III. L'entretien.

Lorsque Adrienne de Cardoville entra dans le salon où l'attendait

Agricol, elle était mise avec une extrême et élégante simplicité;

une robe de casimir gros bleu, à corsage juste, bordée sur le

devant en lacets de soie noire selon la mode d'alors, dessinait sa

taille de nymphe et sa poitrine arrondie; un petit col de batiste

uni et carré se rabattait sur un large ruban écossais noué en

rosette, qui lui servait de cravate; sa magnifique chevelure dorée

encadrait sa blanche figure d'une incroyable profusion de longs et

légers tire-bouchons qui atteignaient presque son corsage.

Agricol, afin de donner le change à son père et de lui faire

croire qu'il se rendait véritablement aux ateliers de M. Hardy,

s'était vu forcé de revêtir ses habits de travail; seulement il

avait mis une blouse neuve, et le col de sa chemise de grosse

toile bien blanche retombait sur une cravate noire négligemment

nouée autour de son cou; son large pantalon gris laissait voir des

bottes très proprement cirées, et il tenait entre ses mains

musculeuses une belle casquette de drap toute neuve. Somme toute,

cette blouse bleue, brodée de rouge, qui, dégageant l'encolure

brune et nerveuse du jeune forgeron, dessinant ses robustes

épaules, retombait en plis gracieux, ne gênait en rien sa libre et

franche allure, lui seyait beaucoup mieux que ne l'aurait fait un

habit ou une redingote. En attendant Mlle de Cardoville, Agricol

examinait machinalement un magnifique vase d'argent admirablement

ciselé; une petite plaque de même métal, attachée sur son socle de

brêche antique, portait ces mots:

Le juif errant - Tome I · 第 50 / 101 题