Cependant il se présentait une difficulté assez sérieuse et toute

nouvelle, lorsqu'il s'agissait des voûtes des collatéraux doubles

entourant des sanctuaires d'une grande étendue. Les exemples que nous

venons de donner appartiennent tous à des édifices de médiocre

dimension, et nous voyons qu'à Saint-Remy de Reims et dans l'église de

Notre-Dame de Châlons, par exemple, la précinction extérieure comporte

un plus grand nombre de points d'appui que celle intérieure, afin

d'éviter les ouvertures d'arcs démesurés. Dans un choeur comme celui de

la cathédrale de Paris, entouré de doubles collatéraux, il fallait

nécessairement disposer les piles de façon à trouver des ouvertures

d'arcs doubleaux à peu près égales pour obtenir des voûtes dont les

clefs atteignissent toutes le même niveau. Les deux précinctions

extérieures devaient alors comprendre un plus grand nombre de piles que

celles du sanctuaire. À la cathédrale de Paris, en effet, nous voyons

(44) que la partie circulaire du sanctuaire, bâtie vers 1165, repose sur

six piles, tandis que la seconde précinction en comporte onze, et la

troisième quatorze. Grâce à cette disposition, les archivoltes AB, BC,

etc., les arcs doubleaux DE, EF, etc., GH, HI, IP, etc., sont à peu près

plantés sur des diamètres égaux, et les voûtes réunissant ces arcs ne se

composent, pour porter les remplissages en moellon, que d'arcs diagonaux

simples BE, EC, FI, IE, EH, HD, et non plus d'arcs croisés. Dans la

galerie du premier étage, le même système de voûtes est employé et

répète le plan de la première précinction. La figure X donne la forme de

ces voûtes élevées sur le plan horizontal triangulaire. Les gros

contre-forts KLM seuls maintiennent la stabilité de l'édifice; ils

reçoivent les arcs-boutants des grandes voûtes supérieures et les petits

arcs-boutants de la galerie de premier étage, bandés de G en D, de P en

F, etc. Quant aux poussées des deux diagonales BE, CE des voûtes de

cette galerie, elles sont contre-buttées par deux petits arcs-boutants

bandés de I en E et de H en E. De sorte qu'ainsi les poussées et charges

principales sont renvoyées sur les grosses piles extérieures KLM, et les

poussées et charges secondaires sur les piles intermédiaires extérieures

ORS[8]. À l'intérieur, des colonnes monocylindriques portent seules, à

rez-de-chaussée, cet édifice vaste, élevé et passablement compliqué dans

ses combinaisons de coupes. Il n'est pas besoin d'être fort expert en

architecture pour reconnaître, rien qu'en jetant les yeux sur la fig.

44, que l'intention évidente du maître de l'oeuvre a été d'occuper, avec

ses points d'appui, le moins de place possible à l'intérieur, qu'il a

tenu en même temps à couvrir les deux collatéraux par des voûtes dont

les sommets fussent tous au même niveau, afin de pouvoir placer sur ces

voûtes l'aire d'une galerie et des dallages ayant une pente régulière

vers le périmètre extérieur. Peu après la construction de cette abside,

les constructeurs, cependant, rapprochèrent les piles ABC de manière à

obtenir, autour des sanctuaires, des travées plus étroites que celles

parallèles à l'axe, et ils surélevèrent les archivoltes AB, BC; mais

nous devons reconnaître qu'il y a, dans la disposition du rond-point de

Notre-Dame de Paris, une ampleur, une indépendance de conception qui

nous séduisent. Les voûtes sont adroitement bandées sur ces piles, dont

le nombre augmente à chaque précinction. Cela est habile sans effort et

sans recherche. Remarquons aussi que les voûtes gothiques seules

permettaient l'emploi de ce mode, et que les premiers architectes qui

les appliquèrent à leurs constructions surent immédiatement en tirer

tout le parti possible.

Dans l'espace de vingt-cinq ans, les architectes de la fin du XIIe

siècle étaient donc arrivés à obtenir les résultats qui avaient été la

préoccupation de leurs prédécesseurs pendant l'époque romane, savoir: de

voûter des édifices larges et élevés, en ne conservant à l'intérieur que

des points d'appui grêles. Le triomphe de la construction équilibrée par

l'opposition des poussées et par l'adjonction de charges supérieures

réduisant ces poussées à une action verticale, était donc complet; il ne

restait plus qu'à simplifier et perfectionner les moyens d'exécution.

C'est ce que les constructeurs du XIIIe siècle firent, souvent avec trop

d'audace et de confiance en leur principe d'équilibre, mais toujours

avec intelligence. Il est évident que la sagacité était la qualité

dominante des apôtres de la nouvelle école. Leurs efforts tendaient,

sans répit, à renchérir sur l'oeuvre précédente, à pousser les

conséquences du principe admis jusqu'à l'abus; si bien que, pendant le

XIVe siècle, il y eut réaction, et que les constructions où les

questions d'équilibre sont résolues avec le plus de hardiesse sont

celles qui furent élevées pendant la seconde moitié du XIIIe siècle.

Nous aurons l'occasion de revenir sur ce fait.

Si l'on veut constater l'extrême limite à laquelle arrivèrent les

architectes de la fin du XIIe siècle, en fait de légèreté des points

d'appui intérieurs et de stabilité obtenue au moyen de l'équilibre des

forces opposées, il faut aller voir le sanctuaire de l'église de

Saint-Leu d'Esserent (Oise). Certaines parties de cette construction,

élevée vers 1190, sont faites pour exciter notre étonnement. Ce

sanctuaire se compose, dans le rond-point, de quatre colonnes

monostyles, deux grosses et deux grêles ainsi disposées (45). Les deux

colonnes A n'ont que 0,50 c. de diamètre, celles B 0,85 c. environ. Une

vue perspective des deux travées sur plan circulaire reposant sur les

colonnes A (45 bis) nous indique assez, après ce que nous venons de

dire, que les constructeurs ne comptaient alors que sur l'équilibre des

forces agissantes et résistantes pour maintenir une masse pareille sur

un point d'appui aussi grêle. On voit la colonne A, de 0,50 c. de

diamètre, couronnée par un chapiteau extrêmement évasé (voy. CHAPITEAU,

fig. 21), sur lequel reposent un sommier puissant et les trois

colonnettes monolithes portant les retombées des voûtes supérieures. Le

sommier est assez empatté pour recevoir la pile du triforium et le mur

qui le clôt. L'arc-boutant extérieur pousse toute cette construction du

dehors au dedans; mais, étant élevée sur plan circulaire, elle ne peut

être chassée à l'intérieur, et plus l'arc-boutant appuie sur la tête de

la pile, et plus la construction prend de l'assiette. La charge énorme

que reçoit verticalement la colonne A assure sa stabilité. L'équilibre

ne peut être rompu, et, en effet, ce chevet n'a subi aucun mouvement.

Dans l'Île-de-France, cependant, les constructeurs surent toujours

garder une certaine mesure, et ne tombèrent jamais dans les exagérations

si fréquentes chez les architectes de la Champagne et de la Bourgogne.

Chez ces derniers, ces exagérations étaient justifiées jusqu'à un

certain point par la qualité excellente des matériaux de cette province,

les architectes bourguignons, se fiant à la résistance extraordinaire de

leurs pierres, produisirent des oeuvres d'une grande importance au point

de vue de la construction, en ce qu'elles nous font connaître jusqu'où

l'application du principe gothique peut aller lorsque la matière lui

vient en aide.

La voûte étant désormais le générateur de toutes les parties des

édifices voûtés; commandant la place, la forme, la disposition des

points d'appui, c'est elle d'abord que nous devons scrupuleusement

étudier. Pour qui connaît bien la structure de la voûte gothique, les

ressources infinies que présente sa construction, toutes les autres

parties de la maçonnerie s'en déduisent naturellement. Nos lecteurs ont

pu prendre connaissance déjà des éléments de la construction des voûtes:

reste à en examiner les détails, les variétés et les perfectionnements,

car nous ne pourrions plus nous faire comprendre, si, avant d'aller plus

loin, les divers moyens employés pour fermer les voûtes gothiques

n'étaient pas complétement développés.

Les fig. 27, 28, 28 bis et 29 indiquent comment sont tracés les lits

inférieurs des sommiers des arcs sur les tailloirs des chapiteaux,

comment ces lits inférieurs commandent la forme de ces tailloirs et la

place des colonnettes et points d'appui. On reconnaît facilement que,

dans les premiers tracés des voûtes gothiques, les constructeurs ont

évité autant que possible de faire pénétrer les arcs les uns dans les

autres à leur naissance; ils faisaient tailler chaque claveau sur le

chantier, suivant la section donnée à chacun de ces arcs, et ils

cherchaient à les arranger du mieux qu'ils pouvaient sur le tailloir, en

les rognant à la queue pour conformer leur pose aux pénétrations. Ainsi,

par exemple, ayant tracé sur le tailloir des chapiteaux destinés à

recevoir un arc doubleau, deux arcs ogives et les deux colonnettes

portant les formerets, le lit de ces divers membres, ils posaient les

claveaux de chacun de ces arcs et les bases des colonnettes, ainsi que

le démontre la fig. 46, écornant, au besoin, les queues de ces arcs,

comme on le voit en A, afin de les placer les uns à côté des autres et

de les renfermer dans leur lit de pose. Cette méthode naïve n'exigeait,

de la part de l'appareilleur, aucune épure spéciale pour le sommier,

demandait une assiette assez large sur les tailloirs pour ne pas trop

affamer les queues des claveaux, et, par conséquent, des chapiteaux fort

évasés; elle avait en outre l'inconvénient de ne donner que des sommiers

sans résistance pouvant s'écraser sous la charge, et de prolonger les

effets des poussées trop bas ou de rapprocher leur résultante des

parements extérieurs. Ayant trois arcs à poser, l'idée la plus naturelle

était de leur donner à chacun leur sommier. Mais, dans certains cas, les

constructeurs gothiques primitifs avaient été forcés cependant de faire

pénétrer les divers arcs soutenant une voûte sur un chapiteau unique,

isolé, comme on le voit dans la fig. 42, et de leur donner un seul

sommier pour tous; car, sur ces assiettes étroites, il n'était plus

possible de songer à arranger les premiers claveaux de ces arcs comme on

enchevêtre les pièces d'un jeu de patience: c'eût été faire de ces

premiers claveaux une agglomération de coins n'ayant aucune force de

résistance. D'ailleurs, il fallait souvent que les premiers claveaux des

arcs (s'ils avaient une pile supérieure à supporter) fissent

tas-de-charge, c'est-à-dire présentassent de véritables assises à lits

horizontaux, afin de résister à la pression.

Soit, par exemple (46 bis), une pile A ayant une pile B supérieure à

supporter au-dessus d'une voûte C. Si les arcs de cette voûte sont tous

indépendants dès leur naissance et extradossés, si les joints des

premiers claveaux sont normaux aux courbes, il est clair que la pile B

ne reposera pas sur l'assiette EF, comme cela devrait être, mais sur le

faible remplissage G, et qu'alors sa stabilité ne pourra être assurée,

que la pression sur les reins des premiers claveaux causera

infailliblement des désordres, des ruptures et des écrasements. Ce fut

cependant cette méthode qu'employèrent les derniers architectes romans,

et elle eut souvent des conséquences désastreuses. En pareille

circonstance, les premiers constructeurs gothiques procédèrent

différemment. Soit H la pile portant une charge supérieure K, ils

posèrent autant de sommiers à lits horizontaux qu'il en fallait pour que

les verticales LM trouvassent une assiette, et ne commencèrent les

coupes des claveaux normales aux courbes que lorsque ces courbes

s'affranchissaient des parois verticales LM. Jusqu'à une certaine

hauteur, les arcs étaient donc composés, par le fait, d'une suite

d'assises en encorbellement à lits horizontaux. Ces constructeurs

avaient trop de sens pour imaginer les crossettes I, qui ne peuvent

jamais être bien posées et dont les lits ne sauraient être exactement

remplis de mortier: ils préféraient adopter franchement les

encorbellements. Ceux-ci avaient encore un avantage: ils détruisaient en

partie l'effet des poussées. Nous ne devons pas omettre de dire ici que

le devant des claveaux ou sommiers est toujours posé à l'aplomb du carré

supérieur de la corbeille du chapiteau, ainsi que l'indique le tracé B,

fig. 46; quant au carré de la base de la colonnette de formeret, il est

posé à fleur du tailloir, afin que le nu de la colonnette arrive aplomb

du carré de la corbeille du chapiteau (voy. la même figure 46).

Dès qu'il fut admis que l'on pouvait poser à la naissance des voûtes une

série de sommiers d'arcs superposés à lits horizontaux, les architectes

n'avaient plus besoin de se préoccuper de trouver une assiette assez

large sur le tailloir des chapiteaux pour recevoir les claveaux de

plusieurs arcs juxtaposés, mais seulement de faire en sorte que ces arcs

vinssent à se pénétrer sur la plus petite assiette possible. Suivant

toujours leurs raisonnements avec rigueur, ils reconnurent également que

la résistance des arcs, dans le système de voûtes nouvellement adopté,

est en raison de la hauteur des claveaux et non en raison de leur

largeur, et qu'à section égale comme surface, un claveau, par exemple

(47), posé ainsi qu'il est indiqué en A, résistait beaucoup plus à la

pression qu'un claveau posé suivant le tracé B. Or, vers le commencement

de la seconde moitié du XIIe siècle, les claveaux des arcs sont

généralement compris dans une section carrée C, de huit pouces (0,22 c.)

à un pied ou dix-huit pouces de côté (0,33 c. et 0,50 c.), suivant la

largeur de la voûte; tandis que, vers la fin de ce siècle, si les

claveaux des arcs doubleaux conservent encore cette section, ceux des

arcs ogives (arcs dont le diamètre est plus grand cependant, mais qui

n'ont pas à résister à la pression des arcs-boutants) perdent une partie

de leur largeur et conservent du champ, ainsi qu'on le voit en D.

Prenant moins de largeur de E en F, leur trace sur le tailloir des

chapiteaux occupait moins de place, exigeait un évasement moins

considérable, et s'accommodait mieux aux pénétrations; n'ayant plus

qu'une arête mousse en G ou un simple boudin, la retombée biaise sur les

tailloirs n'offrait plus les surfaces gauches et gênantes que donnaient

les arcs dont la section était C. Peu à peu, les architectes renoncèrent

même à cette section C pour les arcs doubleaux et adoptèrent des

sections analogues à celle H, offrant de même de I en K une grande

résistance de champ, et de L en M une résistance suffisante de plat pour

éviter les torsions, déjà maintenues par les remplissages des voûtes.

C'est ainsi que chaque jour, ou plutôt après chaque tentative, les

architectes arrivaient à supprimer, dans la construction des voûtes,

tout ce qui n'était pas absolument indispensable à leur solidité, qu'ils

abandonnaient les dernières traditions romanes afin d'obtenir; 1º une

plus grande légèreté; 2º des facilités pour asseoir les sommiers,

puisque ces sommiers allaient dorénavant commander la construction des

piles, et, par suite, de tous les membres inférieurs des édifices.

Mais nous sommes obligés, au risque de paraître long dans notre exposé

du système des voûtes gothiques, de procéder comme les constructeurs de

ce temps, et de suivre, sans la quitter un instant, la marche de leur

progrès. Puisque ces constructeurs avaient admis l'arc-boutant,

c'est-à-dire une résistance opposée sur certains points aux poussées des

voûtes, il fallait bien réunir ces poussées et faire que leur résultante

n'agît exactement que sur ces points isolés; donc, il était de la

dernière importance que les arcs doubleaux et les arcs ogives se

pénétrassent de façon: 1º à ce que la résultante de leurs poussées se

convertît en une seule pression au point où venait butter la tête de

l'arc-boutant; 2º à ce qu'aucune portion de poussée ne pût agir en

dehors ou à côté de cette résultante; en un mot, à ce que le faisceau

des poussées fût parfaitement dirigé suivant une seule et même ligne de

pression au moment de rencontrer l'arc-boutant comme un obstacle. Des

voûtes dont les sommiers étaient posés conformément à la fig. 46 ne

pouvaient atteindre ce résultat absolu; leurs poussées devaient être et

sont en effet diffuses, et ne se réunissent pas exactement en une

résultante dont la direction et la puissance puissent être exactement

appréciées. Mais si, au lieu de ces premiers claveaux posés tant bien

que mal à côté les uns des autres sur les tailloirs des chapiteaux,

occupant une assiette large, sans solidarité entre eux, nous supposons

un sommier pris dans une seule assise; si nous combinons le départ des

arcs de façon à ce qu'ils se pénètrent complétement, pour ne faire qu'un

seul sommier au lieu de trois, déjà nous aurons fait un pas, car la

résultante des pressions diverses se produira sur un seul morceau de

pierre qu'il faudra seulement rendre immobile; mais si encore, non

contents de ce premier résultat, ayant groupé nos naissances d'arcs en

un faisceau aussi serré que possible, nous ne considérons les sommiers

que comme des assises en encorbellement, que nous placions plusieurs de

ces assises ou sommiers les uns sur les autres en taillant leurs lits

horizontaux jusqu'à ce que les développements des courbes de chacun des

arcs nous permettent de dégager leurs claveaux de cette masse en

tas-de-charge, alors nous serons certains d'avoir à la base de nos

voûtes une résultante de pressions agissant suivant une ligne dont nous

ne pourrons exactement apprécier le point de départ, la puissance et la

direction; de plus, nous serons assurés que la tête de l'arc-boutant

viendra s'appuyer, non sur une maçonnerie sans liaison et sans force,

mais contre une construction rigide présentant une surface homogène,

comme le serait la pièce de charpente contre laquelle on appuie la tête

d'un étai. Mais nous avons fait des progrès; d'abord, nous avons reconnu

que les voûtes en arcs d'ogive comprenant deux travées, c'est-à-dire sur

plan carré dont les diagonales sont coupées par un arc doubleau

intermédiaire, nous obligent à donner aux voûtes une forme très-bombée

qui nous gêne pour poser les charpentes; car les diagonales du carré

étant beaucoup plus longues que l'un de ses côtés, ces diagonales,

servant de diamètre aux arcs ogives, élèvent leur clef au-dessus de la

naissance à une hauteur égale à ce demi-diamètre (voy. fig. 20, 20 bis

et 21), hauteur que la clef de nos arcs doubleaux ne peut atteindre, à

moins de donner beaucoup d'aiguïté à ces arcs.

Vers 1230, on renonce donc à ce mode de voûte sur plan carré, et l'on

établit les arcs ogives des hautes nefs sur plan barlong, c'est-à-dire

que chaque travée porte sa voûte complète. Nous pouvons ainsi faire que

les clefs des arcs ogives, doubleaux et formerets, atteignent un même

niveau ou à peu près. Les constructeurs, voulant avoir des sommiers à

lits horizontaux jusqu'au point où ces arcs cessent de se pénétrer,

observent que la méthode la plus simple pour que ces sommiers ne donnent

pas de difficultés de tracé consiste à donner aux arcs ogives et arcs

doubleaux un même rayon. Soit donc une voûte sur plan barlong (48),

l'arc ogive AC rabattu est un plein cintre ABC; reportant le

demi-diamètre AD sur la ligne de base de l'arc doubleau AE, nous

obtenons en F le centre de l'une des branches de l'arc doubleau, et nous

traçons l'arc AG, qui possède le même rayon que l'arc ABC; reportant la

longueur AF de E en F', nous obtenons en F' le second centre de l'arc

doubleau, et traçons la seconde branche EG. C'est ainsi que sont tracés

les arcs des premières voûtes gothiques sur plan barlong[9]. Donc les

courbes des arcs ogives et arcs doubleaux étant les mêmes, leurs coupes

sont pareilles et leurs sommiers ne présentent aucune difficulté de

tracé. Voyons maintenant à tracer ces sommiers. Soit (48 bis) AB la

directrice de l'arc doubleau, AC les directrices des arcs ogives. A est

posé sur le nu du mur. De ce point A, prenant sur la ligne AB une

longueur AD égale à l'épaisseur du claveau de l'arc doubleau, et

considérant AD comme rayon, nous formons le demi-cercle D'DD". Nous

traçons alors la coupe de l'arc doubleau sur plan horizontal. Nous

tirons deux parallèles EF aux directrices AC d'arcs ogives, en laissant

entre ces parallèles une distance égale à la largeur des claveaux d'arcs

ogives. Ce sont les projections horizontales des arcs ogives. Prenant

les points G de rencontre des lignes d'axes des arcs ogives avec la

demi-circonférence D'DD'' comme l'intrados des arcs ogives, nous traçons

la coupe de ces arcs ogives sur plan horizontal. Nous avons alors le lit

inférieur du premier sommier. Dans les vides qui restent entre la

demi-circonférence D'DD" et les arcs ogives en H, nous faisons passer

les colonnettes qui sont destinées à porter les formerets. Le contour du

lit inférieur du premier sommier obtenu, nous pouvons tracer (seulement

alors) le tailloir du chapiteau, soit en retour d'équerre comme

l'indique IKL, soit en étoile comme l'indique I'K'L'. Sous ces

tailloirs, on peut ne mettre qu'un seul chapiteau et une seule colonne

M, puisque notre intention est de réunir autant que possible les arcs en

un faisceau étroit. Ce chapiteau, qui est une console, une pierre en

encorbellement soulagée par la colonne isolée, fait sortir trois

corbeilles d'une astragale unique.

Il nous faut rabattre sur la ligne NO l'arc doubleau, et sur la ligne AC

l'arc ogive. Il est clair que ces deux arcs cessent de se pénétrer au

point P sur plan horizontal. Du point P, élevant une perpendiculaire PP'

sur la ligne NO, base de l'arc doubleau, et une seconde perpendiculaire

PP" sur la ligne AC, base de l'arc ogive, cette première perpendiculaire

PP' viendra rencontrer l'extrados de l'arc doubleau rabattu au point Q.

Ce point Q indique donc la hauteur où l'arc doubleau se dégage de l'arc

ogive: c'est le niveau du lit du dernier sommier. Il s'agit de diviser

la hauteur PQ en un certain nombre d'assises, suivant la hauteur des

bancs. Supposons que trois assises suffisent: le lit supérieur du

premier sommier sera en R, du second en S et du troisième en T. En Q,

l'arc se dégageant, nous pouvons tracer la première coupe QV tendant au

centre de l'arc. À partir de ce point, les claveaux, dont la coupe est

tracée en U, sont indépendants. Il suffira de procéder de la même

manière pour l'arc ogive, en traçant les lits R'S'T' à partir de la

ligne de base AC, distants entre eux comme le sont les lits RST. L'arc

ogive étant moins épais que l'arc doubleau, il restera derrière son

extrados, en Q', jusqu'à la rencontre avec l'extrados de l'arc doubleau,

une petite surface de lit horizontal qui nous sera fort utile pour

commencer à poser les moellons de remplissage des triangles des voûtes.

Ceci fait, nous pouvons donner à l'appareilleur chacun des lits de ces

sommiers, en reportant sur plan horizontal, comme nous l'avons tracé en

X, les coupes que nous donnent sur les arcs rabattus les lits RST,

R'S'T'. Alors nous obtenons: 1º en _a_ le lit inférieur du premier

sommier, déjà tracé comme souche des arcs; 2º en _b_ le lit supérieur du

premier sommier qui fait le lit inférieur du second; 3º en _c_ le lit

inférieur du troisième sommier; 4º en _e_ le lit supérieur de ce

troisième sommier avec ses coupes inclinées marquées en _d_. Il n'est

pas besoin de dire que ces sommiers portent, sinon tous, au moins les

deux premiers, queue dans le mur dont le nu est en YZ. Voudrions-nous

serrer plus encore les arcs ogives contre l'arc doubleau: il suffirait,

en commençant l'opération, de rapprocher, sur plan horizontal, les

lignes d'axe des arcs ogives du point A. Souvent même, ces lignes d'axe

se rencontrent au point A. Pour ne point compliquer inutilement la

figure, nous avons supposé des arcs simplement épannelés; sont-ils

chargés de moulures, qu'on ne procède pas autrement sur l'épure, mais en

traçant les profils, car il est nécessaire de connaître, sur les divers

lits horizontaux des sommiers, les coupes biaises qui sont faites sur

ces profils, afin de donner au tailleur de pierre des panneaux qui

tiennent compte de la déformation plus ou moins sensible des moulures à

chaque lit.

Pour faire comprendre, même aux personnes qui ne sont pas familières

avec la géométrie descriptive, l'opération que nous venons de tracer,

nous supposons (48 ter) les trois sommiers de la figure précédente, vus

les uns au-dessus des autres en perspective et moulurés. En A, on voit

le premier sommier, en B le second, en C le troisième avec ses coupes

normales aux courbes des arcs, en D les claveaux des arcs doubleaux, en

D' ceux des arcs ogives affranchis des sommiers, et dès lors semblables

entre eux jusqu'à la clef.

Il arrive cependant que les arcs d'une voûte sont de diamètres

très-inégaux ou que leurs naissances sont à des hauteurs différentes:

cela ne peut en rien gêner l'appareilleur; du moment qu'un des arcs se

dégage des autres à l'extrados, il porte une coupe normale à sa courbe

et les claveaux se posent, tandis qu'à côté de lui d'autres arcs peuvent

rester engagés encore jusqu'à une certaine hauteur et conserver les lits

horizontaux des sommiers. Ainsi, par exemple (49), supposons que nous

ayons à voûter une salle divisée par une rangée de piles et dont le

plan, à l'une de ses extrémités, nous donne, entre la pile A et la pile

B, un espace beaucoup plus large que celui restant entre la pile B et le

mur CD. Dès lors, nous aurons des voûtes en arcs d'ogive telles que

l'indique notre figure. Nous rabattons l'arc doubleau EF, qui nous donne

l'arc en tiers-point EGF; nous rabattons l'arc ogive EI, qui nous donne

l'arc légèrement brisé EHI; nous rabattons l'arc ogive KL, qui nous

donne le demi-cercle KML; nous rabattons l'arc doubleau PN, en traçant

cet arc de manière que la clef soit un peu au-dessous du niveau de la

clef de l'arc ogive KL, et que sa courbe se rapproche du plein cintre,

pour conduire l'oeil, sans brusques changements de niveau, des grandes

voûtes comprises entre AB aux voûtes plus étroites et plus basses

comprises entre la pile B et le mur CD. Il est utile alors de surélever

la naissance de cet arc doubleau PN. Il est rabattu en PON. C'est ce

besoin d'éviter les brusques changements de niveau dans ces différents

arcs qui nous a fait légèrement relever la clef de l'arc ogive EI

au-dessus du plein cintre. On voit ainsi que, du grand arc doubleau

compris entre la pile A et B jusqu'au petit arc doubleau compris entre

la pile B et le mur, les clefs RMOH et G des arcs soit doubleaux, soit

ogives, s'abaissent successivement et par une transition presque

insensible à l'oeil en exécution.

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 4 - (C suite) · 第 8 / 35 段