III. La tentation.

Telle avait été la cause de la profonde émotion de la Mayeux:

Florine, en se rendant auprès de la supérieure, avait laissé la

jeune ouvrière dans un couloir garni de banquettes et formant une

sorte d'antichambre située au premier étage. Se trouvant seule, la

Mayeux s'était approchée machinalement d'une fenêtre ouvrant sur

le jardin du couvent, borné de ce côté par un mur à moitié démoli,

et terminé à l'une de ses extrémités par une clôture de planches à

claire-voie. Ce mur, aboutissant à une chapelle en construction,

était mitoyen avec le jardin d'une maison voisine.

La Mayeux avait tout à coup vu apparaître une jeune fille à l'une

des croisées du rez-de-chaussée de cette maison, croisée grillée,

d'ailleurs remarquable par une sorte d'auvent en forme de tente

qui la surmontait. Cette jeune fille, les yeux fixés sur un des

bâtiments du couvent, faisait de la main des signes qui semblaient

à la fois encourageants et affectueux. De la fenêtre où elle était

placée, la Mayeux, ne pouvant voir à qui s'adressaient ces signes

d'intelligence, admirait la rare beauté de cette jeune fille,

l'éclat de son teint, le noir brillant de ses grands yeux, le doux

et bienveillant sourire qui effleurait ses lèvres. On répondit

sans doute à sa pantomime à la fois gracieuse et expressive, car,

par un mouvement rempli de grâce, cette jeune fille, posant la

main gauche sur son coeur, fit de la main droite un geste qui

semblait dire que son coeur s'en allait vers cet endroit qu'elle

ne quittait pas des yeux.

Un pâle rayon de soleil, perçant les nuages, vint se jouer à ce

moment sur les cheveux de cette jeune fille, dont la blanche

figure, alors presque collée aux barreaux de la croisée, sembla

pour ainsi dire tout à coup illuminée par les éblouissants reflets

de sa splendide chevelure d'or bruni. À l'aspect de cette

ravissante figure, encadrée de longues boucles d'admirables

cheveux d'un roux doré, la Mayeux tressaillit involontairement; la

pensée de Mlle de Cardoville lui vint aussitôt à l'esprit, et elle

se persuada (elle ne se trompait pas) qu'elle avait devant les

yeux la protectrice d'Agricol.

En retrouvant là, dans cette sinistre maison d'aliénés, cette

jeune fille si merveilleusement belle, en se souvenant de la bonté

délicate avec laquelle elle avait quelques jours auparavant

accueilli Agricol dans son petit palais éblouissant de luxe, la

Mayeux sentit son coeur se briser. Elle croyait Adrienne folle...

et pourtant, en l'examinant plus attentivement encore, il lui

semblait que l'intelligence et la grâce animaient toujours cet

adorable visage. Tout à coup Mlle de Cardoville fit un geste

expressif, mit son doigt sur sa bouche, envoya deux baisers dans

la direction de ses regards, et disparut subitement.

Songeant aux révélations si importantes qu'Agricol avait à faire à

Mlle de Cardoville, la Mayeux regrettait d'autant plus amèrement

de n'avoir aucun moyen, aucune possibilité de parvenir jusqu'à

elle; car il lui semblait que si cette jeune fille était folle,

elle se trouvait du moins dans un moment lucide.

La jeune ouvrière était plongée dans ces réflexions remplies

d'inquiétude lorsqu'elle vit revenir Florine accompagnée d'une des

religieuses du couvent. La Mayeux dut donc garder le silence sur

la découverte qu'elle venait de faire, et se trouva bientôt en

présence de la supérieure.

La supérieure, après un rapide et pénétrant examen de la

physionomie de la jeune ouvrière, lui trouva l'air si timide, si

doux, si honnête, qu'elle crut pouvoir ajouter complètement foi

aux renseignements donnés par Florine.

-- Ma chère fille, dit la mère Sainte-Perpétue d'une voix

affectueuse, Florine m'a dit dans quelle cruelle situation vous

vous trouviez... Il est donc vrai... vous manquez absolument de

travail?

-- Hélas! oui, madame.

-- Appelez-moi, votre mère... ma chère fille; ce nom est plus

doux... et c'est la règle de cette maison... Je n'ai pas besoin de

vous demander quels sont vos principes?

-- J'ai toujours vécu honnêtement de mon travail... ma mère,

répondit la Mayeux avec une simplicité à la fois digne et modeste.

-- Je vous crois, ma chère fille, et j'ai de bonnes raisons pour

vous croire... Il faut remercier le Seigneur de vous avoir mise à

l'abri de bien des tentations... mais, dites-moi, êtes-vous habile

dans votre état?

-- Je fais de mon mieux ma mère; l'on a toujours été satisfait de

mon travail... Si vous désirez d'ailleurs me mettre à l'oeuvre,

vous en jugerez.

-- Votre affirmation me suffit, ma chère fille... Vous préférez,

n'est-ce pas, aller travailler en journée?

-- Mlle Florine m'a dit, ma mère, que je ne pouvais espérer avoir

de travail chez moi.

-- Pour l'instant, non, ma fille; si plus tard l'occasion se

présentait... j'y songerais... Quant à présent, voici ce que je

peux vous offrir: une vieille dame très respectable m'a fait

demander une ouvrière à la journée; présentée par moi, vous lui

conviendrez; l'oeuvre se chargera de vous vêtir comme il faut, peu

à peu l'on retiendra ce déboursé sur votre salaire, car c'est avec

nous que vous compterez... Ce salaire est de deux francs par

jour... Vous paraît-il suffisant?

-- Ah! ma mère... c'est bien au-delà de ce que je pouvais espérer.

-- Vous ne serez d'ailleurs occupée que de neuf heures du matin à

six heures du soir... il vous restera donc encore quelques heures

dont vous pourrez disposer. Vous le voyez, cette condition est

assez douce, n'est-ce pas?

-- Oh! bien douce, ma mère...

-- Je dois, avant tout, vous dire chez qui l'oeuvre aurait

l'intention de vous employer... c'est chez une veuve nommée

Mme de Brémont, personne remplie de solide piété... Vous n'aurez,

je l'espère, dans sa maison, que d'excellents exemples... s'il en

était autrement, vous viendriez m'en avertir.

-- Comment cela ma mère? dit la Mayeux avec surprise.

-- Écoutez-moi bien, ma chère fille, dit la mère Sainte-Perpétue

d'un ton de plus en plus affectueux; l'oeuvre de Sainte-Marie a un

saint et double but... Vous comprenez, n'est-ce pas, que s'il est

de notre devoir de donner aux maîtres toutes les garanties

désirables sur la moralité des personnes que nous plaçons dans

l'intérieur de leur famille, nous devons aussi donner aux

personnes que nous plaçons toutes les garanties de moralité

désirables sur les maîtres à qui nous les adressons?

-- Rien n'est plus juste et d'une plus sage prévoyance, ma mère.

-- N'est-ce pas, ma chère fille? car de même qu'une servante de

mauvaise conduite peut porter un trouble fâcheux dans une famille

respectable, de même aussi un maître ou une maîtresse de mauvaises

moeurs peuvent avoir une dangereuse influence sur les personnes

qui les servent ou qui vont travailler dans leur maison. Or, c'est

pour offrir une mutuelle garantie aux maîtres et aux serviteurs

vertueux que notre oeuvre est fondée...

-- Ah! madame... dit naïvement la Mayeux, ceux qui ont eu cette

pensée méritent la bénédiction de tous...

-- Et les bénédictions ne manquent pas, ma chère fille, parce que

l'oeuvre tient ses promesses. Ainsi, une intéressante ouvrière...

comme vous, par exemple... est placée auprès de personnes

irréprochables, selon nous; aperçoit-elle, soit chez ses maîtres,

soit même chez les gens qui les fréquentent habituellement,

quelque irrégularité de moeurs, quelque tendance irréligieuse qui

blesse sa pudeur ou qui choque ses principes religieux, elle vient

aussitôt nous faire une confidence détaillée de ce qui a pu

l'alarmer. Rien de plus juste... n'est-il pas vrai?

-- Oui, ma mère... répondit timidement la Mayeux, qui commençait à

trouver ces prévisions singulières.

-- Alors, reprit la supérieure, si le cas nous paraît grave, nous

engageons notre protégée à observer plus attentivement encore,

afin de bien se convaincre qu'elle avait raison de s'alarmer...

Elle nous fait de nouvelles confidences, et si elles confirment

nos premières craintes, fidèles à notre pieuse tutelle, nous

retirons aussitôt notre protégée de cette maison peu convenable.

Du reste, comme le plus grand nombre d'entre elles, malgré leur

candeur et leur vertu, n'ont pas les lumières suffisantes pour

distinguer ce qui peut nuire à leur âme, nous préférons, dans leur

intérêt, que tous les huit jours elles nous confient, comme une

fille le confierait à sa mère, soit de vive voix, soit par écrit,

tout ce qui s'est passé durant la semaine dans les maisons où

elles sont placées; alors nous avisons pour elles, soit en les y

laissant, soit en les retirant. Nous avons déjà environ cent

personnes, demoiselles de compagnie, de magasin, servantes ou

ouvrières à la journée, placées selon ces conditions dans un grand

nombre de familles; et, dans l'intérêt de tous, nous nous

applaudissons chaque jour de cette manière de procéder. Vous me

comprenez, n'est-ce pas, ma chère fille?

-- Oui... oui... ma mère, dit la Mayeux, de plus en plus

embarrassée. Elle avait trop de droiture et de sagacité pour ne

pas trouver que cette manière d'assurance mutuelle sur la moralité

des maîtres et des serviteurs ressemblait à une sorte d'espionnage

du foyer domestique, organisé sur une vaste échelle et exécuté par

les protégées de l'oeuvre presque à leur insu: car il était en

effet difficile de déguiser plus habilement à leurs yeux cette

habitude de délation à laquelle on les dressait sans qu'elles s'en

doutassent.

-- Si je suis entrée dans ces longs détails, ma chère fille,

reprit la mère Sainte-Perpétue, prenant le silence de la Mayeux

pour un assentiment, c'est afin que vous ne vous croyiez pas

obligée de rester malgré vous dans une maison où, contre votre

attente, je vous le répète, vous ne trouveriez pas continuellement

de saints et pieux exemples... Ainsi, la maison de Mme de Brémont,

à laquelle je vous destine, est une maison tout en Dieu...

Seulement on dit, et je ne veux pas le croire, que la fille de

Mme de Brémont, Mme de Noisy, qui depuis peu de temps est venue

habiter avec elle, n'est pas d'une conduite parfaitement

exemplaire, qu'elle ne remplit par exactement ses devoirs

religieux, et qu'en l'absence de son mari, à cette heure en

Amérique, elle reçoit des visites malheureusement trop assidues

d'un M. Hardy, riche manufacturier.

Au nom du patron d'Agricol la Mayeux ne put retenir un mouvement

de surprise et rougit légèrement.

La supérieure prit naturellement cette rougeur et ce mouvement

pour une preuve de la pudibonde susceptibilité de la jeune

ouvrière et ajouta:

-- J'ai dû tout vous dire, ma chère fille, afin que vous fussiez

sur vos gardes. J'ai dû même vous entretenir de bruits que je

crois complètement erronés, car la fille de Mme de Brémont a eu

sans cesse de trop bons exemples sous les yeux pour les oublier

jamais... D'ailleurs, étant dans la maison du matin au soir, mieux

que personne vous serez à même de vous apercevoir si les bruits

dont je vous parle sont faux ou fondés: si par malheur ils

l'étaient, selon vous, alors, ma chère fille, vous viendriez me

confier toutes les circonstances qui vous autorisent à le croire,

et si je partageais votre opinion, je vous retirerais à l'instant

de cette maison, parce que la sainteté de la mère ne compenserait

pas suffisamment le déplorable exemple que vous offrirait la

conduite de la fille... car dès que vous faites partie de

l'oeuvre, je suis responsable de votre salut; et, bien plus, dans

le cas où votre susceptibilité vous obligerait à sortir de chez

Mme de Brémont, comme vous pourriez être quelque temps sans

emploi, l'oeuvre, si elle est satisfaite de votre zèle et de votre

conduite, vous donnera un franc par jour jusqu'au moment où elle

vous replacera. Vous voyez, ma chère fille, qu'il y a tout à

gagner avec nous... Il est donc convenu que vous entrerez après-

demain chez Mme de Brémont.

La Mayeux se trouvait dans une position très difficile: tantôt

elle croyait ses premiers soupçons confirmés, et, malgré sa

timidité, sa fierté se révoltait en songeant que, parce qu'on la

savait misérable, on la croyait capable de se vendre comme une

espionne, moyennant un salaire élevé; tantôt, au contraire, sa

délicatesse naturelle répugnant à croire qu'une femme de l'âge et

de la condition de la supérieure pût descendre à lui adresser une

de ces propositions aussi infamantes pour celui qui l'accepte que

pour celui qui la fait, elle se reprochait ses premiers doutes, se

demandant si la supérieure, avant de l'employer, ne voulait pas,

jusqu'à un certain point, l'éprouver, et voir si sa droiture

s'élèverait au-dessus d'une offre relativement très brillante. La

Mayeux était si naturellement portée à croire au bien qu'elle

s'arrêta à cette dernière pensée, se disant qu'après tout, si elle

se trompait, ce serait pour la supérieure la manière la moins

blessante de refuser ses offres indignes. Par un mouvement qui

n'avait rien de hautain, mais qui disait la conscience qu'elle

avait de sa dignité, la jeune ouvrière, relevant la tête,

jusqu'alors tenue humblement baissée, regarda la supérieure bien

en face, afin que celle-ci pût lire sur ses traits la sincérité de

ses paroles, et lui dit d'une voix légèrement émue, et oubliant

cette fois de dire «ma mère»:

-- Ah! madame... je ne puis vous reprocher de me faire subir une

pareille épreuve... vous me voyez bien misérable, et je n'ai rien

fait qui puisse me mériter votre confiance; mais, croyez-moi, si

pauvre que je sois, jamais je ne m'abaisserai à faire une action

aussi méprisable que celle que vous êtes sans doute obligée de me

proposer afin de vous assurer par mon refus que je suis digne de

votre intérêt. Non, non, madame, jamais, et à aucun prix, je ne

serai capable d'une délation.

La Mayeux prononça ces derniers mots avec tant d'animation que son

visage se colora légèrement. La supérieure avait trop de tact et

d'expérience pour ne pas reconnaître la sincérité des paroles de

la Mayeux; s'estimant heureuse de voir la jeune fille prendre

ainsi le change, elle lui sourit affectueusement et lui tendit les

bras en disant:

-- Bien, bien, ma chère fille... venez m'embrasser...

-- Ma mère... je suis confuse... de tant de bonté.

-- Non, car vos paroles sont remplies de droiture... Seulement,

persuadez-vous bien que je ne vous ai pas fait subir d'épreuve...

parce qu'il n'y a rien qui ressemble moins à une délation que les

marques de confiance filiale que nous demandons à nos protégées

dans l'intérêt même de la moralité de leur condition; mais

certaines personnes -- et, je le vois, vous êtes du nombre, ma

chère fille -- ont des principes assez arrêtés, une intelligence

assez avancée, pour pouvoir se passer de nos conseils et apprécier

par elles-mêmes ce qui peut nuire à leur salut. C'est donc une

responsabilité que je vous laisserai tout entière, ne vous

demandant d'autres confidences que celles que vous croirez devoir

me faire volontairement.

-- Ah! madame... que de bonté! dit la pauvre Mayeux, ignorant les

mille détours de l'esprit monacal, et se croyant déjà certaine de

gagner honorablement un salaire équitable.

-- Ce n'est pas de la bonté... c'est de la justice, reprit la mère

Sainte-Perpétue, dont l'accent devenait de plus en plus

affectueux; on ne saurait trop avoir de confiance et de tendresse

envers de saintes filles comme vous, que la pauvreté a encore

épurées, si cela peut se dire, parce qu'elles ont toujours

fidèlement observé la loi du Seigneur.

-- Ma mère...

-- Une dernière question, ma chère fille: combien de fois par mois

approchez-vous la sainte table?

-- Madame, reprit la Mayeux, je ne m'en suis pas approchée depuis

ma première communion, que j'ai faite il y a huit ans. C'est à

peine si en travaillant chaque jour, et tout le jour, je puis

suffire à gagner ma vie; il ne me reste donc pas de loisir pour...

-- Grand Dieu! s'écria la supérieure en interrompant la Mayeux et

joignant les mains avec tous les signes d'un douloureux

étonnement, il serait vrai?... vous ne pratiquez pas?...

-- Hélas, madame, je vous l'ai dit, le temps me manque, reprit la

Mayeux en regardant la mère Sainte-Perpétue d'un air interdit.

Après un moment de silence, celle-ci lui dit tristement:

-- Vous me voyez désolée, ma chère fille... Je vous l'ai dit: de

même que nous ne plaçons nos protégées que dans des maisons

pieuses, de même on nous demande des personnes pieuses et qui

pratiquent; c'est une des conditions indispensables de l'oeuvre...

Ainsi, à mon grand regret, il m'est impossible de vous employer

comme je l'espérais... Cependant, si par la suite vous renonciez à

une si grande indifférence à propos de vos devoirs religieux...

alors nous verrions...

-- Madame, dit la Mayeux, le coeur gonflé de larmes, car elle

était obligée de renoncer à une heureuse espérance, je vous

demande pardon de vous avoir retenue si longtemps... pour rien.

-- C'est moi, ma chère fille, qui regrette vivement de ne pouvoir

vous attacher à l'oeuvre... mais je ne perds pas tout espoir...

surtout parce que je désire voir une personne déjà digne d'intérêt

mériter un jour par sa piété l'appui durable des personnes

religieuses... Adieu... ma chère fille... Allez en paix, et que

Dieu soit miséricordieux en attendant que vous soyez tout à fait

revenue à lui...

Ce disant, la supérieure se leva et conduisit la Mayeux jusqu'à la

porte, toujours avec les formes les plus douces et les plus

maternelles; puis, au moment où la Mayeux dépassait le seuil, elle

lui dit:

-- Suivez le corridor, descendez quelques marches, frappez à la

seconde porte à droite; c'est la lingerie: vous y trouverez

Florine... elle vous reconduira... Adieu, ma chère fille...

Dès que la Mayeux fut sortie de chez la supérieure, ses larmes,

jusqu'alors contenues, coulèrent abondamment; n'osant pas paraître

ainsi éplorée devant Florine et quelques religieuses sans doute

rassemblées dans la lingerie, elle s'arrêta un moment auprès d'une

des fenêtres du corridor pour essuyer ses yeux noyés de pleurs.

Elle regardait machinalement la croisée de la maison voisine du

couvent, où elle avait cru reconnaître Adrienne de Cardoville,

lorsqu'elle vit celle-ci sortir d'une porte et s'avancer

rapidement vers la clôture à claire-voie qui séparait les deux

jardins...

Au même instant, à sa profonde stupeur, la Mayeux vit une des deux

soeurs dont la disparition désespérait Dagobert, Rose Simon, pâle,

chancelante, abattue, s'approcher avec crainte et inquiétude de la

claire-voie qui la séparait de Mlle de Cardoville, comme si

l'orpheline eût redouté d'être aperçue...

Le juif errant - Tome I · 第 80 / 101 题