FIN.

_L'entrée de la Reyne et de Messieurs les enfans de France, Monsieur

le Dauphin et le Duc d'Orléans, en la ville et cité de Bourdeaulx, à

grans honneur et triumphe, le_ XXVII _de juillet._

Le très chrestien roy Françoys, premier de ce nom, estant en sa bonne

ville et cité de Bourdeaulx, où avoit sejourné depuis le septiesme

jour de juing[340], qu'il estoit arrivé en la dite ville, le second

jour du mois de juillet, environ neuf heures de nuyt, adverty par le

seigneur de Montpezat[341] de la venue de très chrestienne princesse

dame Alienor, royne de France, douairière de Portugal, seur de

l'ampereur romain, aussi de la recouvrance très heureuse de très

haults, très puissans princes Messieurs les dauphin et duc d'Orléans,

congratulant et remerciant la puissance divine de la grace à luy

faicte comme très chrestien, vray pilier de foy, aisné fils de

l'Eglise, tout soubdain, espris d'une fervente joye, estant en sa

chambre, tendans les yeux devers les cieulx, prosterné à genoux, les

mains jointes, larmoyant, demeura quelque espace de temps sans pouvoir

aucune chose dire, jusque à ce que le coeur luy dessera; commença à

dire une briefve oraison, tout autre que mon simple et rude sens ne

sauroit descripre, contenant en substance ce que s'ensuyt: «Dieu

eternel, créateur de tout l'humain lignage, qui en ce monde m'as mis

et créé à ton image, et m'as institué sur la terre par ta benignité et

clemence pour regir et gouverner ton peuple au royaulme de France,

quel loz, quel honneur, quelle grace pourray-ge te rendre du bien et

joye que de toy je reçoy? Certainement, si telle chose j'osoye ou

vouloye entreprendre, ce seroyt à moy chose impossible; pourquoy,

editeur du tout, je te supplie très humblement qu'il te plaise

begninement recepvoir ma voulenté en excuse de mon pouvoir. Ce faict,

vindrent devers le dit seigneur plusieurs grands princes de son sang:

c'est assavoir, très haults et puissans prince le roy de Navarre,

reverendissime cardinal de Lorraine, Messieurs les ducs de Vandomoys,

compte de Sainct-Pol[342], Guise, accompagnez de plusieurs grans

seigneurs; ausquelz seigneurs declara les bonnes nouvelles, et, de

commun accord, de joye commencèrent à lermoyer, et, depuis revenuz,

remercièrent Dieu de la fortune prospère; et soubdain commencèrent à

sonner les cloches, tronpestes, clerons, haultboys, au devant le logis

du roy et par toute la ville, mesmement la grant cloche d'icelle, où

avoit esté donné le signe especial, l'artilherie par si grand

impetuosité, que ciel et terre le tout s'assembloit. Ce tumulte

parechevé, commencèrent feux à estre allumez, tellement que par toute

la ville de Bourdeault on eust dict: «Voylà Bourdeault en semblable

ruyne que la cité de Troye quant fut ruynée par les Grecz.» Les

carfours garnis de tables rondes, vin, viandes, menestriers jouans de

leurs instrumens par une si doulce melodie. Finablement, toute ycelle

nuyt vous n'eussiez veu par les rues que flambeaulx allumez, festins,

excès de peuple crians uniquement: «_Vive le roy! France!_» Et seroit

chose bien difficile de narrer ne rediger par escript, ne autrement,

la joye qu'icelle nuyt et les troys jours ensuyvans furent faictz, et

entre autres ce soir le reverendissime cardinal de Sens[343], legat et

chancelier de France; les ambassadeurs des roys d'Angleterre,

Portugal; le lendemain, tiers jour du dit moys, le reverendissime

cardinal Trivolse et les Florentins, firent leurs feux de joye, tenans

table ronde en rue à force vin, viandes, à tous venans, qu'est chose

incredible de la joye qu'en ces jours fut menée, tant en general qu'en

particulier. Et, le iiij. du dit moys, le roy, adverty que la reyne,

ensemble mes dits seigneurs ses enfants, estoyent partys de Bayonne

pour s'en venir devers luy, accompaignés de plusieurs princes,

seigneurs, tant du royaulme qu'estrangiers, se transporta en la ville

de Roquefort[344], qu'appartient au roy de Navarre, en laquelle le

dit seigneur roy de Navarre avoit faict preparer toutes choses

necessaires au cas en une abbaye de nonnains. Près ce dit lieu de

Roquefort[345] furent cellebrées les nopses solennellement du dit

seigneur et de la dite dame Alienor[346]. Ce faict, partirent du dit

lieu et s'en vindrent en la ville de sainct Macaire[347] le neufiesme

jour du dit moys, et le lendemain, dixiesme, au bourg de

Podensac[348], qui est deux lieues par deçà tirant vers la ville de

Bourdeaulx, où sejournèrent jusqu'au lendemain matin, unziesme du dit

moys, que se disposèrent de partir pour venir en la dite ville et cité

de Bourdeaulx. Le dit jour unziesme du dit moys, les soubz maire et

jurez de la dite ville et cité de Bourdeaulx, qui auparavant avoyent

faict asseoir sur troys gros bapteaux trois belles et plaisantes

maisons, entre lesquelles en avoit une faicte par singularité,

laquelle estoit environnée de belles galleries; au dedans laquelle

maison avoit une belle salle et garde-robe, le tout tendu de damas

cramoisi et blanc, et le plancher de tapis en verdure; les fenestres

garnies de riches vitres, qu'il faisoit bon voir. Les autres deux

maisons estoient pareillement avec chacune leur garde-robbe tendues de

taphetas rouge et blanc, et le plancher comme la première. Environ

l'heure de deux heures après mynuit, firent equiper les dits bapteaux,

ensemble douze autres garnis de mariniers et pillotes vestus

d'habillemens de blanc et rouge, pour conduire les dites trois maisons

pour porter le roy, la royne et mes dits seigneurs le dauphin et duc

d'Orleans. Pareillement deux gallées gorgiasement acoutrés

d'estandars, banières, et environ quatre-vingts autres bapteaulx, la

pluspart couverts de tapisserie, au dedans desquels estoient les

gentils hommes suyvans la court. Les enfans, gens de metier de la dite

ville, et autre populaire en grand nombre, garnis d'artilherie,

tambourins et suysse, et autres instrumens musiquaulx, demenants

grande joye, lesquels recommencèrent à naviguer tellement, qu'en peu

de temps furent au devant le dit lieu de Podensac, auquel lieu arivez,

le roy, la royne, mes dits seigneurs les enfans se misdrent sur l'eau.

Et croyez que à l'embarquer la ville de Rioms[349], qui est au devant

le dit lieu de Podensac et aultres places estans sur la rivière,

firent merveilles de canoner, après avoir reçeu la ligne de ladite

ville de Rioms, qu'à ce estoit comise, laquelle apartient à monsieur

le grand escuier de Navarre, messire Frederic de Foix, qui en cestuy

affaire avoit bien voulu pourvoir, comme vray serviteur du roy. Le

roy, la royne, mes dits seigneurs les enfans, se mirent en la maison

que avoit eté construite pour la royne, accompaignez du roy de

Navarre, messieurs les ducs de Vendosmoys, Nemours, comptes de

Sainct-Pol, Guise et autres grans seigneurs, et les autres princes et

seigneurs es dites deux maisons, gallées et autres bapteaulx. Les gens

de mestiers et autres abillez de livrées; c'est assavoir: les

apoticaires avec leurs estandars, enseigne dorée, et leurs mortiers,

faisans grand bruyt, lesquels estoient vestus de satin et damas gris,

et tant faisans grans exclamations: _Vive le roy!_ _la royne!_

_messieurs ses enfans!_ ayans grans cruches d'yppocras, qu'ils

distribuèrent avec grans boytes de confitures à chacun qu'en

demandoit; les cousturiers, vestus de satin et taffetas noir semez de

croix blanches; les chaustiers de tafetas changeant, en bel ordre;

les orphevres, vestus de satin viollet et noir, doublé de incarnat

nervé de cordons d'argent, ayant chacun une chaine d'or en leur col;

les armuriers, de plusieurs couleurs, chacun à son plaisir; et, en

oultre, les potiers d'estain en bel ordre, aïant leurs sayons de rouge

couverts de fleurs de lys avec ung dauphin en fasson d'orphaverie

qu'il faisoit bon voir. Et generallement la ville avoit faict eriger

ung grant pont au devant la porte du Laillau pour la descente. Auquel

lieu descendirent la royne, messieurs les enfans, au devant desquels

se presentèrent pour la ville monseigneur l'amiral, maire et capitaine

de la dite ville, acoultré de son manteau chapperon, my party de drap

d'argent et velour cramoisy, doublé de satin cramoisy; les soubs

maire, clers et autres juratz avec leurs manteaulx de damas cramoisy

et damas blanc; lequel dict seigneur admiral fit pour la dite ville à

la dite dame, mes dits seigneurs, une courte harengue si bien

troussée. Après la dite harengue, la dite dame fut mise dedans une

litière que portoyent deux mules, que deux paiges d'honneur

conduisoient, le tout couvert de drap d'or frisé[350]. Et soudain fut

mis dessous, par les dits juratz, ung poyle de drap d'or, à franges

d'or, riche à merveille, que six des ditz jurez portoyent; et à

l'entrée de la porte se presenta le reverendissime cardinal de Sens,

legat et chancellier de France, accompaigné des reverendissimes

cardinaulx de Lorraine, Trivolse et Turnon, et saize evesques, grand

nombre d'abbés, parthenothaires et autres gens d'eglise, lequel fit

une belle et eloquente harengue, où la dicte dame prit un grand

plaisir. Ce faict, après que la dite dame et mes dits seigneurs furent

entrez au dit portal, la court de Parlement, les quatre presidens,

revêtus de leurs chappes et mortiers, et tous les conseillers, vestus

d'escarlate, se presentèrent, lesquels firent la reverence à la dite

dame et mes dits seigneurs, après lequel salut monsieur messire

Françoys de Belcier, chevalier, premier president, en une gravité, fit

à la dite dame et seigneurs, pour la dite court, une harengue; et

ycelle parachevée, commencèrent à faire la procession ecclesiastique

de toute la ville, puis les gens de metier, chascun en son ordre.

Après marchoit monsieur le prevost avec ses archiers, puis les Suisses

du roy avec force tambourins et phiphres; puis marchoient les

trompettes, clerons, haultboys du roy, tous abilhez des couleurs du

dit seigneur, les heraults et roys d'armes les testes nues. Après

marchoient messieurs de la court de Parlement, consequemment les cent

gentils hommes de l'hostel avec leurs haches et bec de fauchon[351];

après marchoient messieurs le daulphin et duc d'Orleans, accompagnez

de messieurs les ducs de Vendosmes, Nemours, de Sainct-Pol, Nevers,

Guise, La Trimoulle, et autres grans princes desquels je ne say les

noms; et après marchoient messieurs le grand maistre vicomte de

Turainne et autres seigneurs. Après ceste trouppe de gentils hommes

marchoit le roy de Navarre, avec les reverendissimes cardinaulx dessus

nommez, et puis mon dit seigneur le legat chancellier. Après venoist

la litière de la dite dame, conduicte comme dessus, laquelle suyvoient

les dames, tant de France que d'Espaigne, deux à deux, une de France,

une d'Espaigne, jusques à vingtz cinq ou XXVI de chascun cousté, que

faisoit bon voir. Après marchoient en bel ordre tous les archiers de

la garde du roy, et après grand multitude de gentils hommes faisans

guider chevaulx sur le pavé, que s'estoit merveilhes. Et en cestuy

estat marchèrent jusques à l'eglise Sainct-André, metropolitaine de la

dite ville, où par le clergé fut honorablement receu la dite dame et

Messieurs[352]; et, après avoir rendu graces à Dieu en l'ordre que

dessus, marchèrent vers leur logis. Est assavoir que toutes les rues

estoient tendues de riches tapisseries[353]; avoit esté dressé sur la

fin du carrefour de Lombrière ung grand echarffault en fasson d'arc

triomphant. Au mylieu avoit ung pavillon, riche à merveille, au dedans

duquel y avoit ung personnaige en chaire, acoultré d'abit royal,

tenant septre; à dextre et senestre, deux autres personnages en

chaire, representans messieurs les Dauphin et d'Orleans, au dessus

desquelles, mesmement sur celle du roy, estoyent les armes du roy, de

la royne, soubs ung timbre imperial, et au dessoubs ung escripteau où

avoit: _Veni sponca mea veni de libano et coronaberisti_. Pareillement

sur les dits seigneurs, les dites armes, escript: _Euntes ibant et

flebant_, et, de l'autre part: _Venientes, aut venient cum

exultatione_. Du cousté de la representation de monsieur le dauphin, y

avoit une jeune fille, nommée _la Ville de Bourdeaulx_, à genoux, qui

tenoit ung coeur où estoient les armes de la ville, lequel s'ouvroit

et apparoissoit semé de fleurs de lys, et avoit un personnage,

accoutré en homme de justice, qui se nommoit _Conseil vertueulx_, près

duquel estoit ung escript: _Et me Dominum, fili mi, et regem_; et à la

porte Beguère y avoit ung riche eschaffault sur lequel estoit edifié

ung lit si richement acoultré de drap d'or, velour cramoisy et

broderie, que merveilles, et sur icelluy estoit en fasson d'une

acouchée une belle fille nommée Amour; aux deux coustez, deux autres

belles filles, richement acoultrées, nommées Raison et Justice; au pié

du lict, ung bers, si richement acoultré que possible est de faire, au

dedans lequel estoit une fille de l'age de quinze jours nommée Paix,

pour laquelle avoit en une chaste assise une très belle fille, très

richement acoultrée, nommée Aliance, qui avoit ung esmouchart en sa

main dont chassoit les mouches; aussi bersoit la petite fille en

fasson de nourisse, laquelle jouhoit si très bien son personnage que

l'on pourroit souhaiter. Au dessus lequel echaffault avoit ung

escripteau denotant le mistère. Or prions à Dieu pour, la conclusion,

tout ainsi que par une Alienor[354] jadis furent commencées les grans

guerres et divisions au royaulme de France, que, au contraire, ceste

vertueuse dame Alienor, nostre rayne, puisse si bien ouvrer qu'elle

fille le lyen de pair entre les princes crestiens, qu'il puisse aller

contre les juifs meschreans de nostre foy catholique! _Amen_[355].

[Note 340: «Le roy partist pour aller au devant de ses

enfants, avec grand nombre de seigneurs, monta sur l'eau le

lundy au soir et alla jusqu'à Langon, et de là passa à Bazac

(Bazas) et autres lieux, comme Rochefort, Marsant, et parmy

les landes de Bourdeaux, où il s'arresta jusques à tant que

la royne et messieurs ses enfants fussent arrivés.»

(_Journal d'un bourgeois de Paris_; Société de l'hist. de

France, p. 414.)]

[Note 341: M. de Montpesat, gentilhomme de la chambre du

roi, avoit laissé la nouvelle reine Eléonore, le dauphin et

le duc d'Orléans à Saint-Jean-de-Luz, et etoit venu de

«nuict, sur chevaulx de poste, à Bourdeaux», apporter au roi

la nouvelle de leur approche. (_La prinse et delivrance du

roy, venue de la royne, seur aisnée de l'empereur, et

recouvrement des enfants de France_, par Séb. Moreau. _Arch.

curieuses_, 1re série, t. 2, p. 433. V. aussi _Mémoires_ de

Martin au Bellay, coll. Petitot, 1re série, t. 18, p. 97.)

Le roi fut si joyeux de la nouvelle «qu'il donna au dit

sieur de Monpesat... l'office de greffier au parlement de

Tholose, qui, pour lors, etoit vacante par le trepas du feu

greffier, qui valoit à vendre dix à douze mil escuz.» (Séb.

Moreau, p. 434.)]

[Note 342: François de Bourbon, comte de Saint-Pol, frère du

due de Vendôme, dont le nom précède le sien, et qui étoit

lui-même frère du roi de Navarre.]

[Note 343: Le cardinal Duprat, qui avoit dirigé toute

l'affaire de la rançon du roi, et contre le payement de

laquelle on avoit, en échange, accordé la liberté des deux

jeunes princes donnés en otages. Il s'étoit acquitté de

cette tâche en trop zélé ministre, il avoit payé en pièces

qui n'étoient pas de poids; mais les commissaires de

l'empereur, qui avoient l'éveil, n'avoient accepté qu'après

sûre vérification; or, il s'en manquoit de 40,000 écus,

qu'il fallut rapporter. C'est ce que Martin du Bellay, p.

94, appelle «quarante milie escus pour la tare de l'or.»

Sébastien Moreau avoue lui-même qu'il s'en falloit beaucoup

que toutes les pièces données d'abord fussent de bon aloi.

(_Arch. curieuses_, 1re série, t. 2, p. 416.)]

[Note 344: Roquefort, chef-lieu de canton du département des

Landes, arrondissement de Mont-de-Marsan.]

[Note 345: «L'abbaye de Verrières, dit Sébastien Moreau,

deux lieues par delà de Mont de Marsan, qui est aussy au dit

roy de Navarre.» La rencontre se fit, dit Martin du Bellay,

p. 97, «entre Roquefort de Marsan et Captieux, en une petite

abbaye, auquel lieu, une heure devant le jour, le roy et la

royne furent espousez.»]

[Note 346: «Ils arrivèrent bientôt, dit encore Séb. Moreau,

en la ditte abbaye, en l'eglise de laquelle s'estoit deja

appresté reverend père en Dieu monseigneur l'evesque de

Lisieux, grand aumônier dudit seigneur, lesquels, après

qu'ils se furent repousés en ordre, allèrent en la ditte

eglise, qui estoit assez tard, et lors le dist evesque les

espousa, et après s'allèrent mettre à table pour soupper.

Ils feirent la chière telle que bien s'en sçauroit dire,

aprez se retirèrent ensemble pour prendre le plaisir de

marriage l'un avec l'autre, que je ne dechiffreray

autrement, en le laissant penser aux lecteurs et

auditeurs.»]

[Note 347: Chef-lieu de canton du département de la Gironde,

arrondissement de la Réole.]

[Note 348: Chef-lieu de canton de l'arrondissement de

Bordeaux.]

[Note 349: Rions, commune de l'arrondissement de Bordeaux,

canton de Cadillac. Ce qu'on lit dans le _Journal d'un

bourgeois de Paris_, p. 416, sur cet embarquement, confirme

ce qui se trouve ici, mais à beaucoup de détails près: «La

royne, avec les seigneurs et dames, y est-il dit, se meirent

sur la marine, entre Langon et Bourdeaulx, en basteaux

painctz et dorez magnifiquement, et avoit moult de pièces

d'artillerie grosses, qui faisoient merveilleuses tempestes,

et force navires, tant marchands que de guerre, tous fort

bien équipés.»]

[Note 350: «A l'entrée de la porte, lit-on dans le _Journal

d'un bourgeois de Paris_, fust apprestée la lictière et

muletz de la reyne, tous couverts de drap d'or frizé.»]

[Note 351: Sorte de hallebarde qui faisoit donner à ceux

dont elle étoit l'insigne le nom de _gentilshommes à bec de

corbin_. Les contrôleurs généraux des finances eurent,

jusqu'à la révolution, un attribut du même genre. «M. de

Fourqueux, lit-on dans les _Mémoires secrets_, t. 35, p. 14,

est decidement revêtu du titre de contrôleur general et

porte la _canne à bec de corbin_, attribut de la dignité,

dont il a plus besoin qu'un autre.»]

[Note 352: «La dite royne, écrit le bourgeois de Paris dans

son _Journal_, avoit sur elle un ciel d'or frizé, vestue à

la mode espaignolle, ayant en sa teste une coiffe ou

crespine de drap d'or frizé, faicte de papillons d'or,

dedans laquelle estoient ses cheveulx, qui luy pendoient par

derrière, jusques aux tallons, entortillez de rubbens; et

avoit un bonnet de velours cramoisy en sa teste, couvert de

pierreries, où y avoit une plume blanche, tendue à la façon

que le roy le portoit ce jour. Aux oreilles de la ditte dame

pendoient deux grosses pierres, grosses comme deux noix. Sa

robbe estoit de veloux cramoisy, doublée de taffetas blanc,

bouffant aux manches, au lieu de la chemise, les manches de

la robbe couvertes de broderies d'or et d'argent. Sa cotte

estoit de satin blanc à l'entour, couverte d'argent battu,

avec force pierreries; et y estoit le chancelier de France,

Du Prat, qui la receut pour le roy, accompaigné de plusieurs

cardinaulx et prelatz; y estoient aussy les ambassadeurs de

Venise, Ferrare, Angleterre, et plusieurs princes, seigneurs

et dames de France, entr'autres Mme de Nevers.»]

[Note 353: «Et depuis la dicte porte, écrit le bourgeois de

Paris, jusques à la grande eglise Sainct-André, estoient les

rues tendues; y furent joués mistères, et y avoit trois

grands theatres elevez en hault, où estoient les armes du

roy et de la royne.»]

[Note 354: Eléonore de Guienne, d'abord reine de France,

comme femme de Louis VII, puis reine d'Angleterre, après

avoir épousé Henri II. On sait que la querelle soulevée au

sujet de l'Aquitaine, qu'elle avoit apportée en dot à son

nouvel époux, et que le fils du premier ne vouloit pas

rendre, fut la première cause d'une guerre interminable

entre la France et l'Angleterre.]

[Note 355: «Touctes ces bonnes chères faictes, dit Séb.

Moreau, et qu'il commençoit quelque peu à se mouvoir de la

peste, dont audit Bourdeaux sont subjects, à cause de la

marine, partirent et passèrent les deux rivières, assavoir

la Garonne et la Dordogne, et s'en allèrent prendre aeir

beau et triumphant; c'est l'aeir d'Angoulème.» Là, les fêtes

recommencèrent. On en trouve la description dans une pièce

volante, indiquée au portefeuille 226-227 de la _collection

Fontanieu_, et reproduite textuellement au t. 6, p. 291-298,

de l'édition des _Mémoires_ de Martin et Guillaume du

Bellay-Langey donnée par l'abbé Lambert.]

Variétés Historiques et Littéraires (08/10) Recueil de pièces volantes rares et curieuses en prose et en vers · 第 29 / 60 题