nécessité l'obligeait à placer des contre-forts à l'extérieur des
édifices pour résister à des poussées. Elle n'imagina rien de mieux que
de les décorer de pilastres ou de colonnes empruntées à l'art romain.
Quelquefois, comme dans la cour du château vieux de
Saint-Germain-en-Laye, elle les réunit aux différents étages de la
construction par des arcs formant galerie ou balcons; mais c'était
encore là une tradition gothique dont nous indiquons l'origine dans
notre article sur la CONSTRUCTION, fig. 120. Elle ne tarda pas à
s'éteindre comme les autres, et lorsqu'il fallut absolument établir des
contre-forts devant les façades des bâtiments religieux ou civils, on
superposa des ordres romains les uns sur les autres. Si cette
application singulière des ordres antiques produisit un grand effet (ce
que nous nous garderons de décider, puisque c'est matière de goût), elle
eut pour résultat de dissimuler la véritable fonction du contre-fort;
comme construction, d'occasionner des dépenses inutiles et d'étager
plusieurs corniches les unes sur les autres: or, ces corniches répétées
ont l'inconvénient d'arrêter les eaux pluviales et de faire pénétrer
l'humidité dans les maçonneries. Mais n'oublions pas que l'affaire
importante, pour les architectes, depuis la fin du XVIe siècle, c'était
de chercher des prétextes pour placer des colonnes, n'importe où ni
comment. Chacun voulait avoir élevé un ou plusieurs ordres, et tout le
monde trouvait cela fort beau. Dès l'instant qu'en architecture on sort
des règles imposées par le bons sens et la raison, nous avouons que,
pour nous, il importe assez peu que les formes adoptées soient
empruntées aux Romains ou aux gothiques. On a fini par considérer le
contre-fort comme un aveu d'impuissance, et par les supprimer dans les
constructions modernes; mais comme il faut que les maçonneries se
tiennent debout, que les poussées soient contre-buttées et que le
_dévers_ ou le _bouclement_ des murs soit arrêté dans des bâtiments
vastes, on a pris le parti de donner aux murs l'épaisseur qu'on eût dû
donner seulement à quelques piles isolées, aux contre-forts en un mot.
Les maçonneries étant estimées en raison du cube en oeuvre, c'est ainsi
qu'on est arrivé à payer très-cher le plaisir de dire et de répéter que
les constructeurs gothiques étaient des barbares; et ce qui est
plaisant, c'est d'entendre dire très-sérieusement à ceux qui payent ces
gros murs inutiles, que les contre-forts accusent l'ignorance des
constructeurs.
[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 8.]
[Illustration: Fig. 9.]
[Illustration: Fig. 10.]
[Illustration: Fig. 11.]
[Illustration: Fig. 11. bis.]
[Illustration: Fig. 12.]
[Illustration: Fig. 13.]
[Illustration: Fig. 14.]
[Illustration: Fig. 15.]
[Illustration: Fig. 16.]
[Illustration: Fig. 17.]
[Illustration: Fig. 18.]
[Illustration: Fig. 19.]
[Illustration: Fig. 20.]
[Illustration: Fig. 21.]
[Note 54: Ces deux dessins nous sont fournis par M. Ruprich
Robert, à qui nous devons une excellente restauration de
l'église de la Trinité de Caen.]
[Note 55: Le pinacle actuel a dû être refait au XIVe siècle;
mais on voit qu'il en existait un au XIIe siècle.]
[Note 56: De l'obédience de Saint-Jean-les-Bons-Hommes, près
Avallon (voy. ARCHITECTURE MONASTIQUE, fig. 12, XIIe siècle).
Ici le glacis qui termine le chapiteau est taillé dans un
seul morceau de pierre.]
[Note 57: Voy. _Archit. civ. et domest._, de MM. Verdier et
Cattois, t. II.]
COQ, s. m. Guillaume Durand[58], dans son _Rational des divins offices_,
s'exprime ainsi à propos du coq qui surmonte le point culminant de
l'église en Occident:
«Le coq, placé sur l'église, est l'image des prédicateurs, car le coq
veille dans la nuit sombre, marque les heures par son chant, réveille
ceux qui dorment, célèbre le jour qui s'approche; mais d'abord il se
réveille et s'excite lui-même à chanter, en battant ses flancs de ses
ailes. Toutes ces choses ne sont pas sans mystère; car la nuit, c'est ce
siècle; ceux qui dorment, ce sont les fils de cette nuit, couchés dans
leurs iniquités; le coq représente les prédicateurs qui prêchent à voix
haute et réveillent ceux qui dorment, afin qu'ils rejettent les oeuvres
de ténèbres, et ils crient: «Malheur à ceux qui dorment! lève-toi, toi
qui dors!» Ils annoncent la lumière à venir, lorsqu'ils prêchent le jour
du jugement et la gloire future; mais, pleins de prudence, avant de
prêcher aux autres la pratique des vertus, ils se réveillent du sommeil
du péché et châtient leur propre corps. L'apôtre lui-même en est témoin,
quand il dit: «Je châtie mon corps, et je le réduis en servitude, de
peur que par hasard, après avoir prêché aux autres, je ne vienne
moi-même à être réprouvé.» Et de même que le coq, les prédicateurs se
tournent contre le vent, quand ils résistent fortement à ceux qui se
révoltent contre Dieu, en les reprenant et en les convainquant de leurs
crimes, de peur qu'ils ne soient accusés d'avoir fui à l'approche du
loup. La verge de fer sur laquelle le coq est perché représente la
parole inflexible du prédicateur, et montre qu'il ne doit pas parler de
l'esprit de l'homme, mais de celui de Dieu, selon cette parole: «Si
quelqu'un parle, que ce soit les discours de Dieu...» Et parce que cette
verge elle-même est posée au-dessus de la croix ou du faîte de l'église,
cela signifie que les Écritures sont consommées et confirmées...»
Ainsi donc, au XIIIe siècle, il était bien entendu que le coq placé au
sommet des clochers était un symbole; de plus, il est clair que ce coq
était mobile et servait de girouette. Mais, bien avant cette époque, il
est question de coqs posés sur les flèches des églises. La tapisserie de
Bayeux, qui date au moins du commencement du XIIe siècle, nous
représente un coq sur l'église abbatiale de Westminster, et ce coq,
contrairement aux usages modernes, a les ailes éployées[59].
Walstan, auteur du Xe siècle, dans le livre de la Vie de saint Switin,
parle d'une manière assez poétique du coq placé au sommet de l'église
que l'évêque Elfège avait fait bâtir à Winchester[60]:
«Un coq d'une forme élégante, et tout resplendissant de l'éclat de l'or,
occupe le sommet de la tour; il regarde la terre de haut, il domine
toute la campagne. Devant lui se présentent et les brillantes étoiles du
nord et les nombreuses constellations du zodiaque. Sous ses pieds
superbes, il tient le sceptre du commandement, et il voit au-dessous de
lui tout le peuple de Winchester. Les autres coqs sont les humbles
sujets de celui qu'ils voient ainsi planant au milieu des airs, et
commandant avec fierté à tout l'Occident; il affronte les vents qui
portent la pluie, et, se retournant sur lui-même, il leur présente
audacieusement sa tête. Les efforts terribles de la tempête ne
l'ébranlent point, il reçoit avec courage et la neige et les coups de
l'ouragan; seul il a aperçu le soleil à la fin de sa course se
précipitant dans l'océan, et c'est à lui qu'il est donné de saluer les
premiers rayons de l'aurore. Le voyageur qui l'aperçoit de loin fixe sur
lui ses regards; sans penser au chemin qu'il a encore à faire, il oublie
ses fatigues; il s'avance avec une nouvelle ardeur. Quoiqu'il soit
encore en réalité assez loin du terme, ses yeux lui persuadent qu'il y
touche.»
Ce symbole de vigilance, de lutte contre les efforts du vent, placé au
point le plus élevé des monuments religieux, appartient à l'Occident. Il
n'est pas question de coqs placés sur les clochers des églises de
l'Italie méridionale. Serait-ce pour cela qu'on les a enlevés de la
plupart de nos églises? ou que du moins on ne les replace pas
généralement lorsqu'on les restaure?
Nous n'avons point trouvé de coqs de clochers d'une époque ancienne, ou
ceux que nous avons pu voir étaient d'un dessin et d'un travail si
grossier que nous ne croyons pas nécessaire de les reproduire ici. Nous
ne pouvons que souhaiter que les coqs reprennent leur ancienne place; ne
fût-ce que comme girouettes, ils ont leur utilité.
[Note 58: _Rational_, l. I, ch. 1, § XXII.]
[Note 59: Nous renvoyons nos lecteurs à la savante
dissertation de M. Barraud sur les _coqs des églises_.
(_Bull. monum._, t. XVI, p. 277.)]
[Note 60: Nous empruntons cette traduction à la notice de M.
Barraud.]
CORBEAU, s. m. Support de pierre ou de bois formant saillie sur le
parement d'un mur, ayant sa face antérieure moulurée ou sculptée,
présentant ses deux faces latérales droites, et recevant, soit une
tablette de corniche, soit un bandeau, ou encore une naissance de voûte,
une pile en encorbellement, un linteau de porte, une poutre-maîtresse,
etc. L'origine véritable du corbeau est donnée par la saillie que
présente une solive de bois sur le nu d'un mur, ainsi que l'indique la
figure 1, saillie ménagée pour porter un pan-de-bois en encorbellement,
un comble, un poteau, etc.
Les Romains, pendant le Bas-Empire, avaient adopté les corbeaux en
pierre ou en marbre pour porter en saillie, sur les murs, de petits
ordres d'architecture, des chambranles, des pieds-droits, ou encore des
tablettes de corniches et de bandeaux. Les architectes de l'époque
romane s'emparèrent de ce membre et ne se contentèrent pas seulement de
l'employer comme un détail décoratif, ils l'utilisèrent si bien qu'il
devint un des moyens de construction très-usité pendant les XIe et XIIe
siècles. À leur tour, les architectes de l'époque gothique s'en
servirent dans un grand nombre de cas avec succès. Les constructions de
bois furent pendant longtemps admises par les barbares devenus les
maîtres des Gaules, et lorsqu'ils purent élever des édifices en
maçonnerie, ils conservèrent à certains détails de l'architecture les
formes données par la charpente; seulement ils imitèrent ces formes en
pierre. Les plus anciens corbeaux affectent toujours la forme d'un bout
de poutre ou de solive, orné par des profils ou de la sculpture: tels
sont les corbeaux que l'on voit dans la nef de l'église de Saint-Menoux
près Moulins (IXe ou Xe siècle), et qui supportent une tablette recevant
dans l'origine un plafond en charpente (2). Au-dessous de cette
corniche, entre les archivoltes des collatéraux et à l'aplomb des
colonnes, on voit aussi des corbeaux sculptés en forme de têtes humaines
(3), et qui étaient destinés probablement à recevoir le pied des liens
soulageant les entraits de la charpente. Les imagiers des Xe, XIe et
XIIe siècles, paraissent avoir pris les corbeaux de pierre comme un des
motifs les plus propres à recevoir de la sculpture. Ils les décorent de
figures d'hommes et d'animaux, de têtes, de sujets symboliques, tels que
les vices et les vertus, les signes du zodiaque, les travaux de l'année;
ils s'évertuent à les varier. C'est surtout en Auvergne, dans le Berri,
le Poitou, le Bourbonnais et le long de la Garonne, que l'on trouve, sur
les édifices de l'époque romane, une quantité prodigieuse de corbeaux
d'une exécution remarquable, à dater de la fin du XIe siècle. Ces
corbeaux sont presque toujours destinés à porter les tablettes des
corniches ou bandeaux.
Bien que les voûtes aient été très-anciennement adoptées dans les
édifices de l'Auvergne, cependant la tradition des couvertures en
charpente se fait sentir par la présence des corbeaux qui sont conservés
sous les tablettes des corniches jusqu'à la fin du XIIe siècle. L'église
de Notre-Dame-du-Port à Clermont, celle de Saint-Étienne de Nevers,
possèdent des corniches à corbeaux historiés fort intéressants à
observer. La plupart affectent la forme donnée par la fig. 4. C'est
évidemment là une imitation d'un bout de solive oeuvrée. Ces rouleaux
qui accompagnent le nerf principal ne sont autre chose que les copeaux
produits par la main du charpentier pour dégager ce nerf du milieu. Il
suffit de savoir comment l'ouvrier peut, avec la bisaiguë, évider le
bout d'une solive de façon à y réserver un renfort, pour reconnaître que
ces rouleaux reproduisent les copeaux obtenus par le travail du
charpentier. Une figure (5) rendra notre explication intelligible pour
tout le monde. Soit une solive à l'extrémité de laquelle on veut ménager
un renfort A. L'ouvrier enlèvera, des deux côtés de ce renfort, avec sa
bisaiguë, une suite de copeaux minces pour ne pas fendre son bois; puis
il les coupera à leur base, s'il veut complétement dégager le renfort.
Voyant que ces copeaux formaient un ornement, on aura eu l'idée,
primitivement, de ne les point couper, et les solives auront été ainsi
posées. Plus tard, cette décoration, produite par le procédé d'exécution
employé par l'ouvrier, aura été figurée en pierre. C'est ainsi que la
plupart des ornements de l'architecture qui ne sont pas imités du règne
végétal ou du règne animal prennent leur origine dans les moyens
d'exécution les plus naturels.
Si l'on veut chercher l'origine des formes d'un art de convention, comme
l'architecture, il faut recourir aux moyens pratiques qui se conservent
les mêmes à travers les siècles et se résoudre à étudier ces moyens
pratiques, sans quoi on peut faire bien des bévues. Peu à peu, à la
place de l'arête centrale renforçant le bout de la solive, et la
laissant cependant dégagée de manière à l'allégir, on a figuré des
animaux, des têtes; les _copeaux_ latéraux perdent de leur importance,
mais se retrouvent encore tracés sur les côtés.
C'est ainsi que sont sculptés la plupart des corbeaux de l'église
abbatiale de Saint-Sernin de Toulouse, qui datent du XIIe siècle, et qui
sont d'une singulière énergie de composition. Voici l'un d'eux provenant
de la corniche de la porte du sud (6).
Les _copeaux_ disparaissent complétement vers le milieu du XIIe siècle,
ainsi que nous en avons la preuve en examinant la corniche de l'abside
de la petite église du Mas d'Agen (7).
Les corbeaux persistent sous les tablettes des corniches des édifices du
Poitou, de la Saintonge et du Berri, jusque pendant les premières années
du XIIIe siècle. La belle arcature qui clôt le bas-côté de la nef de la
cathédrale de Poitiers (1190 à 1210) est surmontée d'une corniche dont
la tablette formant galerie est portée sur de charmants corbeaux ornés
de figures (8).
Les corbeaux de pierre disparaissent des corniches pendant le XIIIe
siècle, et ne sont plus guère employés que comme supports exceptionnels,
pour soutenir des balcons, des encorbellements, des entraits de
charpente ou des poutres-maîtresses de planchers.
Voici (9) un riche corbeau découvert près de la cathédrale de Troyes,
qui date du commencement du XIIIe siècle, et qui paraît avoir été
destiné à supporter une forte saillie, telle que celle d'un balcon, par
exemple, ou la poutre-maîtresse d'un plancher. Souvent alors, dans les
édifices civils ou militaires, on rencontre de puissants corbeaux de
pierre composés de plusieurs assises et remplissant exactement la
fonction d'un lien de charpente sous une poutre-maîtresse. Tels sont les
corbeaux encore en place dans les salles hautes de la porte Narbonnaise
à Carcassonne (fin du XIIIe siècle), et qui soutenaient les énormes
entraits des pavillons des deux tours (10). Le constructeur a
certainement eu ici l'idée de mettre ce membre de pierre en rapport de
formes avec la pièce de bois qu'il soulageait.
La salle d'armes de la ville de Gand, en Belgique, a conservé des
corbeaux analogues sous ses poutres-maîtresses (11), mais beaucoup plus
riches et figurant exactement un lien reposant sur un corbeau A engagé
dans le mur, et portant sous la poutre un chapeau B, ainsi que cela se
doit pratiquer dans une oeuvre de charpenterie.
Au XVe siècle, ces formes rigides sont rares, et les corbeaux destinés à
porter des poutres sont riches de sculpture, souvent ornés de figures et
d'armoiries, mais ne conservent plus l'apparence d'une pièce de bois
inclinée ou placée horizontalement et engagée dans la muraille. Tels
sont les corbeaux des grand'salles des châteaux de Coucy et de
Pierrefonds (12), qui soulageaient les entraits des charpentes.
Les mâchicoulis usités dans les ouvrages militaires des XIVe et XVe
siècles sont supportés par des corbeaux composés de trois ou quatre
assises en encorbellement (voy, MÂCHICOULIS).
Depuis l'époque romane jusqu'au XVIe siècle, les linteaux des portes en
pierre sont habituellement soulagés par des corbeaux saillants sur les
tableaux, de façon à diminuer leur portée et par conséquent les chances
de rupture. Quand les portes ont une grande importance comme place et
comme destination, ces corbeaux sont décorés de sculptures très-riches
et exécutées avec un soin particulier, car elles se trouvent toujours
placées près de l'oeil. Il existe, sous le linteau de la porte sud de la
nef de l'église de Saint-Sernin à Toulouse, deux corbeaux en marbre
blanc.
Nous donnons (13) l'un d'eux, qui représente le roi David assis sur deux
lions; on voit encore apparaître ici la trace des _copeaux_ latéraux,
sous forme d'un simple feston. Cette sculpture appartient au
commencement du XIIe siècle. Les linteaux des portes principales de nos
grandes églises du XIIIe siècle sont supportés toujours par des corbeaux
d'une extrême recherche de sculpture. Nous citerons ceux des portes de
la cathédrale de Paris, de la porte nord de l'église de Saint-Denis,
ceux des cathédrales de Reims, d'Amiens. Les architectes ont
habituellement fait sculpter sur ces corbeaux de portes des figures qui
se rattachent aux sujets placés sur les pieds-droits ou les linteaux.
La Bourgogne, si riche en beaux matériaux, présente une variété
extraordinaire de corbeaux, et ceux-ci affectent des formes qui
appartiennent à cette province. Sans parler des corbeaux fréquemment
employés dans les corniches (voy. CORNICHE), ceux qui soutiennent les
linteaux de porte ont un caractère de puissance très remarquable. Ils
sont renforcés parfois vers leur milieu, afin d'opposer à la pression
une plus grande résistance. Nous donnons (14) un de ces corbeaux de la
fin du XIIe siècle qui provient de la porte occidentale de l'église de
Montréale (Yonne). Plus tard, leurs profils sont encore plus accentués,
ainsi que le fait voir la fig. 15 (corbeau provenant d'une des portes du
bas-côté du choeur de la cathédrale d'Auxerre, XIIIe siècle).
Au XIIe siècle, les arcs des voûtes sont souvent supportés par des
corbeaux. Pendant cette époque de transition, il arrivait que les
constructeurs, suivant la donnée romane, n'élevaient des colonnes
engagées que pour porter les archivoltes et les arcs doubleaux, et que,
voulant bander des arcs ogives, pour recevoir les triangles des voûtes,
ils ne trouvaient plus, une fois les piles montées, une assiette
convenable pour recevoir les sommiers de ces arcs ogives; alors,
au-dessus des chapiteaux des arcs doubleaux, ils posaient un corbeau qui
servait de point de départ aux arcs diagonaux. C'est ainsi que sont
construites les voûtes du collatéral de la nef de l'église Notre-Dame de
Châlons (16) et celles du bas-côté du choeur de la cathédrale de Sens.
Dans l'église de Montréale que nous venons de citer, pour ne pas
embarrasser le sanctuaire par des piles engagées portant de fond,
l'architecte a porté non-seulement les arcs ogives, mais encore l'arc
doubleau séparant les deux voûtes qui couvrent l'abside carrée, sur de
puissants corbeaux profondément engagés dans la construction (17). Dans
cette figure, on voit, en A, le tirant de bois posé pour maintenir la
poussée des arcs pendant la construction, et coupé au nu du sommier
lorsque cette construction s'est trouvée suffisamment chargée.
Au XIIIe siècle, lorsque les voûtes ne portent pas de fond, elles ne
reposent plus sur des corbeaux, mais sur des culs-de-lampe (voy. ce
mot). Le corbeau de pierre appartient presque exclusivement à l'époque
romane, au XIIe siècle et au commencement du XIIIe. Quant au corbeau de
bois, c'est-à-dire aux saillies formées par les poutres ou les solives
sur le nu d'un mur, il se retrouve dans toutes les constructions de bois
jusqu'à l'époque de la renaissance (voy. CHARPENTE, MAISON, PAN-DE-BOIS,
SOLIVE).
[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 8.]
[Illustration: Fig. 9.]
[Illustration: Fig. 10.]
[Illustration: Fig. 11.]
[Illustration: Fig. 12.]
[Illustration: Fig. 13.]
[Illustration: Fig. 14.]
[Illustration: Fig. 15.]
[Illustration: Fig. 16.]
[Illustration: Fig. 17.]
CORBEILLE, s. f. Forme génératrice du chapiteau autour de laquelle se
groupent les ornements, feuillages ou figures qui le décorent. La
corbeille repose, à sa partie inférieure, sur l'astragale, et est
surmontée du tailloir ou abaque (voy. CHAPITEAU).
CORDON, s. m. Moulure composée d'un seul membre, qui règne
horizontalement sur un mur vertical. Le cordon n'a pas l'importance du
bandeau, qui indique toujours une arase de la construction, comme un
plancher, par exemple, un étage. Le cordon est un membre intermédiaire
dont la place n'est indiquée que par le goût, afin de détruire la nudité
de parties verticales trop hautes. On ne trouve de cordons que dans
l'architecture romane, car, dans l'architecture gothique, toutes les
assises horizontales formant saillie ont toujours une signification
réelle et indiquent un sol, une arase.
CORNICHE, s. f, _Entablement_. Couronnement d'une construction en pierre
ou en bois et destiné à recevoir la base du comble. La corniche est un
des membres de l'architecture du moyen âge qui indique le mieux combien
les principes de cette architecture diffèrent de ceux admis par les
Romains.