant de ne pas s'y conformer.

Ainsi dans la conversation, _folâtrer et rire_:--_aimer à jouer_, se

prononcent, _folâtré et rire_:--_aimé à jouer_. En général l'_s_ finale

des verbes ne se prononce point devant une voyelle: ainsi, _tu aimes à

rire_:--_tu joues avec prudence_, se prononcent, _tu aime à rire_:--_tu

joue avec prudence_.

L'articulation vicieuse de la diphthongue _oi_, si fréquente chez nous,

doit attirer l'attention sérieuse de l'instituteur; ou plutôt,

devons-nous dire, sa conscience est grevée à cet égard, d'une immense

responsabilité envers ses élèves et la société.

En discutant la prononciation de cette diphthongue, Gatel, dans la

préface de son dictionnaire, p. XII (Édit. de 1813) dit:

«Quant à la diphthongue _oi_...je n'ignore pas que l'usage lui

donne chez nous...une susceptibilité de plusieurs nuances, pour

ceux du moins qui...ont les organes extrêmement souples et

délicats. C'est tantôt le son d'_oe_, ou plutôt

d'_oè_;...tantôt celui d'_oa_...tantôt celui d'_oua_...mais ces

nuances m'ont paru en général si légères, si difficiles à

saisir...que...j'ai jugé plus convenable...de désigner

toujours...la prononciation d'_oi_ par _oa_, en prenant la

seule précaution d'affecter l'_a_ de l'accent circonflexe,

suivant que le son en devait être plus ou moins fortement

appuyé.»

Duvivier, dans son article des diphthongues, dit que le son le plus

naturel de la diphthongue _oi_,

«est celui que l'on suit en grec, où l'on fait entendre l'_o_

et l'_i_, comme dans _voi-ïelle_, _roi-ïaume_ (_voa-ïelle_,

_roa-ïaume_) mais,» dit-il, «elle a encore d'autres sons qu'il

est difficile de représenter par écrit.»

Outre Gatel déjà cité, Noël et Chapsal dans leur dictionnaire, et

Rolland dans son vocabulaire, désignent toujours la prononciation de la

diphthongue _oi_ par _oa_, ou _oua_. Suivant eux, _voir_, _boire_,

_croire_, _moi_, _toi_, _droit_, etc., se prononcent, _voar_, _boar_,

_croar_, _moa_, _toa_, _droa_.

Il faut donc éviter de donner le son de l'_è_ ouvert à la diphthongue

_oi_, et se garder de prononcer, _vo-ère_, _bo-ère_, _cro-ère_, _mo-è_,

_to-è_, _dro-è_, etc.

Le Dictionnaire de l'Académie, et la plupart des grammairiens modernes

donnent, à quelques nuances près, la même règle pour la prononciation de

la diphthongue _oi_.

Le son de la voyelle _a_, comme le son de quelques autres voyelles, peut

être _aigu_ ou _grave_: il est aigu dans _patte_, _natte_ et grave dans

_hâte_, _pâte_. On conçoit, facilement que le son grave doit être plus

fort, plus rempli que le son aigu: mais on doit éviter de prononcer

l'_a_ comme les anglais le prononcent dans LAW (loi): et les allemands

dans JA (oui) avec une effrayante ouverture de bouche. La douceur,

l'harmonie de la langue française, ne peut souffrir la rudesse de tels

sons.

L'Académie vient à l'appui de cette règle de la prononciation de la

voyelle _a_.

«Le son de l'_a_, en français, est le même dans tous les mots:

il ne différe que par sa durée, et par des nuances peu

sensibles. Il est long ou bref: long dans _pâte_, _grâce_; bref

dans _glace_, _trace_. _Dict._ de _l'Ac. Édit. de 1832_.»

Les autres voyelles susceptibles de devenir graves, sont _e_, _u_, _o_:

_tempête_, _jeûne_, _côte_.

PROPORTIONNEL _adjectif_, et PROPORTIONNELLEMENT _adverbe_, termes de

mathématiques, sont employée quand il s'agit de quantités en lignes, en

nombres ou en grandeurs, qui sont en proportion. _Réduire_

PROPORTIONNELLEMENT _un grand plan à un petit_.

Dans les autres cas, où il est question de proportion entre une chose et

une autre chose, on se sert du participe _proportionné_, et de l'adverbe

_proportionnément_: _le remède est_ PROPORTIONNÉ _au mal_:--_il n'a pas

été récompensé_ PROPORTIONNEMENT _à son mérite_.

PROPRE À, désigne une vocation, ou une destination encore imparfaite.

_Propre pour_, marque une capacité acquise: un homme _propre à_ la

guerre, pourra être un jour un guérier: un homme _propre pour_ la

guerre, a ce qu'il faut pour l'être maintenant.

PUISQUE. L'_e_ de _puisque_ ne s'élide que devant _il_, _ils_, _elle_,

_elles_, _on_, _un_, _une_: même observation pour le mot _quoique_.

QUATRE-VINGTS prend la marque du pluriel: _quatre-vingts hommes_:

excepté quand il est suivi d'un autre adjectif de nombre:

_quatre-vingt-dix hommes_. Il est également invariable quand il s'agit

de la date: _l'an mil huit cent quatre_-VINGT.

QUELQUE s'écrit de trois manières:

1º. suivi d'un verbe il se met en deux mots, _quel que_, et alors _quel_

adjectif s'accorde au genre et en nombre avec le sujet du verbe: QUELS

QUE _soient les humains_.

2º. suivi d'un substantif il s'écrit en un mot, _quelque_, et s'accorde

en nombre avec ce substantif: QUELQUES _raisons que vous puissiez me

donner_.

3º. suivi d'un qualificatif, soit adjectif, soit participe, soit

adverbe, _quelque_ s'écrit également en un mot: mais alors il est

adverbe, et conséquemment reste invariable: QUELQUE _puissans qu'ils

soient_:--QUELQUE _considérés que nous soyons_:--QUELQUE _adroitement

qu'ils s'y prennent_.

L'_e_ finale de _quelque_ s'élide seulement devant _un_, _une_, _autre_,

_il_, _elle_, _elles_: _quelqu'un_,--_quelqu'une_,--_quelqu'autre_,

--_quelqu'il soit_,--_quelle qu'elle soit_.

QUELQUE CHOSE. Quand _quelque chose_ signifie une certaine chose, il est

substantif masculin. _J'ai vu quelque chose de_ BEAU. Il est substantif

féminin lorsqu'il veut dire, quelque soit la chose. _Quelque chose que

je lui ai_ DITE.

QUÊTER. C'est abusivement qu'on emploie ce mot pour signifier _mendier_.

_Quêter_, c'est faire une collecte pour les pauvres, pour les objets de

confréries, pour les établissemens religieux, etc. _Mendier_ c'est

demander l'aumône.

Même remarque pour _quêteur_ qu'on fait synonyme de _mendiant_.

_Quêteux_ pour _mendiant_ est doublement barbare.

QUI prend le nombre et la personne de son antécédent, et les communique

au verbe dont il est le sujet. Conséquemment on dira: _moi qui_ AI

_parlé_:--_toi qui_ AS _parlé_:--_lui_ ou _elle qui_ A _parlé_:--_nous

qui_ AVONS _parlé_:--_vous qui_ AVEZ _parlé_:--_ils_, ou _elles qui_ ONT

_parlé_.

On doit donc aussi dire, _si c'était moi qui_ VOULUSSE--_si c'était vous

qui_ VOULUSSIEZ--_si c'était lui qui_ VOULUT, et non pas, _si c'était

moi qui_ VOULUT:--_si c'était vous qui_ VOULUT, etc.

On dira, _vous parlez comme un homme_ QUI ENTEND _la matière_, et non

pas, QUI ENTENDEZ _la matière_:--_vous parlez comme des hommes_ QUI S'Y

CONNAISSENT, et non pas, QUI VOUS Y CONNAISSEZ:--_tu étais le seul qui_

PUT _me dédommager_: parce que dans ces phrases, le relatif _qui_

représente le substantif qui le précède immédiatement: et en effet,

c'est comme si l'on disait; _vous parlez comme un homme_, LEQUEL HOMME

_entend la matière_, etc. et puis ce substantif, que l'on est censé

répéter après _lequel_, étant réellement le sujet, communique au verbe

le genre, le nombre et la personne.

Lorsque le relatif _qui_ est précédé d'un adjectif, c'est au pronom qui

est placé auparavant que se rapporte ce relatif: en conséquence il faut

dire; _nous sommes ici_ PLUSIEURS _qui nous_ SOUVENONS _des

succès_....--_c'est vous_ SEULS _qui vous_ CHARGEZ _de cette

responsabilité_:--_nous étions_ DEUX _qui_ ÉTIONS _du même avis_.

Observez que l'on dirait: _nous étions_ DEUX _juges qui_ ÉTAIENT _du

même avis_, et non pas, _qui_ ÉTIONS _du même avis_, à cause du

substantif _juges_ qui est l'antécédent de _qui_.

QUI, QUE. On doit éviter la multiplicité de ces pronoms, surtout quand

ils sont interrogatifs. La grammaire ne les condamne pas absolument,

mais l'oreille en est offensée. Ainsi au lieu de: QUI _est-ce_ QUI _a

fait cela_?--QU'_est-ce_ QUE _c'est_ QUE _cela_?--QU'_est-ce_ QUE _tu

as_? dites: QUI _a fait cela_?--QU'_est-ce_ QUE _cela_?--QU'_as tu_?

QUICONQUE devient féminin quand il désigne spécialement une femme:

_quiconque est bonne mère est_ ADORÉE _de ses enfans_.

QUOIQUE, en un mot, signifie _bien que_; QUOIQUE _vous soyez instruit_,

_soyez modeste_: en deux mots, il veut dire, _quelque chose que_: QUOI

QUE _vous lui disiez_, _il ne vous écoutera pas_.

L'_e_ de _quoique_ ne s'élide que devant _il_, _elle_, _ils_, _elles_,

_ou_, _un_, _une_.

R. Dans la lecture, dans le discours soutenu, et dans les vers, _r_

finale des infinitifs en _er_ est nulle devant une consonne ou une _h_

aspirée: mais suivie d'une voyelle ou d'une _h_ muette, elle se fait

entendre.

Dans la conversation _r_ est une lettre muette à la fin des infinitifs,

même devant une voyelle: _aimer à boire_,--_parler et chanter_, se

prononcent _aimé à boire_,--_parlé et chanté_.

RAILLERIE. _Entendre raillerie_, c'est bien prendre la raillerie.

_Entendre_ LA _raillerie_, c'est avoir le talent de railler.

RAPPELER, (se) veut un régime direct; ne dites pas, _je me rappelle_ DE

_cette personne_:--_je me rappelle_ DE _cette chose_:--_je_ _m'_EN

_rappelle_: dites, _je me rappelle cette personne_:--_je me rappelle

cette chose_:--_je me le rappelle_.

On met cependant la préposition _de_ devant l'infinitif: dans ce cas

_de_ n'est qu'un mot euphonique, et l'infinitif n'en est pas moins le

régime direct: _je me rappelle_ D'_avoir vu_.

RAPPORT. _Avoir rapport à_ exprime une idée de relation, de liaison:

_les effets ont rapport_ AUX _causes_. _Avoir rapport avec_ marque une

idée d'analogie, de ressemblance: _nos plus belles tragédies ont

beaucoup de rapport_ AVEC _celles des Grecs_.

RAVOIR ne se dit qu'à l'infinitif.

RÉGIMES, (deux). Quand un verbe a deux régimes, l'un est simple et

l'autre est composé: alors il faut toujours placer le régime simple le

plus près possible du verbe: _apportez-moi-la_,--_dites-moi-le_,

seraient donc des fautes, parce que _moi_ est régime composé, et _le_,

_la_, régimes simples; il faut dire, _apportez-la-moi_,

--_dites-le-moi_,--_donnez le-lui_,--_chantez-la-nous_, etc.

RÉGIME PRONOM. Toutes les fois qu'un verbe actif est suivi d'un

infinitif, on doit employer _le_, _la_ _les_, devant ce verbe actif, si

l'infinitif n'est pas régime direct: car alors il faut que le pronom

soit régime direct, puisqu'un verbe actif exige un régime de cette

nature: mais on doit employer _lui_, _leur_, quand l'infinitif est le

régime direct du verbe actif, un verbe actif ne pouvant pas avoir deux

régimes directs.

On doit donc dire en parlant d'un homme, _je_ L'_ai vu faire bien des

sottises_, et non pas, _je_ LUI _ai vu faire bien des sottises_: et en

parlant des animaux; _c'est la brutalité qui_ LEUR _fait suivre les

mouvemens de leur colère_: et non pas: _c'est la brutalité qui_ LES

_fait suivre_, etc.

Dans la première phrase le pronom LE (_cet homme_) est le régime direct

de _voir_ et non pas de l'infinitif _faire_; c'est comme s'il y avait,

_j'ai vu cet homme faisant bien des sottises_.

Dans la seconde phrase _suivre_ est le régime direct de _faire_, et

_leur_ (aux animaux) le régime indirect; c'est comme si l'on disait;

_c'est la brutalité qui fait suivre aux animaux les mouvemens de leur

colère_.

On ne doit pas dire, _l'idée_ LES _a pris d'aller à la campagne_: mais,

_l'idée_ LEUR _a pris_, etc. Ici le verbe est pris neutralement, et ne

saurait avoir de régime direct.

Manuel des difficultés les plus communes de la langue française, adapté au jeune âge et suivi d'un recueil de locutions vicieuses · 第 5 / 9 段