Ces contre-forts maintiennent la poussée des voûtes d'arête, et ils sont

composés de façon à pouvoir former retour d'équerre, ainsi que l'indique

le plan A. Leur sommet, qui n'est plus qu'un pilastre de 0,20 c. de

saillie environ, est terminé par un ornement sculpté B, figurant à peu

près un chapiteau sur lequel repose la tablette servant de corniche.

Cependant les contre-forts rectangulaires primitifs, peu saillants, sont

généralement couronnés et empattés, ainsi que l'indique la fig. 3, dans

l'Île-de-France, la Champagne, la Bourgogne et la Normandie; mais dans

cette dernière province, dès le XIe siècle, ils se composent souvent de

deux ou trois corps retraités en section horizontale, tandis qu'en

élévation ils montent de fond, sans ressauts: tels sont les contre-forts

qui flanquent la façade de l'église abbatiale de Saint-Étienne à Caen

(4). D'ailleurs, contrairement à la méthode bourguignonne et

champenoise, ces contre-forts normands anciens, dans les constructions

monumentales, sont élevés en assises basses, régulières, de même hauteur

que celles composant les parements des murs et se reliant parfaitement

avec elles. Mais dans les bâtisses élevées avec économie, n'ayant que

des murs en moellonnages enduits, les contre-forts normands se composent

d'assises inégales et souvent de carreaux posés en délit. Alors,

quelquefois, les fenêtres éclairant les intérieurs sont percées dans

l'axe même des contre-forts; c'est un moyen d'éviter les fournitures de

pierres qui devraient être faites pour former les jambages et

archivoltes de ces fenêtres, si elles étaient percées entre les

contre-forts. Il est entendu que ces baies ouvertes au milieu des piles

ne peuvent appartenir qu'à des édifices non voûtés et couverts par des

lambris en charpente.

Nous connaissons plusieurs exemples de cette disposition singulière,

l'un dans l'église de Saint-Laurent près Falaise (5), l'autre dans celle

de Montgaroult (Orne)(6), un troisième à Écajeul près Mézidon[54].

Nous donnons ailleurs, à l'article CONSTRUCTION, les procédés d'appareil

employés pendant l'époque romane pour élever des contre-forts en pierre

et les relier aux murs. Nous n'aurons donc à nous occuper ici que des

formes données à ces points d'appui pendant le moyen âge.

On admettra facilement que les édifices étant très-simples à

l'extérieur, avant le XIIe siècle, les contre-forts dussent participer à

cette simplicité et qu'ils dussent aussi présenter des saillies assez

faibles, puisque les murs étaient eux-mêmes très-épais. En effet, ils

n'étaient guère alors qu'une chaîne de pierre, saillante, renforçant les

points d'appui principaux, et ils étaient terminés à leur sommet ainsi

que l'indiquent les figures précédentes, ou ils se trouvaient couverts

par la tablette de la corniche, conformément au tracé (7), ne débordant

pas la saillie de celle-ci. Mais lorsque au XIIe siècle le système de

construction employé jusqu'alors fut modifié par l'école laïque, que

cette école, laissant de côté les traditions romaines, put appliquer

avec méthode les principes de la construction gothique, le contre-fort

devint le membre principal de tout édifice voûté. Les murs ne furent

plus que des remplissages destinés à clore les vaisseaux, des sortes

d'écrans, n'ajoutant rien ou peu de chose à la stabilité. À l'extérieur

alors, les contre-forts constituant à eux seuls les édifices couverts

par des voûtes en maçonnerie, il fallut faire apparaître franchement

leur fonction, leur donner des formes en rapport avec cette fonction, et

les décorer autant que peut l'être tout membre d'architecture qui doit

non-seulement être solide, mais conserver encore l'apparence de la

force. Ce n'est cependant que par des transitions que les premiers

architectes gothiques arrivent à oser donner aux contre-forts

l'importance qu'ils devaient prendre dans des constructions de ce genre.

Leurs premiers essais sont timides; les traditions de l'architecture

romane ont sur eux un reste d'influence à laquelle ils ne peuvent se

soustraire brusquement. Il est clair que tout en voulant adopter, à

l'intérieur, leur nouveau système de voûtes, ils cherchent à conserver,

à l'extérieur des édifices, l'apparence romane à laquelle les yeux

s'étaient habitués, ou que si, par force, les contre-forts doivent

présenter un relief assez considérable sur le nu des murs, ils essayent

de rappeler, dans la manière de les décorer, des formes d'architecture

qui appartiennent plutôt à des piliers portant une charge verticale qu'à

des piliers buttants. Ces tentatives sont évidentes dans le Beauvoisis,

fertile en édifices voûtés de l'époque de transition. Nous en donnons

deux exemples à nos lecteurs. Le contre-fort (8) épaule le mur des

collatéraux de la nef de l'église de Saint-Étienne de Beauvais (XIIe

siècle); il est, comme toute la maçonnerie de cet édifice, construit en

petits matériaux, et les colonnettes supérieures paraissant supporter la

corniche sont montées en assises se reliant à la bâtisse. Le contre-fort

(9), plus saillant que ceux de l'église de Saint-Étienne, appartient à

l'ancienne collégiale de Saint-Évremont à Creil (XIIe siècle). On voit

ici que l'architecte n'a eu d'autre idée, pour décorer ce pilier

buttant, que de lui donner l'apparence d'un pilastre décoré de

chapiteaux. Ne sachant trop comment amortir ce pilier, il l'a couvert

d'un talus en pierre décoré d'écailles simulant des tuiles. Le parti de

décorer les contre-forts par des colonnettes engagées aux angles et

destinées à en dissimuler la sécheresse appartient, pendant les XIIe et

XIIIe siècles, presque exclusivement aux bassins de l'Oise et de

l'Aisne. Mais on s'aperçoit néanmoins que les architectes de cette

contrée, déjà fort habiles, au XIIe siècle, dans la construction des

voûtes, sont assez embarrassés de savoir comment faire concorder les

retraites successives qu'ils doivent donner aux piliers buttants pour

résister aux poussées obliques des voûtes avec l'apparence de support

vertical conservé à ces piliers. On reconnaît la trace de ces

incertitudes dans les contre-forts d'angle de la tour sud de l'église de

Saint-Leu d'Esserent, contre-fort dont nous donnons les membres

superposés (10).

À propos de ces contre-forts d'angle, il faut ici observer qu'il se

présentait une difficulté à laquelle les architectes du XIIe siècle ne

donnèrent pas tout d'abord la solution la plus naturelle. Si ces

contre-forts épaulaient une tour, par exemple, dont les murs, à cause de

leur élévation, doivent se retraiter à chaque étage, il arrivait que,

plantant leurs contre-forts à rez-de-chaussée, ainsi que l'indique la

fig. 11, ils ne savaient comment relier la tête de ces contre-forts avec

le point B, angle de l'étage supérieur de la tour; il leur fallait

élever les parements EF de ces contre-forts verticalement et retraiter

les parements GH pour atteindre ce point B, ce qui produisait un mauvais

effet, les contre-forts paraissant s'élever de travers, ainsi que le

démontre la fig. 10. Pour éviter ce défaut, le moyen était bien simple;

aussi, après quelques tâtonnements, fut-il employé: c'était (11 bis)

d'élever les contre-forts au droit des parements intérieur et extérieur

de l'étage supérieur ABC, et de laisser ressortir dans l'angle K les

empattements des étages inférieurs des murs. Cette méthode fut, depuis

lors, invariablement suivie par les constructeurs gothiques.

Sur les parois de l'église de Saint-Martin de Laon, citée plus haut, et

dont la construction date du milieu du XIIe siècle, on voit déjà des

contre-forts composés avec art et se reliant bien à la bâtisse. Le

pignon du transsept méridional de cette église possède des contre-forts

d'angle qui se retraitent adroitement, et un contre-fort posé dans l'axe

sous la rose, afin de bien épauler le mur (voy. PIGNON). Le bandeau,

sous les fenêtres inférieures, pourtourne ces contre-forts et sert de

première assise au talus de leur seconde retraite. Au-dessus ce sont les

tailloirs des chapiteaux de ces mêmes fenêtres qui commencent la

troisième retraite, plus forte sur la face que sur les côtés, afin de ne

pas diminuer trop brusquement la largeur de ces piles. Le contre-fort

central seul reçoit un troisième bandeau se mariant avec les archivoltes

des secondes fenêtres, tandis que les contre-forts d'angle s'arrêtent,

par un simple talus, sous ce bandeau. Avec cette liberté, qui est une

des qualités de l'architecture du XIIe siècle au moment où elle quitte

les traditions romanes, les constructeurs de l'église de Saint-Martin de

Laon, ayant eu l'idée de placer dans les bras de croix trois chapelles

carrées orientées, et voulant voûter ces bras au moyen de deux voûtes

d'arête seulement, ont dû élever un contre-fort dans l'axe de la

chapelle du milieu. Voici comme ils ont procédé pour résoudre ce

problème: sur les murs séparatifs des chapelles, ils ont construit deux

contre-forts A, A (12), réunis par un arc en tiers-point; puis, sur la

clef de cet arc, ils ont élevé le contre-fort B destiné à contre-butter

l'arc doubleau et les arcs ogives de la voûte haute. Cette disposition

leur a permis de percer une fenêtre sous le contre-fort B, afin

d'éclairer le bras de croix au-dessus de l'archivolte d'entrée de la

chapelle centrale. Nous voyons encore, à l'extérieur de l'abside de

l'église conventuelle de Saint-Leu d'Esserent, une chapelle centrale à

deux étages dont les contre-forts supérieurs portent sur les archivoltes

des fenêtres inférieures. La pesanteur de ces contre-forts se répartit

sur les jambages et trumeaux séparant ces fenêtres. Au XIIIe siècle, les

architectes renoncent à chevaucher ainsi les pleins et les vides, les

contre-forts portent de fond; cependant il y avait, dans ce procédé de

bâtir, une ressource précieuse, en ce qu'elle permettait de diviser

inégalement les différents étages d'un édifice, ce qui, dans bien des

cas, est commandé par les dispositions intérieures. Jusqu'à la fin du

XIIe siècle, on n'avait point encore songé à augmenter la stabilité des

contre-forts au moyen d'une charge supérieure; on cherchait à les rendre

stables par leur masse et l'assiette de leur section horizontale.

Cependant nons voyons déjà, dans l'exemple précédent (fig. 12), que la

tête du contre-fort dépasse la corniche de l'édifice et qu'elle est

chargée d'un pinacle[55]. Mais lorsque les constructeurs diminuèrent les

surfaces occupées par les points d'appui, ils suppléèrent à la faible

section horizontale de ces points d'appuis par des charges supérieures.

Avant de faire connaître les progrès successifs de la construction du

contre-fort pendant le XIIIe siècle, nous devons signaler certaines

variétés de ce membre important de l'architecture dans les principales

provinces. Dans l'Île-de-France, la Champagne et la Normandie, les

contre-forts affectent généralement la forme rectangulaire, et ils

prennent, dès l'époque romane, l'apparence qui leur convient, celle d'un

pilier buttant, d'une masse résistante. Mais dans les provinces où les

traditions gallo-romaines s'étaient conservées, comme en Bourgogne, en

Auvergne, dans le Poitou, la Saintonge et le Languedoc, jusqu'à la fin

du XIIe siècle, les architectes cherchent à donner à leurs contre-forts

l'apparence d'une ordonnance romaine, c'est-à-dire qu'ils les composent

d'une ou de plusieurs colonnes engagées, surmontées de leurs chapiteaux,

et portant l'entablement, réduit à une simple tablette moulurée.

Nous voyons, à l'extérieur des chapelles absidales des églises

d'Auvergne, d'une partie de la Guyenne, du Bas-Languedoc et du Poitou,

des contre-forts composés d'après ce système (voy. CHAPELLE, fig. 27 et

33). En Bourgogne, souvent ces contre-forts-colonnes se terminent par un

talus posé sur le chapiteau, ainsi que le fait voir la fig. 13[56].

Quelquefois même, les contre-forts du XIIe siècle, dans la Haute-Marne

et le long de la Saône, affectent, sur leur face antérieure, la forme de

pilastres romains cannelés, avec chapiteaux imités de l'ordre

corinthien, comme autour de l'abside de la cathédrale de Langres. Les

contre-forts des chapelles absidales de l'église Notre-Dame de

Châlons-sur-Marne ne sont que des colonnes engagées, cannelées, dont les

chapiteaux portent des statuettes couvertes de dais se mariant avec la

corniche. Ces traditions furent complétement rejetées par les artistes

du XIIIe siècle. Dans l'architecture de cette époque, et lorsque l'art

gothique est franchement adopté, le contre-fort est un contre-fort, et

n'essaye plus de se cacher sous une forme empruntée à l'architecture

antique. Nous avons un exemple remarquable du contre-fort gothique

primitif dans l'abside de l'église de Vétheuil près Mantes. Nous donnons

(14) l'élévation de ces contre-forts, et (15) leur plan, à la hauteur du

passage extérieur qui règne au-dessous des appuis des fenêtres tout au

pourtour du chevet. Il n'est pas douteux qu'ici l'architecte a voulu

opposer à la courbe des pressions exercées par les arcs de la voûte une

buttée oblique, résistante par sa masse et par la coupe de son profil,

composée d'une succession de retraites, mais qu'il n'a pas songé encore

à neutraliser la poussée oblique par une surcharge verticale. On

s'aperçut bientôt que ces glacis répétés étaient dégradés par les eaux

pluviales tombant en cascade de l'un sur l'autre; qu'il n'était pas

besoin de donner aux contre-forts une largeur aussi forte, puisque la

résultante des poussées n'agissait que dans leur axe, et qu'il suffisait

d'assurer leur stabilité par une largeur proportionnée à leur hauteur,

en les considérant comme des portions de murs. Les contre-forts des

chapelles absidales de la cathédrale du Mans, bâties vers 1220, en

conservant le principe admis à Vétheuil, présentent déjà un

perfectionnement sensible. Ces contre-forts (16) se retraitent au-dessus

de chaque glacis, et ils sont couronnés par des gargouilles qui jettent

les eaux du comble loin des retraites supérieures. Il faut dire que ces

chapelles sont bâties sur le penchant d'un escarpement, et qu'il a fallu

donner aux contre-forts un empattement considérable pour maintenir la

construction, dont le sol intérieur est élevé de cinq mètres environ

au-dessus du sol extérieur. Vers le milieu du XIIIe siècle, les

architectes renoncèrent définitivement aux glacis: ils montèrent leurs

contre-forts verticalement sur les faces latérales, sauf un empattement

à la base, en les retraitant de quelques centimètres seulement sur leur

face antérieure au-dessus de chaque bandeau ou larmier qui protégeait

les parements de ces faces à différentes hauteurs. C'est ainsi que sont

construits les contre-forts de la Sainte-Chapelle du Palais à Paris et

ceux des chapelles absidales de la cathédrale d'Amiens (voy. CHAPELLE,

fig. 3 et 40). Les contre-forts conservant ainsi à leur sommet une

saillie à peu près égale à celle de leur plan au niveau du sol, on eut

l'idée de les couronner par la corniche qui servait de chéneau et de

placer aux angles saillants de cette corniche ou au milieu de leur

larmier des gargouilles qui, dans cette position, rejetaient les eaux

pluviales loin des parements. Au-dessus de la corniche, on éleva des

pinacles qui, par leur poids, augmentaient la stabilité des

contre-forts. La construction devenant, à la fin du XIIIe siècle, de

plus en plus légère, les architectes, cherchant sans cesse les moyens de

diminuer le cube des matériaux en conservant la stabilité de leur

bâtisse par des charges verticales, n'élevèrent souvent alors leurs

contre-forts que jusqu'au point de la poussée des voûtes, et, sur ces

piles engagées, ils montèrent des pinacles détachés de la construction

n'ayant plus d'autre effet que de charger la portion buttante des piles.

On trouve un des meilleurs exemples de cette sorte de construction

autour des chapelles absidales de la cathédrale de Séez (fin du XIIe

siècle) (17). La poussée des voûtes n'agit pas au-dessus du niveau A.

Là, le contre-fort se termine par un pignon et cesse de se relier à

l'angle de la chapelle; à cheval sur le pignon, s'élève un pinacle

détaché B, relié seulement à la bâtisse par la gargouille qui le

traverse et par le bloc C qui participe à la balustrade. Ainsi, ce

pinacle charge le contre-fort, sert de support à la gargouille,

maintient l'angle saillant de la balustrade, n'a pas l'apparence lourde

du contre-fort montant d'une venue jusqu'à la corniche, et sert de

transition entre les parties inférieures massives et la légèreté des

couronnements, en donnant de la fermeté aux angles saillants des

chapelles.

Vers le milieu du XIIIe siècle, dans les édifices religieux et les

salles voûtées, les architectes avaient pris le parti de supprimer

entièrement les murs et d'ouvrir, sous les formerets des voûtes, des

fenêtres qui occupaient l'intervalle laissé entre deux contre-forts

(voy. ARCHITECTURE RELIGIEUSE, CONSTRUCTION). Cette disposition, donnée

par le système de la construction qui tendait de plus en plus à reporter

la charge sur ces contre-forts, donnait une apparence très-riche à

l'extérieur des édifices, en occupant par des fenestrages à meneaux tous

les espaces laissés libres, mais faisait d'autant plus ressortir la

nudité des piles extérieures auxquelles il fallait donner une grande

solidité. Les architectes furent donc entraînés à décorer aussi les

contre-forts, afin de ne pas présenter un contraste choquant entre la

légèreté des fenestrages et la lourdeur des piles. C'est ainsi qu'au

commencement du XIIIe siècle déjà nous voyons les contre-forts de la

cathédrale de Chartres se décorer de niches et de statues. Cette

ornementation, d'abord timide, renfermée dans la silhouette donnée par

la bâtisse, se développe promptement; elle se marie avec les pinacles

supérieurs comme autour de la nef de la cathédrale de Reims (voy.

PINACLE), comme aussi sur la face occidentale de la grand'salle synodale

de Sens (voy. SALLE), vers 1240. Jusqu'au XVe siècle, cependant, les

contre-forts conservent l'aspect de force et de solidité qui leur

convient; pendant le XIVe siècle même, il semble que les architectes

renoncent à décorer leurs faces: ils se contentent de les surmonter de

pinacles très-élevés et très-riches, comme autour des chapelles de la

cathédrale de Paris. Mais n'oublions pas que le XIVe siècle, qui souvent

tombe dans l'excès de légèreté, est généralement sobre de sculpture.

Parmi les contre-forts les plus richement ornés de la fin du XIIIe

siècle et du commencement du XIVe, on peut citer ceux du choeur de

l'église de Saint-Urbain de Troyes. La décoration de ces contre-forts ne

consiste toutefois qu'en un placage de pierres en délit superposées et

attachées par des crampons aux piles construites en assises (voy.

CONSTRUCTION, fig. 103). Ce système de revêtements décoratifs, fort en

usage au XIIIe siècle, est complétement abandonné par les architectes du

siècle suivant, qui sont avant tout des constructeurs habiles, et ne

laissent à l'imagination de l'artiste qu'une faible place.

Vers la fin du XIVe siècle, on commence à modifier l'épannelage des

contre-forts, qui jusqu'alors conservaient leurs faces parallèles et

perpendiculaires au nu des murs; on cherche à dissimuler la rigidité de

leurs angles, à diminuer l'obscurité produite par leurs fortes saillies,

en posant leurs assises diagonalement, ainsi que l'indique la fig. 18.

Au moyen des pans abattus AB, on obtenait des dégagements; les

fenestrages placés entre eux étaient moins masqués et recevaient plus de

lumière du dehors. Les deux carrés se pénétrant, corne en face,

permettaient une superposition de pyramides d'un effet assez heureux. Il

existe de très-jolis contre-forts construits d'après ce système le long

des chapelles de la nef de la cathédrale d'Évreux (19). L'époque

gothique à son déclin ne fit que surcharger de détails ces membres

essentiels de l'architecture, au point de leur enlever leur caractère de

piliers de renfort. Leurs sections horizontales ne présentèrent plus que

d'étranges complications de courbes et de carrés se pénétrant, laissant

des niches pour des statuettes, formant des culs-de-lampe pour les

supporter; tout cela tracé et taillé avec une science et une perfection

extraordinaires, mais ne présentant aux yeux, après tant d'efforts et de

difficultés d'exécution, que confusion. Celui qui veut se rendre compte,

par exemple, du tracé des gros contre-forts qui épaulent la façade

occidentale de la cathédrale de Rouen, et qui furent élevés au

commencement du XVIe siècle sous le cardinal d'Amboise, peut passer un

mois entier à relever leurs plans, à comprendre les pénétrations des

centaines de prismes qui les composent; et cependant ce travail et cette

recherche ne produisent, en exécution, qu'un effet désagréable.

Les contre-forts du XVe siècle et du commencement du XVIe se composent

généralement d'un corps dont les faces se coupent et se pénètrent

suivant des angles à 45 degrés. Ainsi la base est carrée, présentant une

face parallèle au mur et deux faces perpendiculaires à ce mur. Au-dessus

de la première retraite, le carré, au lieu de présenter un de ses côtés

sur la face, présente un angle; les deux côtés diagonaux alors sont

flanqués jusqu'à une certaine hauteur de deux appendices à base carrée,

les faces parallèles aux faces de la génératrice, et formant des prismes

terminés par des pyramides; au-dessus, le contre-fort se présente

d'angle et porte des pignons, puis son pinacle. Le plan (20) donne la

section horizontale de ces sortes de contre-forts, et l'élévation (21)

leur aspect. Ce principe, pendant les derniers temps de l'architecture

gothique, est appliqué avec une monotonie désespérante. Quelquefois, ces

carrés, posés leurs faces parallèles aux parements ou diagonalement, se

subdivisent encore, se creusent en niches, se couvrent d'un plus ou

moins grand nombre de profils; mais le principe est toujours le même

(voy. PINACLE, TRAIT). C'est encore dans l'Île-de-France que les abus de

ces pénétrations sont le moins fréquents et que l'on rencontre,

jusqu'aux derniers efforts du gothique, un goût fin; que l'on sent, chez

les architectes, une sorte de répulsion pour les exagérations.

Le joli hôtel de la Trémoille à Paris, dont la démolition est à jamais

regrettable, et qui avait été bâti dans les premières années du XVIe

siècle, conservait, au milieu du luxe d'architecture de cette époque,

cette sobriété dans les détails et cette raison dans la composition sans

lesquelles toute oeuvre d'architecture fatigue les yeux. Un portique

voûté, ouvert sur la cour, régnait le long du bâtiment bâti sur la rue.

Ces voûtes reposaient sur des piles grêles épaulées par des nerfs

saillants tenant lieu de contre-forts et donnant de l'assiette à ces

piles[57]. Les archivoltes des portiques pénétraient dans les faces

obliques des contre-forts, de manière à marier les courbes avec les

points d'appui verticaux. À l'hôtel de la Trémoille, on ne trouvait pas

ces surcharges de dais, de culs-de-lampe, ces pénétrations de prismes

qui donnent à un édifice l'apparence d'une oeuvre d'orfévrerie faite

pour être curieusement examinée de près. La construction de cette

habitation était si bien entendue que, malgré l'extrême légèreté des

piles et la poussée des voûtes, rien n'avait bougé; cependant, lorsque

la démolition se fit, on ne trouva aucun chaînage de fer au niveau du

premier étage. Il va sans dire qu'au niveau des naissances des arcs des

voûtes on n'avait pas placé, comme dans les portiques de l'architecture

italienne, ces barres de fer horizontales qui accusent si brutalement

l'impuissance des constructeurs.

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 4 - (C suite) · 第 23 / 35 段