Le rappel des gardes-du-corps donna lieu à une anecdote qui mérite d'être
rapportée. La reine se plaignait à M. de Lafayette de ce que le roi n'était
pas libre, et elle en donnait pour preuve que le service du château était
fait par la garde nationale et non par les gardes-du-corps. M. de Lafayette
lui demanda aussitôt si elle verrait avec plaisir le rappel de ces
derniers. La reine hésita d'abord à lui répondre, mais n'osa pas refuser
l'offre que lui fit le général de provoquer ce rappel. Aussitôt il se
rendit à la municipalité, qui, à son instigation, fit la demande officielle
au roi de rappeler ses gardes-du-corps, en offrant de partager avec eux le
service du château. Le roi et la reine ne virent par cette demande avec
peine; mais on leur en fit bientôt sentir les conséquences, et ceux qui ne
voulaient pas qu'ils parussent libres les engagèrent à répondre par un
refus. Cependant le refus était difficile à motiver, et la reine, à
laquelle on confiait souvent des commissions difficiles, fut chargée de
dire à M. de Lafayette qu'on n'acceptait pas la proposition de la
municipalité. Le motif qu'elle en donna, c'est qu'on ne voulait pas exposer
les gardes-du-corps à être massacrés. Cependant M. de Lafayette venait d'en
rencontrer un qui se promenait en uniforme au Palais-Royal. Il rapporta ce
fait à la reine, qui fut encore plus embarrassée, mais qui persista dans
l'intention qu'elle était chargée d'exprimer.