et, _je_ L'_ai vu donner un soufflet_,--entre, _les offres de service
que je_ LEUR _ai vu faire_, et, _les offres de service que je_ LES _ai
vus faire_:--entre, _les liqueurs que je_ LEUR _ai vu verser_, et, _les
liqueurs que je_ LES _ai vus verser_. Cette différence est telle, qu'en
confondant les deux régimes l'on exprimerait positivement le contraire
de ce que l'on voudrait faire entendre.
RÉFORMATION, RÉFORME. La _réformation_ est l'action de réformer; la
réforme en est l'effet.
RÉSOUDRE. _Je résous_, _tu résous_, _il résout_, _nous résolvons_, _vous
résolvez_, _ils résolvent_, _je résolvais_, _je résolus_, _je
résoudrai_, _je résoudrais_, _résous_, _résolvons_, _résolves_, _que je
résolve_, _que nous résolvions_, _que vous résolviez_, _que je
résolusse_, _résolvant_: il a deux participes passés, _résolu_ et
_résous_: ce dernier n'a point de féminin.
Lorsqu'il est question de déterminer une chose douteuse, on se sert de
_résolu_: _ce jeune homme a_ RÉSOLU _de changer de conduite_. En parlant
des choses qui se convertissent en d'autres, on se sert de _résous_; _le
soleil a_ RÉSOUS _le brouillard en pluie_.
Quant _résoudre_ est actif, il régit _de_ avant l'infinitif, _on a
résolu_ D'_agir sans plus tarder_: employé passivement il prend _à_ ou
_de_ devant l'infinitif: _je suis résolu_ À _partir_, ou DE _partir_.
Quand résoudre est réfléchi, il régit _à_; _je me suis résolu_ À
_demander une retraite_.
RESPECT. On dit également _respè_ ou _respeck_. Quand aux mots _aspect_
et _circonspect_, il faut prononcer _aspeck_ et _circonspeck_. Cependant
Boiste prononce _assepekte_.
RESTE. _Au reste_ se dit des choses dont on a déjà parlé, et sur
lesquelles il reste quelque chose à dire; _voilà l'opinion de Bernard_:
AU RESTE _je vous en écrirai_.
_Du reste_ s'emploie quand ce qui suit n'est pas dans le même genre que
ce qui _précède_; _il est bizarre, emporté_, DU RESTE _brave homme_.
RÉSULTER n'est usité qu'à l'infinitif et aux troisièmes personnes du
singulier. Il prend _avoir_ et _être_.
RÉUNIR, lorsqu'il signifie, _posséder en même temps_, ne doit jamais
être suivie des prépositions _à_ ou _avec_; ne dites donc pas, _Turenne
réunissait la prudence_ À _la hardiesse_, ni, AVEC _la hardiesse_:
dites, _Turenne réunissait la prudence_ ET _la hardiesse_. En matière de
Fief et d'autres choses semblables, on dit, _réunir à_.--_Réunir un
grand Fief_ À _la Couronne_.
Le verbe _unir_ rejette la préposition _avec_, et veut _à_. _Turenne
unissait la prudence_ À _la hardiesse_.
RÊVER À, c'est réfléchir profondément; _il rêve_ À _une affaire_. _Rêver
de_, c'est faire un songe: _j'ai rêvé_ DE _vous_:--_j'ai rêvé_ DE
_combats_.
REVERS INATTENDU. On prononce _rever inattendu_.
RIRE. Le participe _ri_ est invariable: _ils se sont_ RI,--_elles se
sont_ RI _de mes menaces_.
ROSBIF, du mot anglais _roast-beef_, signifie boeuf rôti.
ROYAL. On disait autrefois, _des lettres royaux_,--_des ordonnance
royaux_: la raison a fait justice de cette bizarre irrégularité:
aujourd'hui l'on dit, _lettres royales_, _ordonnances royales_.
S. L'_s finale_ se fait entendre dans les mots _anus_, _aloès_, _as_,
_atlas_, _blocus_, _calus_, _foetus_, _iris_, _maïs_, _moeurs_,
_prospectus_, _lapis_, _laps_, _en sus_, _locatis_, _vis_, _vasistas_,
et dans les mots purement étrangers, tels que _bibus_, _chorus_,
_agnus_, _gratis_, _Crésus_, _Délos_, _Rubens_, _Valens_, (prononcez,
_rubinze valinze_) _Bacchus_, _Pallas_, etc.
Exceptions. L'_s_ ne sonne pas dans _Mathias_, _Thomas_, _Judas_.
Quand le pronom _y_, ou le pronom _en_, suit immédiatement la seconde
personne singulière de l'impératif terminé par un _e_ muet, il faut,
pour éviter un hiatus, y ajouter une _s_ euphonique, et écrire,
_donnes-en_;--_portes-y_;--_aies-en_;--_travailles-y_.
Mais si le mot _en_, au lieu d'être un pronom, est une préposition,
alors on ne fait point usage de la lettre euphonique _s_; et l'on écrit,
_admire en France_...et non pas, _admires en France_.
On ne fait pas sonner l'_s_ dans cette phrase du discours familier, _sur
les une heure_.
L'impératif _va_, suivi des pronoms _y_, _en_, prend aussi une _s_:
_vaS-y-voir_;--_vaS-en demander_; mais on ne doit pas dire, _vaS en
Angleterre_, mais, _va en Angleterre_, parce que _en_ est ici
préposition.
SAILLIR, (verbe neutre et défectif) dans le sens de _jaillir_, ne se dit
que des liquides: il n'est d'usage, suivant du Duvivier, qu'aux
troisième personnes, et à l'infinitif, et se conjugue sur _finir_. _Il
saillit_, _ils saillissent_, _il saillissait_, _ils saillissaient_, _il
saillit_, _ils saillirent_, _il saillira_, _ils sailliront_, _il
saillirait_, _ils sailliraient_, _qu'il saillisse_, _qu'ils
saillissent_, _qu'il saillît_, _qu'ils saillissent_.
SAILLIR, terme d'architecture, signifie s'avancer en dehors comme un
balcon, une corniche. En ce sens il se conjugue différemment du verbe
_saillir_ de l'article qui précède, et ne s'emploie qu'à l'infinitif, et
à la troisième personne des temps suivans; _il saille_, _ils saillent_,
_il saillait_, _ils saillaient_, _il saillera_, _ils sailleront_, _il
saillerait_, _ils sailleraient_, _qu'il saille_, _qu'ils saillent_,
_qu'il saillît_, _qu'ils saillissent_.
SANS QUE n'est jamais, suivi de _ne_: dites, _sans qu'il vienne_, et
non, _sans qu'il_ NE _vienne_.
SAVOIR est le seul verbe qui se mette au subjonctif, sans être sous la
dépendance d'un autre mot qui le précède; mais alors il doit être
accompagné d'une négation: _je ne_ SACHE _rien de nouveau_.
SECOND éveille une idée d'ordre, et _deuxième_ une idée de série. Ne
dites pas; _le_ DEUXIÈME, _mais_, _le_ SECOND _tome_ d'un ouvrage qui
n'a que deux tomes. Si l'ouvrage a plusieurs tomes, dites, _le_ DEUXIÈME
et non _le_ SECOND _tome_.
SEMBLER. Le verbe impersonnel, _il semble_, veut le subjonctif: _il
semble qu'il vous_ CRAIGNE: excepté quand il est accompagné d'un régime
indirect de personne; _il_ ME _semble qu'il vous_ CRAINT.
SEMI ne s'emploie qu'avec certains mots, et reste toujours invariable;
_une_ SEMI-_fête_:--_des_ SEMI-_tons_:--_des fleurs_ SEMI-DOUBLES.
S'EN ALLER. Le pronom _en_ de _s'en aller_, doit toujours, dans les
temps composés, précéder immédiatement le verbe _être_. Dites, _nous
nous_ EN _sommes allés_: et non pas, _nous nous sommes_ EN _allés_.
Il ne faut pas dire; _je m'_EN _vais commencer cette lettre_:--_je_
_m'_EN _vais lui écrire_: mais, _je vais commencer cette lettre_:--_je
vais lui écrire_.
SENS (ville). Prononcez, _San-ce_.
SEOIR, pour signifier _être assis_, ne se dit plus qu'aux participes,
_séant_, _sis_, _sise_: et pour signifier _être convenable_, ne se dit
qu'au participe présent, qu'on écrit alors _seyant_, et aux troisièmes
personnes, _il sied_, _ils siéent_, _il seyait_, _ils seyaient_, _il
siéra_, _ils siéront_, _il siérait_, _ils siéraient_. Il est inusité aux
temps composés.
_Messeoir_ se conjugue comme _seoir_, _et s'_emploie aux mêmes temps.
SI. On ne doit pas dire, _il était_ SI _en peine_:--SI _en colère_:
mais, _il était_ SI FORT _en peine_...SI FORT _en colère_.
SOFA, CANAPÉ. L'Académie dit qu'on confond souvent les _canapés_ avec
les _sofas_. _Sofa_, ou _sopha_, est un lit de repos qui sert de siége.
_Canapé_ est un long siége à dossier, qui sert quelquefois, mais
rarement, de lit de repos. La plupart des longs siéges, qui parent nos
salons, sont des _canapés_, et c'est une faute de les désigner par le
terme _sofa_. _Divan_ est un canapé oriental, sans dossier.
SOI. Le pronom personnel _soi_ se dit des personnes et des choses. Quand
il se dit des personnes, ce ne peut être que dans les propositions
générales, ou avec des noms collectifs ou indéfinis, comme _on_,
_chacun_, _personne_, _quiconque_, etc. _On doit rarement parler de_
SOI;--_chacun est content de_ SOI;--_quiconque n'aime que_ SOI, _est
indigne de vivre_;--_ne vivre que pour_ SOI, _c'est être déjà mort_.
Lorsque l'antécédent présente un sens déterminé, ce n'est plus _soi_
qu'il faut employer, c'est _lui_, _elle_, _lui-même_, _elle-même_: _cet
homme rapporte tout à_ LUI,--_cette femme ne parle que d'_ELLE-MÊME.
Cependant, pour éviter une équivoque, les écrivains emploient _soi_,
quoique l'antécédent offre un sens déterminé. _Ce jeune homme, en
remplissant les volontés de son père, travaille pour_ SOI. Si au lieu de
_pour_ SOI, l'on disait _pour_ LUI, il y aurait une équivoque; on ne
saurait si LUI représente le père ou le fils.
Lorsqu'il est question de _choses_, on peut indifféremment employer le
pronom _soi_, ou le pronom _lui_, _elle_. _L'aimant attire le fer à_
SOI, ou _à_ LUI;--_un bienfait porte sa récompense avec_ SOI, ou _avec_
LUI,--_la vertu est aimable de_ SOI, ou _d'_ELLE-MÊME.
_Soi_ étant toujours du nombre singulier, ne peut jamais se rapporter à
un pluriel, lorsqu'il s'agit de _personnes_; mais s'il est question de
_choses_, les avis sont partagés. L'Académie et Th. Corneille rejettent
cette phrase, _ces choses sont indifférentes de_ SOI, tandis qu'ils
admettent celle-ci, _de_ SOI _ces choses sont indifférentes_.
SON, SA, SES, LEUR, LEURS, quand il s'agit de choses, se remplacent par
l'article et le pronom _en_, lorsque ceux-ci peuvent entrer dans la
phrase sans nuire au sens. Ainsi, an lieu de dire en parlant d'une
maison, SON _extérieur est agréable_; en parlant d'une ville, _j'aime_
SES _environs_; et en parlant d'arbres, LEURS _fruits sont excellens_;
l'on dira: L'_extérieur_ EN _est agréable_,--_j'_EN _aime_ LES
_environs_,--LES _fruits_ EN _sont excellens_.
Mais on dira avec _son_, _sa_, _ses_, _leur_, _leurs_; _le Saint-Laurent
a_ SA _source au delà du Lac Supérieur_,--_les sciences ont_ LEURS
_difficultés_; parce que le sens ne permet pas de remplacer _son_,
_sa_, _ses_, etc., par l'article et le pronom _en_.
SORTIR, pour signifier _obtenir_, _avoir_, est un terme de palais, usité
seulement à la troisième personne, et à quelques-uns de ses temps; _il
sortit_, _ils sortissent_, _il sortissait_, _qu'il sortisse_,
_sortissant_, _sorti_, _sortie_. Pour les temps composés, on se sert
d'_avoir_: _ce jugement_ A _sorti son plein et entier effet_.
SOU. On n'écrit plus, comme autrefois, _sol_.
SOUFFRIR prend _à_ ou _de_ devant l'infinitif: _je souffre_ À _le voir_,
ou DE _le voir dans cet état_.
SOUVENIR (faire). C'est une faute de dire: _afin de_ LEUR _faire
souvenir_:--_je_ LUI _ai fait souvenir_: dites, _afin de_ LES _faire
souvenir_:--_je_ L'_ai fait souvenir_.
_Souvenir_ s'emploie en parlant de choses récentes; _ressouvenir_ en
parlant de choses passées depuis longtemps.
SUBSTANTIFS. L'usage veut que certains substantifs, ayant la même
inflexion et le même genre, servent à désigner les deux sexes; tels
sont, _auteur_, _docteur_, _général_, _géomètre_, _graveur_, _médecin_,
_orateur_, _philosophe_, _poëte_, _sculpteur_, _soldat_, _témoin_,
_peintre_, _traducteur_, etc.
Quand les substantifs _enfant_, _esclave_, _dépositaire_, etc.,
représentent une personne du sexe, l'article et l'adjectif doivent être
mis au féminin. UNE _enfant_ PIEUSE;--UNE _esclave_ BLANCHE;--UNE
_dépositaire_ PRUDENTE.
SUBSTANTIFS COMPOSÉS (l'orthographe des).
_Première règle_. Quand un substantif composé est formé d'un substantif
et d'un adjectif, ils prennent l'un et l'autre la marque du pluriel:
_une basse-taille_, _des basses-tailles_:--_un plain-chant_, _des
plains-chants_: excepté, _des blanc-seings_, _des terre-pleins_, _des
chevau-légers_, _des grand'-mères_, _des grand'-messes_.
_Remarque._ Quand il entre dans un substantif composé un mot, qui ne
s'emploie plus isolément, comme dans _pic-grièche_, _loup-garou_,
_gomme-gutte_, etc., ce mot joue le rôle d'un adjectif, et conséquemment
prend la marque du pluriel: _des pics grièches_, _des loups-garous_,
_des gommes-guttes_.
_Deuxième règle._ Quand un substantif composé est formé de deux
substantifs, placés immédiatement l'un après l'autre, ils prennent tous
les deux la marque du pluriel: un _chef-lieu_, des _chefs-lieux_, un
_chien-loup_, des _chiens-loups_, un _chou-fleur_, des _choux-fleurs_:
excepté, un _bec-figues_, des _bec-figues_, un _appui-main_, des
_appuis-main_, un _Hôtel-Dieu_, des _Hôtels-Dieu_, un _brèche-dents_,
des _brèche-dents_.
_Troisième règle._ Quand un substantif composé est formé de deux
substantifs unis par une préposition, c'est le premier substantif qui
prend la marque du pluriel: un _ciel-de-lit_, des _ciels-de-lit_: un
_chef-d'oeuvre_, des _chefs-d'oeuvre_: excepté, des _coq-à-l'âne_, des
_pied-à-terre_, des _tête-à-tête_.
_Quatrième règle._ Quand un substantif composé est formé d'un substantif
joint à un verbe, ou à une préposition, ou à un adverbe, le substantif
seul prend le signe du pluriel, si toutefois il y a pluralité dans
l'idée. Ainsi l'on écrira avec une _s_ au pluriel, des _contre-coups_,
des _avant-coureurs_, des _arrière-saisons_. Mais on écrira sans mettre
une _s_ au pluriel, parce qu'il y a unité dans l'idée, des _serre-tête_,
des _réveille-matin_ (horloges), des _contre-poison_. Enfin on écrira
avec une _s_, tant au singulier qu'au pluriel, parce qu'il y a toujours
pluralité dans l'idée, les mots _essuie-mains_, _cure-dents_,
_porte-clefs_. V. TIRE-BALLE, PORTE.
_Cinquième règle._ Quand un substantif composé ne renferme que des mots
invariables de leur nature, comme _verbe_, _préposition_, _adverbe_,
aucune de ces parties ne prend la marque du pluriel: des _pour-boire_,
des _passe partout_.
SUCCÉDER. Le participe _succédé_ est invariable: _ils nous ont_
SUCCÉDÉ,--_ils se sont_ SUCCÉDÉ.
SULLY. Les _ll_ de ce nom propre sont mouillées.
SUPPLÉER. _Suppléer une chose_, et _suppléer_ À _une chose_, ont des
sens très-différens. _Suppléer une chose_, c'est remplacer ce qui
manque, en fournissant une chose de la même nature. _Ce sac doit être de
mille francs_: _s'il y a cent francs de moins, je_ LES _suppléerai_.
_Suppléer_ À _une chose_ c'est remplacer cette chose par une autre chose
qui en tient lieu: _la valeur supplée_ AU _nombre_.
Avec un nom ou pronom de _personne_, qui lui sert de régime, _suppléer_
ne prend jamais la préposition _à_. Ainsi dites _suppléer quelqu'un_, et
non pas, _suppléer_ À _quelqu'un_:--_s'il ne vient pas je_ LE
_suppléerai_, et non pas, _je_ LUI _suppléerai_.
SUPPOSÉ s'accorde lorsqu'il suit le substantif: _ces faits_ SUPPOSÉS: il
est invariable quand il le précède: SUPPOSÉ _ces faits_.
SURSEOIR. _Je sursois, tu sursois, il sursoit, nous sursoyons, vous
sursoyez, ils sursoient, je sursoyais, nous sursoyions, vous sursoyiez,
ils sursoyaient, je sursis, nous sursîmes, je surseoirai, nous
surseoirons, je surseoirais, nous surseoirions, surseois, sursoyons, que
je surseoie, que nous sursoyions, que je sursisse, que nous sursissions,
sursoyant, sursis, sursise._
_Surseoir_, verbe actif, signifie suspendre: _on a sursis la
délibération_: on dit aussi neutralement: _surseoir au jugement d'une
affaire_.
SYNONYME. Après deux substantifs synonymes, employés comme sujets, le
verbe s'accorde avec le dernier: _son courage_, _son intrépidité_
ÉTONNE _les plus braves_. L'adjectif suit la même règle: _une douceur_,
_une affabilité_ CHARMANTE.
T. À quelques rares exceptions près, le _t_ final se prononce seulement
devant une voyelle ou une _h_ muette. C'est donc une faute, même grave,
que de le faire sonner dans _juillet_, _beset_, _calumet_, _Nicolet_,
ainsi que dans les noms d'hommes, _Bossuet_, _Croiset_, etc.: prononcez,
_juillè_, _besè_, _calumè_, _Nicolè_, _Bossuè_, _Croisè_.
Dans _avant-hier_ le _t_ se fait sentir faiblement: mais il ne peut être
prononcé, sans blesser l'oreille, dans les locutions, _un goût
horrible_,--_un tort incroyable_,--_un instinct heureux_, etc.: et si le
mot suivi d'une voyelle, a un _r_ devant le _t_ final, comme dans _il
part aujourd'hui_,--_il court à bride abattue_,--_il s'endort à
l'ombre_, l'usage le plus commun est de ne pas faire sonner le _t_.
Le _t_ final se fait toujours entendre dans _abject_, _contact_, _fat_
(_fat_ n'a point de féminin), _suspect_, _granit_, etc.
L'adverbe _net_ se prononce indifféremment _nè_ ou _nette_: mais le _t_
de l'adjectif _net_ est muet au masculin.
Duvivier dit:
«La plupart des écrivains modernes forment le pluriel des
substantifs qui sont terminés par _ant_, ou par _ent_, en
ajoutant un _s_ et en supprimant le _t_ final dans les
polysyllabes: mais ils le conservent dans les monosyllabes.
«Toutefois cette suppression n'est pas également adoptée; et en
effet _Regnier_, _Desmarais_, MM. de _Port-Royal_.... beaucoup
de grammairiens modernes.... et un grand nombre
d'imprimeurs.... conservent le _t_ final.... mais....
l'Académie a adopté cette suppression....»
Les mêmes remarques sont applicables à la suppression du _t_ au pluriel
des adjectifs terminés par _ant_ et par _ent_.
TÂCHER. _Je tâcherai que vous soyez content_, est un solécisme, parceque
_tâcher_ n'est jamais suivi de la conjonction _que_.
_Tâcher_ prend _à_ devant l'infinitif, quand il signifie _songer à_,
_viser à_: _il tâche_ À _m'embarrasser_,--À _me nuire_: et _de_ quand il
exprime les efforts que l'on fait pour parvenir à une fin: _il tâche_
D'_avancer_.
TAMBOUR. _Battre_ DU _tambour_, c'est jouer du tambour; _battre_ LE
_tambour_, c'est donner un signal par le tambour.
TARDER prend également _à_ ou _de_ devant l'infinitif: _tarder_ À, OU
_tarder_ DE _venir_.
TÉMOIN placé au commencement d'un membre de phrase, est pris
adverbialement: TÉMOIN _les victoires de nos armes_.
TERMES DE MARINE. L'emploi abusif de termes de marine, importés au pays
par les premiers colons et navigateurs, à fait à la langue une plaie,
qu'il n'est pas facile de fermer. Le mal, comme une épidémie, des
dernier rangs de la société, s'est communiqué aux premiers: et souvent
l'éducation la plus soignée est une faible barrière contre l'emploi, à
rebours du sens commun, des termes, _virer_, _amarrer_, _larguer_,
_greiller_ (gréer), _embarquer_, _débarquer_, _revirer de bord_,
_amarre_, _bordée_, etc., etc.
Les Instituteurs ne peuvent trop sévir contre l'abus que nous signalons
ici.
TERMES PARASITES. Il faut éviter avec un soin extrême les _mots
favoris_, les _termes bizarres_, qui inondent nos discours, et nous
rendent importuns, ridicules et sont souvent le fléau de la société,
sans que nous nous en appercevions. Rien d'ailleurs ne décèle plus une
éducation vulgaire.
Également on doit éviter les tours surannés, les expressions ignobles,
qui ne peuvent que fatiguer les personnes qui écoutent: tels que, _tirer
les vers du nez_; _vous pouvez m'en croire_;--_par dessus le
marché_;--_je vous remercie bien des fois_;--_au bout du compte_; _ce
n'est pas l'embarras_; _sourd comme un pot_; etc.
Le jeune âge doit être prémuni contre ces défauts, dont l'habitude se
corrige difficilement.
TIRANT est un _cordon_ qui sert à ouvrir et fermer une bourse, un
ridicule: c'est un _cuir_, un _ruban_ pour boucler des souliers, monter
des bottes, attacher des papiers, etc. On ne doit pas employer dans ces
sens les termes _attache_, _ganse_, et encore moins le mot anglais
_strap_.
TIRE-BALLE ne prend pas d'_s_ au pluriel; non plus que les mots suivans;
_tire-bouchon_, _tire-bourre_, _tire-bouton_, _tire-clou_, _tire-pied_,
etc.: _tire-botte_ s'écrit au pluriel avec une _s_. V. SUBSTANTIFS
COMPOSÉS.
TITRES _d'honneur_. Le mot _Révérend_ est un titre qui appartient
exclusivement aux _Prélats_, aux _Religieux_ et aux _Religieuses_: et
par conséquent, c'est une erreur grave que de le donner aux membres de
notre clergé canadien, qui est _séculier_. Cette erreur nous vient des
anglais, qui qualifient tous leurs ministres de _Révérends_. Mais
quelque soit l'usage des Anglais à cet égard, nous ne pouvons donner au
mot français _Révérend_, une extension qu'il n'a pas, une acception qui
lui est étrangère.
C'est encore par un abus de langage, que l'on attribue à nos
ecclésiastiques la qualification de _Messire_. Ce titre d'honneur se
donnait ci-devant en France et au Canada dans les actes, (mais seulement
dans les actes,) _aux nobles et aux personnes distinguées par quelque
haute dignité_, tant parmi les laïcs, que parmi les gens d'église: _fut
présent Haut et Puissant Seigneur_ MESSIRE _Pierre Séguier_,
_Chevalier_, etc.
_Révérend Messire_ est une expression doublement incorrecte.
Il est à regretter que le titre d'_Abbé_, que l'on donne invariablement
en France aux ecclésiastiques séculiers, ne soit presque plus usité
chez nous.
Les titres, _Monsieur_ et _Madame_ doivent être supprimés, quand on
prend en écrivant, une autre qualification. Ainsi un _Chevalier_ ne doit
pas écrire, _Monsieur le Chevalier de N. a l'honneur de prévenir
Monsieur le Colonel_: un Curé, _Monsieur le Curé de N., prie Monsieur le
Marguillier en charge_: une Baronne, _Madame la Baronne de N. a
l'honneur de présenter ses respectueux hommages à_: un Juge, _Monsieur
le Juge N. présente son compliment à Monsieur le Procureur_.
Il faut écrire, _Le Chevalier de N. a l'honneur_ etc.--_Le Curé de N._,
etc. _La Baronne_, etc. etc.
Lorsqu'il n'y a pas d'autre qualification, on emploie dans les billets
et sur les cartes de visite, les termes _Monsieur_, _Madame_,
_Mademoiselle_.
Le nom d'un individu écrit sur la porte de sa demeure, ne doit pas être
précédé du mot _Monsieur_. Mais s'il s'agit d'une personne du sexe
féminin, il convient d'écrire, _Madame N._--_Mademoiselle N._
TOMBER _par terre_, se dit d'une chose qui touchait à la terre avant sa
chute: _tomber à terre_, d'une chose qui étant élevée au-dessus de
terre, tombe d'en haut. Ainsi un homme qui tombe en marchant dans la
rue, _tombe_ PAR _terre_, et non À _terre_: un couvreur qui tombe d'un
toit, _tombe_ À _terre_ et non PAR _terre_.
TOSTE sub. mas. (de l'anglais _toast_) signifie la proposition de boire
à la santé de quelqu'un; au souvenir d'un évènement, etc.
C'est à tort que l'on emploie le mot anglais _toast_, pour signifier
_tranche de pain rôtie_. _Rôtie_ est en français le correspondant de
_toast_: et si la rôtie est recouverte de beurre, l'on dit, _une rôtie
au beurre_.
TOUCHER et PINCER, employés pour exprimer l'action de jouer des
instrumens, sont actifs, et doivent conséquemment avoir un régime
direct: d'où il suit qu'il faut dire, _toucher l'orgue_, _le
forté-piano_: _pincer la guitarre_, _la harpe_: et non pas, _toucher_ DE
_l'orgue_, DU _forté-piano_: _pincer_ DE LA _guitarre_, DE LA _harpe_.
TOUT. Quand _tout_ est adverbe il signifie _tout-à-fait_, _quelque_, et
reste invariable: TOUT _aimable qu'est la vertu_,--TOUT _spirituels
qu'ils sont_,--_elle est_ TOUT _étonnée_. _Exception._ _Tout_, quoique
adverbe, varie quand l'adjectif, ou le participe qui suit, est féminin,
et commence par une consonne, ou une _h_ aspiré: _elle est_ TOUTE
_stupéfaite_,--TOUTE _hardie qu'elle est_.--TOUTES _spirituelles
qu'elles sont_.
_Tout._ Quand l'adjectif _tout_ est joint à un nom de ville, il prend le
genre masculin, quoique le nom de ville soit féminin: non que dans ce
cas on le considère comme adverbe, mais parce que l'on sous-entend le
mot _peuple_. On dira donc, TOUT _Rome le sait_,--TOUT _Florence en est
convaincu_: c'est-à-dire, _tout le peuple de Rome_..._tout le peuple de
Florence_....
Mais joint à un nom de province, de royaume, de paroisse, _tout_ prend
le genre de ce nom. TOUTE _l'Italie_,--TOUTE _la paroisse_.
TOUT-À-COUP signifie soudainement: _il disparut_ TOUT-À-COUP.
_Tout-d'un-coup_ veut dire, tout d'une fois; _il s'est ruiné_ TOUT-D'UN
COUP.
TOUT DE SUITE, phrase adverbiale, signifie _incontinent_, _sur l'heure_.
Il ne faut pas la confondre avec _de suite_, autre phrase adverbiale qui
signifie _l'un après l'autre, sans interruption_.--_ces livres ne sont
pas_ DE SUITE.
TRAIRE. _Je trais_, _tu trais_, _il trait_, _nous trayons_, _vous
trayez_, _ils traient_, _je trayais_, _tu trayais_, _il trayait_, _nous
trayions_, _vous trayiez_, _ils trayaient_; point de passé défini, _je
trairai_, _je trairais_, _trais_, _trayons_, _trayez_, _que je traie_,
_que tu traies_, _qu'il traie_, _que nous trayions_, _qu'ils traient_,
point d'imparfait du subj. _trayant_, _trait_, _traite_.