grand mouvement intellectuel de la renaissance, et nous ne sommes pas de
ceux qui regrettent ce retour vers les arts et les connaissances de
l'antiquité païenne. Notre siècle vient après celui de Montesquieu et de
Voltaire; nous ne renions pas ces grands esprits, nous profitons de
leurs clartés, de leur amour pour la vérité, la raison et la justice;
ils ont ouvert la voie à la critique, ils ont étendu le domaine de
l'intelligence. Mais que nous enseignent-ils? Serait-ce, par hasard, de
nous astreindre à reproduire éternellement leurs idées, de nous
conformer sans examen à leur goût personnel, de partager leurs erreurs
et leurs préjugés, car ils n'en sont pas plus exempts que d'autres? Ce
serait bien mal les comprendre. Que nous disent-ils à chaque page?
«Éclairez-vous; ne vous arrêtez pas; laissez de côté les opinions toutes
faites, ce sont presque toujours des préjugés; l'esprit a été donné à
l'homme pour examiner, comparer, rassembler, choisir, mais non pour
conclure, car la conclusion est une fin, et bien fou est celui qui
prétend dire: «J'ai clos le livre humain!» Est-ce donc le goût
particulier à tel philosophe qu'il faut prendre pour modèle, ou sa façon
de raisonner, sa méthode? Voltaire n'aime pas le gothique, parce que
l'art gothique appartient au moyen âge dont il sape les derniers étais:
cela prouve seulement qu'il ne sait rien de cet art et qu'il obéit à un
préjugé; c'est un malheur pour lui, ce n'est pas une règle de conduite
pour les artistes. Essayons de raisonner comme lui, apportons dans
l'étude de notre art son esprit d'analyse et de critique, son bon sens,
sa passion ardente pour ce qu'il croit juste, si nous pouvons, et nous
arrivons à trouver que l'architecture du moyen âge s'appuie sur des
principes nouveaux et féconds, différents de ceux des Romains; que ces
principes peuvent nous être plus utiles aujourd'hui que ne le sont les
traditions romaines. Les esprits rares qui ont acquis en leur temps une
grande influence sont comme ces flambeaux qui n'éclairent que le lieu où
on les place; ils ne peuvent faire apprécier nettement que ce qui les
entoure. Est-ce à dire qu'il n'y ait au monde que les objets sur
lesquels ils ont jeté leurs clartés? Placez-les dans un autre milieu,
ils jetteront sur d'autres objets la même lumière. Mais nous sommes
ainsi faits en France: nous regardons les objets éclairés sans nous
soucier du flambeau, sans le transporter jamais ailleurs pour nous aider
de sa lumière afin de tout examiner. Nous préférons nous en tenir aux
jugements prononcés par des intelligences d'élite plutôt que de nous
servir de leur façon d'examiner les faits, pour juger nous-mêmes. Cela
est plus commode, en vérité. Nous admirons leur hardiesse, l'étendue de
leurs vues, mais nous n'oserions être hardis comme eux, chercher à voir
plus loin qu'eux ou autre chose que ce qu'ils ont voulu ou pu voir.
Mais nous voici bien loin de nos maîtres des oeuvres du moyen âge.
Retournons à eux, d'autant qu'ils ne se doutaient guère, probablement,
qu'il fallût un jour noircir tant de papier, dans leur propre pays, pour
essayer de faire apprécier leurs efforts et leurs progrès. En avance sur
leur siècle, par l'étendue de leurs connaissances, et plus encore par
leur indépendance comme artistes; dédaignés par les siècles plus
éclairés, qui n'ont pas voulu se donner la peine de les comprendre, en
vérité leur destinée est fâcheuse. Le jour de la justice ne viendra-t-il
jamais pour eux?
Les besoins de la construction civile sont beaucoup plus variés que ceux
de la construction religieuse; aussi l'architecture civile fournit-elle
aux architectes du moyen âge l'occasion de manifester les ressources
nombreuses que l'on peut trouver dans les principes auxquels ils
s'étaient soumis. Il est nécessaire de bien définir ces principes, car
ils ont une grande importance. L'architecture des Romains (non celle des
Grecs, entendons-nous bien[43]) est une structure revêtue d'une
décoration qui devient ainsi, par le fait, l'architecture,
l'architecture visible. Si l'on relève un monument romain, il faut faire
deux opérations: la première consiste à se rendre compte des moyens
employés pour élever la carcasse, la construction, l'édifice véritable;
la seconde, à savoir comment cette construction a pris une forme visible
plus ou moins belle, ou plus ou moins bien adaptée à ce corps. Nous
avons rendu compte ailleurs de cette méthode[44]. Ce système possède ses
avantages, mais il n'est souvent qu'un habile mensonge. On peut étudier
la construction romaine indépendamment de l'architecture romaine, et ce
qui le prouve, c'est que les artistes de la renaissance ont étudié cette
forme extérieure sans se rendre compte du corps qu'elle recouvrait.
L'architecture et la construction du moyen âge ne peuvent se séparer,
car cette architecture n'est autre chose qu'une forme commandée par
cette construction même. Il n'est pas un membre, si infime qu'il soit,
de l'architecture gothique, à l'époque où elle passe aux mains des
laïques, qui ne soit imposé par une nécessité de la construction; et si
la structure gothique est très-variée, c'est que les besoins auxquels il
lui faut se soumettre sont nombreux et variés eux-mêmes. Nous n'espérons
pas faire passer sous les yeux de nos lecteurs toutes les applications
du système de la construction civile chez les gens du moyen âge; nous ne
pouvons prétendre non plus tracer à grands traits les voies principales
suivies par ce système; car l'un des caractères les plus frappants de
l'art comme des moeurs du moyen âge, c'est d'être individuel. Si l'on
veut généraliser, on tombe dans les plus étranges erreurs, en ce sens
que les exceptions l'emportent sur la règle; si l'on veut rendre compte
de quelques-unes de ces exceptions, on ne sait trop quelles choisir, et
on rétrécit le tableau. On peut, nous le croyons, faire ressortir les
principes, qui sont simples, rigoureux, et chercher parmi les
applications celles qui expriment le mieux et le plus clairement ces
principes.
Les quelques exemples que nous avons donnés mettent en lumière, nous en
avons l'espoir, les conséquences du principe admis par les architectes
laïques du moyen âge: apparence des moyens employés dans la structure
des édifices, et apparence produisant réellement l'architecture,
c'est-à-dire la forme visible; solution des problèmes donnés, par les
lois naturelles de la statique, de l'équilibre des forces, et par
l'emploi des matériaux en raison de leurs propriétés; acceptation de
tous les programmes, quelle que soit leur variété, et assujettissement
de la construction à ces programmes, par suite de l'architecture
elle-même, puisque cette architecture n'est que l'apparence franchement
admise de cette construction. Avec ces principes médités, avec quelques
exemples choisis parmi les applications de ces principes, il n'est pas
un architecte qui ne puisse construire comme les maîtres du moyen âge,
procéder comme eux et varier les formes en raison des besoins nouveaux
qui naissent perpétuellement au milieu d'une société comme la nôtre,
puisque chaque besoin nouveau doit provoquer une nouvelle application du
principe. Si l'on nous accuse de vouloir faire rétrograder notre art, il
est bon que l'on sache du moins comment nous entendons le ramener en
arrière; la conclusion de tout ce que nous venons de dire étant: «Soyez
vrais.» Si la vérité est un signe de barbarie, d'ignorance, nous serons
heureux d'être relégués parmi les barbares et les ignorants, et fiers
d'avoir entraîné quelques-uns de nos confrères avec nous.
Les encorbellements jouent un rôle important dans les constructions
civiles, nous en avons donné plus haut la raison; il nous reste à suivre
les applications variées de cette méthode. Il existe dans la partie de
la Champagne qui touche à la Bourgogne, _et vice versâ_, des maisons,
très-simples d'ailleurs, construites pendant les XIIIe et XIVe siècles,
qui portent pignon sur rue, et se composent, à l'extérieur, d'une sorte
de porche avec balcon au-dessus, abrité par un comble très-saillant.
Tout le système ne se compose que d'encorbellements adroitement
combinés. Ainsi (134), les murs goutterots portent un premier
encorbellement en retour d'équerre, destiné à soutenir un poitrail
recevant les bouts des solives du plancher du premier étage portant
aussi sur le mur en retraite. Ce poitrail est surmonté d'un garde-corps.
Un second encorbellement A donne aux murs goutterots une saillie qui
protège le balcon et reçoit une ferme de pignon disposée de façon à
porter le plancher du grenier et à permettre l'introduction des
provisions dans ce grenier. La clôture en retraite à l'aplomb du mur de
rez-de-chaussée n'est qu'un pan de bois hourdé. Observons que le second
encorbellement A (134 bis) laisse, au-dessus de sa dernière assise H,
une portion de mur vertical HI, afin de charger les queues de pierres en
encorbellement par une masse de maçonnerie. En arrière est le pan de
bois G, qui clôt le premier étage. Pour éviter à la masse en
encorbellement toute chance de bascule, les doubles sablières N qui
portent le comble et qui couronnent les murs goutterots sur toute leur
longueur, sont armées à leur extrémité de fortes clefs O qui
maintiennent la tête des encorbellements. Cette disposition si simple se
retrouve dans beaucoup de maisons de paysans (voy. MAISON).
Mais voyons maintenant comment, dans des bâtisses plus riches, plus
compliquées, plus importantes, les constructeurs arrivent à se servir
des encorbellements avec adresse, en se soumettant à des dispositions
commandées par un besoin particulier. Il s'agit de percer une porte dans
l'angle rentrant formé par deux bâtiments qui se coupent à angle droit,
disposition assez commode, d'ailleurs, et qui était souvent commandée
par les habitants d'un manoir ou d'une maison; de faire que cette porte
donne entrée dans les salles du rez-de-chaussée à droite et à gauche,
puis au premier étage; de supprimer le pan coupé dans lequel s'ouvre la
porte, de retrouver l'angle droit formé par la rencontre des murs de
face, dont l'un des deux, au moins, fera mur de refend en se
prolongeant, et d'établir alors, au-dessus de cette porte et dans
l'angle rentrant, un escalier de service communiquant du premier étage
aux étages supérieurs. À force de ferrailles recouvertes de plâtre, on
arriverait facilement aujourd'hui à satisfaire à ce programme. Mais s'il
ne faut point mentir à la construction, la chose devient moins aisée.
Soit donc (135) le plan A du rez-de-chaussée de cette construction et le
plan B du premier étage. On voit, en C, la porte qui s'ouvre dans le pan
coupé; en D, les piles intérieures; en E, la projection horizontale des
encorbellements intérieurs supportant l'angle rentrant, et en F, la
projection horizontale des encorbellements portant l'angle saillant; GG
sont les arcs contre-buttant l'angle rentrant et portant les murs de
refend du premier étage. Nous présentons (136) la vue extérieure de la
porte avec les encorbellements qui lui servent d'auvent et qui portent
l'angle saillant de l'escalier de service tracé sur le plan B du premier
étage. Au besoin même, ces encorbellements peuvent masquer un
mâchicoulis destiné à défendre la porte. La fig. 137 donne la vue
intérieure de la porte avec les encorbellements portant l'angle
rentrant; en G sont les deux arcs contre-buttant ces encorbellements et
supportant les murs de refend supérieurs. Le noyau de l'escalier s'élève
sur le milieu H du pan coupé, et les encorbellements intérieurs et
extérieurs sont maintenus en équilibre par les pesanteurs opposées des
deux angles saillants de la cage de cet escalier. On a, depuis, voulu
obtenir des résultats analogues au moyen de trompes; mais les trompes
chargent les maçonneries inférieures beaucoup plus que ce système
d'encorbellements, exigent des matériaux plus nombreux et plus grands,
des coupes de pierres difficiles à tracer et plus difficiles encore à
tailler. Ce n'est donc point là un progrès, à moins que l'on ne
considère comme un progrès le plaisir donné à un appareilleur de montrer
son savoir au détriment de la bourse de celui qui fait bâtir.
Si, pendant les XIVe et XVe siècles, les constructions religieuses ne
modifièrent que peu les méthodes appliquées à l'art de bâtir par les
architectes du XIIIe siècle, il n'en est pas de même dans les
constructions civiles. Celles-ci prennent une allure plus franche; les
procédés employés sont plus étendus, les méthodes plus variées; les
architectes font preuve de cette indépendance qui leur manque dans les
monuments religieux. C'est que déjà, en effet, la vie se retirait de
l'architecture religieuse et portait toute son énergie vers les
constructions civiles. Sous les règnes de Charles V et de Charles VI, le
développement de l'architecture appliquée aux édifices publics, aux
châteaux et aux maisons, est très-rapide. Aucune difficulté n'arrête le
constructeur, et il arrive, en étendant les principes admis par ses
devanciers, à exécuter les constructions les plus hardies et les mieux
entendues sous le double point de vue de la solidité et de l'art. À
cette époque, quelques seigneurs surent donner une impulsion
extraordinaire aux constructions; ils les aimaient, comme il faut les
aimer, en laissant à l'artiste toute liberté quant aux moyens
d'exécution et au caractère qui convenait à chaque bâtiment[45]. Les
ducs de Bourgogne et Louis d'Orléans, frère de Charles VI firent élever
des résidences, moitié forteresses, moitié palais de plaisance, qui
indiquent chez les artistes auxquels furent confiés ces travaux une
expérience, un savoir rares, en même temps qu'un goût parfait; chez les
seigneurs qui commandèrent ces ouvrages, une libéralité sage et bien
entendue qui n'est guère, depuis lors, la qualité propre aux personnages
assez riches et puissants pour entreprendre de grandes constructions. Si
Louis d'Orléans fut un grand dissipateur des deniers publics et s'il
abusa de l'état de démence dans lequel le roi son frère était tombé, il
faut reconnaître que, comme grand seigneur pourvu d'immenses richesses,
il fit bâtir en homme de goût. Ce fut lui qui reconstruisit presque
entièrement le château de Coucy, qui éleva les résidences de
Pierrefonds, de la Ferté-Milon, et augmenta celles de Crépy et de
Béthisy. Toutes les constructions entreprises sous les ordres de ce
prince sont d'une exécution et d'une beauté rares. On y trouve, ce qu'il
est si difficile de réunir dans un même édifice, la parfaite solidité,
la force, la puissance avec l'élégance, et cette richesse de bon aloi
qui n'abandonne rien aux caprices. À ce point de vue, les bâtiments de
Coucy, élevés vers 1400, ont toute la majesté grave des constructions
romaines, toute la grâce des plus délicates conceptions de la
renaissance. Laissant de côté le style de l'époque, on est obligé de
reconnaître, chez les architectes de ce temps, une supériorité
très-marquée sur ceux du XVIe siècle, comme constructeurs; leurs
conceptions sont plus larges et leurs moyens d'exécution plus sûrs et
plus savants; ils savent mieux subordonner les détails à l'ensemble et
bâtissent plus solidement. La grand'salle du château de Coucy, dite
_salle des Preux_, était une oeuvre parfaite (voy. SALLE); nous n'en
montrerons ici que certaines parties tenant plus particulièrement à
l'objet de cet article. Cette salle s'élevait au premier étage sur un
rez-de-chaussée dont les voûtes reposaient sur une épine de colonnes et
sur les murs latéraux. Elle n'a pas moins de 16m,00 de largeur sur une
longueur de 60m,00; c'est dire qu'elle pouvait contenir facilement deux
mille personnes. D'un côté, elle prenait ses jours sur la campagne, à
travers les épaisses courtines du château; de l'autre, sur la cour
intérieure (voy. CHÂTEAU, fig. 16 et 17). Deux énormes cheminées doubles
la chauffaient, et les baies latérales étaient au nombre de six, trois
sur le dehors et trois sur la cour, sans compter un immense vitrage
percé au midi sous le lambris de la voûte en bois. Les baies latérales
étaient surmontées de lucarnes pénétrant dans le comble. Voici (138) la
coupe de cette salle prise sur une des fenêtres latérales avec la
lucarne ouverte au-dessus, et (139) la vue perspective intérieure de
cette fenêtre, qui n'a pas moins de 4m,00 d'ébrasement. La plate-bande
qui la couvre est appareillée de dix claveaux, posés avec grand soin,
lesquels, serrés par les courtines qui ont près de 4m,00 d'épaisseur, se
sont maintenus horizontaux sans le secours d'aucune armature de fer.
Dans la vue perspective, nous avons supposé le comble enlevé en A, afin
de faire voir la construction de la lucarne du côté de l'intérieur. Ces
lucarnes (voy. la coupe) donnaient sur le large chemin de ronde crénelé
extérieur, de sorte qu'au besoin les gens postés sur ce chemin de ronde
pouvaient parler aux personnes placées dans la salle. Les défenseurs
étaient à couvert sous un petit comble posé sur le crénelage et sur des
piles isolées A. La lumière du jour pénétrait donc sans obstacle dans la
salle par les lucarnes, et cette construction est à une si grande
échelle que, de la salle en B, on ne pouvait voir le sommet du comble du
chemin de ronde, ainsi que le démontre la ligne ponctuée BC[46]. De la
charpente, il ne reste plus trace, et on ne trouve sur place,
aujourd'hui, de cette belle construction, que les fenêtres et la partie
inférieure des lucarnes; ce qui suffit, du reste, pour donner une idée
de la grandeur des dispositions adoptées. Dans la salle des Preuses,
dépendant du même château, nous voyons encore des fenêtres dont les
ébrasements sont voûtés, ainsi que l'indique la fig. 140, afin de porter
une charge considérable de maçonnerie. Les sommiers des arcs doubles en
décharge s'avancent jusqu'à la rencontre de l'ébrasement avec les
pieds-droits A (voy. le plan) de la fenêtre, afin d'éviter des coupes
biaises dans les claveaux dont les intrados sont ainsi parallèles entre
eux. L'arc supérieur seul reparaît à l'extérieur et décharge
complétement le linteau.
Mais il va sans dire que les constructeurs n'employaient cette puissance
de moyens que dans des bâtiments très-considérables et qui devaient
résister moins à l'effort du temps qu'à la destruction combinée des
hommes. Il semble même que, dans les intérieurs des châteaux, là où l'on
ne pouvait craindre l'attaque, les architectes voulussent distraire les
yeux des habitants par des constructions très-élégantes et légères. On
sait que Charles V avait fait faire dans le Louvre, à Paris, un escalier
et des galeries qui passaient pour des chefs-d'oeuvre de l'art de bâtir,
et qui fixèrent l'admiration de tous les connaisseurs jusqu'au moment où
ces précieux bâtiments furent détruits. Les escaliers particulièrement,
qui présentent des difficultés sans nombre aux constructeurs, excitèrent
l'émulation des architectes du moyen âge. Il n'était pas de seigneur qui
ne voulût avoir un _degré_ plus élégant et mieux entendu que celui de
son voisin, et, en effet, le peu qui nous reste de ces accessoires
indispensables des châteaux indique toujours une certaine recherche
autant qu'une grande habileté dans l'art du tracé (voy. ESCALIER).
Pour les habitations plus modestes, celles des bourgeois des villes,
leur construction devint aussi, pendant les XIVe et XVe siècles, plus
légère, plus recherchée. C'est alors que l'on commence à vouloir ouvrir
des jours très-larges sur la voie publique, ce qui était d'autant plus
nécessaire que les rues étaient étroites; que l'on mêle avec adresse le
bois à la pierre ou à la brique; que l'on cherche à gagner de la place
dans les intérieurs en diminuant les points d'appui, en empiétant sur la
voie publique par des saillies données aux étages supérieurs; que, par
suite, les constructeurs sont portés à revenir aux pans-de-bois en
façade.
Nous ne voulons pas étendre cet article, déjà bien long, outre mesure,
et donner ici des exemples qui trouvent leur place dans les autres
articles du _Dictionnaire_; nous avons essayé seulement de faire saisir
les différences profondes qui séparent la construction civile de la
construction religieuse au moyen âge. Nos lecteurs voudront bien
recourir, pour de plus amples détails, aux mots BOUTIQUE, CHARPENTE,
CHÉNEAU, ÉGOUT, ESCALIER, FENÊTRE, FONTAINE, GALERIE, MAISON,
PAN-DE-BOIS, PLANCHER, PONT, etc.
[Illustration: Fig. 115.]
[Illustration: Fig. 116.]
[Illustration: Fig. 117.]
[Illustration: Fig. 118.]
[Illustration: Fig. 119.]
[Illustration: Fig. 120.]
[Illustration: Fig. 121.]
[Illustration: Fig. 122.]
[Illustration: Fig. 123.]
[Illustration: Fig. 123. bis.]
[Illustration: Fig. 123. ter.]
[Illustration: Fig. 123. quater.]
[Illustration: Fig. 124.]
[Illustration: Fig. 125.]
[Illustration: Fig. 126.]
[Illustration: Fig. 127.]
[Illustration: Fig. 128.]
[Illustration: Fig. 129.]
[Illustration: Fig. 130.]
[Illustration: Fig. 131.]
[Illustration: Fig. 132.]
[Illustration: Fig. 133.]
[Illustration: Fig. 134.]
[Illustration: Fig. 134. bis.]
[Illustration: Fig. 135.]
[Illustration: Fig. 136.]
[Illustration; Fig. 137.]
[Illustration: Fig. 138.]
[Illustration: Fig. 139.]
[Illustration: Fig. 140.]
[Note 33: Ce n'est guère que vers la fin du XIIIe siècle que
les forêts des Gaules commencèrent à perdre en étendue et en
qualité, c'est-à-dire au moment où l'organisation féodale
décroît. Pendant le XIVe siècle, beaucoup de seigneurs
féodaux furent obligés d'aliéner partie de leurs biens, et
les établissements monastiques, les chapitres ou les communes
défrichèrent une notable portion des forêts dont ils étaient
devenus possesseurs. Lors des guerres des XIVe et XVe
siècles, les forêts n'étant plus soumises, dans beaucoup de
localités, au régime conservateur du système féodal, furent
cruellement dévastées. Celles qui existaient sur les
montagnes furent ainsi perdues à tout jamais, par suite de
l'entraînement des terres sur les pentes rapides. C'est ainsi
que le midi et tout le centre de la France actuelle se virent
dépouillés des futaies qui garnissaient les plateaux et dont
nous constatons l'existence encore vers la fin du XIIIe
siècle.]
[Note 34: La _maisnée_, c'est-à-dire la maisonnée, comprenant
non-seulement la famille, mais les serviteurs, les hommes et
femmes à gage et tout le personnel d'un château.]
[Note 35: On établissait des lucarnes avec face en pierre sur
les bâtiments dès le XIIIe siècle, et cependant, sous Louis
XIV, on prétendit que ce mode d'ouvrir des jours à la base
des combles fut inventé par Mansard; et pour consacrer le
souvenir de cette utile invention, on a donné depuis lors, à
ces jours, le nom de _mansardes_, comme si tous les bâtiments
civils, les châteaux et les maisons n'étaient pas pourvus de
mansardes sous François 1er, sous Louis XIII et bien avant
eux. Mais tel est le faible du XVIIe siècle, qui prétendit
avoir tout trouvé. Or ce n'est qu'une prétention. Il en est
de celle-ci comme de beaucoup d'autres à cette époque. Il a
été écrit et répété bien des fois que la brouette, par
exemple, avait été inventée au XVIIe siècle, lors des grands
travaux de terrassement entrepris à Versailles; or nous avons
des copies nombreuses de brouettes figurées sur des
manuscrits et des vitraux du XIIIe siècle. Il est vrai que la
forme de ces petits véhicules, à cette époque, est beaucoup
plus commode pour le porteur que celle adoptée depuis le
XIIIe siècle, et que nous reproduisons religieusement dans
nos chantiers, comme si c'était là un chef-d'oeuvre. Il en
est de même du haquet, inventé, dit-on, par Pascal.]
[Note 36: On peut comprendre l'esprit de passion qui fit
détruire les châteaux et même les églises; mais ce qu'il est
plus difficile d'expliquer, c'est la manie aveugle qui a fait
démolir en France, depuis soixante ans, quantité d'édifices
civils fort bons, fort beaux, fort utiles, uniquement parce
qu'ils étaient vieux, qu'ils rappelaient un autre âge, pour
les remplacer par des constructions déplorables et qui
coûtent cher, bien qu'elles soient élevées avec parcimonie et
qu'elles soient souvent très-laides. Beaucoup de villes se
sont privées ainsi d'établissements qui eussent pu satisfaire
à des besoins nouveaux, qui attiraient l'attention des
voyageurs, et qui, à tout prendre, leur faisaient honneur.]
[Note 37: Voy. l'_Archit. civ. et domest._ de MM. Aymar
Verdier et Cattois.]
[Note 38: Voy. la _Monog. d'abbayes_. Bib. Sainte-Geneviève.]
[Note 39: Voy. le plan général de ce château au mot CHÂTEAU,
fig. 30 et 31, salle M.]
[Note 40: Au XVIe siècle, un accident obligea les
propriétaires du château de Hoh-Koenigsbourg à bander des
arcs sous le plafond du premier étage.]
[Note 41: M. Boeswilwald, qui a relevé le château de
Hoh-Koenigsbourg avec le plus grand soin, a bien voulu mettre
ses dessins à notre disposition.]
[Note 42: Un seul exemple pour prouver que nous n'exagérons
pas. Nous avons vu, dans cet article, à la suite de quels
efforts persistants les constructeurs du Nord sont arrivés à
se rendre maîtres de la poussée des voûtes, et dans quelles
conditions ils voulaient assurer la stabilité de ces voûtes.
Or, en Italie, les écartements des arcs des monuments voûtés
pendant le moyen âge et même la renaissance sont maintenus au
moyen de barres de fer posées à leur naissance et restées
_visibles_. À ce compte, on peut bien se passer
d'arcs-boutants et de tout l'attirail des contre-forts, de
combinaisons d'équilibre. On se garde bien, ou de reproduire
ces barres de fer dans les dessins qu'on nous donne, ou d'en
parler dans les ouvrages sur la matière. Mais, en vérité,
est-ce là un moyen de construction? N'est-ce pas plutôt un
aveu d'impuissance?]
[Note 43: Pour les architectes qui ont quelque peu étudié les
arts de l'antiquité, la différence entre l'architecture des
Grecs et celle des Romains est parfaitement tranchée: ces
deux arts suivent, ainsi que nous l'avons dit bien des fois,
des voies opposées; mais pour le vulgaire, il n'en est pas
ainsi, et l'on confond ces deux arts, comme si l'un n'était
qu'un dérivé de l'autre. Combien de fois n'a-t-on pas dit et
écrit, par exemple, que le portail de Saint-Gervais, à Paris,
est un portail d'architecture grecque? Il n'est guère plus
grec que romain. C'est cependant sur des jugements aussi
aveugles que la critique des arts de l'architecture se base
chez nous depuis longtemps, et cela parce que nous,
architectes, par insouciance peut-être, nous sommes les seuls
en France qui n'écrivons pas sur notre art.]
[Note 44: Voy. nos _Entretiens sur l'Architecture_.]