clochers de bois recouverts d'ardoise ou de plomb, et quelquefois même à
la pointe des pyramides de pierre qui terminaient les tours des édifices
religieux. Les croix de fer étaient surmontées d'un coq ou d'une simple
girouette. Il existe un petit nombre de ces croix de métal anciennes,
renversées souvent par la foudre ou détruites par le temps et la main
des hommes. Elles étaient, la plupart, d'un riche dessin, dorées et
d'une grande dimension. Leur embase se composait ou d'une boule, ou
d'une bague figurant souvent un dragon, symbole du démon, ou encore
d'une couronne de feuillage. Des reliques étaient habituellement
déposées dans la boule qui leur servait de base, ou dans le coq qui les
surmontait (voy. COQ). Le système d'assemblage de ces croix
d'amortissement mérite d'être étudié avec soin par les constructeurs;
car ces pièces de fer, posées à une grande hauteur, plus lourdes au
sommet qu'à la base, étaient exposées aux ouragans et ne tardaient pas à
se rompre, à se fausser ou à fatiguer leurs attaches. Si ces croix
étaient scellées dans la pierre, il fallait, pour éviter l'ébranlement
causé dans le scellement par l'effort du vent sur le corps de la croix,
procéder avec des précautions extraordinaires. La tige principale se
composait de trois ou cinq pièces: une âme et deux ou quatre
arcs-boutants. Supposons un sommet de flèche en pierre composé d'assises
(12). La partie évidée de la pyramide s'arrête en B. La tige principale
en fer carré CD traverse les assises pleines du sommet de la flèche,
formant amortissement, et son extrémité inférieure est arrêtée par une
clavette en D. Deux ou quatre arcs-boutants en E, maintenus par deux
frettes IK, contournés suivant le profil du couronnement, viennent
butter contre un épaulement de la tige en G; de sorte que si le vent
pousse la tige centrale d'un côté, son effort est neutralisé par la
résistance qu'opposent les arcs-boutants, résistance qui se résout en
une pression en F ou en L. Quant aux deux branches de la croix, elles ne
sont pas assemblées à mi-fer, ainsi que cela se pratique dans la
serrurerie moderne, et ce qui est fort mauvais, mais au moyen d'une
emboîture renforcée, avec trou pour passer un boulon ou un gros rivet,
ainsi que l'indique la fig. 13.
Ces menus détails ne sont pas à dédaigner; trop souvent, de nos jours,
on abandonne leur exécution à un entrepreneur qui, à son tour, s'en
rapporte à un chef d'atelier, qui se fie à l'intelligence de l'ouvrier.
Un accident arrive, on s'en prend à l'architecte, qui rejette la faute
sur l'entrepreneur, qui fait retomber le blâme sur le chef d'atelier,
qui accuse l'ouvrier, lequel a quitté le chantier depuis six mois!...
Si la croix de fer est posée au sommet du poinçon d'une flèche en bois,
sa tige forme, sous l'embase, une fourchette à deux, trois ou quatre
branches, suivant le degré de force que l'on veut donner à la croix et
la résistance qu'elle doit opposer au vent. Les branches de la
fourchette, clouées sur le bois, sont, en outre, munies de frettes
serrées à chaud, afin de maintenir puissamment l'armature. Si la croix
est d'une très-grande dimension (une croix d'une flèche comme celle
d'Amiens ou de Notre-Dame de Paris ne peut avoir moins de huit mètres de
hauteur), elle se compose d'un nombre considérable de pièces que nous
décomposons ainsi (14): 1º l'âme A (voir la section horizontale P), avec
son renfort pour recevoir la traverse; 2º B, la traverse; 3º les quatre
équerres C, plus ou moins décorées et maintenues au moyen de rivets
indiqués dans le détail C' (ces équerres sont destinées à empêcher la
traverse de fatiguer le tenon, le boulon central, et, par suite, de
s'incliner d'un côté ou de l'autre); 4º D, les quatre renforts à
crémaillères formant branches de fourchettes clouées et frettées sur la
tête du poinçon de bois; 5º E, les trois frettes façonnées comme le fait
voir le tracé E', avec clavettes, de manière à pouvoir être fortement
serrées; 6º F, l'embase, et G, les embrasses; 7º H, le boulon maintenant
la traverse contre l'âme dans sa mortaise: en tout dix-sept pièces de
fer. En M est figurée l'extrémité du montant de la croix, avec la broche
sur laquelle tourne le coq-girouette; en L, l'extrémité forgée de l'un
des croisillons. L'âme est indépendante et n'est maintenue dans une
ligne verticale que par les quatre branches D fixées sur le sommet du
poinçon. Une pareille armature d'une hauteur de quatre ou cinq mètres
peut conserver l'élasticité nécessaire pour ne pas être rompue par un
ouragan, car les quatre renforts tenant lieu de fourchettes agissent
toujours en sens inverse: si l'un est chargé par l'action du vent au
moyen du talon I, l'autre renfort opposé agit en tirant par la
résistance qu'oppose la crémaillère K. Il n'est pas besoin de dire que
le poinçon est recouvert de plomb jusque sous l'embase F. Si la croix
atteint des dimensions plus grandes (sept ou huit mètres), il est
prudent d'avoir des renforts doublés avec doubles talons, doubles
crémaillères, de faire l'âme en deux pièces juxtaposées, boulonnées ou
rivées ensemble et moisant la traverse. Une armature ainsi combinée peut
être enrichie au moyen de tigettes, d'ornements de fer battu rapportés
et rivés. Les renforts avec leurs embrasses peuvent être enveloppés de
feuilles en tôle découpée et modelée, être accompagnés de branches de
fer rond, recourbées et portant à leur extrémité des fleurs en tôle
découpée.
La fig. 15 donne l'idée de ce genre d'ornementation rapportée.
Sur des flèches d'une dimension ordinaire, les croix en fer n'avaient
pas besoin d'être combinées et fixées avec ce luxe de précautions. Il en
est qui sont forgées de façon à ce que les bras et l'arbre vertical ne
forment qu'une pièce dont les parties sont soudées ensemble. La petite
croix en fer du clocher de Puybarban, près la Réole, est ainsi
fabriquée. Cette croix, bien qu'elle ait été reposée sur une flèche du
XVIIe siècle, est de la fin du XIIIe ou du XIVe[86]. Nous en présentons
(16) le dessin d'ensemble et les détails. Les fleurs de lis sont
doubles, c'est-à-dire posées sur deux sens, comme l'indique le tracé
perspectif (16 bis) d'un des bouts de la croix. Une petite girouette,
roulant sur le bras supérieur, remplace ici le coq traditionnel. Les
redents qui décorent le carré central sont simplement rivés aux côtés de
ce carré. Malgré son extrême simplicité, cette croix ne laisse pas
d'être d'une forme gracieuse; et, dût-on nous accuser d'indulgence en
faveur des arts du moyen âge, nous ne saurions lui préférer les croix en
fonte que l'on place aujourd'hui au sommet des flèches. Cette opinion
n'est pas partagée très-probablement, puisque la plupart des vieilles
croix de fer qui avaient résisté aux orages de la fin du dernier siècle
ont été descendues et vendues au ferrailleur, en échange de ces modèles
en fonte que l'on trouve sur les quais de Paris en compagnie de poêles
et de bancs de jardins. En Bretagne et en Normandie, on signale encore
quelques croix de flèches en fer, qui datent des XVe et XVIe siècles.
Voici (17) quelques-uns des motifs le plus habituellement reproduits.
CROIX DE CHEMINS ET DE CIMETIÈRES. À quelle époque commença-t-on à
élever des croix dans les carrefours, à l'entrée des villes ou villages,
et dans les cimetières? Je ne saurais le dire. On peut constater
seulement que cet usage était fort répandu dès les premiers temps du
moyen âge. Parmi les monuments encore debout, nous n'en connaissons
aucun qui soit antérieur à la fin du XIIe siècle ou au commencement du
XIIIe. Il est à croire que beaucoup de ces croix antérieures au XIIIe
siècle, en pierre ou en bois, étaient recouvertes par un auvent; car,
dans un écrit de cette époque, on lit ce passage: «... et en cascune
chité de nostre empire a ij. crois à l'entrée; et desus la crois n'a
point d'arc volu (archivolte), pour çou que chil ki vont par desous
l'enclinent, que nous l'avons en tele remenbrance que nous ne volons que
nule riens soit pardesus ki ne soit bénéoite ou sacrée...[87]» Il
existait donc des couvertures sur les croix de chemins, puisque le
prêtre Jehan ne veut pas qu'on en pose sur celles élevées sur son
territoire, afin qu'au-dessus de la croix il n'y ait rien qui ne soit
bénit ou sacré. Cette idée semble prévaloir, en effet, pendant le XIII
siècle, car on ne trouve pas de traces anciennes d'auvents ou d'édicules
recouvrant les croix de chemins, à cette époque, dans le nord de la
France.
Il y a lieu de croire, d'ailleurs, que les croix n'étaient protégées par
des auvents qu'autant qu'elles portaient le Christ, ou lorsqu'elles
étaient faites de matière périssable, ou peintes et dorées; car on voit
encore des croix romanes de cimetières et de carrefours qui n'ont
certainement pas été faites pour être placées sous un édicule. La croix
de pierre que nous donnons ici (18), et qui est encore placée dans le
cimetière de Baret près Barbezieux (Charente), est d'un travail trop
grossier pour qu'on ait jamais eu l'idée de la couvrir. Cette croix
paraît appartenir à la fin du XIe siècle.
Les croix de carrefours sont habituellement posées sur un socle formant
comme un petit autel, avec quelques marches en avant; les croix des
cimetières s'élèvent sur un emmarchement plus ou moins grand; une
tablette est posée devant ou autour de la colonne portant la croix. Dans
le cimetière de Mezy (Marne), il existe encore une croix de ce genre
dont la colonne passe à travers une tablette d'autel portée sur quatre
figures d'évangélistes adossées à des colonnettes (19). Nous donnons, en
A, la coupe sur l'axe de la colonne. Le sommet de cette croix de pierre
n'existe plus; la colonne est brisée au niveau B. Pour le compléter,
nous donnons (19 bis) les fragments d'une belle croix de la même époque
(1230 environ), qui se trouvent déposés sous le porche de l'église de
Rougemont (Côte-d'Or). D'un côté, sur cette croix, est attaché le
Christ; de l'autre, dans le médaillon du centre, est sculptée une main
bénissant. La coupe de la tige est tracée en A et celle des bras en B.
Vers le milieu du XIIIe siècle, les croix de chemins ou de cimetières
présentent souvent, sur la face, le Christ attaché, et, sur le revers,
une figure de la sainte Vierge portant l'Enfant; ou bien encore la
statue de la Vierge est adossée à la colonne, sous la croix, et le
crucifix est double. On voit à Fouchères, près de Troyes, les restes
d'une charmante croix de ce genre, qui était placée autrefois à la tête
du pont. Elle reposait sur un socle et des marches. À la colonne est
adossée une statue de la sainte Vierge, de 1m,40 de haut; elle est
debout sur un groupe de trois colonnettes tenant à l'arbre principal. Du
chapiteau qui termine la colonne sort un ange à mi-corps, disposé de
telle façon que ses ailes et son corps forment dais au-dessus de la tête
de la statue (20). Autrefois, un crucifix de pierre de 1m,80 environ
surmontait le chapiteau; la figure du Christ était sculptée sur chacune
de ses faces: l'une tournée vers l'Orient, l'autre vers l'Occident; les
extrémités des bras de la croix étaient terminées par des fleurons
feuillus. Ce crucifix est détruit aujourd'hui, et le petit monument
n'existe que jusqu'au chapiteau supérieur. La Vierge tourne son regard
vers la terre et sourit; elle est coiffée d'un voile et d'une couronne
fleuronnée. Chaque année, pendant la moisson et les vendanges, les
paysans attachent des épis de blé et des raisins aux pieds de la mère du
Sauveur[88]. Du socle au crucifix, l'arbre se compose de trois pierres,
dont les lits sont marqués en L. La section horizontale au-dessous de la
Vierge donne le plan A. On comprend que la statue est prise dans le même
morceau de pierre que la colonne à laquelle elle est adossée.
La plupart de ces croix de chemins avaient été élevées pour conserver le
souvenir d'un fait mémorable ou en signe d'expiation. Sur la route
qu'avait suivie Philippe le Hardi de Paris à Saint-Denis, en portant sur
ses épaules les restes du roi Saint-Louis, on avait élevé, à chaque
station de la procession, des croix de pierre, qui passaient pour de
fort beaux ouvrages. On en voyait encore les restes en 1792; elles
étaient très-belles, en pierre de liais, et posées sur de hauts
emmarchements.
Pendant les XIVe et XVe siècles, on donna aux croix de chemins une
grande richesse; on multiplia les figures qui accompagnaient le Christ,
tout en conservant toujours les dispositions primitives. Dans nos musées
de province, on voit encore quantité de débris des croix de chemins;
elles s'étaient multipliées à l'infini, car on ne renversait pas les
anciennes et on en élevait chaque jour de nouvelles; mais il est rare
aujourd'hui d'en trouver qui n'aient pas été brisées pendant les guerres
de religion ou à la fin du dernier siècle. Il en existe cependant dans
des localités oubliées par les iconoclastes: elles sont d'un travail
grossier, car les plus belles se trouvaient près des grands centres, et
ce sont les premières qui ont été détruites; toutefois ces monuments,
d'une exécution barbare, sont des copies ou des réminiscences des
oeuvres qui passaient pour être remarquables, et, à ce point de vue,
elles doivent être étudiées avec soin. Parmi ces imitations grossières,
nous pouvons citer la croix de Belpech (Aude) (21). La croix, découpée
et fleuronnée, porte, d'un côté, le Christ ayant à sa droite la Vierge
et saint-Jean à sa gauche. Au bas de la croix, deux petites figures
reçoivent le sang du Sauveur dans un calice. Deux têtes, au-dessus des
bras du Christ, personnifient le soleil et la lune. Le revers porte, au
centre, une figure de la sainte Vierge avec l'Enfant. Deux anges
tiennent la couronne de la mère de Dieu: à sa droite est un saint-Jean
précurseur; à sa gauche, saint-Jacques pèlerin. Le chapiteau porte
quatre figurines nimbées très-frustes, mais parmi lesquelles on
distingue saint-André. Des écussons se voient entre les figures. Ce
monument date de la fin du XIVe siècle; il était entièrement peint et
recouvert d'un auvent, car il semble qu'à la fin du XIVe siècle on
revint à cet usage de couvrir les croix de carrefours.
On voit encore, sur la place de Royat (Puy-de-Dôme), en face de
l'église, une jolie croix en lave, du XVe siècle. Nous en donnons une
vue (22). Les figures des douze apôtres sont sculptées sur le montant
principal entre quatre petits contre-forts. Une inscription donnant le
millésime de 1481 est gravée au pied de l'arbre, du côté de la Vierge.
Sur les faces du socle, dans de petites niches, on remarque huit
figurines, probablement des prophètes.
Les croix de chemins, de carrefours et de cimetières n'étaient pas
toujours taillées dans de la pierre, du marbre ou du granit; on en
élevait en bois, fichées dans un socle de pierre. Il n'est pas besoin de
dire que celles-ci sont détruites depuis longtemps; on n'en peut
constater l'existence que par la présence de ces socles de pierre percés
d'un trou carré que l'on rencontre encore dans la campagne et dans les
cimetières. Il existait aussi des croix de bronze et de fer forgé. Ces
objets de métal, particulièrement ceux de bronze, ont été fondus à la
fin du dernier siècle, et nous n'en possédons plus un seul exemple en
France. La forme de ces croix de bronze différait de celles données aux
croix de pierre et de bois; elles étaient plus sveltes, plus détaillées,
plus riches, et se divisaient souvent en plusieurs branches pour porter
des personnages. Dans l'_Album_ de Villard de Honnecourt, on voit une de
ces croix dont la partie supérieure ne peut avoir été exécutée qu'en
cuivre fondu[89]. Elle se compose d'une colonne, peut-être en pierre,
posée sur des marches. De la colonne sort la croix avec le Christ et
deux crosses amplement découpées portant la Vierge et saint-Jean. Si
nous tenons compte de la manière conventionnelle employée par Villard
dans ses dessins et que nous remettions ce croquis en proportion, nous
obtenons la fig. 23, qui donne un bel exemple de croix en pierre du sol
au niveau A, et en métal depuis le niveau A jusqu'au sommet; cette croix
appartient au temps où vivait Villard, c'est dire qu'elle est de la
première moitié du XIIIe siècle. Villard, sauf quelques rares
exceptions, ne fait pas d'archéologie, et ne remplit son _Album_ que de
dessins pris sur des monuments contemporains. «Dans le XVe siècle, dit
Courtalon, il existait à l'église Saint-Remy de Troyes une nombreuse
confrérie de la Croix à l'autel de ce nom. Des oblations qu'on y
faisait, les confrères firent ériger, en mars 1495, proche l'église
Saint-Jean, dans la Grande-Rue, un très-beau monument en l'honneur de la
Croix, que l'on appela la _Belle-Croix_[90].»
La description de cette croix, que l'on trouve tout entière dans le
_Voyage archéologique dans le département de l'Aube_[91], donne l'idée
d'un monument d'une grande importance. Cette croix, entièrement de
bronze, sauf le socle, était décorée de nombreuses figurines, parmi
lesquelles on distinguait Satan et Simon le Magicien, que les Troyens
appelaient _Simon Magut_. Au pied du Christ, on voyait la Madeleine
embrassant le pied de l'arbre de la croix; de chaque côté, saint-Jean et
la Vierge; au-dessous, saint-Pierre, saint-Loup, Saint-Louis, des
prophètes, parmi lesquels on distinguait Mahomet. Un mémoire dressé en
1530 sur ce monument, et rapporté par Grosley, nous fait connaître qu'il
était, dans l'origine, surmonté d'un baldaquin ou dôme en maçonnerie,
porté sur de très-hautes colonnes, «le tout fort triomphant et étoffé de
peintures d'or et d'azur, et garni d'imaiges et autres beaux ouvrages à
l'avenant... Que cette croix en remplaçait une de pierre dure, garnie
d'imaiges, laquelle étant venue en ruyne et décadence, fut démolie et
transportée au cimetière de l'Hôtel-Dieu-Saint-Esprit, et fut illec
colloquée et dressée attenant de la sépulture de noble homme NIC.
BOUTIFLART, en son vivant bourgeois de Troyes...» Le mercredi 5 décembre
1584, un ouragan renversa la coupole sur la croix, qui fut rompue, bien
qu'un gros arbre de fer la traversât du haut en bas. «La chute de la
belle croix, ajoute M. Arnaud, facilita la visite des reliques qu'elle
renfermait; on trouva dans la tête de l'image de la Vierge qui est
derrière le crucifix une petite boîte de laiton fermée et attachée avec
un fil d'archal...» L'année suivante, en 1585, la belle croix de Troyes
fut rétablie, mais sans la coupole qui la couvrait. Ce monument fut
fondu en 1793; la fonte rendit huit mille cent quarante-deux livres de
bronze; sa hauteur était de trente-six pieds.
Nous donnons (24), d'après un ancien dessin et un vitrail de 1621,
représentant «l'entrée du Roy Henry le Grand en sa ville de Troyes en
1595», l'ensemble de ce monument de bronze privé de la coupole qui le
couvrait et sur la forme de laquelle nous ne possédons aucun
renseignement graphique.
En Bretagne, on voit encore un grand nombre de croix de pierre des XVe
et XVIe siècles, qui rappellent les dispositions de ces croix munies de
branches portant des personnages (voy. le _Voyage pittoresque dans
l'ancienne France_, par MM. Nodier et Taylor).
[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 4. bis.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7]
[Illustration: Fig. 8.]
[Illustration: Fig. 9.]
[Illustration: Fig. 10.]
[Illustration: Fig. 11.]
[Illustration: Fig. 12.]
[Illustration: Fig. 13.]
[Illustration: Fig. 14.]
[Illustration: Fig. 15.]
[Illustration: Fig. 16.]
[Illustration: Fig. 16. bis.]
[Illustration: Fig. 17.]
[Illustration: Fig. 18.]
[Illustration: Fig. 19.]
[Illustration: Fig. 19. bis.]
[Illustration: Fig. 20.]
[Illustration: Fig. 21.]
[Illustration: Fig. 22.]
[Illustration: Fig. 23.]
[Illustration: Fig. 24.]
[Note 84: Voy. _Archéol. de l'ancien Beauvoisis_, par le Dr
Woillez.]
[Note 85: Ces renseignements nous ont été fournis par M.
Alaux, architecte à Bordeaux.]
[Note 86: M. Alaux, architecte, a pris la peine de dessiner
pour nous cette croix de fer.]
[Note 87: _Additions aux OEuvres_ de Rutebeuf; _Lettre de
Prestres-Jehans_, pub. par Jubinal, t. II, p. 464. Il
existait une belle croix de grès au haut de la rue
Saint-Bertin à Saint-Omer; cette croix, qui fut détruite il y
a peu d'années, remontait, dit-on, au Xe siècle. (Voy. _les
Abbés de Saint-Bertin_, par M. Henri de Laplane, Ire partie,
p. 118. Saint-Omer, 1854.)]
[Note 88: Nous devons ce dessin à M. Millet, architecte
diocésain de Troyes.]
[Note 89: Voy. _Album_ de Villard de Honnecourt, arch. du
XIIIe siècle, p. 85, pl. XIV. Impr. impér., 1858.]
[Note 90: La place qu'occupait cette croix à Troyes porte
encore le nom de la _Belle-Croix_.]
[Note 91: Curieux ouvrage, publié par M. A. F. Arnaud,
peintre. Troyes, 1837.]
CROSSE. Voy. CROCHET.
CROSSETTE. Les appareilleurs donnent ce nom aux queues des claveaux d'un
arc qui se retournent horizontalement pour former tas-de-charge. Pendant
le moyen âge, on n'employait pas les crossettes dans l'appareil des
arcs; ceux-ci étaient toujours extradossés (voy. APPAREIL,
CONSTRUCTION).
CROUPE. Signifie l'extrémité d'un comble qui ne s'appuie pas contre un
pignon de maçonnerie. Les absides circulaires ou à pans des églises sont
terminées par des croupes (voy. CHARPENTE). Dans l'architecture civile,
les architectes, jusqu'au XVIe siècle, emploient très-rarement les
croupes; les bâtiments sont couverts par des combles à double pente
fermés à leurs extrémités par des pignons. C'était une tradition antique
que le moyen âge avait conservée scrupuleusement, et c'était fort sage.
Les artistes de la Renaissance, et ceux du XVIe siècle surtout, qui
prétendaient revenir aux principes de l'antiquité, ont commencé à poser
sur les édifices des combles terminés par des croupes, et on a été, de
nos jours, comme sur la façade du Panthéon, par exemple, jusqu'à poser
des croupes sur des frontons qui sont des pignons. Il est difficile de
pousser plus loin l'oubli des principes de l'architecture des Grecs et
des Romains. Mais dans l'histoire de notre art, on trouve, depuis trois
siècles, bien d'autres étrangetés.
CRUCIFIX. Christ en croix. Il était d'usage de placer, dans les églises
cathédrales, abbatiales ou paroissiales, de grands crucifix de bois ou
de métal suspendus au-dessus des jubés ou des poutres transversales qui
indiquaient l'entrée du choeur. Il existe dans le musée de Cluny un
crucifix du XIIe siècle, grand comme nature, qui a dû être fait pour
être ainsi posé au-dessus d'une _trabes_. Cette figure est en bois de
châtaignier; les nus sont recouverts de parchemin peint; les draperies,
la tête et les mains sont seules dépourvues de cette application. Du
Breul[92] rapporte qu'à l'entrée du choeur de la cathédrale de Paris, au
sommet de la porte du jubé, s'élevait «un grand crucifix qui, avec sa
croix, n'était que d'une pièce, et, ajoute-t-il, le pied d'iceluy est
fait en arcade d'une autre seule pièce, qui sont deux chefs-d'oeuvre de
taille et de sculpture.»