En E (même figure) sont des chaînages en bois de 0,30 c. d'équarrissage

formant un double dodécagone à chaque étage et se reliant à des

chaînages rayonnants K, également en bois, qui se réunissaient au centre

de la voûte au moyen d'une enrayure. Les trois voûtes centrales se

composent chacune de douze arêtiers plein-cintre avec des formerets dont

les clefs sont posées au niveau de la clef centrale; les triangles entre

les douze arêtiers sont construits suivant la méthode ordinaire. Ainsi,

chacune des douze travées étant très-étroite relativement au diamètre de

la voûte, il en résulte que les arêtiers ne portent que des murs

rayonnants jusqu'aux deux tiers de la voûte environ, et que cette

construction centrale, étant très-légère, produit cependant un

étrésillonnement puissant au centre du cylindre. Il n'est pas de système

de voûtes, en dehors du système gothique, qui pût offrir des

dispositions aussi favorables, il faut bien le reconnaître. L'ouvrage

est, du haut en bas, construit en pierre d'appareil de 0,40 c. à 0,45 de

hauteur, dont les parements sont taillés au taillant droit, librement,

mais parfaitement dressés. À mesure que l'art de l'attaque des places

devient plus méthodique, les constructions militaires se perfectionnent,

les matériaux employés sont plus grands et mieux choisis, les murs plus

épais et mieux maçonnés, les massifs remplis avec plus de soin et le

mortier plus égal et plus ferme. Pendant le XIIIe siècle, les

constructions militaires sont exécutées avec le plus grand soin, les

moyens de résistance opposés aux attaques singulièrement étendus. On

renonce le plus souvent aux parements de petit appareil ou de moellons

usités pendant les XIe et XIIe siècles; ils sont faits en pierre

d'appareil dure, possédant des queues assez longues pour ne pas être

facilement arrachées par la pince ou le pic-hoyau des pionniers. Dans

les massifs, on rencontre souvent des chaînes de pierre et des arcs de

décharge noyés en pleine maçonnerie. Les parapets sont composés de

parpaings, les surfaces extérieures admirablement dressées. Jusque vers

1240 il arrive souvent que les assises sont posées sur des lits de

mortier très-épais (0,04 c. à 0,05 c.), garnis d'éclats de pierre dure

(147); mais ce procédé, qui donnait aux lits des assises une grande

adhérence à cause de la quantité de mortier qui s'y trouvait

employée[50], avait l'inconvénient de faciliter aux pionniers

l'introduction de la pince entre les lits pour desceller les pierres. Au

contraire, à dater de cette époque, les lits des assises formant les

parements des fortifications sont minces (0,01 c. environ, quelquefois

moins), les arêtes des pierres sont vives, sans épauffrures, et leurs

faces rugueuses formant même souvent des bossages saillants afin de

cacher la ciselure des lits et joints (148). Il était difficile, en

effet, d'entamer les assises de pierres ainsi parementées; soit au moyen

de la sape, soit par le mouton, le bélier et tous les engins propres à

battre les murailles.

Sous Philippe le Hardi et Philippe le Bel, les constructions militaires

firent un retour vers les traditions antiques. Nous avons vu comme les

constructeurs du château d'Enguerrand III, à Coucy, avaient adopté pour

les tours une enveloppe cylindrique épaisse extérieure, et comme,

intérieurement, ils avaient admis des dispositions assez légères pour

porter les voûtes ou les planchers, des piles minces formant entre elles

des cellules voûtées en tiers-point; ils semblaient ainsi vouloir

concilier les besoins de la défense avec les nouvelles méthodes de bâtir

des architectes laïques du commencement du XIIIe siècle. Si, dans les

constructions religieuses et civiles, ces principes nouveaux, développés

dans le commencement de cet article, ne cessèrent de progresser et de

s'étendre jusqu'à l'abus et la recherche, il n'en fut pas de même dans

les constructions militaires; les architectes revinrent à des

dispositions plus simples, à un système de construction plus homogène. À

chaque pas, nous sommes obligés ainsi de nous arrêter dans l'étude de

l'art de bâtir des artistes du moyen âge et de reprendre une nouvelle

voie; car cet art logique se prête à toutes les exigences, à tous les

besoins qui se développent, sans tenter jamais d'imposer une routine. Au

moment où nous voyons les édifices religieux exclure le plein-cintre et

l'art de la construction s'abandonner à une recherche excessive dans les

églises, il revient, dans les constructions militaires, aux formes les

plus sévères, au système de bâtisse concret, passif, aux principes,

enfin, si bien développés par les Romains. Nous avons, dans les

fortifications de la cité de Carcassonne, bâties à la fin du XIIIe

siècle et au commencement du XIVe, un exemple frappant de cette

révolution.

Comme nous avons l'occasion de présenter, dans le _Dictionnaire_, une

grande partie des ouvrages principaux et des détails de ces

fortifications[5l], nous nous bornerons ici à donner, dans son ensemble

et ses détails, une des défenses les plus importantes de cette enceinte,

afin de faire voir à nos lecteurs ce qu'était devenu l'art de la

construction militaire sous Philippe le Hardi. Nous choisissons la tour

principale de cette enceinte, la tour dite _du Trésau_, qui ne le cède

en rien aux plus belles constructions antiques que nous connaissions.

Cette tour défend un des saillants de l'enceinte intérieure. Elle est

construite suivant le système expliqué dans notre fig. 142(G),

c'est-à-dire que ses deux étages au-dessus du sol extérieur se

composent, du côté de l'attaque, de niches comprises entre des

contre-forts intérieurs, niches au fond desquelles sont percées des

meurtrières qui battent les dehors. D'un étage à l'autre, ces niches se

chevauchent comme celles de la tour du château de Coucy. Le sol de la

ville est à 7 mètres au-dessus du sol extérieur. La fig. 149 donne le

plan de la tour du Trésau, au niveau du rez-de-chaussée (cave pour la

ville), de plain-pied avec le sol extérieur. Sous cet étage existe une

cave taillée dans le roc, revêtue de maçonnerie et voûtée, à laquelle on

descend par l'escalier à vis placé dans l'angle de droite de la tour. Le

premier étage (150) est élevé de quelques marches au-dessus du sol de la

ville. Ce rez-de-chaussée et ce premier étage (rez-de-chaussée pour la

ville) sont voûtés au moyen d'arcs doubleaux, de formerets et d'arcs

ogives, suivant la méthode gothique. Le premier étage (fig. 150) possède

une cheminée G, une porte donnant sur le terre-plein de la cité, un

réduit E pour le chef du poste, et des latrines F en encorbellement sur

le dehors. Le second étage (premier pour la ville) (fig. 151) possède

des murs pleins vers le dehors, afin de charger et de relier puissamment

la construction inférieure, dont le mur circulaire est percé de niches

chevauchées et de meurtrières; cet étage est couvert par un plancher. Le

troisième étage (152) présente un chemin de ronde A à ciel ouvert, et,

au centre, une salle sous comble, éclairée par deux fenêtres percées

dans le mur-pignon D. Outre l'escalier B qui monte de fond, se trouve

cependant, à partir du chemin de ronde, un second escalier B'; tous deux

montent jusqu'au sommet de deux guettes qui flanquent le pignon D. En se

plaçant, le dos au pignon, sur le pavé du rez-de-chaussée (plan fig.

149), et regardant du côté de la défense, nous voyons (153) quelle est

la construction intérieure de cette tour. Nous supposons la voûte

séparant le rez-de-chaussée du premier étage démolie, afin de faire

comprendre la disposition des niches intérieures formant meurtrières,

chevauchées et portant les pleins sur les vides, pour découvrir tous les

points de la circonférence à l'extérieur, et aussi pour couper les piles

et éviter les ruptures verticales, conformément au système adopté pour

les tours de Coucy, expliqué plus haut. La simplicité de cette

construction, sa solidité, le soin avec lequel les parements sont

appareillés en belles pierres de taille à l'intérieur et à l'extérieur,

indiquent assez l'attention que les architectes de la fin du XIIIe

siècle donnaient à l'exécution de ces bâtisses, comment ils sacrifiaient

tout au besoin de la défense, comme ils savaient soumettre leurs

méthodes aux divers genres de construction.

En parcourant les fortifications élevées autour de la cité de

Carcassonne, sous Philippe le Hardi, on ne supposerait guère que, peu

d'années plus tard, on élevait, dans la même ville, le choeur de

l'église de Saint-Nazaire, dont nous avons présenté quelques parties à

nos lecteurs.

La tour du Trésau est couverte par un comble aigu formant croupe conique

du côté de la campagne, et qui vient, du côté de la ville, s'appuyer sur

un pignon percé de fenêtres éclairant les divers étages. Si nous faisons

une coupe transversale sur la tour en regardant le pignon, nous obtenons

la fig. 154. En examinant les plans, on voit que ce mur-pignon est,

relativement à sa hauteur, peu épais. Mais, de ce côté, il s'agissait

seulement de se clore à la gorge de la tour, et ce mur est d'ailleurs

solidement maintenu dans son plan vertical par les deux guettes FF, qui,

par leur assiette et leur poids, présentent deux points d'appui d'une

grande solidité. La jonction de la couverture avec le pignon est bien

abritée par ces degrés qui forment solins sur le parement intérieur et

qui facilitent la surveillance des parties supérieures de la tour. La

toiture (dont la pente est indiquée par la ligne ponctuée IK) repose sur

les deux grands bahuts K séparant absolument le chemin de ronde F de la

salle centrale. Au niveau du rempart, le chemin de ronde G pourtourne la

construction du côté de la ville, dont le sol est en CD, comme celui du

dehors est en AB.

D'ailleurs, le soin apporté dans les conceptions d'ensemble de ces

édifices militaires se manifeste jusque dans les moindres détails. On

retrouve partout la marque d'une observation réfléchie et d'une

expérience consommée. Ainsi, sans nous étendre trop sur ces détails qui

trouvent leur place dans les articles du _Dictionnaire_, nous nous

bornerons à signaler une de ces dispositions intérieures de la structure

des fortifications de Carcassonne à la fin du XIIIe siècle.

Quelques-unes des tours les plus exposées aux efforts de l'assaillant

sont munies, à leur partie antérieure, de becs saillants destinés à

éloigner les pionniers et à offrir une résistance puissante aux coups du

mouton (bélier) [voy. ARCHITECTURE MILITAIRE, TOUR]. Or voici, dans ce

cas particulier, comment est disposé l'appareil des assises (155). Les

joints des pierres, dans la partie antérieure de la tour, ne sont point

tracés normaux à la courbe, mais à 45 degrés par rapport à l'axe AB; de

sorte que l'action du mouton sur le bec saillant (point le mieux défilé

et par conséquent le plus attaquable) est neutralisée par la direction

de ces joints, qui reportent la percussion aux points de jonction de la

tour avec les courtines voisines. Si l'assiégeant emploie la sape, après

avoir creusé sous le bec et même au-delà, il trouve des joints de pierre

qui ne le conduisent pas au centre de la tour, mais qui l'obligent à un

travail long et pénible, car il lui faut entamer au poinçon chaque bloc

qui se présente obliquement, et il ne peut les desceller aussi

facilement que s'ils étaient taillés en forme de coins. Dans notre

figure, nous avons tracé l'appareil de deux assises par des lignes

pleines et des lignes ponctuées.

Lorsque l'architecture religieuse et civile se charge d'ornements

superflus, que la construction devient de plus en plus recherchée,

pendant les XIVe et XVe siècles, la construction militaire, au

contraire, emploie chaque jour des méthodes plus sûres, des moyens plus

simples et des procédés d'une plus grande résistance. Les constructions

militaires de la fin du XIVe siècle et du commencement du XVe adoptent

partout le plein-cintre et l'arc surbaissé; l'appareil est fait avec un

soin particulier; les maçonneries de blocages sont excellentes et bien

garnies, ce qui est rare dans les constructions religieuses. On évite

toute cause de dépense inutile. Ainsi, par exemple, les arcs des voûtes

qui, au XIIIe siècle et au XIVe encore, retombent sur des culs-de-lampe,

pénètrent dans les parements, ainsi que l'indique la fig. 156[52]. Les

sommiers de l'arc ogive sont pris dans les assises de parements de la

tour. Il n'y a plus de formerets: ce membre paraît superflu avec raison.

Le premier claveau A des remplissages des voûtes tient lui-même au

parement; une simple rainure taillée dans ce parement reçoit les autres

moellons remplissant les triangles entre les arcs. En même temps que

tous les détails de la construction deviennent plus simples, d'une

exécution moins dispendieuse, l'appareil se perfectionne, les matériaux

sont mieux choisis en raison de la place qu'ils doivent occuper; les

parements sont dressés avec un soin extrême jusque dans les fondations,

car il s'agit de ne laisser prise sur aucun point au travail du mineur.

Si l'on bâtit sur le roc, celui-ci est dérasé avec toute la perfection

que l'on donne à un lit de pierres de taille; si le rocher présente des

anfractuosités, des vides, ils sont bouchés au moyen de bonnes assises.

On reconnaît sur tous les points cette surveillance, cette attention, ce

scrupule qui sont, pour les constructeurs, le signe le plus évident d'un

art très-parfait, d'une méthode suivie.

L'artillerie à feu vient arrêter les architectes au moment où ils ont

poussé aussi loin que possible l'étude et la pratique de la construction

militaire. Devant elle, ces raffinements de la défense deviennent

inutiles; il faut opposer à ce nouveau moyen de destruction des masses

énormes de maçonnerie ou des terrassements. Le canon, en bouleversant

ces parapets couverts et ces mâchicoulis si bien disposés, en écrétant

les remparts, en les sapant à la base, ne permet plus l'emploi de ces

combinaisons ingénieuses faites pour résister à l'attaque rapprochée. Et

cependant telle était la puissance de beaucoup de places fortes aux XIVe

et XVe siècles, qu'il a fallu souvent des siéges en règle pour y faire

brèche et les réduire. Afin de ne pas étendre davantage cet article déjà

fort long, nous renvoyons nos lecteurs, pour l'étude des détails de la

fortification au moyen âge, aux mots ARCHITECTURE MILITAIRE, BOULEVARD,

CHÂTEAU, COURTINE, CRÉNEAU, DONJON, ÉCHAUGUETTE, MÂCHICOULIS, PORTE,

SIÉGE, TOUR.

[Illustration: Fig. 141.]

[Illustration: Fig. 142.]

[Illustration: Fig. 143.]

[Illustration: Fig. 144.]

[Illustration: Fig. 145.]

[Illustration: Fig. 146.]

[Illustration: Fig. 146. bis.]

[Illustration: Fig. 147.]

[Illustration: Fig. 148.]

[Illustration: Fig. 149.]

[Illustration: Fig. 150.]

[Illustration: Fig. 151.]

[Illustration: Fig. 152.]

[Illustration: Fig. 153.]

[Illustration: Fig. 154.]

[Illustration: Fig. 155.]

[Illustration: Fig. 156.]

[Note 47: En Normandie, il existait, pendant le moyen âge,

une classe de paysans désignés sous le nom général de

_bordiers_. Les bordiers étaient assujettis aux travaux les

plus pénibles, et entre autres aux ouvrages de bâtiments,

tels que transports de matériaux, terrassements, etc.; en un

mot, ils aidaient les maçons. (Voy. _Étud. sur la condit. de

la classe agric. en Normandie au moyen âge_, par Léop.

Delisle, 1851, p. 15, 20, 79, 83, et les notes p. 709.)]

[Note 48: On ne manque jamais, par exemple, de dire que l'on

a mis deux siècles à bâtir telle cathédrale, sans songer que,

sur ces deux cents ans, on y a travaillé dix ou vingt ans

seulement.]

[Note 49: Les marques gravées sur les parements vus, par les

tailleurs de pierre, étaient faites pour permettre au chef

d'atelier de constater le travail de chacun; ces marques

prouvent que le travail était payé à la pièce, à la tâche, et

non à la journée (voy. CORPORATION); de plus, elles donnent

le nombre des ouvriers employés, puisque chacun avait la

sienne.]

[Note 50: Il faut remarquer ici que le mortier a d'autant

plus de force de cohésion, qu'il se trouve en plus grande

masse; un lit de mortier très-mince est _brûlé_ (comme disent

les maçons) par la pierre, et n'est plus qu'une lame

poudreuse, gercée, sans adhérence, parce qu'en posant les

pierres, celles-ci boivent rapidement l'eau contenue dans le

mortier, et que celui-ci, se desséchant trop vite, perd sa

qualité.]

[Note 51: Voy. aussi les _Archives des monum. hist._,

publiées, sous les auspices de M. le ministre d'État, par la

Commission des monuments historiques. (Gide, édit.)]

[Note 52: Des tours du château de Pierrefonds; commencement

du XVe siècle.]

CONTRE-COURBE, s. f. C'est le nom que l'on donne aujourd'hui aux courbes

renversées qui terminent un arc en tiers-point à son sommet. Les

contre-courbes forment l'extrémité supérieure d'un arc en accolade (voy.

ACCOLADE). C'est pendant le XIVe siècle que l'on voit poindre les

contre-courbes au sommet des arcs aigus. Elles ne prennent d'abord que

peu d'importance, puis peu à peu elles se développent et deviennent un

des motifs les plus riches de l'architecture gothique à son déclin. On

voit déjà des contre-courbes surmonter les archivoltes des fenêtres

éclairant les chapelles au nord de la cathédrale d'Amiens, et ces

chapelles datent de 1375.

Voici comme se tracent les contre-courbes; en règle générale, les

contre-courbes prennent d'autant moins d'importance que les arcs sont

plus aigus. Ainsi (1) soit un arc brisé ABC, ayant les centres des deux

courbes en A et B: c'est un arc en tiers-point parfait. Dans ce cas, les

contre-courbes ne prennent guère naissance qu'au cinquième de la courbe

en D. Tirant une ligne de B en D et la prolongeant jusqu'à sa rencontre

avec l'axe OX de l'arc, puis une seconde ligne de A en D également

prolongée, on élève une perpendiculaire sur le milieu de la ligne DE. La

rencontre de cette perpendiculaire avec la ligne AD prolongée donne le

point F, qui est le centre d'une des contre-courbes, lesquelles devront

dès lors se toucher au point E. Si l'arc est moins aigu et que ses

centres soient placés aux points G qui divisent la base de cet arc en

trois parties, chaque courbe sera divisée en quatre parties, et la

naissance de la contre-courbe sera en H. On procédera comme ci-dessus,

tirant une ligne IH prolongée jusqu'à sa rencontre avec l'axe OX, puis

une seconde ligne GH prolongée; on élèvera une perpendiculaire sur le

milieu de la ligne HK, et la rencontre de cette perpendiculaire avec la

ligne GH prolongée donnera en L le centre de la contre-courbe. Si l'arc

est plein cintre ou surbaissé, ainsi qu'il arrive fréquemment au

commencement du XVIe siècle (tracé P), la contre-courbe prendra

naissance en R, moitié du quart de cercle ST, et, employant la même

méthode, on obtiendra la contre-courbe RV. Les profils de l'archivolte

étant UU', l'opération devra être faite sur l'arête Z du membre saillant

de cette archivolte; on obtiendra ainsi le tracé Y, de manière que les

différents membres _a_ des moulures aient leur contre-courbe pénétrant

dans la courbe maîtresse. Quant à l'espace _b_, il ne se creuse pas

habituellement plus profondément que le nu _d_ du mur, et il se décore

d'ornements, de bas-reliefs, ou reste plat; le membre saillant seul de

l'archivolte forme la contre-courbe. Au XVIe siècle, on rencontre

souvent des archivoltes à contre-courbes brisées, ainsi que l'indique le

tracé Q, les rayons _gh_, _i_R étant égaux entre eux. Ce sont ces abus

des formes de l'art gothique qui ont été repoussés avec raison par les

architectes de la renaissance, et il faut dire que c'est presque

toujours sur ces abus que l'on veut juger cet art, qui certes pouvait se

passer de recherches d'autant moins motivées qu'elles contrarient

l'appareil et gênent le constructeur. Mais les architectes des derniers

temps du moyen âge avaient été amenés peu à peu à surmonter les arcs

brisés de ce membre inutile par la prédominance croissante de la ligne

verticale sur la ligne horizontale. Les arcs brisés eux-mêmes leur

semblaient contrarier, par leur courbe terminée au sommet, les lignes

ascendantes des édifices; il fallait que ces arcs arrivassent, comme

toutes les parties de l'architecture, à la ligne verticale. On est

toujours disposé à l'indulgence pour les artistes qui, bien qu'engagés

dans une voie fausse, rachètent le vice du principe par une exécution

parfaite et un certain goût dans les détails. C'est ce qui arrive

lorsque l'on examine nos édifices de la fin du XVe siècle. Sans

approuver les abus dans lesquels ils tombent, la recherche dans la

combinaison des formes, on est souvent séduit par le charme qu'ils ont

su répandre dans les infinis détails de ces combinaisons. Les artistes

de l'Île-de-France ont été les seuls qui, à cette époque de décadence,

aient su conserver une certaine modération; chez eux on aperçoit

toujours la marque d'un goût épuré, même à travers leurs erreurs. Et

pour ne parler ici que des contre-courbes surmontant les archivoltes,

nous les voyons dans cette province privilégiée, donner à cette

singulière innovation des formes, des proportions relatives, que l'on ne

pourrait trouver ailleurs. Ils se gardent d'appliquer les contre-courbes

à de grandes archivoltes, ce qui est toujours d'un effet lourd et

disgracieux; ils les tracent seulement au-dessus d'arcs secondaires, et

souvent ils dissimulent leur aiguïté supérieure en rectifiant quelque

peu la courbe donnée par le trait de compas. Il nous suffira d'un

exemple pour faire ressortir cette observation. Dans la cour du charmant

hôtel de la Trémoille que nous avons vu démolir en 1841 (non sans

regrets, car cette destruction a été un acte de vandalisme inutile et

auquel il eût été facile de ne pas se livrer), il existait une tourelle

dont la partie saillante était portée sur deux colonnes[53]. Une

archivolte surmontait ces deux points d'appui, et elle était taillée à

contre-courbure. (Voir ci-contre la fig. 2.) On voit qu'ici l'architecte

a tracé les contre-courbes, non point seulement au moyen de deux traits

de compas, mais en rectifiant l'aiguïté, ainsi que nous venons de le

dire. Cette archivolte n'a qu'un mètre environ d'ouverture et n'est

point appareillée en claveaux; sa partie supérieure est prise dans une

seule assise reposant sur deux sommiers. Ce n'est donc qu'une

décoration, et les contre-courbes marient adroitement le sommet de l'arc

avec les nombreux membres verticaux dont la tourelle est garnie du haut

en bas. Il en est de cet exemple comme de toute oeuvre d'art: chacun

peut connaître la règle, mais il n'y a que les artistes de goût qui

savent l'appliquer comme il convient. Dans les monuments nombreux du XVe

siècle qui couvrent la France et l'Allemagne, les contre-courbes sont

rarement tracées avec autant de finesse; leurs naissances, placées trop

bas ou trop haut, écrasent l'arc inférieur ou ne se marient pas avec ses

branches. Ajoutons que les contre-courbes ne produisent jamais un bon

effet que lorsqu'elles surmontent des arcs d'un petit diamètre.

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Note 53: Quelques fragments de cet hôtel sont aujourd'hui

déposés dans l'avant-cour de l'École des beaux-arts.]

CONTRE-FICHE, s. f. Pièce de charpente inclinée, dont la fonction est de

servir d'étai dans la charpenterie (voy. CHARPENTE). La pièce A (1) est

une contre-fiche.

[Illustration: Fig. 1.]

CONTRE-FORT, s. m. _Pilier_, _pilare_. C'est un renfort de la maçonnerie

élevé au droit d'une charge ou d'une poussée. Il n'est pas nécessaire

d'expliquer ici la fonction du contre-fort, cette fonction étant

longuement développée dans l'article CONSTRUCTION. Nous nous bornerons à

signaler les différentes formes apparentes données aux contre-forts dans

les édifices religieux et civils, et les transformations que ce membre

de l'architecture a subies du Xe au XVIe siècle.

Les Romains, ayant adopté la voûte d'arête dans leurs édifices, durent

nécessairement chercher les moyens propres à maintenir l'effet de

poussée de ces voûtes. Ils trouvèrent ces masses résistantes dans la

combinaison du plan des édifices, ce que l'on peut reconnaître en

visitant les salles des Thermes, et particulièrement l'édifice connu à

Rome sous le nom de _basilique de Constantin_. Mais lorsque les barbares

s'emparèrent des dernières traditions de l'art de la construction

laissées par les Romains, ils ne trouvèrent pas des artistes assez

savants ou éclairés pour comprendre ce qu'il y a de sage et de raisonné

dans les plans des édifices voûtés de l'antiquité romaine; cherchant à

imiter les plans des basiliques latines, voulant voûter d'abord les nefs

latérales, ils furent conduits forcément à résister extérieurement à la

poussée de ces voûtes par des renforts en maçonnerie auxquels ils

donnèrent d'abord l'apparence de colonnes ou demi-cylindres engagés,

puis bientôt de piliers carrés montant jusqu'aux corniches.

Parmi les contre-forts les plus anciens du moyen âge, on peut citer ceux

qui maintiennent les murs de l'église de Saint-Remy de Reims (Xe

siècle). Ce sont des demi-cylindres (1) consolidant les murs des

collatéraux au droit des poussées des voûtes, et les murs de la nef

centrale au droit des fermes de la charpente; car alors cette nef

centrale n'était point voûtée. Ces contre-forts primitifs sont couronnés

soit par des cônes, soit par des chapiteaux qui souvent ne portent rien.

La forme cylindrique fut bientôt abandonnée dans le nord pour les

contre-forts, tandis que cette forme persiste dans l'ouest jusque vers

le milieu du XIIe siècle. On voit encore, dans le Beauvoisis, quantité

d'églises ou d'édifices monastiques qui adoptent la forme angulaire pour

les contre-forts, très-large à la base et assez étroite au sommet pour

ne pas dépasser la saillie de la corniche. Nous en donnerons ici un

exemple, tiré de la petite église d'Allonne, dont le chevet paraît avoir

été construit vers la fin du XIe siècle(2).

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 4 - (C suite) · 第 22 / 35 段