FIN.

_La notable rencontre nouvellement faicte par les carrabins et chevaux

legers de Monsieur le duc d'Epernon, aux environs de La Rochelle, avec

tout ce qui s'est passé en icelle, ensemble la prise et deffaicte de

quatre trouppes de volleurs, par les prevost des mareschaux de

Poictou, Angoulesme, Xaintes, Limosin, et autres lieux._

_A Paris, sur la coppie imprimée à Fontenay-le-Conte par Pierre

Petit-Jean, imprimeur du Roy en ladite ville._

_Avec permission._--DC.XXII, in-8.

Se peut-il rien voir de plus auguste et de plus triomphant, rien de

plus magnanime que nostre prince, la terreur du monde, qui porte

l'obeissance et l'amour par tout où ses volontés et ses affections le

conduisent? Il esbranle et estonne les courages les plus resolus, et

asseure, et bannit la peur des esprits les plus craintifs; chasse et

dissipe par sa presence, comme un autre soleil, tous les nuages

espais qui pourroient ternir le lustre et l'esclat de sa brillante

lumière et royauté.

Ce sont les effects que produisent à tous momens ses actions toutes

genereuses; ainsi suivent les vrays et legitimes moyens dont un grand

prince doibt user, d'un soin et d'une vigilance particulière en ses

affaires, d'une prudence ordinaire en ses desseins, et use d'une

authorité souveraine en toutes ses resolutions, qui nous font

remarquer un juge solide, orné des plus rares vertus dont le ciel

pouvoit jamais enrichir un grand prince.

Lisez dans sa vie, dans ses actions, vous n'y remarquerez que vertu,

que justice, que bonté, qu'amour envers Dieu et envers ses subjects,

et un desir de les maintenir eternellement dans la douceur du repos,

et de les faire jouyr d'une paix perpetuelle.

Dieu est autheur et tout ensemble amateur de paix. Puis que c'est le

seul dessein de nostre roy de l'asseurer parmy ses subjects,

asseurement Dieu benira et favorisera ses justes intentions, et fera

reussir ses entreprises glorieuses dans la perfection d'une fin très

heureuse, puisqu'un si noble subject anime ses dessins et authorise

ses courses et ses voyages, encores qu'ils ne prennent loy que d'eux

mesmes, qui font fleurir la piété et la religion catholique dans

l'estendue de son estat, et principalement ès lieux où il y a des

rebelles et des subjects qui refusent le joug de sa puissance et de

son authorité royale, sans se servir du pretexte de la religion, afin

que, par ce moyen, les dicts rebelles ne peussent authoriser leurs

armes, et que leurs entreprinses fussent sans aucune apparence parmy

les gens de bien de son royaume, et les estrangers encores moins, qui

peuvent faire leur profit de ce qui se passe en France.

Sur tout, on jugera que le sieur de Mortenière (nepveu et heritier de

mauvaises volontez et cruelles passions de son oncle Guillery)[425] et

ses factions communiquées à une troupe nouvelle de desesperez, en

nombre de sept à huit cens, laquelle, depuis quelque temps en çà,

prend plaisir à courir par tout le Poictou, et y commet mille et mille

cruautez et meschancetez, dont la moindre merite de perdre la vie, ne

peuvent servir à Sa Majesté que d'un moyen propre pour eslever sa

gloire et se faire craindre en les punissant, non selon leur demerite,

qui n'est que très grand, offençant un roy, mais humainement et selon

la clemence de Sa Majesté, qui n'ayme le sang et le carnage.

[Note 425: Ce successeur du fameux brigand dont nous avons

déjà tant de fois parlé (t. 5, p. 215; t. 6, p. 324; t. 7,

p. 71) est tout à fait inconnu.]

Monsieur le duc d'Espernon[426], ayant eu advis qu'une partie de ces

gens rodoyent aux environs de La Rochelle (pensant y estre à couvert

des dicts prevots des mareschaux, principalement de celuy de

Poictiers, Angoulesme, Xaintes et Cyvray, qui les avoient jà courus,

et mesme en avoient fait prendre quelque vingt ou trente), aurait

commandé à une partie de ses carrabins et chevaux legers, qui depuis

ces troubles ont esté mises en garnison à Surgère, Croy-Chappeau,

Nouaille, Cou-de-la-Vache et autres lieux[427], de faire un corps de

sept à huict cens hommes pour courir dessus, à celle fin de tascher à

les prendre et deffaire.

[Note 426: Les services qu'il avoit rendus à la reine-mère

lui avoient fait perdre du crédit. Rentré en grâce depuis

quelque temps, il avoit donné des gages par son activité

contre les réformés dans le Béarn, au siége de

Saint-Jean-d'Angely, et enfin, comme on le voit ici, aux

environs de La Rochelle, dont le blocus lui avoit été

confié. (_Collect. Petitot_, t. 22, p. 143.) En cela, s'il

servoit bien le roi, il obéissoit aussi au sentiment de sa

haine contre ceux de la religion.]

[Note 427: M. d'Epernon, pour surveiller ceux de La

Rochelle, avoit en effet mis garnison dans tous ces

lieux-là, notamment à Surgères et Tonnay-Charente.

(_Collect. Petitot_, 2e série, 21 _bis_, p. 348.)]

Ce commandement estant executé, les dits carrabins et chevaux legers

ayants faict un gros de six cens ou environ, donnant vers La Rochelle,

firent rencontre de quelques cent ou six vingts de desesperez, près le

village de la Font, distant de La Rochelle d'une grande lieue et

demye; lesquelz, après avoir esté recognus par les dicts carrabins et

chevaux legers, furent tellement chargez qu'il n'en est pas resté une

trentaine que le tout n'ayt esté mis en pièce, et les autres bien

blessez emmenez pour en estre faict punition exemplaire.

En cette rencontre et deffaicte a esté pris deux chariots chargez de

bagage, comme linges, vaisselles, licts et autres hardes, qu'ils

avoient prins et desrobez en divers lieux; le tout a esté partagé

parmy eux, à celle fin de leur donner plus de courage à courir dessus

les ennemis.

Peu auparavant cette rencontre, cette trouppe de volleurs avoit commis

mille outrages dans le pays de Limoges, notamment vers Mommorillon et

Bellac, ayant fait toutes sortes de malversations près du bourg de la

Verchère, ayant mesme pensé brusler tout le dict bourg, en vindicte de

ce que les habitans d'iceluy leurs en avoient empesché l'entrée, en

ayant tué vingt et deux sur la place, et bien autant et plus de

blessez, ce qui anima tant ces volleurs que douze jours durant ils le

bloquèrent d'une telle sorte que les dicts habitans n'osèrent faire

mener leur bestial paistre, et ny eux-mesmes sortir sans courir le

risque d'estre mal traictez.

Près la ville de Mesle en Poictou, vingt quatre de ces voleurs,

trouvant un marchand tanneur du bourg de Sainct-Leger, lequel venoit

de la ville de Niort, le tuèrent et luy prirent environ cinq mille

francs qu'il rapportoit de marchandise; cet homicide ayant esté

descouvert, furent poursuivis, et à ce suject se separèrent et

divisèrent çà et là; et trois sepmaines après, sept d'iceux furent

recogneus au marché de Couay par le moyen du cheval de ce marchand

qu'ils exposoient, aussi par l'un des cousins dudit marchand, qu'il

s'informa d'eux combien il y avoit de temps que le cheval estoit en

leur possession, et de qui ils l'avoient eu. Par cet interrogatoire

l'on les trouva en plusieurs paroles, d'où l'on jugea qu'ils

pourroient estre les homicides et autheurs du meurtre duquel le bruit

estoit commun presque en tout le pays; et, sur cet indice, la justice,

sur le rapport qui luy fut fait, se saisit d'eux par l'assistance des

archers du prevost des mareschaux de Civray, qui les menèrent

prisonniers; et, le fait estant recogneu par leur bouche, ils furent

jugez et condamnez, les uns à estre roüez vifs, les autres à estre

pendus et estranglez. Voilà la fin de ces gens miserables. Ces

exemples serviront et pour les bons et pour les mauvais.

Oderunt peccare boni virtutis amore.

Oderunt peccare mali formidine poenæ.

Pour eux, affin qu'ils recognoissent que la bonté de Dieu est pleine

de toute patience et diffère tousjours la punition que la justice

pourroit tirer des iniquitez des hommes, et bien à propos, disoit un

ancien:

Si, quoties peccant homines, sua fulmina mittat

Jupiter, exiguo tempore inermis erit.

Pour les autres, afin qu'ils apprennent que Dieu les attend tousjours

à misericorde, et ne les veut chastier selon leurs demerites à toute

heure, ains leur donne loisir de se recognoistre; de sorte qu'ils ne

sçauroient accuser ny blasmer la divine Majesté de trop grande

severité; et pour eux, je leur laisse ce mot: _Perditio tua ex te

est_.

Variétés Historiques et Littéraires (08/10) Recueil de pièces volantes rares et curieuses en prose et en vers · 第 36 / 60 题