FIN.

_Règlement arresté au conseil tenu au Palais d'Orleans pour pourvoir

aux vivres de la Ville[416], et les miracles de la paille._

_A Paris, chez Jacques Le Gentil, rue de l'Escosse, à l'enseigne de

Sainct-Jerôme, près Saint-Hilaire._

[Note 416: Le conseil où fut rendu ce règlement est du 5

août, selon M. Moreau, _Bibliogr. des Mazarinades_, t. 3, p.

35.]

M.DC.LII, in-4.

Monsieur le duc d'Orleans, prenant un soin particulier non seulement

de tout ce qui peut contribuer au restablissement general de l'estat,

par l'extermination du Mazarin et de son party, mais encore de

pourvoir au besoin particulier de cette ville, qu'il voyoit aucunement

incommodée faute d'ordre, pour y faire venir les pains, bleds, farines

et autres denrées necessaires pour la subsistance des habitans[417],

convoqua assemblée en son palais d'Orleans l'aprèsdinée du cinquiesme

de ce mois, où se trouvèrent Mademoiselle, monsieur le prince de

Condé, le duc de Beaufort[418], à present gouverneur de cette ville,

et plusieurs autres seigneurs de marque, conseillers de la cour et

bourgeois affectionnez au bon party, lesquels ayant donné leur advis,

il fut conclu qu'on envoyeroit des commissaires, tant du costé

d'Orleans, Chartres, Melun, qu'autres lieux, pour achepter et faire

venir en cette ville les bleds, farines, boeufs, moutons et autres

choses necessaires pour la subsistance de la ville; que, pour la

seureté des convois, il y auroit des compagnies tirées des trouppes de

Sa dite Altesse Royale qui leur serviroient d'escorte; et que, pour la

distribution desdits bleds et farine, elle se feroit en divers

quartiers de la ville, sur le pied du prix de l'achapt, pour empescher

le desordre qu'apportent ceux qui, voulans profiter de la misère

publique, mettent un prix excessif au pain et auxdits bleds et

farine[419].

[Note 417: La disette avoit été telle que, suivant une pièce

de la même époque, _Le Franc-Bourgeois montrant les

veritables causes et marques de la destruction de la ville

de Paris_, plusieurs milliers de pauvres étoient morts de

faim. Ce qu'on avoit vu en 1649 n'étoit rien auprès de ce

qu'on voyoit alors.]

[Note 418: Il y avoit peu de jours qu'il avoit tué en duel

le duc de Nemours.]

[Note 419: La pièce citée tout à l'heure, _le

Franc-Bourgeois_, n'épargne pas les reproches aux meuniers

et aux boulangers qui s'engraissoient de la disette

publique, à ce point qu'on vit des meuniers demander huit et

dix livres tournois pour la mouture d'un setier de blé. Il

propose des moyens pour remédier à ces abus; mais ces

moyens, qu'on voulut mettre en pratique, échouèrent.

(_Bibliogr. des Mazarinades_, t. 1, p. 411-412.)]

De cet ordre on reconnoist la prudence et l'affection de son Altesse

royale, de messieurs les princes et de l'Union, puisque, par ce moyen,

non seulement les pauvres tireront un grand soulagement dans leur

disette, mais encore les mieux accommodez se trouveront en seureté et

hors de la crainte du pillage et de l'emotion que la necessité auroit

pu exciter faute de vivres.

* * * * *

_Les Louanges de la paille_[420].

Ma foy, je ne m'estonne guiere

Que froment soit graine si chiere,

Si la paille a tant de vertu.

Quoy! le plus Mazarin du monde

Est à l'abry des coups de fronde,

S'il est à l'abry d'un festu!

Quelle merveille que la paille,

Qui passe pour un rien qui vaille,

Ait tant d'effet sur le chapeau!

Le plus vaillant de tous les hommes

(Prodige en ce temps où nous sommes)

Sans elle tremble dans sa peau.

Sans elle passez par la rue,

Chacun vous chifle, befle, hue,

Et vous fait bien pis quelquefois;

D'espingle la fesse on vous larde,

On vous applique la nazarde,

Et vostre dos porte le bois.

Sans elle, quand bien vos pensées

A Dieu seul seroient addressées,

Vous haïssez le commun bien;

Disiez vous vostre patenostre,

Fussiez vous plus saint qu'un apostre,

Sans elle vous ne valiez rien.

Sans elle vous avez la mine

D'estre cause de la famine

Et des maux que fait le soldat;

Le Mazarin est vostre maistre.

Sans elle vous passez pour traistre

Et pour ennemy de l'Estat.

Sans elle contre la Bastille

(Non contre la Maison de Ville[421])

Vous machinez quelques desseins;

Vous y voulez loger Turenne,

Pour par la porte Saint Antoine

Introduire ses assassins.

Sans elle vous avez envie

Que la faim finisse la vie

De ceux qui veulent l'Union,

Cette Union si necessaire

Pour livrer un lâche corsaire

Entre les griffes du lion[422].

Mais en portez-vous sur la teste,

Chacun vous rit et vous fait feste,

Tout le monde vous fait beau beau;

Estes-vous dans quelque bagarre;

Pour vous en tirer on dit: «Garre!

Il a de la paille au chapeau!»

Si toutefois, dans l'assemblée,

Vostre opinion mal reglée

Vient à dementir le bouchon,

On vous recoigne, on vous houspaille,

Et l'on employe vostre paille

Pour vous rostir comme un cochon.

Peuple qui par là veux connoistre

Le bon François d'avec le traistre,

Prens bien garde à ce que tu fais,

Et crains que ta paille allumée

Se dissipe toute en fumée

Sans faire ny guerre ny paix.

Use de cette noble marque

Comme l'oncle de ton monarque[423],

Comme un Condé, comme un Beaufort:

Ils s'en servent, mais avec elle

Ils vuident aussi l'escarcelle

Et vont sans pallir à la mort[424].

Cette merveille de nostre âge

Qui fait des leçons de courage

Aux plus braves de nos guerriers

T'enseigne aussi de quelle sorte

Un vray frondeur la paille porte

Pour changer ses brins en lauriers.

[Note 420: Depuis les premiers jours de juillet 1652, un

brin de paille mis au chapeau étoit le signe de ralliement

des Frondeurs. _Ce jour_, dit Loret dans sa _Gazette_ du 7

juillet 1652,

Ce jour, par étrange manie,

De Paris la tourbe infinie,

Suivant un ordre tout nouveau,

Mit de la paille à son chapeau.

Si sans paille on voyoit un homme,

Chacun crioit: «Que l'on l'assomme,

»Car c'est un chien de Mazarin.»

Mais, avec seulement un brin,

Eut-on quelque bourse coupée,

Eut-on tiré cent fois l'épée,

Eut-on donné cent coups mortels,

Eut-on pillé deux mille autels,

Eut-on forcé cinquante grilles,

Et violé quatre cent filles,

On pouvoit avec sûreté

Marcher par toute la cité,

En laquelle, vaille que vaille.

Tous étoient lors des gens de paille.

Plusieurs pièces parurent au sujet de cette paille: _Le

Bouquet de Mademoiselle_, _Apothéose de la paille_,

_Triomphe de la paille sur le papier_, _Grand dialogue de la

paille et du papier_. Une des premières fois qu'on l'arbora,

ce fut à la place Dauphine, le jour de l'échauffourée de

l'Hôtel-de-Ville, dont il sera parlé tout à l'heure.

(_Mémoires_ de Retz, 1719, in-8, t. 3, p. 175.)]

[Note 421: Ce sont en effet les Frondeurs, décorés de la

paille, qui avoient peu auparavant failli mettre le feu à

l'Hôtel-de-Ville, et qui y avoient fait un grand massacre.

On accusoit Condé de tout cela, ce qui fait dire à Loret:

En mémoire de l'incendie

Arrivé tout nouvellement,

Condé veut, quoi que l'on en die,

Porter la paille incessamment.

Ma foi, Bourgeois, ce n'est pas jeu;

Craignez une fin malheureuse,

Car la paille est fort dangereuse

Entre les mains d'un boute-feu.]

[Note 422: C'est en demandant l'union de la Ville et des

Princes que les factieux avoient tenté l'attaque dont je

viens de parler. (_Mémoires_ de Retz, t. 3, p. 176.)]

[Note 423: Gaston, due d'Orléans.]

[Note 424: Allusion au combat de la porte Saint-Antoine,

soutenu peu de temps auparavant par Condé contre l'armée du

roi.]

Variétés Historiques et Littéraires (08/10) Recueil de pièces volantes rares et curieuses en prose et en vers · 第 35 / 60 题