Lorsque Adrienne de Cardoville entra dans le salon où l'attendait
Agricol, elle était mise avec une extrême et élégante simplicité;
une robe de casimir gros bleu, à corsage juste, bordée sur le
devant en lacets de soie noire selon la mode d'alors, dessinait sa
taille de nymphe et sa poitrine arrondie; un petit col de batiste
uni et carré se rabattait sur un large ruban écossais noué en
rosette, qui lui servait de cravate; sa magnifique chevelure dorée
encadrait sa blanche figure d'une incroyable profusion de longs et
légers tire-bouchons qui atteignaient presque son corsage.
Agricol, afin de donner le change à son père et de lui faire
croire qu'il se rendait véritablement aux ateliers de M. Hardy,
s'était vu forcé de revêtir ses habits de travail; seulement il
avait mis une blouse neuve, et le col de sa chemise de grosse
toile bien blanche retombait sur une cravate noire négligemment
nouée autour de son cou; son large pantalon gris laissait voir des
bottes très proprement cirées, et il tenait entre ses mains
musculeuses une belle casquette de drap toute neuve. Somme toute,
cette blouse bleue, brodée de rouge, qui, dégageant l'encolure
brune et nerveuse du jeune forgeron, dessinant ses robustes
épaules, retombait en plis gracieux, ne gênait en rien sa libre et
franche allure, lui seyait beaucoup mieux que ne l'aurait fait un
habit ou une redingote. En attendant Mlle de Cardoville, Agricol
examinait machinalement un magnifique vase d'argent admirablement
ciselé; une petite plaque de même métal, attachée sur son socle de
brêche antique, portait ces mots: